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magne, et quand elle lui eut donné le double sacre du pavois militaire et de la bénédiction papale, elle Fenvoya mettre en pièces le sceptre des Othon .
Pitt, ce grand et nouveau Sylla de l'aristocratie européenne, avait obtenu de l'Autriche de détourner sur elle les coups que la France destinait à l'Angleterre. Une troisième coalition fut formée; elle fut rompue par la victoire, par la rapidité des conceptions du chef, par l'agilité de nos soldats qui disaient que l'empereur se servait plus de leurs jambes que de leurs bras, par une de ces batailles qui défont et recomposent l'économie du monde. 11 est vrai qu'entre Ulm et Austerlitz, la fortune jalouse nous envoya le désastre de Trafalgar, et Paris manqua de la gloire dont avait joui Athènes, de triompher au même moment de ses ennemis, sur terre et sur mer.
Les parties belligérantes n'étaient plus dans les conditions du traité de Lunéville. L'Autriche n'avait plus vis-à-vis d'elle, le chef d'une république, environné même dans la victoire de difficultés et d'entraves ; elle recevra la loi d'un empereur qui a dépassé les proportions connues de la gloire ordinaire, qui n'habite plus, pour ainsi parler, l'histoire, mais les régions de l'épopée, qui ne peut rencontrer dans le monde ni son pareil, ni des précédens qui le gênent, ni des résistances qui l'arrêtent.
La paix de Presbourg fut signée le 26 décembre 1805. Elle fut véritablement une vengeance de l'Italie et de la Gaule sur l'Allemagne impériale. L'Italie fut entièrement fermée à la maison d'Autri-
WAPOLÉow et l'allehagiie. 111
che. Aux tenues du traité, la France devait continuer de posséder les duchés, principautés, seigneuries et territoires au-delà des Alpes, antérieurement réunis et incorporés à l'empire français (1). Vienne abandonnait Venise que lui avait cédé le traité de Campo-Formio (2). Elle reconnaissait l'empereur des Français comme roi d'Italie, mais il était convenu que les deux couronnes seraient séparées, Napoléon se réservant le droit de nommer le nouveau roi (8).
Ce n'était point assez ; l'Allemagne elle-même devait changer sous la main du conquérant : il ne prend rien pour lui-même, mais avec son épée il fait des lots et des heureux; il, fait des rois. Les électeurs de Bavière et de Wurtemberg ne disposeront plus du globe impérial, mais eux-mêmes porteront le sceptre ; ils seront rois pour être mieux les alliés de lafrance (4).
L'Autriche abandonne au nouveau roi de Bavière de belles provinces, comme le margraviat de Burgaw, comme le Tyrol avec Brixen et Trente; elle cédera au roi de Wurtemberg les cinq villes dites du Danube ; à l'électeur de Bade la ville de Constance. Il serait trop long de faire ici la liste de tous les sacriGces de l'Autriche. La grande maîtrise de Tordre Teutonique ne forma plus une principauté ecclésiastique et élective; elle fut sécularisée en faveur d'un
(1) Art. 2.
(2) Art. 3.
(3) Art. 5.
(4) Art. 7.
113 AU-DELÀ. DU RHIIf.
prince autrichien que devait désigner le chef de la maison de Lorraine- Au triche.
Enfin l'article 14 du traité brisait les liens de l'empire germanique, car il disait textuellement : « Les rois de Bavière et de Wurtemberg et l'électeur de Bade jouiront, sur les territoires à eux cédés, comme aussi sur leurs anciens Etats, de la plénitude de la souveraineté et de tous les droits qui en dérivent et qui leur ont été garantis par l'empereur des Français et roi d'Italie, ainsi et de la même manière qu'en jouissent l'empereur d'Allemagne et d'Autriche, et le roi de Prusse sur ses états allemands. L'empereur d'Allemagne et d'Autriche, soit comme chef de l'empire, soit comme co*état, s'engage à ne mettre aucun obstacle à l'exécution des actes qu'ils auraient fait ou pourraient faire en conséquence. »
C'était dénoncer au monde la mort de l'empire germanique frappé au cœur à Austerlitz. Voici de nouveaux rois égaux en indépendance à l'empereur et au roi de Prusse. Que fait aujourd'hui la diète germanique, si ce n'est de ramener sous le joug les princes que Napoléon et les constitutions représentatives avaient émancipés?
