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TOME II

« Die griechische Mythologie scheint fur die gebildeter Menschen zu sein, und also in gœnzlicher Opposition mit dem Christenthum. Der Pantheismus ist ein drittes Ende. »

La mythologie grecque parait faite par les hommes plus cultivés, et aussi se trouve en opposition directe avec le christianisme. Le panthéisme est un troisième dénouement.

« Jetz regt sich nur hie und da Geist : wann wird der Geist sich im Ganzen regen? wann wird die Menscheit in Masse sich selbst zu besinnen anfan-

gen? »

Maintenant l'esprit va çà et là : quand donc voudra-t-il se mouvoir d'ensemble? quand l'humanité dans sa masse coramencera-t-eile à se recueillir?

« Wir sollen nicht bloss Menschen, wir sollen auch mehr als Menschen sein. Mensch ist uberhaupt so viel als Universum. Es ist nichts bestimmtes. Es kann und soll etwas bestimmtes und unbestimmtes zugleich sein. »

Nous ne devons pas seulement être des hommes, nous devons être plus que des hommes. L'homme est égal au tout. Il n'est rien de déterminé. Il peut et doit être en même temps quelque chose de déterminé et d'indéterminé.

u Was ist Mysticismus ? was muss mystich behandelt werdeu? Religion, Liebe, Natur, Staat. Ailes auserwœhlte bezieht sich auf Mysticismus. Wenn aile Menschen ein paar Liebende waeren, so fiele der Unterschied zwischen Mysticismus und nicht Mysticismus weg. >♦

Qu'est-ce que le mysticisme? quelles sont les choses qui doivent être traitées mystiquement? la religion, l'amour, la nature, l'État. Tout ce qui est d'élite, et tous les élus se rapportent au mysticisme. Si tous leà hommes étaient amans, il n'y aurait jttus de différence entre le mysticisme et le non-mysticisme.

« Unser ganzes leben ist Gottesdiest. »

Toute notre vie est un service de Dieu.

Est-ce assez de sublime? toutes les idées de l'humanité rayonnèrent*elles jamais dans une ame plus ardemment? Comment n'eût-il pas été déchiré jusqu'à en mourir, ce jeune homme qui se disputait l'amour et la philosophie? Entre toutes les pensées et toutes les passions, il a eu le sort d'Orphée.

Discerptum latos juvenem sparsêre per agros.

Abreuvé de panthéisme, amant de l'humanité, serviteur de Dieu, idolâtre du moi, chrétien jugeant et dépassant le christianisme, républicain rêvant une démocratie royale, triste avec l'ancien évangile, pos-

sédé d'une allégresse enthousiaste au pressentiment d'un évangile nouveau de bonheur et de liberté, Novalis a été dans notre siècle le Christ de l'idéalisme : lui aussi dans la sainte hardiesse de sa jeunesse, s'est assis au milieu des docteurs pour les enseigner; lui aussi se hâta d'expirer pour verser son ame dans le sein de Dieu dont il était altéré.

Spinosa devait susciter encore un autre philosophe dont la pensée plus calme résisterait aux orages. Le sage d'Amsterdam a exercé sur la spéculation allemande une véritable dictature : et le panthéisme s'est emparé des esprits avec une autorité toujours croissante.

Aujourd'hui le panthéisme et le christianisme se disputent l'Allemagne, et Schelling doit à son génie le douloureux privilège d'avoir été, après la mort de Novalis, la plus noble victime de ce partage des idées.

Schelling trouva son originalité dans l'abandon de l'école de Fichte : il déserta l'homme pour passer à Dieu. Il traduisit et transforma la doctrine de Spinosa par l'identité absolue. Il dit : l'homme a l'intuition directe du un, de l'absolu; lui-même en fait partie. Les différences entre l'objet et le sujet ne sont qu'apparentes; l'organisme universel est l'expression une d'une substance unique et éternelle.

Cette philosophie rendait plus vive l'intelligence de la nature ; elle ramenait la physique à la métaphysique ; et faisait des sciences naturelles une théologie.

