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TOME II

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philosophe affirmait ce dont avait douté son maître* 11 construisait la science onthologique par un audacieux effort; il élevait Dieu et le monde à la dignité du moi. Si Spinosa fut plein de Dieu, Fichte s'enivre de l'homme ; la personnalité humaine lui paraît la cause suprême des choses. Fichte fut le poète de la volonté, Spinosa avait englouti la volonté dans Fintelligence ; Fichte jeta l'intelligence dans le sein de la volonté : œuvre excellente dans son exagération. 11 fallait un penseur qui posât le vouloir de l'humanité sur une hase d'airain. Eh! d'où viendrait la puissance , si ce n'est de la volonté ? Demandez à la tribune de la Convention à quelle source sacrée les hommes qui s'y montrèrent puisèrent la force de lutter contre le monde, si ce n'est dans cet énergique vouloir qui ne connaît que deux dénouemens , le triomphe ou la mort. Générations molles et incertaines, qui promenez votre frivolité entre les cendres de nos héroïques pères et l'attente d'un monde glorieux et nouveau , contemplez un instant la déification de la volonté, et tâchez, par grâce, à cette vue, d'affermir un peu vos cœurs.

Cependant un jeune esprit avait été frappé des doctrines de Fichte , et il répétait avec lui : Ce que je veux, je le peux. Nous parlerons ici d'un philosophe mort à vingt-neuf ans, venu à la pensée et â la vie entre Fichte et Schelling.

A ceux qui doutent encore que la philosophie et la science des idées puissent élever dans Famé des émotions tragiques et décider de la vie, il faut mon-

trer Novalis. Frédéric de Hardenberg, qui adopta le nom de Novalis, premier nom de sa famille (1), naquit le 22 mai 1772, dans une terre du comté de Mansfeld . Il vécut vingt-neuf ans pour les idées, pour l'amour et la religion. Il succomba de bonne heure sous le faix de la vie. L'idéal le déchirait, et il n'avait à op-r poser à ses coups divins, qu'une organisation débile, gracieuse enveloppe de la plus belle des a m es. Novalis a succombé après avoir tout senti et tout conçu, après avoir exhalé sur la nature des choses et sur la vérité de sublimes pressentimens qui souvent ont servi de lueur et de fanal aux penseurs didactiques venus après lui.

Un duel terrible partageait le génie de Novalis : Fichte et Spinosa s'y cambattaient toujours. Avec le # panthéiste , le jeune penseur était plein de Dieu , avec Tégothéiste, il était plein de l'homme, et tour à tour promenant sa méditation d'un terme à l'autre, il cherchait avec effort et douleur la loi de communion entre la Divinité et l'humanité. Voilà le secret des douleurs philosophiques de Novalis. Il portait dans son ame tout le poids du problème que veut aujourd'hui enfanter le monde. Voici quelques pensées qui témoigneront de ses admirables tourmens,

a Ficht'es Ausfûhrung aeiner Idée ist wohl der beste Beweis des Idealismus. Was ich will, das kann

(1) Novalis fut le premier nom d'une des branches de la fa«< mille de Hardenberg.

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ich. Bei dem Menschen ist kein Ding unraœglich. »

La déduction des idées de Fichte est la meilleure preuve de l'idéalisme. Ce que je veux, je le peux. Aucune chose n'est impossible à l'homme.

u Ich. — Nicht ich , der hœchste Satz aller Wissenschaft und Kunst. »

Moi. — Non moi, voilà le principe suprême de toute science et de tout art.

« Die wahre Philosophie ist durchaus realisticher Idealismus oder Spinozismus ; sie beruht auf hœhe- . rem Glauben. Glauben ist vom Idealismus unabtrennlich. »

La vraie philosophie est l'idéalisme réel ou le spinosisme. Elle repose sur la foi la plus élevée. La foi est inséparable de l'idéalisme.

« Wir denken uns Gott persœnlich , wie wir uns selbst persœnlich denken. Gott ist gerade so persœnlich und individuell, wie wir, denn unser sogennantes Ich ist nicht unser wahres Ich , sondera nur sein Abglanz. »

Nous nous représentons Dieu personnellement, comme nous nous représentons personnellement nous-mêmes. Dieu est aussi personnel et aussi indi-

viduel que nous-mêmes , car ce que nous nommons notre moi, n'est pas notre véritable moi , mais un reflet de Dieu.

Le voyez-vous cet homme, partagé entre Fichte et Spinosa, errant entre lui-même et Dieu? Continuons de l'entendre sur divers sujets.

« Was ist die Natur? ein encyclopœdischer, systematischer Index, oder Plan unsers Geistes. »

Qu'est-ce que la nature? un index encyclopédique et systématique, un plan de notre esprit.

