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LES DEUX «DÉJANIRE

Les deux " Déjanire „.

On connaît l'histoire de la première Déjanire. Cela se passait en 1897 ; M. Castelbon de Beauxhostes avait observé la remarquable sonorité des Arènes en construction ; il voulait en faire profiter l'art. J'étais alors en tournée dans le midi, donnant des concerts d'orgue, et M. Castelbon m'avait attiré à Béziers, me promettant par son influence l'usage de l'orgue de la cathédrale ; je visitai les Arènes, on y fit des essais de musique et de déclamation ; d'autre part, mon ami et collaborateur Gallet caressait ce projet de Déjanire: tragédie ? opéra ? il ne savait encore ; et je le décidai à en faire une tragédie, mêlée de chœurs à la manière antique. M""" Cora Laparcerie, Segond-"Weber et Odette de Fehl, MM. Dorival et Dauvilliers en furent les vaillants interprètes ; M. Duc et M"^ Armande Bourgeois donnèrent aux Coryphées des chœurs un merveilleux

éclat ; et le résultat fut si brillant que le souvenir, chez les Bitterois, ne s'en est jamais effacé.

Mais cette œuvre, qui aurait pu avoir de l'avenir en Allemagne, n'en pouvait pas avoir en France où l'on ne trouve pas à demeure, dans le même théâtre, une troupe tragique de chanteurs et un orchestre. Aussi je rêvais de transformer cette œuvre en drame lyrique, d'autant plus que S. A. le prince de Monaco, les directeurs de l'Opéra de Paris, me demandaient une œuvre nouvelle. Les vers blancs de Gallet, de longueur inégale, pouvaient être chantés ; on chante bien de la prose ! Mais, à tort ou à raison, à mon avis, de même que le dialogue du roman ne saurait être celui du théâtre, un texte destiné à la déclamation et un texte destiné au chant ne sont pas la même chose ; et chaque fois que je tentais de mettre de la musique sur les vers de Déjanire , une répulsion invincible m'arrêtait.

Ce fut ainsi jusqu'au jour où je pris le parti de modifier le texte pour le rendre musical, en supprimant partout les mots, les vers qui n'étaient pas indispensables et auxquels la musique aurait donné une importance exagérée, en développant au contraire, pour les exigences du chant, certains passages, en donnant à tels vers plus de sonorité, en modifiant même l'allure de certaines scènes ; une fois entrée dans cette voie.

la métamorphose devint facile et le drame lyrique se substitua sans effort à la tragédie.

Comme on sait, sur les théâtres en plein air, le décor est immuable ; il avait donc fallu, à Béziers, monter dès le premier acte le bûcher qui doit s'embraser à la fin. Dans le drame lyrique, il n'en va pas de même ; le bûcher n'apparaît qu'au dernier acte et tout ce qui s'y rapportait au premier a dû nécessairement disparaître.

L'Epithalame chanté par le Coryphée au dernier acte est maintenant chanté par Hercule, ce qui m'a conduit à faire de celui-ci un ténor, ce morceau ayant été primitivement écrit pour M. Duc et ne supportant pas la transposition. D'ailleurs, la voix de baryton, qui semblait indiquée pour le personnage, n'aurait pas donné au finale du second acte tout l'éclat nécessaire.

Pour parfaire mon œuvre, j'ai trouvé les meilleures conditions possibles au Caire, dans le délicieux pavillon que S. A. Mohammed Aly Pacha, frère du Khédive, a l'obligeance de mettre à ma disposition dans sa propriété de Rodah, au milieu du Nil. Entouré des eaux du fleuve sacré, rêvant sous les lambris dorés d'un immense salon surmonté d'une coupole et entièrement décoré dans le style de l'Alhambra de Grenade ;

ayant pour voisins les palmiers et les roses, pour hôte le plus aimable et le plus indulgent des princes, je me demande, quand j'y suis, ce que j'ai fait pour mériter un tel paradis ! C'est là que j'ai esquissé la musique de la nouvelle Déjanire, ainsi que celle écrite pour la Foi, le drame de M. Brieux.

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