TOW
gebildet. In der jetzigen Crisis wird er gewiss nicht die Mittelstrasse gehen, sondern aufgereizt blindlings sich nach einer Seite hfrmeigen (1). »
« La chute des Bourbons est donc accomplie; je la trouve tragique, non méritée.. .. L'esprit de mensonge peut seul trouver quelque ressemblance entre Charles X et Jacques IL Où est le furieux Jeffries? où est la tentative d'opprimer l'église nationale sous la domination d'une église étrangère? où est l'alliance avec des rois étrangers pour renverser la constitution et la religion nationale ? où est l'argent de l'étranger reçu dans ce dessein? »
Der Sturz der âlteren Bourbonschen Linie ist also
vollendet. Ich finde ihn tragisch, unverdient
Nur der Geist der Luge kann Aehnlichkeit zwischen Cari X und Jacob II finden. Wo ist der wùtherich Jeffries, wo ein Streben die Nalionalkirche durch eine fremde zu verdrângen, wo eine Verbindung mit einem fremdem Monarchen, um verfassung und Kirche seines Volkes zu unterdrûcken ? Wo empfing er in dieser Absicht von Fremden Geld (2)? »
« Je ne suis point ami delà licence du journalisme:
(1) Die briefe der Fieiherrn Ton Stein-S. 309.
(2) Die briefe der Fieiherrn von Stein-S. 317-318.
la liberté de la presse peut être très avantageuse pour les libraires, mais je la crois faite pour égarer l'opinion qui déjà trouve d'assez détestables alimens dans les feuilles françaises.
« Au seizième siècle, les paysans révoltés brûlaient, pillaient, détruisaient tout pour conquérir la liberté évangélique. Au dix huitième et au dix-neuvième, nous tuons, nous volons, nous faisons la guerre pour la liberté et la constitution républicaine. Pauvre humanité! toujours fustigée par les passions! toujours dans le mensonge ! Et cependant nos prêtres rationalistes certifieront en son honneur quelle est pure du péché originel ! Voilà les vrais auxiliaires des jacobins, car en minant sourdement tout respect de la religion révélée, ils ouvrent l'arène aux perturbateurs pour s'élancer en furieux contre Tordre légal.
« Von der Ungebundenheit des Journalisms bin ich kein Freund : die Pressfreiheit mag den Verlegern sehr eintrâglich sein, sie ist aber gemacht, die ôffentilche Meinung zu verwiren die schon genug verderbliche Speise in den gelesenen franzô sischen Blàttern fîndet.
«Im 16ten Iarhrhundertbrannten,stahlen,zerstôrten die aufrûhrerischen Bauern zur Erhaltung der evangelischen Freiheit. Jm 18,en und 19tonmorden, rauben wir, fûhren Krieg ura Freiheit, um republicanische Verfassung. Armes, durch Leidenschaften gepeischtes, lugendhaftes Menschengeschlecht! von
88 AU-DELÀ DU BHIIf.
dem unsere rationalistiche Pfaffen versicbern, essey frey von der Erbsûnde. Dièses sind die treaen Gehûlfen der jakobiner, indem sie alle^Achtung vor der geoffenbarten Religion untergraben, so geben sie deu Aufrûhrern die losung zum Kampf gegen gesetzliche Ordnung(l) . .
Voilà Stein : loyal et borné, vertueux et dur, aimant ce qui est antique, traditionnel, les coutumes particulières, les franchises domestiques; ennemi du siècle nouveau, de ses passions et de ses idées; poussant la haine de la France jusqu'au délire, et puni de cette inimitié extravagante par l'ignorance complète des destinées et de la grandeur future du genre humain; chagrin, humoriste, faisant de la religion un appui des vieilles choses, espèce de Caton l'Ancien, dont le patriotisme honnête, mais étroit, est déconcerté par les raouvemens du monde.
Tel n'était pas le prince de Hardenberg, esprit vaste et ouvert, aimable, vraiment noble, portant dans les affaires une facilité brillante et toujours se* reine, dans les plaisirs les restes fougueux de l'ardeur que n'avait pas usée le travail, ayant des inclinations naturelles pour tout ce qui était grand et beau, aimant la science et l'art, et cherchant le secret de diriger les états et la vie dans l'harmonieuse* satisfaction des facultés humaines.
