‹ Au couchant de la monarchieChapitre 78 sur 148 · I. Lettre du aa juin 1776. Corresp. publiée par d^Arneth · texte numérisé non relu

I. Lettre du aa juin 1776. Corresp. publiée par d^Arneth

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content du Roi; ii doit bien Tétre de tous ses sujets... Les cérémonies de i'église étaient interrompues, au moment du couronnement, par les acclamations les plus touchantes. Je n*ai pu y tenir, mes larmes ont coulé malgré moi, et Ton m'en a su gré... C'est une chose étonnante, et bien heureuse en même temps, d'être si bien reçus deux mois après la révolte, et malgré la cherté du pain, qui malheureusement continue... 11 est bien sûr, conclut la jeune princesse, qu'en voyant des gens qui, dans le malheur, nous traitent aussi bien, nous sommes encore plus obligés de travailler à leur bonheur. Le Roi m'a paru pénétre de cette vérité. Pour moi, je suis bien sûre que je n'oublierai de ma vie la journée du Sacre ! »

-Nous prenons ici sur le vif la véritable Marie- Antoinette, quand elle est livrée à elle-même, sensible, impressionnable, capable d'élans généreux. Mais, dans cette âme mobile, tout n'est que revirement, contradictions, contrastes. Les larmes d'émotion dont elle vient de nous faire l'aveu ont à peine séché sur ses joues, que, sans souci de l'intérêt ni du repos du Roi, elle se laisse entraîner par les gens de son entourage dans une fâcheuse intrigue contre le ministère. Cette fois encore, le meneur de laflairc était le baron de Besenval, comme il n'a pas manqué de s'en vanter lui-même : « Je venais, écrit-il, de l'aire exiler M. d'Aiguillon... Je fis envisager à la

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Reine qu'il ne fallait regarder cet événement que comme un premier pas vers le crédit, que, pour le constater et le rendre invariable, il était nécessaire de faire des ministres sur lesquels elle pût compter. » Ce n'est pas forfanterie, et Mercy-Argenteau, en plusieurs passages de ses lettres, accuse formellement le baron d'avoir attaché le grelot. Le but était toujours le même : la rentrée au pouvoir de Choiseul et de ses amis, avec pour conséquence la chute de Maurepas et de Turgot. L'heure paraissait propice. Maurepas était à Pontchar train, tandis que le duc de Choiseul était présent à Reims, ayant eu permission du Roi d,'assister à la fête du Sacre. En homme prudent, il s'y tenait dans une ombre discrète, laissant agir ses partisans et attendant pour se montrer l'occasion favorable.

11 parut politique, avant d'entamer la partie, d'obtenir d'abord pour le duc sa réintégration dans une des grosses charges de Cour dont l'avait fait choir sa disgrâce. Qu'il retrouvât le titre et les fonctions de colonel-général des Suisses, cette première grâce serait le gage et comme Tavanlcoureur d'une restitution plus complète. Besenval et madame de Brionne endoctrinèrent le Comte d'Artois, firent briller à ses yeux l'honneur de gagner cette victoire. Il s'enflamma sur cette idée, promit d'en parler à son frère et tint effectivement parole; mais Louis XVI, dès les premiers mots, l'arrêta d'un refus

fort gec. Le jeune prince revint à la charge; le Roi, cette fois, ne fit aucune réponse, mais prit un air d'humeur, et « lui tourna le dos' ».

Le parti résolut alors de frapper un grand coup et de faire donner la réserve. 11 s'agissaitde faire accorder à Ghoiseul une audience personnelle de Marie- Antoinette, un tête-à-tête où il exposerait à loisir ses sentiments et ses idées. Dans la fourmilière politique qu'était alors la ville de Reims, cette marque éclatante de faveur afficherait publiquement l'action protectrice de la Reine, l'engagerait davantage à user de tout son crédit pour vaincre l'aversion du Roi et emporter la réussite. Marie-Antoinette, avertie, entra délibérément dans ces vues. Elle résolut, pour mieux assurer le succès, de recourir aux petites roueries féminines où elle était experte.

Le lundi 12, lendemain du Sacre, profitant d'un moment où le Roi était seul, elle s'approcha de lui, le complimenta avec grâce sur les événements de la veille, puis, dans le cours de l'entretien, glissa, « le plus naturellement du monde > et d*un ton innocent, que, pour son compte, elle aurait eu plaisir à causer un moment avec son vieil ami Ghoiseul, mais qu'elle était embarrassée et ne savait quelle heure choisir, « attendu qu'à Reims, lui dit-elle, tous les instants étaient employés ». Louis XVI donna dans le panneau

I. Lellre de Mercy-Argenteau du aS juin 1775. Gorr. publiée par d'Arneth.

avec sa bonne foi coutumiëre; ce fut lui-même qui, sans méfiance, indiqua à sa femme la matinée du surlendemain c comme le temps le plus commode pour l'entretien projeté ». Ainsi fut fait. L'audience eut lieu au moment fixé par le Roi; elle dura près d'une heure, excitant de toutes parts une curiosité passionnée, et provoquant mille commentaires, dont l'écho se répercuta dans toutes les chancelleries d'Europe.

Sur le fond même de cette conversation, nous connaissons seulement ce que Marie-Antoinette jugea bon de dire à Mercy : louanges données par Choiseul à la fermeté de la Reine dans le procès du comte de Guines, pressants encouragements à soutenir cet ambassadeur, sarcasmes et insinuations contre le ministère, contre les gens de robe et contre les hommes à systèmes, conseils sur la conduite à observer avec le Roi, qu'on pouvait, affirmait le duc, dominer alternativement par deux procédés opposés, soit en le conquérant « par des voies de douceur », soit a en le subjuguant par crainte ». D'ailleurs nulle sollicitation directe pour soi-même, mais un simple historique de sa disgrâce passée et de vagues récriminations sur les torts du feu Roi. Propos habiles, savamment calculés, et qui laissèrent dans Tànie de Marie-Antoinette une impression profonde, dont Teflet se fera sentir par la suite.

TiC complot n'aboutit d ailleurs à aucun autre

résultat. Le bruit fait, le jour même, autour de l'incident, les airs mystérieux de la Reine, les allures de triomphe des amis de Choiseul, éveillèrent l'attention du Roi et lui firent soupçonner le piège. 11 en conçut un vif mécontentement, dont Tex-ministre de Louis XV paya les frais sur Theure. Dans l'après-midi du i^i, à la réception de la Reine, où se trouvait Louis XVl, le duc s'étant fait annoncer, on >it le Hoi se lever binisquement et « décamper » d'une manière ostensible*. Ce fut pire encore le lendemain, veille du départ de Reims : lorsque Choiseul, comme tous les invités du Sacre, vint, « a son rang », baiser la main du Roi, celui-ci détourna la tête et retira sa main, en faisant, assure un témoin, « une grimace ciTroyable». Le duc se le tint pour dit. Voyant le coup manqué, il partit pour sa terre, abandonnant ses partisans en complet désarroi.

Une seule personne, dans ce fiasco, conserva, serable-t-il, une belle humeur imperturbable, et ce fut Marie-Antoinette. Contente du camouflet infligé publiquement au parti d'Aiguillon, amusée du bon tour qu'elle avait joué à son candide époux, son petit succès personnel la consolait pleinement de Téchcc de sa politique. Son enfantine satisfaction perce dans ce billet, d'un ton assez fâcheux, qu'elle

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