‹ Au couchant de la monarchieChapitre 83 sur 148 · I. Journal do Tabbé de Véri · texte numérisé non relu

I. Journal do Tabbé de Véri

qu'elle ne ron Fondait pas, selon son expression, « la conduite et les intentions de l'oncle » avec les torts graves du neveu, qu'elle était non moins persuadée de « la droiture » de l'un que « de la méchanceté et des manœuvres intrigantes de Tautrc ]». Maurepas, à ces avances, ne répondait qu'en protestant de son absolu dévouement; et la conclusion de cette scène était une réconciliation, un accommodement, tout au moins, entre puissances rivales, une sorte de traité d'alliance, ni plus ni moins fragile que tous les contrats du même genre.

En ce qui concerne Turgot, la bienveillance royale ne devait pas tarder a se manifester d'une manière plus retentissante, par l'appel au pouvoir du plus ancien et du plus cher ami du contrôleur général, Guillaume de Lamoignon de Malesherbes, président de la Cour des Aides, nommé au ministère de la Maison du Roi. La chose pourtant ne se fit pas toute seule, et cette victoire eut d'autant plus l'éclat qu'elle fut plus diilicilement arrachée.

Le ministre en fonctions, le duc de La Vrillièrc ', titulaire de l'emploi de temps Immémorial, s'y maintenait vaille que vaille, depuis le nouveau règne,

I. Louis Phélyppeaux, d*abord appelé comte de Saint-Florentin, avait pris par la suite le nom de duc de La Vrillicre, ce qui lui valut cette cruelle épitaphe :

Ci'gîl un petit honimp. a l'air asvez c-omniun. Ayant porté trois noniH, «an» en Uitiscr aucun.

2'»2 AU COUCHANT DE LA MUNAItCHIË.

par la protection de sa sœur, la comtesse de Maurepas, acharnée en toute circonstance à servir sa famille. Sa longue expérience de la Cour et du cérémonial avait également contribué à lui faire conserver sa place jusqu'à Tépoque du Sacre, où Ton pensait qu'il rendrait des services. Mais il avait été convenu que ses attributions seraient restreintes, ou peu s'en faut, au « ministère des lettres de cachet », dont il s'était fait sous Louis XV une sorte de spécialité, c Cela va d'autant mieux, aurait dit à mi-voix Louis XVI, que je compte bien n'en point donner. > Maurepas, à la veille du départ pour Reims, ayant interrogé le Roi sur les bruits qui couraient du remplacement de son beau-frère, avait reçu cette réponse inquiétante : « Ce ne sera que pour mon retour, et vous en serez instruit. »

Le public attendait avec quelque impatience le renvoi de ce vieux et frivole courtisan, discrédité pour sa bassesse et sa médiocrité d'esprit, entièrement dominé par une ancienne maltresse, la marquise de I^angeac, femme avide, intrigante, qu'on accusait de trafiquer des honneurs et des places. Sa chute paraissait si certaine, qu'avant de l'avoir mis en terre les partis en présence se disputaient son héritage. Turgot avait son candidat, qui n'était autre que Malesherbes ; la Reine avait le sien, qui était M. de Sartinc, le minisire de la Marine, et elle le soutenait ardemment.

Celte altitude de Marie-Antoinette était le fruit

LOUIS XVI ET TURCOT. 2'l3

d'une combinaison compliquée, gcrmée dans le fertile cerveau du baron de Besenval. Sarliue passant à la Maison du Roi, on pourrait mettre à la Marine le sieur d'Émery, créature du duc de Choiseul, homme de caractère souple et que Ton aurait dans la main. Sartine, secrètement pressenti, se prêtait à cet arrangement. L'accord ainsi conclu, Besenval se chargea d'échauffer Marie- Antoinette et de la pousser en avant. 11 l'exhorta à mettre Maurepas dans son jeu, à exiger de lui, comme gage d'alliance et comme preuve d'amitié*, le double choix imaginé par le parti Choiseul. Le journal de Véri, confirmant sur ce point le récit du baron, montre que, ces conseils furent suivis à la lettre : « Hier soir, y lit-on ^ , la Reine a parlé à M. de Maurepas. Vous savez déjà, lui dit-elle, le désir que j'ai de marcher avec vous. C'est le bien de l'État, c'est le bien du Roi, et par conséquent le mien. M. de La Vrillière va se retirer, et je veux sa place pour M. de Sartine. Je ne comprends pas ce que vous me dites sur la mésintelligence entre M. Turgot et M. de Sartine... Vous les croyez tous les deux d'honnêtes gens; cela me suffit pour être assurée de leur concert. Je dirai tout ceci au Roi, ainsi que ce que je désire. Je veux être amie avec vous ; il ne tient qu'à vous que cela soit, vous voyez à quelle condition. »

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