( I) Die briefe der Fieiherrn von Slein-S. 346.
Le cabinet de Berlin a confié aujourd'hui les affaires extérieures à un ministre que les lettres et la théologie ont occupé ayant la politique; M. Ancillon est toujours l'homme des tempéramens et du milieu: il tient honorablement sa place entre le génie et la médiocrité; sa philosophie n'est pas plus décidée que sa politique; son style n'a pas plus de vigueur que son administration; tout reste dans une mesure honnête et convenable, toujours à l'abri de la force et de la grandeur.
Les vues personnelles du roi s'accommodent de la gestion modérée de M. Ancillon; le roi veut continuer paisiblement le cours de sa vieillesse, et ne pas compromettre les prospérités qui ont réparé les disgrâces de la première partie de sa vie; heureux, justement vénéré de son peuple, il s'attache à conserver les avantages acquis : ses goûts sont simples et ne dépassent pas les limites de la vie intérieure; sa maison, qu'il préfère à son palais de roi, inspire par sa noble modestie une estime profonde pour celui qui l'habite. Le prince royal est l'objet de beaucoup d'espérances et de conjectures : on s'épuise à le deviner, il faut l'attendre sur le trône. L'habileté aux affaires humaines ne saurait se présumer, elle doit donner d'elle-même de vivans témoignages : la guerre, la politique et la tribune, ne connaissent que le succès et la puissance.
Il y a dans la vie de la Prusse une contradiction qu'il faut saisir : c'est un état nouveau cherchant à s'appuyer sur de vieilles mœurs. Ainsi en 1808, une
ordonnanceorganisa le régime municipal (Stàdteordnung).; elle établit en principe que les intérêts municipaux seraient gérés parla bourgeoisie elle-même, et que cette gestion serait confiée à une assemblée de députés représentant la commune; vingt-trois ans après , une autre ordonnance révisa la première , (revidirte Stâdteordnung, 17 mars 1831), et donna beaucoup plus d'empire aux coutumes particulières, à ce qui dans chaque ville et chaque province se trouve différent et individuel (1). Mais la vie générale de l'état est un problème plus sérieux pour la Prusse; voici ses embarras :
La monarchie prussienne est composée de pièces de rapport jointes ensemble par la conquête; le Brandebourg est le berceau et le siège de la monarchie , mais il n'en est pas le centre. Berlin est une métropole isolée qui reçoit avec orgueil les hommages de sujets lointains. La capitale est trop aux extrémités de la monarchie et de l'Allemagne; dans cette position l'unité de l'état est tout entière dans la main d'un roi militaire. Figurez-vous une tribune à Berlin, un forum , une arène qui réunirait le Silésien et l'homme des bords du Rhin , l'habitant de Mémel et celui de Clèves, quelle collision! La faiblesse de la monarchie serait trahie sur-le-champ : il est de la destinée de la Prusse si intelligente et si instruite de ne pouvoir tolérer le gouvernement delà parole et de la liberté.
(1) \ oyei dam ï Historische politische seitschrift von Ranke, un travail de M. de Savigny, intitulé : Die PreussUcho-Siaed, tordnûng.
En vain le prince de Hardenberg présenta à la signature du roi l'octroi d'une constitution représentative, il ne put triompher des ajournemens de la royauté qui n'avait pas tort dans sa répugnance.
Chaque état a sa loi ; la Prusse est faite pour la guerre et la science, mais non pour la tribune.
Il est impossible de tourner cette difficulté avec plus d'art que ne Fa fait la politique du cabinet de Berlin : le roi a créé spontanément des représentations particulières qui puissent faire oublier l'absence d'une représentation générale; par une ordonnance du 5 juin 1823, il établit des états provinciaux : la propriété foncière fut la condition nécessaire pour y siéger; il appartient à ces états de délibérer sur les projets de loi qui intéressent chacune des provinces; ils peuvent adresser des pétitions et des plaintes sur leurs affaires particulières; ils délibèrent avec indépendance sur leurs droits et intérêts communaux. Il y a des provinces où les états se composent de quatre états, d'autres où seulement de trois. Dans toutes les conditions, les qualités de propriétaire et de chrétien sont indispensables. Les députés sont élus pour six ans : les délibération s sont secrètes, mais leur résultat est rendu public.
