La conspiration révolutionnaire, pnr M. Gustavo Bord
(le ce qui devait arriver. Plusieurs commissaires s*ctant rendus chez le sieur Lenoir, lieutenant général de police, pour l'avertir et voir ce qu'il y aurait à faire, ce magistrat leur dit qu'il n'avait point d'ordres et qu'il fallait laisser aller les choses. » La lettre que Turgot adressa le lendemain à ce haut fonctionnaire confirme les dires du libraire : « Je suis Iri'S persuadé, manda-l-il à Lenoir *, que vous avez fait ce que vous avez pu pour prévenir les malheurs de la journée d'hier; mais ces malheurs sont arrivés, et je ne puis douter que la manière dont la police a été faite n'ait facilité un événement, très aisé, suivant moi, à prévenir, puisque tout était annoncé et que nous étions convenus, la veille, de mesures du succès desquelles vous aviez répondu. Ces mesures n'ont pas élé exécutées, vous le savez... b Ce fut seulement dans la soirée, et lorsque les rebelles témoignaient quelque lassitude, que parut la force publique. On vit alors « voltiger » en divers endroits des pelotons de mousquetaires noirs. Ils n'eurent que peu d'efforts à faire pour disperser les attroupements ; ils ne blessèrent ni n'arrêtèrent personne. La nuit tombante acheva de ramener la tranquillité dans les rues, mais sans calmer l'anxiété des bons citoyens, pleins d'appréhensions légitimes sur ce que réservait la journée du lendemain.
I. Lettre de Targot du 4 mai 1775. Documents publiég par M. Etienne Dubois de TEstang.
Les événements qu'on vient de lire, dont les détails étaient apportés à Versailles par des courriers qui se succédaient d'heure en heure, y démontrèrent l'urgence d'une action vigoureuse. L'énergie naquit du danger. Le conseil, convoqué le soir, se réunit à l'entrée de la nuit dans la chambre du Roi. On y arrêta rapidement, et presque sans délai, des mesures de rigueur, dont la première fut la destitution du lieutenant de police Lenoir. Sa mollesse et son inertie, qui avaient stupéfié la population parisienne, indignèrent le Conseil. Louis XVI lui adressa ce billet laconique, qui lui fut remis avant l'aube : « Monsieur Lenoir, comme votre façon de penser ne s'accorde point avec le parti que j'ai pris, je vous prie de m'envoyer votre démission. Je n'en aurai pas moins d'estime pour vous et je vous obligerai à l'occasion. Sur ce... » Son successeur fut nommé surle-champ ; ce fut le sieur Albert, intendant du commerce, « homme de beaucoup d'esprit, nifiis d'un c^iractère dur », de longue date ami de Turgol. Le commandant du guet, nommé Lelaboureur, fut remercié de momc et remplacé par le sieur La Garenne, officier aux gardes françaises. On accusait Lelaboureur d'avoir supporté sans mot dire qu'un des manifestants eût levé le bâton sur lui en l'accablant d'injures.
Après cette double exécution, on passa aux mesures d'ensemble. Deux armées furent créées,
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Tune pour riiitérieur de Paris, l'autre pour l'extérieur; le maréchal duc de Biron reçut le commandement en chef, avec mission d'opérer en personne dans la capitale, le marquis de Poyanne étant plus spécialement chargé des environs. Les troupes des garnisons voisines furent mandées par exprès, pour renforcer celles que l'on avait sous la main; on eut ainsi vite rassemblé prc»s de 25 ooo hommes. Le conseil rédigea ensuite une sévère ordonnance, défendant, « sous peine de la vie », aux habitants de Paris et de Versailles tout attroupement, toute violence contre les boulangeries et les dépôts de grains, toute menace faite pour que le pain fût livré au-dessous du cours. En cas de résistance, les troupes et la police auraient le devoir de faire feu. Les délinquants devraient être arrêtés, traduits devant une juridiction prévôtale et jugés sans désemparer. Imprimée dans la nuit, cette ordonnance fut affichée dans la matinée du lendemain et généralement approuvée des bourgeois et des commerçants. Pourtant Louis XVI, en la signant, n'avait pu réprimer un mouvement d'émotion : « Au moins, demanda-t-il anxieusement à Turgot, n'avons-nous rien à nous reprocher*? »
Des actes énergiques appuyèrent les décisions prises. La police, le matin du !\, cerna les cabarets de la Courlille, des Porcherons, où « les chefs des