I. Chronique necrèie de Tabbé Baudeau
1, Lettre de la marquise de Boufflers du a5 mai 177/i. La marqiiite de Boufflers y par G. Maug^as.
succédait à ces reines laides et délaissées qui, depuis plus d'un siècle, avaient langui tristement sur le trône; cette nouveauté divertissait rimaginatiou populaire. « Si l'on avait voulu, écrivait un contemporain, faire une souveraine exprès pour les Français, on n'aurait pu mieux réussir. » Le succès lui venait alors de ce qui, peu de temps après, par un étrange retour, lui attirera l'aversion de la foule.
Les Comtes do Provence et d'Artois n'essayaient pas encore de troubler cette bonne harmonie. L'amicale familiarité du Roi s'efforçait de prévenir chez eux tout froissement et toute jalousie. Aux termes de respect qu'ils affectaient d'abord d'employer avec lui : « Je ne veux pas, objectait-il, que vous m'appeliez des noms de Roi et de Majesté; je perdrais trop au titre de frère auquel vous m'avez accoutumé. » Il est vrai que le Comte d'Artois s'émancipa si vite qu'il dut subir un jour une rude réprimande de Maurepas : a Au bout du compte, s'écriait alors le jeune prince, s'il est roi, je suis son frère; que peut-il me faire? — Vous pardonner. Monseigneur », H'pondait le ministre ^
Somme toute, cette cour adolescente, pleine de simplicité, de bonhomie, de belle humeur, plaisait fi^énéralement à ceux qui en contemplaient le tableau^
r. Chronique secrète de Tabbé Baudeau.
et les moins bienveillants n*y trouvaient à reprendre que cet heureux défaut dont corrigent les années : « C'est le règne de la jeunesse, soupirait madame de Boufflers. Ils croient qu'on radote quand on a passé trente ans ! »