Le pouvoir exécutif est énergique et vigilant : l'administration centrale a toujours auprès d'elle des hommes de chaque province dont les indications l'empêchent de froisser par ignorance des intérêts réels; rien n'est épargné qui puisse ajouter à la vigueur et à l'habileté du gouvernement.
92 AU-DELÀ DU RMïf .
La justice est un mélange de traditions féodales et de quelques imitations des institutions françaises. Le Code Napoléon régit les bords du Rhin; le Landrecht, l'intérieur de la monarchie.
Jamais gouvernement ne s'est montré plus soucieux de l'instruction et de la science : dans aucun, autre état de l'Europe, l'enseignement primaire et l'enseignement supérieur ne fleurissent avec tant d'éclat.
En Prusse tous les jeunes gens sont soldats à vingt ans ; solliciter une exemption serait courir après le déshonneur. Ceux qui ne veulent pas poursuivre la vie guerrière , restent un an sous les drapeaux , et mêlent les exercices militaires avec les études et leur éducation ; ils obtiennent ensuite un congé de deux ans; à la fin de ces trois années, on les incorpore dans la Landwehr du premier ban , ils y sont classés jusqu'à trente-deux ans, époque à laquelle ils entrent dans la Landwehr du second ban où ils restent jusqu'à trente-neuf ans. Ainsi la Prusse a une armée active, deux bans de Landwehr, et dans une lutte contre une invasion , la levée en masse, Landstuitn; ainsi contre l'ennemi elle se meut comme un seul homme, prompte, aguerrie, ardente. Pourquoi donc les Français aussi ne seraient-ils pas tous soldats, de plein droit, par droit de naissance et de courage? Qui mieux que l'enfant de la France aime les armes et les jeux de la guerre? Voulons-nous être invincibles contre l'Europe? bannissons de nos lois l'injurieuse loterie de la conscription qui semble faire du service
militaire une disgrâce; ayons comme la Prusse l'égalité devant les armes; qu'à vingt ans, tout Français connaisse l'épée, le cheval et le canon; soyons soldats pendant ces belles années de la jeunesse, où la vie dans ses impétueux élans appelle l'homme à tout embrasser et à tout conquérir. Il n'est pas de hordes si épaisses qui ne reculent devant la France en armes, comme les Troyens devant la poitrine nue d'Achille.
Une des faiblesses de la Prusse est la pauvreté de ses finances : aussi l'économie de l'administration est aussi sévère que la discipline de l'armée. Les charges de l'Etat sont immenses. La monarchie, dont la composition est récente , s'est trouvée depuis dix-neuf ans dans la condition d'un ménage nouveau qui s'organise : elle est obligée de faire face en même temps aux dépenses les plus diverses; ainsi l'université de Bonn a dû être établie avec une rapidité dispendieuse. Il a fallu donner à Berlin la magnificence convenable à la capitale d'un grand empire; et le rideau de baïonnettes toujours tendu devant l'Europe cache quelquefois l'épuisement sous les apparences de la force.
Sans marine, sans colonies (1), la Prusse a imaginé d'envelopper l'Allemagne dans une vaste association de douanes qui, sous le prétexte de l'unité,
(1) Le prince Puchler Muskau demande pourquoi la Prusse n'aurait pas de colonies, dans les mers de Chine, par exemple : il lui désire aussi un Botany-Bay. Tutti frutti, t. 1, p. 198, 199. Stuttgart, 1834.
mette en sa main la circulation des produits du commerce, de l'industrie et de l'agriculture. Elle a presque tout envahi; elle poursuit avec persévérance auprès des états dis&idens les accessions qui lui manquent; elle demande même à l'Angleterre son consentement pour le Hanovre, au Danemarck pour le Holstein.
Quand le cabinet de Berlin eut commencé de concevoir sa ligue commerciale , il joua l'Autriche avec un art infini : M. de Metternich ne vit dans les propositions de la Prusse à quelques petits états qu'une mesure de police. Depuis deux ans seulement , il a compris que la monarchie de Frédéric poussait doucement la monarchie de Marie-Thérèse en dehors de la solidarité germanique.