Dans le monde politique comme dans le monde naturel , les germes générateurs des choses fructifient. Napoléon, détruisant l'économie du moyenâge et créant de nouveaux rois, voulut donner à l'Allemagne méridionale une consistance et une solidarité nouvelle. Le 12 juillet 1806 , seize princes déclarèrent se séparer à perpétuité du territoire de
l'empire germanique et former entre eux unë confédération particulière , sous le nom d'états confédérés du Rhin. C'étaient les rois de Bavière et de Wurtemberg, l'électeur archichancelier , l'électeur de Bade, le duc de Berg et de Clèvcs, le landgrave de Hesse-Darmstadt , les princes de Nassau-Usingen et Nassau-Weilbourg , les princes de Hohenzollern- Hechingen et Hohenzollern-Signiaringeir, les princes de Salin-Salm, et de Salm-Kirbourg, le prince d'Isembourg-Birstein , le duc d'Aremberg , le prince Lichtenstein, et le comte de la Leyen.
L'acte de confédération abroge les lois de l'empire germanique à l'égard des parties contractantes et de leurs sujets (1). Il établit une diète dont le siège sera à Francfort , qui réglera les intérêts communs des Etats confédérés et qui sera divisée en deux collèges, le collège des rois et le collège des prince^ (2). Cette diète n'a jamais été convoquée. La diète devait décider de toutes les contestations qui s'élèveraient entre les états confédérés (3) ; la confédération se plaçait sous la protection suprême de l'empereur des Français qui, au décès de chaque prince primat , devait en nommer le successeur (4) ; l'acte réglait entre les, parties contractantes différentes cessions de territoires (5).
(1) Art. 2, art. 3.
(2) Art. 6.
(3) Art. 9.
(4) Art. 12.
(5) Art. 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20. 21, 22, 23.
Mais voici un résultat excellent et impérissable de l'acte de confédération. Les petits princes et comtes souverains , ainsi que la noblesse immédiate , perdirent toute suprématie politique et la supériorité territoriale dont ils avaient joui comme membres immédiats de l'Empire (1). La féodalité succombait. Ces princes conservaient , comme propriétaires privés , leurs domaines et leurs revenus ; mais de souverains, , ils devenaient sujets.
L'acte se terminait en réglant le contingent à fournir par chacun des confédérés pour le cas de guerre. La France devait fournir deux cent mille hommes , le royaume de Bavière trente mille, le royaume de Wurtemberg douze mille, le grand-duc de Bade huit mille, le grand-duc de Berg cinq mille, les princes de Nassau et les autres princes confédérés quatre mille (2). L'acte fut signé à Munich, et ratifié par Napoléon à Saint-Cloud.
La confédération du Rhin a disparu dans la ruine de son protecteur suprême , et ce jeu de la fortune , qui plaçait à la tête des princes de la Souabe et de la Franconie un César français n'a pu tenir ; mais certains effets ont duré. L'Allemagne méridionale a été créée dans sa forme nouvelle ; les deux royautés décrétées par Napoléon sont restées debout; la féodalité germanique ne s'est pas relevée , l'imperfection du génie est d'accoupler à des conceptions
(1) Art. 24 et 25.
(2) Art. 37.
NAPOLÉON ET i/àLLEMÀGNE. 115
durables de fragiles caprices; mais la destinée des sociétés est d'hériter du bien sur les débris des vanités qui n'ont pu vivre.
L'empereur d'Allemagne était témoin muet de la dissolution du corps germanique. Il assistait , non pas comme Charles-Quint à ses propres funérailles, mais à la sépulture de l'Empire. Il en écrivit luimême l'épitaphe par cette déclaration. « Comme nous sommes convaincus- par le nouvel acte du 12 juillet 1806 de l'impossibilité de remplir plus long-temps les obligations que nos fonctions impériales nous imposent, nous devons à nos principes de renoncer à une couronne qui n'avait de prix à nos yeux que pendant que nous étions à même de répondre à la confiance des électeurs, princes et autres états de l'empire germanique, et de satisfaire aux devoirs dont nous étions chargés. Nous déclarons que nous considérons comme dissous les liens qui jusqu'à présent nous ont attaché au corps de l'empire germanique; que nous regardons comme éteinte, par la confédération des états du Rhin, la charge de chef de l'Empire, et que nous nous considérons par là acquitté de tous nos devoirs envers l'empire germanique. En déposant la couronne impériale et le gouvernement impérial, nous absolvons en même temps * les électeurs, princes et états, et tous les membres de l'Empire, particulièrement les juges du tribunal suprême et autres magistrats de l'Empire, de leur devoir, par lequel ils ont été liés à nous comme chef légal de l'Empire d'après la constitution. » Ces paro-
