‹ Au couchant de la monarchieChapitre 77 sur 148 · I. Notice de M. Dubois de TEstang · texte numérisé non relu

I. Notice de M. Dubois de TEstang

pour voir défiler le cortège; dans le grand silence de la nuit, sous la clarté argentée de la lune, s'élevèrent de longues acclamations. Toutefois, à cette foule amusée, de place en place, se joignaient quelques misérables qui, agenouillés sur le bord des fossés, levaient leurs mains au ciel, puis « les ramenaient sur leur bouche, comme pour demander du pain ». Cette vue jeta une ombre de tristesse et attendrit Tàme compatissante de Louis XVI.

Malgré tout, et si Ton néglige certaines manifestations isolées, la sympathie du peuple accompagna les jeunes souverains pendant toute la semaine du Sacre. Le jour de la cérémonie, qui eut lieu le dimanche Il juin, et dont je me garderai, après tant d'historiens, de refaire ici le tableau, la cathédrale, rapporte Mercy-Argenteau, « retentit de cris, de battements de mains et de démonstrations qu'il serait difficile de rendre ». Même enthousiasme populaire lorsque, le soir venu, les parades terminées, le Roi, velu avec simplicité, prit sa femme « sous le bras » et, durant une grande heure, fut se promener bourgeoisement avec elle au milieu de la foule, sans gardes, sans escorte, « sans nul indice de précaution ». Les rues, par ordre de Louis XVI, n'avaient pas été revêtues de la parure de tapisseries qu'imposait un ancien usage : « ^on, non, avait-il répondu, point de t^ipisseries ; je ne veux rien qui empêche le peuple et moi de nous voir ». Ce mot eut le plus

grand succès. Les cris de Vwent le Roi et la Reine! suivirent partout les souverains au passage, et le public, selon l'expression d'un témoin, était « dans une sorte d*ivresse %.

Au milieu des éclats de cette joie générale, quelques sots incidents de Cour passèrent presque inaperçus, comme la dispute des deux évêques de Soissons et de Beauvais, s'invectivant, se coudoyant et se bousculant en public, pour savoir qui des deux irait, le matin du grand jour, tirer le Roi hors de son lit ; et cpmme aussi la bizarre incartade de la maréchale de Mouchy, dame d'honneur de la Reine, qui, froissée de se voir enlever par le grand chambellan la présidence de la table d'honneur, déserta brusquement son poste et s'en alla « dîner en ville », en plantant là tous les convives qu'elle avait elle-même invités. Enfin, certaines personnes remarquèrent avec étonnement l'air de mauvaise humeur, raflectation de négligence, avec lesquels le Comte d'Artois remplit, pendant le Sacre, les fonctions assignées par le cérémonial.

Ces légères dissonances ne troublèrent point le concert d'allégresse, dont on perçoit l'écho dans le joli récit que Marie-Antoinette envoya quelques jours plus tard à sa mère*. « Le Sacre a été parfait do toutes manières. Il paraît que tout le monde a diA

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