Au congrès de Vienne, Penipereur François ne put accepter le titre d'empereur d'Allemagne que lui demandaient de reprendre quelques anciennes maisons de l'Empire : il n'aurait jamais obtenu le consentement de la puissance nouvelle qui affecte le protectorat de l'unité allemande. Il y a un siècle, Voltaire écrivait à Frédéric (B août 1738) : « Il faut » que Votre Altesse Royale pardonne une idée qui » m'a passé par la tête plus d'une fois. Quand j'ai vu » la maison d'Autriche prête à s'éteindre, j'ai dit en n moi-même : Pourquoi les princes de la commu- » nion opposée à Rome n'auraient-ils pas leur tour?
* ne pourrait-il se trouver parmi eux un prince assez » puissant pour se faire élire? La Suède et le Dane-»
* marck ne pourraient-ils pas l'aider? Et, si ce prince
>» avait de la vertu et de l'argent , n'y aurait-il pas >» à parier pour lui ? Ne pourrait-on pas rendre l'em- » pire alternatif comme certains évêchés qui appar- >» tiennent tantôt à un luthérien, tantôt à un romain? » Je prie Votre Altesse Royale de nie pardonner ce » tome de Mille et une Nuits. »
Cum canerem rcges et praelia , Cynthius au rem Vellit et admonuit.
Aujourd'hui la monarchie de Frédéric ne considère plus comme uu rêve le projet de dominer l'Allemagne, abandonnant au temps le soin de consommer son ouvrage et sa puissance : les nomsdes choses sont les secrets de Dieu révélés par le temps. Le titre d'empereur est vieux; il est d'ailleurs attaché à la profession de foi catholique , et la force de la Prusse est de représenter le génie du protestantisme.
Jamais un grand empire ne s'est trouvé dans une situation plus délicate : la Prusse a du fer et pas assez d'argent; intelligente, elle craint la liberté ; savante , elle redoute l'application de la science et des idées aux destinées humaines; elle défend l'indépendance religieuse , et poursuit de rigueurs implacables l'indépendance politique; elle est pressée entre l'Autriche, la Russie et la France; du fond du Brandebourg, elle pousse aujourd'hui ses frontières presque jusqu'aux portes de Metz : cette position la fait incliner à l'amitié de la Russie, elle ne s'aperçoit pas que Saint-Pétersbourg est plus menaçant pour
Berlin que Paris. Cependant elle n'a pris sur rien encore un parti irrévocable; mais cette démocratie militaire ne saurait vivre long-temps sans une direction décidée et sans un grand homme.
Les bords du Rhin semblent devoir être entre la Prusse et la France un débat éternel. Le Rhin fait l'orgueil de l'Allemagne, et sur Tune et sur l'autre rive, Thistoireet la civilisation germanique ont semé d'elles-mêmes de vivans témoignages.
Nous sommes médiocrement touchés de la théorie des limites naturelles tracées par les fleuves et les montagnes : les configurations du sol et du climat peuventêtreun indice de la vérité politique, mais ne la font pas. Sans nier que la nature semble inviter l'empire de France à se prolonger jusqu'à la rive gauche du Rhin, nous aimons mieux chercher dans l'intérêt et l'esprit des peuples la raison de ce qui doit être.
Il faut avouer que les villes rhénanes portent sur le front l'empreinte du génie germanique. Ainsi Cologne, cette colonie romaine, attestant son origine par un magnifique débris du temple antique dont elle a fait un hôtel-de- ville, jetait au moyen-âge le double éclat de la religion et du commerce ; elle contenait cent cinquante mille habitans et deux cents églises; commerciale et catholique, elle était la plus illustre cité de l'Allemagne et méritait ce dicton : Qui n'a pas vu Cologne, ne connaît pas la Germanie : Qui non vidit Coloniam , non tidit Germanium. Aixla-Chapelle retient encore dans ses souvenirs tout
l'orgueil de l'Empire; elle offre à l'adoration du monde le tombeau du grand Karl, Carolo magno , et dans sa fierté semble tenir pour indifférent d'appartenir aujourd'hui à la patrie de Napoléon ou à celle de Frédéric.