Par la doctrine transformée du panthéisme , la mythologie était aussi renouvelée : tous les Dieux du paganisme, glorieux titulaires des variétés de l'unité, furent vraiment honorés par la science, et jamais on ne comprit mieux les deux plus saintes qualités de l'homme, la force et la beauté*

Cependant Schelling fut troublé dans son panthéisme par un problème et par un penseur. Il se demanda comment le un absolu s'était brisé ; comment il s'était fait deux ; car enfin cette monade universelle s'était éparpillée dans la variété. Comment, pourquoi, par quelle loi ou par quel accident l'Être avait-il commencé de rayonner par l'existence? pourquoi l'unité était-elle sortie d'elle-même ? Est-ce chute? est-ce développement? est-ce progrès ou misère? voilà le problème.

Après avoir subi l'influence de Spinosa , Schelling s'était livré à Platon. La doctrine de l'Athénien vint le distraire de la sombre uniformité de la substance universelle. Platon n'a pas tant vu le monde dans lui-même que dans l'idée qui le réfléchit : après avoir posé la matière, il montre l'idée sous ses faces diverses; il l'appelle l'intelligence de Dieu, le premier objet de l'intelligence de l'homme , la mesure de la matière , le type du monde sensible , l'essence même. Platon sépare le monde de Dieu; voilà le penseur qui a troublé le panthéisme de Schelling.

Le problème de la création et la philosophie de

Platon amenèrent Schelling à contempler de plus

près le christianisme. Ce spectacle ne le convertit

pas, mais le partagea* Aujourd'hui Schelling est incertain entre le christianisme et le panthéisme, entre l'identité de Dieu-monde et la tradition chrétienne de la création.

Schelling en est venu à ce résultat d'appeler le polythéisme un procédé de l'homme, et la révélation chrétienne une action libre de Dieu. Mais s'il a eu raison de dire que le point de départ de l'homme et de l'humanité est un acte de volonté, de magie , de puissance , pourquoi donc interrompre la continuité du vouloir humain et faire entre l'antiquité et les temps modernes une espèce d'entr'acte qui ne peut être rempli que par un intermède merveilleux ?

La force a manqué à Schelling pour affirmer l'iden» tité morale des actes et des destinées de l'homme. Le drame du genre humain est un , et depuis que l'homme figure sur le théâtre du monde, il n'a pas joué deux pièces , il n'en a joué qu'une. Le christianisme est sorti de la conscience du genre humain , et le même homme a passé naturellement du culte de Minerve à celui de Jésus-Christ.

Schelling a eu la gloire de renouveler le premier la doctrine de Spinosa et de jeter les fondemens d'un nouveau panthéisme. Il a été avec Novalis la spontanéité dans l'organisme de l'identité métaphysique. Naturellement idéal , il a condamné le rationalisme,%ts'appuyant sur cette maxixe d'un philosophe grec , Te* (txjoi W'J toùfitrefov tent xo Bocjfxst^m^ la passion

du philosophe est l'admiration , il a célébré la nature, l'histoire et l'homme par une ode onthologique,

dont les dernières strophes ne concordent pas avec les premières. Annonciateur de l'identité, il n'a pas été identique à lui-même. Il a commencé , puis il a faibli : Hegel a consommé , puis il est mort.

Tout comprendre et tout expliquer; contraindre la réalité tout entière à recevoir de la pensée sa valeur et son existence ; envelopper l'universalité des choses dans la logique , tout résumer , comme pour préparer tous les élémens de la pensée à une révolution inévitable : voilà l'œuvre de Hegel. Le peuple romain avait reçu la mission de rassembler le monde sous son joug , afin que le monde pût se renouveler avec plus de facilité : on dirait que le philosophe allemand a été chargé de coordonner toute la philosophie dont peut disposer l'humanité , afin que la philosophie pût se transformer par des développemens nouveaux et féconds.

Hegel a deux termes analogues dans les fastes de l'esprit humain , l'un dans l'antiquité, l'autre chez les modernes , Àristote et Leibnitz. Pas plus qu'Aristote et Leibnitz, il n'a eu l'initiative d'un mouvement philosophique : comme le maître d'Alexandre, venant après Platon , comme Leibnitz succédant à Descartes, il a étendu ce que d'autres avaient posé. Logicien du panthéisme moderne , il a consommé la doctrine de l'identité par une affirmation sans mollesse et par une application sans bornes. Jamais plus rude guerre n*a été faite aux différences apparentes : Hegel prononce l'identité de l'absolu et de l'idée, de l'objet et du sujet , et il enferme toutes les variétés dans la

substance de l'Etre en soi , dont la sublime abstraction est la divinité du monde et le monde lui-même.