«i Die Natur ist das Idéal. Das wahre Idéal ist mœglich, wirklig und nothwendig zugleich. »

La nature est l'idéal. Le véritable idéal est possible , réel et nécessaire tout ensemble.

« Das hœchste Leben ist mathematik. »

La plus haute formule de la vie est mathématique.

« Der OBchte Mathematiker ist enthusiast, per se. Ohne Enthusiasmus keine Mathematik. ».

Le véritable mathématicien est enthousiaste , per se. Sans enthousiasme, point de mathématiques.

« Reine mathematik ist Religion. »

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La pure mathématique est religion

« Traurigkeit ist symptom , eine Stimmung der Sécrétion. Freude Symptom des Gênasses, der Nutrition. >»

La tristesse est le symptôme, une forme de la sécrétion. La joie est le symptôme de la jouissance, de la nutrition.

« Die Sculpturund die Musik stehen sich, als entgegensetzte Hœrten, genenûber. Die Malerei macht schon den Uebergang. Die sculptur ist das gebildete Starre. Die Musik das gebildete Flûssige. »

La sculpture et la musique sont vis-à-vis Tune de l'autre comme deux corps opposés. La peinture sert de transition et de lien. La sculpture est la forme artiste du solide ; la musique est la forme artiste du fluide.

« Der œchte Dichter ist allwissend ; er ist eine wirkliche Welt in kleinem. »

Le vrai poète sait tout ; c'est un univers en petit.

« Die Poésie ist der Held der Philosophie. Die Philosophie erhebt die Poésie zum Grundsatz ; sie

lehrt uns den Werth der Poésie kennen. Philosophie ist die Théorie der Poésie; sie zeigt uns, was die Poésie sey ; dass sie Eins und Ailes sey.

La poésie est le héros de la philosophie. La philosophie élève la poésie au principe des choses : elle nous apprend à connaître la valeur de la poésie. La philosophie est la théorie de la poésie; elle nous montre ce qu'est la poésie; elle nous montre que la poésie est l'unité et l'universalité des choses.

« Die Trennung von Philosoph und Dichter ist nur scheinbar und zum Nachtheil beider. Es ist ein Zeichen einer Krankheit und krankhaften Constitution. »>

La séparation du philosophe et du poète n'est qu'apparente et ne peut être que pernicieuse à tous deux. Elle est un symptôme de maladie et l'indice d'une mauvaise constitution «

« Philosophie klingt wie Poésie , weil jeder Ruf in der Ferne Vocal wird. »

La philosophie sonne comme la poésie, parce que chaque cri dans le lointain devient vocal.

« Dastheatreistdie thaetige Reflexion desMenschen ûber sich selbst. »

Le théâtre est la réflexion active de l'homme sur lui-même.

« Das lyrische Gedicht ist das chor im Drama des Lebens, der Welt. Die lyrischen Dichter sind ein aus Jugend und Alter, Freude, Antheil und Weisheit lieblich gemischter Chor. »

La poésie lyrique forme le chœur dans le draine de la vie et du monde. Les poètes lyriques forment un chœur composé de jeunesse, de vieillesse, de joie, de pitié et de sagesse.

« Das Yolk ist eine Idée. Wir sollen ein Volk wer. den. Ein vollkommener Mensch ist ein kleines Volk. Aechte Popularitât ist das hœchte Ziel des Menschen. >»

Le peuple est une idée. Nous devons être un peuple. Un homme parfait est un petit peuple. La vraie popularité est le but le plus élevé de l'homme.

Voici dans Novalis le mélange des idées monarchiques et républicaines :

« Es wird eine Zeit kommen, und das bald, wo manallgemein ùberzeugt sein wird, dass kein Kœnig ohne Republik, und keine Kepublik ohne Kœnig besthehen kœnne; dassbeideso untheilbar, wie kœr-

per und Seele, und dass ein Kœnig ohne Republik, so wie eine Republik ohne Kœnig, nur Worte ohne Bedeutung sind. Daher enstand mit einer aechten Republik immer ein Kœnig zugleich , und zugleich mit einen œchten Kœnige eine Kepublik. Der aechte Kœnig wird Republik, die oechte Republik Kœnig sein. »

Un temps viendra , et bientôt , où Ton sera généralement convaincu qu'un roi sans république et qu'une république sans roi ne peuvent exister, qu'ils sont inséparables comme le corps et Famé; qu'un roi sans république et qu'une république sans roi sont des mots sans signification. De cette façon , le vrai

Le vrai roi serait république; la vraie république serait roi.