Mais si les traditions du passé sont germaniques , l'esprit nouveau des provinces rhénanes ne reste pas immobile sous leur charme « Voici la situation : le Rhin n'est pas enfermé dans un empire ; mais il sépare deux nations. Les bords du Rhin ne peuvent s'appartenir à eux-mêmes; les provinces de la rive gauche, nous ne voulons point parler ici de la rive droite , doivent être de grandes municipalités fleurissant sous le protectorat d'un grand état. Quel sera ce protectorat? celui de la France, ou celui de la Prusse? celui de Paris, ou celui de Berlin? Voilà la question.
Sur les hors du Rhin les réminiscences de l'histoire, les habitudes de la religion, les méthodes de la science sont allemandes; mais la législation, les idées politiques et positives, sont françaises. La Prusse a dû respecter l'influence du Code Napoléon, comme nous devrions à noire tour respecter et cultiver les traditions de la science allemande qui fleurit à Bonn. Cologne, qui ne compte aujourd'hui que soixante-quatre mille habitans, incline à la liberté et à l'indépendance, et les rencontrerait davantage du côté de la France que du côté de la Prusse. Trêves aime peu la domination protestante de Berlin, et croirait respirer plus librement sous une influence
TOHI I. 9
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catholique. La Prusse a voulu établir sur les bords du Rhin le règne moral de la science et du protestantisme germanique : le 18 octobre 1818, anniversaire de la batille de Leipsig, elle a fondé l'université de Bonn ; mais elle a été contrainte de la partager entre la foi catholique et la foi de Luther. De même, au milieu de ses soins pour allumer le fanatisme allemand, elle a été forcée de laisser debout la loi française.
Les peuples de la rive gauche n'aiment ni ne haïssent la France et la Prusse pour elles-mêmes; mais elles désireront l'amitié de la puissance la plus bienfaisante. Il serait insensé de faire de la conquête des provinces rhénanes le but unique d'une guerre , et de vouloir administrer Cologne et Aix-la-Chapelle comme une ville de Champagne ou de Normandie. Hormis Landau, Sarrlouis, et Sarrbruch, anciennes possessions françaises, la France ne doit rien demander qu'aux intérêts positifs des populations riveraines. Qu'elle se relève elle-même de l'abaissement de sa politique ; qu'en s'abandonnant au cours heureux de ses qualités naturelles, elle se montre bonne, vaillante, humaine, désintéressée, alors elle verra venir les peuples à elle ; ce n'est pas une condition malheureuse que la protection de la France. Les peuples de la rive gauche pourront trouver un jour plus de douceur et de félicité à reconnaître la suzeraineté de Paris que celle de Berlin.
Entre la Prusse et la France, il y aura nécessairement une émulation ardente. A qui la palme de la
civilisation et de l'intelligence? à qui un jour le prix du combat? On peut dire de la rive du Rhin comme de la succession d'Alexandre : Au plus digne.
La grandeur de la Prusse, s'accomplissant dans ses voies naturelles, ne saurait répugner à la France. Si les stipulations du congrès de Vienne n'eussent point amené la Prusse sur les bords du Rhin , nous Saurions pas géographiquement de raison pour la combattre. Puisque la monarchie prussienne aspire à s'élever de plus en plus comme la tête du corps germanique, elle doit chercher à s'enraciner au milieu de l'Europe, et non pas à se prolonger dans des extrémités qu'elle ne pourrait pas toujours défendre. Elle doit représenter la race allemande entre la race slave et la race romano-celte.
La vraie politique consiste dans l'obéissance à la nature des choses. Les petits états sont les satellites nécessaires des grands empires. La Saxe incline à la domination prussienne inévitablement, et Dresde un jour doit obéir à Berlin. La même cause entraînera le Hanovre.
La même cause doit dans l'avenir investir la France de la Belgique, et Bruxelles doit dépendre de Paris, comme Dresde de Berlin. La Belguque est une province fertile, connaissant les prospérités de la vie civile et matérielle , mais ne pouvant obtenir seule r efficacité de la vie politique. Elle a besoin de tenir à un autre corps; la Hollande ne lui convient pas : lier ensemble Bruxelles et Amsterdam, c'est en vérité attacher un quadrupède à un poisson. Mais la Franco
offre naturellement son protectorat à un pays qui parle sa langue et se nourrit de sa littérature.
