I. Arch. nat. K. lù
quelquefois riiomme le i)lus réservé au delà des l)orncs. On se livre d*autant plus facilement qu*on est moins en défiance... Maïs s'exposer à être traduit au tribunal du public, c'est un inconvénient redoutable pour tout être raisonnable, qui s'estime assez pour ne pas vouloir ôlre la fable de l'univers... Si le Roi, dit-il encore, par une grû ce spéciale, accordait à M. de (luines la publication qu'il sollicite, la justice de Sa Majesté n'admettant point d'exception, Elle ne pourrait refuser à la partie adverse (c'està-dire au duc d'Aiguillon) de fouiller à son tour dans les mêmes dépêcbes..- Celle condescendance peut devenir abusive'. »
Vainement le Roi se rendit-il d'abord à cette sage argumentation, vainement le conseil des ministres — Guines ayant passé outre et publié dans un mémoire les dépêches en question — déclara-t-il cette publication « abusive », ordonnant même la suppression et la dcstruclion de la pièce, vainement enfin Maurepas, pour mieux marquer sa désapprobation, fit-il, à dater de ce jour, « fermer sa porte au comte de Guines - » . Rien ne lint contre l'intervention passionnée
I. Vergennes éiablissoil, en outre, que la demande, inadrain- Bible en droit, était injustifiée en Tait, car les dépêches du duc d'Aiguillon démontraient qu'en cette aflaire il s'était conduit « avec beaucoup de circonspection et toujours en conséquence des ordres du Roi >•, et que, > s'il y avait, lieu de lui reprocher de la partialité, ce serait plutôt en faveur de M. de Guines ».
3. Lettre de la comtesse de Maurepas ù la duchesse d'Aiguillon. Arch. du marquis de Gbabrillan.
de Marie-Anloinetle, à laquelle, dit Mercy, « on avait eu l'adresse perfide de faire >oir dans la protection qu'elle accorderait au comte de Guines un moyen de vengeance contre le duc d'Aiguillon », en même temps qu'une bonne occasion d'essayer « son crédit et son ascendant sur le Roi ». Elle embrassa le parti de l'ambassadeur avec tant de vivacité, obséda tellement son époux par larmes, prières ou caresses, que, de guerre lasse, il finit par capituler, révoqua l'arrêt du conseil et permit la publication et la diiTusion du mémoire. L'ennui et le remords secret qu'il éprouve de cette défaillance percent entre les lignes de ce billet embarrassé par lui adressé à Vergennes * : « Je suis bien aise. Monsieur, d'avoir vu la lettre que vous avez écrite à M. de Guines le 3 avril ; c'était sur celle-là qu'il fondait son attaque à M. d'Aiguillon, et, pour vous dire la vérité, il n'avait pas trop de tort. Entrer en lice supposait une attaque mutuelle, et vous n'auriez pas dû, connaissant l'homme, vous servir d'expressions ambiguës. Au reste, ce que je vous dis là, il n'y aura que nous deux qui le saurons, et, quand on m'a parlé de cette lettre, j'ai répondu qu'elle n'ajoutait rien à la permission que je lui avais donnée de se servir de tous ses moyens de défense, sans toutefois attaquer M. d'Aiguillon. »
Le procès fut jugé le vendredi 2 juin 1775 par la