« Republik und Monarchie werden durch eine Unionsacte vereinigt. Es muss mehrere nothwendige Stufen von Staaten gebeu, die aber duch eine Union vereinigt sein mùssen. »

La république et la monarchie s'uniront un jour par un pacte d'union. Il doit y avoir nécessairement plusieurs degrés dans les conditions civiles et politiques, mais toutes doivent être unies par un pacte d'unions. -

« Ein einstûrzender Thron ist wie ein fallender

Berg, der die Ebene zerschinettert, und da Ruinen und ein todtes Meer hinterlàss, wo sonst fruchtbares Land und lustige Wohnstœtte wai\ »

Un trône qui s'écroule ressemble à une montagne dont la chute et l'ébouleraent ravagent la prairie, et y font régner la ruine et la mort, où devaient fleurir le bonheur et la fécondité.

« Der vollkommene Bûrger lebt ganz im Staate; er hat kein Eigenthum ausser dera Staate. Das \œU kerrecht ist der anfang zur universellen Gesetzge-* bung, zum universellen Staate. »

Le véritable citoyen vit tout entier dans l'Etat; il ne possède rien en dehors de l'État, Le droit du peuple est le principe de la législation universelle et de l'État universel.

« Der Staat wird zu wenig bai uns verkûndiçt. Es sollte Staatsverkûndiger, Prediger des Patrioti&~ mus geben. Jetz sind die meistea Staatsgenossen autf einem sehr gemeinen, dem feindlichen sehr nahe kommenden Fusse mit ihm. »

L'État est chez nous trop peu annoncé et prêché. Il devrait y avoir des prédicateurs de patriotisme. Aujourd'hui les citoyens ont trop d'indifférence pour l'Etat; ils en sont presque les ennemis.

« Ein Character ist eia vollkommen gebildeter Wille. »

Un caractère est une volonté parfaitement formée.

u Wenn ein Mensch plœtzlich warhaft glaubte, er sey moralisch, so wûrde er es auch sein. »

Si tout à coup un homme croyait véritablement qu'il est moral, il le serait.

u Noch ist keine Religion. Man musseine Bildungsschule aechter Religion erst stiften. Glaubt ihr, dass es Religion gebe? Religion muss gemacht und hervorgebracht werden die durch Vereinigung mehrerer Menschen. »

Il n'y a point encore de religion. On doit d'abord fonder des écoles où puisse se former une véritable religion. Croyez-vous qu'il y ait une religion? La religion doit être faite et produite par l'union de plusieurs hommes.

» Religionslehre ist vvissenschaftiche Poésie. »

La doctrine de la religion est une poésie scientifique.

« Die Religion begreift das gange Gebiet des soge-

nannten Uebersinnlichen und Ueberirdischen in sich. Si ist theils theoretisch, theils praktisch. >»

La religion comprend tout le domaine du supernaturel et du super-sensible; elle est en partie théorique, en partie pratique,

«( Die katholische Religion ist gewissermassenschon angewandte christhliche Religion. Auch die Fichte* sche Philosophie ist vielleicht angewandter Christianismus. » ...

La religion catholique est déjà en quelque sorte la religion chrétienne appliquée. La philosophie de Fichte est peut-être un christianisme pratique.

« Die christliche Religion ist die eigentliche Religion der Wollust. Die sùnde ist der grœsste Reiz fuûr die Liebe der Gottheit : je sûndiger sich der Mensch fûhlt, desto christlicher ist er. Unbedingte Vereinigung mit der Gottheit ist der Z weckder Sûnde und Liebe. Dythyramben sind ein œcht christliches Product. >»

La religion chrétienne est proprement la religion de la volupté. Le péché est le plus grand attrait pour l'amour de Dieu. Plus l'homme se sent pécheur, plus il est chrétien. Une union sans condition avec la divinité est le but du péché et de l'amour. Les dithyrambes sont un véritable produit chrétien.

« Die christliche Religion ist auch dadurch vorzûglich merkwûrdig, dass sie so entschieden den blossen guten Willen im Menschen und seine èigentliche Natur, ohne aile Àusbildung, in Anspruch nimrat, und darauf, Werth legt. Sie steht in Opposition mit Wissenschaft und Kunst, und eigentlichem Genuss. »

La religion chrétienne a aussi cela de remarquable qu'elle s'adresse à la bonne volonté de l'homme, à sa propre nature, et lui en tient compte, même sans considérer la culture. Elle est en opposition avec la science et l'art, et avec la jouissance propre.

« Vom gemeinen Manne geht sie aus. Sie beseelt die grosse roajoritœt der Beschrœnten auf Erden. »

Elle émane d'hommes communs; elle anime la plus grande majorité des hommes bornés sur la terre.

« Sie ist das Licht, was in der Dunkelheit zû glœnzen anfaengt. »

Elle est la lumière qui commence à briller dans les ténèbres.

« Sie ist der Keim* ailes Demokratismus , die hœchste Thatsache der Popularitœt. »

Elle est le germe de toute démocratie , la plus haute démonstration de popularité.

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