Le lion de Waterloo n'est point un obstacle éternel à ce que la France attire la Belgique ; on peut le renverser. Waterloo a été l'épilogue pathétique d'une lutte de vingt années où tour à tour la France a défendu et sacrifié la liberté, où elle a secouru et opr primé l'indépendance des peuples; où les principes de droit et de justice finirent par se confondre et se déplacer violemment. Si de nouvelles guerres s'entamaient, la cause en serait claire à tous, et jamais les hommes ne se seraient battus aveo plus de réflexion. Quant à la fortune, puisqu'elle a souvent protégé les folies de notre gloire , pourquoi refuse* rait-elle ses faveurs à l'excellence de notre droit ?
L'Allemagne est assise au milieu de l'Europe; elle a pour elle l'antiquité des souvenirs, la force dans le présent, et un avenir obscur dont les ténèbres se dissiperont à la lumière d'une gloire inconnue. La Prusse lui prête la puissance acérée de l'épée, l'Autriche les traditions de l'empire des Césars, la Saxo la foi vivante de la réforme, la Bavière la poésie d'un catholicisme presque italien. Nouvelle avec la mo~* narchie de Frédéric, antique par les successeurs de la maison de Habsbourg, protestante avec Luther, catholique avec Munich et le Tyrol, l'Allemagne a tous les aspects. De jeunes monarchies constitutionn elles s'efforcent de se développer dans son sein; les duchés et les principautés travaillent à retenir leur importance individuelle; quatre villes, reste de l'an*
cienne Hanse, et qu'on appelle encore libres, représentent, comme dans la Grèce antique, l'opulence indépendante du travail et du commerce : cependant l'Autriche cherche à retenir la nation sur le penchant du siècle ; la Prusse se trompant de mission et de devoir, veut de son côté enfermer la liberté dans le cercle de la métaphysique et de la religion. C'est avec ces forces et ces dispositions, entre le passé et l'avenir, entre la Russie et la France, entre le Rhin et l'Oder, que l'Allemagne féodale et métaphysique, morcelée et vivante, idéaliste, rêveuse, jeune, pleine d'espoir et de vigueur, cherche la loi de ses destinées et de sa grandeur.
L'Italie reçut dans les dernières années du dixhuitième siècle, l'impulsion première qui doit là conduire un jour à la liberté j et tes Gaulois descendirent chez elle, non plus pour brûler le Capitole, mais pour le relever. Bonaparte commença sa vie par arracher aux Autrichiens la patrie de César; il convenait à l'Italie : Corse, il en comprenait le génie. Il lui apporta au milieu de ses foudres de guerre, des changemens tempérés, qui, sans détruire de fond en comble la vieille société du moyen-âge, jetèrent
au milieu des ruines nécessaires les fondemens d'une société nouvelle. L'unité de la loi civile, les établisseraens de la féodalité démantelés, Rome désignée comme devant être un jour la capitale de la nouvelle Italie, sont les rudimens immortels d'un affranchissement attendu.
Entre l'Italie et l'Allemagne, Bonaparte jeta l'épisode de l'Egypte; il convenait aussi à l'Orient. 11 y parut peu de temps, mais sa trace a duré, et si aujourd'hui les Français dans les nomes de l'Egypte sont aimés et puissans, c'est qu'ils sont couverts du nom de Bonaparte. En Orient, la gloire est révérée comme un signe de Dieu : on traverse tous les périls avec un pareil firman. Bonaparte nous rouvre l'Orient dont nous séparaient trop le nom et l'humilité de Jésus-Christ.
L'homme qui convint si fort à l'Italie et à l'Orient, comprit-il aussi bien l'Allemagne?
C'est par l'Italie que Napoléon s'ouvrit l'Allemagne. Il inaugura le dix-neuvième siècle par la bataille de Marengo (14 juin 1800), et le 9 février 1801 la paix de Luné ville affermissait les résultats conquis
par la révolution française et consacrés par le traité de Campo-Formio.
La paix de Lunéville renouvelait la cession des provinces belgiques à la France qui recevait aussi sur la rive gauche du Rhin le comté de Falkenstein et le Frickthal, avec toutes les possessions de l'Autriche, avec tous les domaines qui faisaient partie de
NAPOLÉON ET t' ALLEMAGNE. 107
l'Empire, depuis Baie jusqu'à l'endroit où le Rhin se jette en Suisse.