La logique est le commencement et la base du système de Hegel ; elle est la science de ridée pure, c'est-à-dire de l'idée dans l'élément abstrait de la pensée (l). Son véritable point de départ est le savoir immédiat. L'affirmation de l'Etre prime toutes les catégories de l'existence.

Dans l'encyclopédie des sciences philosophiques, Hegel a coordonné tous les objets du savoir et de la connaissance; il y a résumé toute sa philosophie : jamais concision plus rigoureuse ne fut appliquée à un plus vaste ensemble.

Après la logique (2), qui est le fondement de la doctrine , et l'encyclopédie qui en est l'expression la plus générale , les plus grandes applications qu'il fit de son système sont la philosophie de l'histoire , la philosophie du droit, l'histoire des religions , et l'histoire de la philosophie.

Pour la première fois la philosophie de l'histoire revêtit des formes entièrement dialectiques. Vico avait commencé l'application de la logique à l'intelligence des destinées humaines; Schelling avait

(1) Dielogikist die Wissenschaft der reinenldee, das ist der Idée, im abstracten Elemente des Denkens.

(2) Hegel a commencé sa carrière philosophique par une Phénoménologie de V esprit, quia été réimprimée dans la belle édition complète de ses œuvres que ses disciples et amis achèvent en ce moment.

aussi tourné la métaphysique aux conséquences et aux applications historiques ; mais personne avant Hegel n'avait disposé de l'histoire avec une semblable autorité. Il la fait descendre de l'idée même , puis une fois qu'elle est créée, il la déroule avec un ordre impérieux que rien ne peut troubler. Cette manutention logique de l'histoire eut l'avantage d'exciter les esprits à chercher dans les faits humains la contre-épreuve exacte des conceptions idéales.

La philosophie du droit, après avoir défini le droit par l'idée, en analyse toutes les parties. Jamais l'artifice de l'enchaînement et de la déduction n'a été plus industrieux. De toutes les philosophies du droit qu'a produites l'Allemagne, celle de Hegel est la plus systématique et la plus fortement exprimée. L'originalité n'est pas tant dans le fond que dans la méthode. Toutes les notions sont mises à leur place dans un cercle logique, et elles s'envoient les unes aux autres de la lumière par la convenance de leur position. Il est singulier de comparer la Philosophie du droit de Hegel et le Contrat social de Rousseau : dans l'un, la logique disciplinée; chez l'autre, la verve irrégulière ; dans le premier , l'enchaînement et l'autorité des formules; chez le second, la puissance et la liberté d'un grand style; dans le premier, l'intelligence posée comme principe ; dans le second, la volonté ; chez tous deux la force du génie.

Voici une déduction importante de Hegel. Quand l'esprit s'est opposé à lui-même pour se réaliser par

le droit et la morale , il revient à lui-même absolu et consciencieux à la fois ; il se développe par Fart , la religion et la philosophie. L'esthétique trouve ainsi sa place dans le système de Hegel , et Fart devient un des rayons naturels de l'idée.

L'Histoire des religions de Hegel prouve mieux qu'aucun livre que la religion n'est pas seulement un mouvement de I'arae, un éclair de l'imagination , mais le résultat complet de toutes les facultés de l'humanité. Il faut lire cette théologie de la logique. Hegel, après avoir établi la religion comme telle dans son idée propre, après avoir analysé la nature du culte, énumère les différentes phases de la religion de l'humanité. C'est d'abord la religion de la nature où le phénomène est adoré; vient ensuite la religion de la magie , de Zauberei, premier effort de l'intelligence. On voit lui succéder la religion de l'imagination , der Phantasie , où l'idée se traduit par mille images* Cependant leprogrèsde la moralité humaine continue, et vient la religion du bien et.de la lumière, des Guten oder die Lichts Religion, que représente dans l'idée la foi des anciens Perses, comme le culte de Brahma représente la religion de l'imagination ; les problèmes deviennent de plus en plus profonds; et la religion du mystère paraît : desRœthseh; c'est l'énigme du monde présentée à l'adoration des peuples par le génie de l'Egypte. Dans le sein de l'égyptianisme déjà quelque chose de plus individuel se remue , et l'humanité passe au moment de la religion de l'individualité intellectuelle , der geis~

