TOME II. Il
114 AU-DELA DU RHIIf.
en évidence et sur le trône l'idée même; et par cela elle a bien mérité de nous. Déclamer contre la philosophie allemande, c'est déclamer contre un développement nécessaire de l'esprit humain.
Comme l'idéalisme grec a préparé le christianisme, l'idéalisme germanique prépare la religion qui succédera au christianisme.
Il fallait qu'avant la consécration de l'idée nouvelle dans le temple nouveau, elle fût affirmée et posée par l'-école avec profondeur et enthousiasme, comme ont fait les Allemands.
Tout est nécessaire dans l'organisme de l'humanité : tout est méthodique dans son développement et son jeu. Kant, Fichte, Novalis, Schelling, Hegel, ont rempli un office humain et social.
Percez les formes abstruses, et vous trouvez la vie. En vérité, à voir des esprits infirmes et découragés s'épuiser en agressions ridicules contre la philosophie, méconnaître son rôle dans l'histoire du monde, ne pas concevoir la solidarité de la science humaine, croire qu'une grande nation peut consumer trois quarts de siècle à remuer de stériles chimères, tant d'aveuglement consterne, et comme à cet aveuglement se joint le dépit et l'irritation contre le triomphe et l'empire des idées, une sainte émotion saisit l'ame, et nous pouvons à notre tour, en vertu de notre piété pour les progrès du genre humain, répondre à ces déclamations : « Arrêtez, n'outragez pas notre mère commune, la pensée humaine; ne vous servez pas du peu que vous savez pour insulter
ce que vous ne savez pas; restez, nous y consentons, dans les douceurs béates des traditions vieillies; ces traditions ont été elles-mêmes un acte de l'humanité; elles en sont aujourd'hui le testament. Mais nous ne serons pas détournés de courir à d'autres idées par vos fastidieuses colères. »