Le même traité garantissait l'indépendance des républiques batave, helvétique, cisalpine et ligurienne, et la faculté, aux peuples d'adopter telle forme de gouvernement qu'ils jugeront convenable.
Cependant cette nouvelle répartition de territoires entre l'Allemagne et la France, conclue par l'empereur et la république * ne pouvait s'accomplir sans des arrangemens et des indemnités en faveur des petits princes. Aussi l'article 7 de la paix de Lunéville énonçait un principe dont on était déjà tombé d'accord à Rastadt, que l'empire germanique serait tenu de donner aux princes héréditaires qui se trouvaient dépossédés sur la rive gauche du Rhin , un dédommagement pris dans le sein de l'empire même. Mais plus d'une année s'écoula sans que le corps germanique et la cour de Vienne aient commencé la répartition de ces dédommagemens. Le premier consul, alors allié de la Rusie, l'engagea à intervenir avec lui dans la négociation à suivre pour l'exécution de la paix de Lunéville, et l'on vit le czar et le premier magistrat delà république française déclarer vouloir rétablir l'équilibre qui subsistait avant la guerre en tre les principales maisons d'Allemagne.
Une des plus notables institutions du moyen-âge vint alors déployer son dernier spectacle et rendre son dernier témoignage. Le 24 août 1802, la députation de la diète germanique, dite députation de l'Empire, Reichsdeputation, ouvrit ses séances à Râ-
108 A. B -DELA DC RHIPC.
tisbonne, et le 25 février 1808 > elle promulgua uni récez en quatre-vingt-neuf articles, qui réglait les affaires de l'Allemagne. La diète elle-même approuva au nom de l'Empire le conclusum de la députation , confirma les lois encore subsistantes du corps germanique y et déclara le maintien de l'ancienne constitution dans tous les points qui n'avaient point été ébranlés.
Déclaration impuissante! vains efforts! l'empire germanique s'éteignait irréparablement : la décrépitude , déjà sensible au seizième siècle , touchait à son moment extrême. Luther écrivait au seizième siècle, en l'année 1580, dans la dédicace d'une traduction du prophète Daniel à l'électeur Jean- Frédéric de Saxe :
Es ist ailes aus und erfdllet , das rômische Reich ist am Ende, der Tùrk aufs hôchste koramen, die Pracht des Papsthums fallt dahin, und es knackt die Welt an allen Enden fast, als wollte sie schier brechen und fallen. Denndass jetz dasselbige rômische Reich unter uuserem Kaiser Karolo ein wenig aufsteiget und machtigerwird, denn es lange zeit her gewesen ist, dûnkt mich, es sey die Letzte, und fur Gott eben ein solches Ding, als wenn ein Lichtoder Slrohhalm gar ausgebrannt jelz verloschen will, so giebt's eine flamme von sich, als wollt's allerest recht anbrennen und eben mit demselbigen gehet's aus, gleichwie die Christenheit jetz auch thut mit so hellem Evangelion (1).
(1) Ce curieux passage est cité par M. le docteur Brnst Hel-
« Tout est fini, tout est accompli. L'empire romain touche à son terme, la Turquie s'élève, l'éclat de la papauté s'éclipse, et presque de tous côtés on entend un craquement du monde, comme s'il voulait se rompre et s'abîmer; car de ce que l'empire romain, sous notre empereur Charles , s'élève un peu et devient plus puissant qu'il n'a été depuis long-temps, je n'en vois pas moins l'imminence de sa ruine; on dirait aux yeux de Dieu comme un flambeau ou un brin de paille qui , au moment de s'éteindre , jette une flamme éclatante comme s'il voulait brûler toujours, et meurt avec elle, lien estdemême aujourd'hui de la chrétienté , avec son évangile si clair.
Qui donc était chargé d'accomplir la prophétie de Luther? Un Corse, un Italien placé sur le trône de France. Il ne fut pas donné à un prince allemand de détruire l'Empire, ni à un soutien de la réforme de déchirer la pourpre impériale du catholicisme. Pour faire cette œuvre, la Gaule se créa un Charle-
ving dans sa remarquable histoire de la Prusse, Geschicte des Preussischen Staats.