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UNE SONATE

Une Sonate.

Les gens peu au courant des questions musicales croient d'ordinaire que les faits musicaux importants se passent au théâtre et que la musique instrumentale offre peu d'intérêt. C'est pourtant en dehors du théâtre que s'est révélée une des œuvres les plus intéressantes de notre temps, une simple et modeste sonate pour piano et violon. En littérature, il y a le Théâtre, il y a aussi le Livre auquel il faut toujours revenir, quelles que soient les puissantes séductions de la scène ; dans la littérature musicale, la musique de chambre et de concert représente le livre, avec son importance particulière, sa solidité et sa durée. Depuis quelques années on commence à comprendre cette vérité en France ; ceux qui l'ont comprise les premiers ont été accusés de fausser l'esprit français, de faire du germanisme et de haïr le théâtre ; accusations puériles dont

le temps fera nécessairement justice. Ce qui est vrai, c'est qu'il se forme un répertoire de musique instrumentale française capable de lutter avec avantage dans le champ clos où pendant longtemps l'école allemande n'avait pas de rivale. L'apparition de la sonate de M. Fauré nous a révélé un nouveau champion, le plus redoutable peut-être de tous, car il allie à une science musicale profonde une grande abondance mélodique et une sorte de naïveté inconsciente qui est la plus irrésistible des forces. On trouve dans cette sonate tout ce qui peut séduire les délicats, la nouveauté des formes, la recherche des modulations, des sonorités curieuses, l'emploi des rythmes les plus imprévus ; sur tout cela plane un charme qui enveloppe l'œuvre entière et fait accepter à la foule des auditeurs ordinaires, comme chose toute naturelle, les hardiesses les plus imprévues.

Avec cette œuvre d'apparence modeste, M. Fauré s'était placé, d'un bond, au rang des maîtres. Inconnu alors, il est aujourd'hui.

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