tigen Individualité, Les Juifs , les Grecs et les Romains représentent cette époqne du genre humain . Les Juifs ont la religion de l'élévation , derErhabenkeit y car Dieu est mis plus haut qu'auparavant» La religion de la beauté appartient aux Grecs, det Schànheitj l'humanité se délecte dans l'amour de ce qui est beau. Les Romains ont la religion de la raison, de l'application et du but, der Zwechinœssigkett, oder des V erstandes. Chez eux la religion a un dessein politique, et les dieux sont les instrumens delà république. Enfin l'humanité conquiert la religion absolue, dieabsolute Religion, qui est le christianisme; l'unité essentielle de la nature divine et de la nature humaine s'est manifestée par l'Incarnation; la Trinité se compose des trois termes du développement de la substance divine* Le dénouement de l'histoire de Hegel est le christianisme constitué par la raison , et possédant la conscience de lui-même.

Il est bon, dan» notre siècle, d'examiner cette anatomie de là religion : elle est une première esquisse de l'histoire, qui doit s'écrire un jour, des institutions religieuses du genre humain. Parmi les tentatives déjà faites, 1e livre de Hegel brille par la rigueur positive de ses déductions.

Mais où Hegel triomphe véritablement, c'est dans l'histoire de la philosophie : narration méthodique des grands systèmes delà pensée humaine. Le génie de la philosophie grecque, P y thagore, l'école d'Héraciyte,Empedocle, Anaxagore, les sophistes, Socrate, Fécole de Mégare, les cyniques, Platon, Aristote, le

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Portique, le scepticisme, Épicure, sont exposés avec une fermeté de génie dont n'approche aucun autre historien de la philosophie. C'est un grand métaphysicien écrivant l'histoire de ses pairs. Ce livre est de tous ceux de Hegel celui dont Fétude et la traduction fidèle instruiraient le mieux la France.

Comme Hegel parle d'Aristote! On sent qu'il parle un peu de lui même, en décrivant le génie du Stagyrite. Quelle appréciation de Socrate, de son démon, de son procès et de sa mort! Tout ami de l'antiquité doit lire les vues nouvelles du philosophe de Berlin sur la mort de Socrate. La constitution et la légalité athénienne, le rôle admirable, adopté et soutenu par Socrate, pour assurer le triomphe d'une révolution morale, sont excellemment jugés.

Hegel dut avoir l'ame grande, l'élévation et la majesté de son génie en témoignent. Nous aimons aussi dans ce philosophe cet orgueil de l'intelligence qui domine sa pensée. Sous .des dehors modestes, sous des précautions, des ménagement et des détours, le superbe du genre métaphysique déborde. Hegel se glorifie «dans lui-même ; il s'assied en maître entre socrate et Jésus-Christ ; il prend le christianisme sous sa protection, et il semble penser que, si Dieu a créé le monde, Hegel l'a compris.

Le panthéisme, dont Spinosa est la source «t dont la philosophie allemande est le développement, est un panthéisme idéal et spirituel, qui, loin de s'enfermer dans la matière, l'élève à l'incarnation avec l'idée : il ne fait pas Dieu de tout, mais il met Dieu

dans tout. Ce panthéisme prépare une révolution religieuse» Voici comment :

Le christianisme a eu pour principal caractère d'être la religion de l'amour; et cependant il avait été aussi préparé par la science dont la philosophie grecque était alors la plus haute formule ; mais la science, après avoir procuré au genre humain les moyens de satisfaire son ame et sa moralité, se replia sur le second plan, et laissa la première place à la foi , à la charité ; le monde était avide d'amour et d'espérance : il se précipita sur les sources vives de la croyance chrétienne.

Longuraqiie bibebat amorem.

Aujourd'hui la science reparaît avec autorité, parce que le monde est avide de science; et cette fois elle ne cédera plus la première place, elle la gardera.

Que signifient ces mouvemens et ces travaux de la science qui agitent notre siècle, les inductions naissantes delaphéoologie, les palpitations prophétiques du magnétisme qui dénotent dans la sensibilité humaine des forces inconnues, et qui semblent frémir dans l'ame de la nature comme dans le cœur d'une prêtresse prête à révéler l'avenir? La science ne se remué pas en vain : elle bâtira un culte nouveau.

Dans cette œuvre, l'idéalisme germanique remplit un rôle important. La philosophie allemande a mis

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