‹ Au couchant de la monarchieChapitre 86 sur 148 · Ibidem. — Feuillet de [Conches a publié également cette · texte numérisé non relu

Ibidem. — Feuillet de [Conches a publié également cette

l'agilation la plus vive : « \ Texception d'une maladie mortelle, s*écria-t-il d'un ton de désespoir, il ne pouvait rien m'arriver de plus funeste! » Il se résigna néanmoins, car « on ne peut, dit-il, résister à un désir bien plus puissant qu'un ordre >. Son chagrin se doublait d'un étonnement sincère : ayant toujours vécu à l'écart de la Cour, opposé à la politique de la plupart des ministres du Roi, il ne pouvait concevoir qu'on eût songé à lui. Lorsqu'il vint pour la première fois au château de Versailles, il rencontra le duc de Croy, qui le complimenta sur son élévation : « Par le chemin que je prenais, répliqua-t-il avec candeur, je ne croyais pas venir ici! »

Cette grande question réglée, on fit peu de façons pour expédier le duc de La Vrillière. Maurepas avertit son beau-frère qu'on désirait sa démission; le duc vint en parler au Roi, qui répondit froidement : « Oui, monsieur, je trouve bon que vous songiez à votre retraite. » Et ce fut tout; La Vrillière se le tint |X)ur dit. 11 obtint pour consolation une pension de 60 000 livres, et Malesherbes lui succéda dans toutes ses places et dignités, y compris « l'entrée au conseil », grâce que l'on accordait rarement aux nouveaux secrétaires d'État*, et qui fut regardée comme une grande marque de faveur. C'était une

I. Lettre du sieur Rivière au prince X. de Saxe, du 10 juiUet 1775. Arch. de l'Aube.

idée de Maurepas, heureux du triomphe remporté sur la coterie Choiseul. Le Mentor, le jour même, alla féliciter le Roi de la « précieuse acquisition » qui renforçait le ministère : « C'est un homme, lui dit-il*, que je vous donne pour me remplacer, et vous ferez bien de mettre votre confiance en lui. Il a des lumières pour voir en grand toutes les parties du gouvernement ; les autres ne prendront pas ombrage de lui, parce que son âme simple et désintéressée n'en donne à personne. Il fera le bien, parce qu'il a l'éloquence persuasive, par la langue comme par le cœur. » Il termina par une phrase de regret pour le « chagrin » fait à la Reine : « Si je m'aperçois que je continue à lui déplaire, ajouta-t-il d'un ton mélancolique, je dois penser à ma retraite prochaine. — Oh ! pour cela, non, dit Louis XVI en lui pressant les mains avec tendresse. iNon, non, vous ne me quitterez pas de sitôt! ».

L'âme versatile de Marie- Antoinette était peu fait^î pour les lenaces rancunes ; elle prit avec facilité son parti de cette déconvenue. Le baron de Besenval eut beau chercher à l'animer encore; cette fois toutes les excitations échouèrent. « Je n'étais pas sorti de son cabinet, que cela fut oublié », confesse-t-il avec amertume. La première entrevue de Malesherbes avec la souveraine fut sans doute empreinte de froideur,

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