116 AU-DELA DU RAIIf.
les, cette infortune qui se dénonce elle-même et se déclare irréparable > cet empereur qui abdique la tradition de huit siècles, inspirent la tristesse et le respect. Mais l'heure de l'empire germanique avait sonné; contemporain de l'éclat du moyen-âge et de la papauté, cet Empire était appelé au tombeau depuis long-temps; il se faisait attendre, il n'avait plus droit à la vie, et depuis un siècle et demi, s'il existait, c'était par grâce.
Cependant la jeune monarchie de Frédéric, bien que depuis 1765 elle eût séparé sa cause de celle de l'empire germanique, supportait en frémissant l'humiliation de l'Allemagne. Elle ne pouvait se résoudre ni à une alliance positive avec la France, ni à une guerre ouverte; elle nous haïssait et nous craignait tout ensemble; elle était la proie de l'indécision et de la colère.
Napoléon jusqu'au milieu de 1803, avait conçu et désiré la triple alliance de la Prusse, de la France et de la Russie; mais comme Berlin lui opposait toujours des ajournemens qui étaient des refus, il était contraint d'offrir tour à tour le Hanovre à l'Angleterre et à la Prusse.
Ce n'était plus le temps pour Berlin du génie sévère et positif de Frédéric, mais des ardeurs chevaleresques; mais des emportemens de patriotisme. La jeunesse, la cour et l'armée, brûlaient de se précipiter sur les légions françaises. Cette nouvelle croisade avait son Armide dans la reine de Prusse, et son Renaud dans le prince Louis-Ferdinand. Jamais sou-
NAP01ÉOH ET l'àLLEMàGITK. 117
veraine n'avait plus que la reine augmenté la puissance du trône par l'autorité de la beauté; jamais guerrier n'avait revêtu l'héroïsme militaire, de formes plus gracieuses et plus mâles que le neveu du roi. Tout cet éclat de jeunesse, d'enthousiasme et de courage, vint se briser contre l'ascendant de Napoléon, et nous fûmes heureux à Jéna.
Il fut donc donné à Napoléon d'outre passer la prospérité d'Austerlitz et de recommencer le partage de l'Europe. La Russie après les batailles de Pultusk, d'Eylau, la victoire décisive que nous remportâmes à Friedland, mit de l'empressement à traiter avec la France : elle traita sans la Prusse,
La paix de Tilsitt fut stipulée par deux traités séparés : le premier traité, de la France avec la Russie, fut signé le 7 juillet 1807; le second, avec la Prusse, deux jours après, le 9 juillet. Napoléon, dans son ressentiment que n'avait pas encore désarmé la victoire, affectait de ne pas traiter directement avec la Prusse; mais de disposer d'elle, de concert avec la Russie.
Par les traités de Tilsitt, la Prusse perdait la moitié de sa monarchie : elle perdait à l'est de l'Elbe le cercle de Kottbus, le cercle de la Prusse orientale et du district de la Netze, la Prusse méridionale, la nouvelle Prusse orientale : elle perdait à l'ouest de l'Elbe le cercle de la vieille Marche et 4e la Prignitz, le duché de Magdebourg, les principautés d'Halberstadt, d'Hildesheim, d'Eichsfeld, d'Erfurth, de Minden , de Ravensberg, de Paderborn , de Munster, de
Lingen et de Teklembourg , le comté de la Marche , les abbayes d'Essen, d'Elten et de Werden, les principautés d'Ost-Frise et de Barreuth. Elle perdait quatre millions deux cent trente-six mille ames. Le * duché de Varsovie était érigé ; les nouveaux rois de . Naples et de Hollande étaient reconnus; deux rois de plus étaient créés , le roi de Saxe (1) et le roi de Westphalie. La ville de Dantzig était rétablie dans son indépendance sous la protection de la Prusse et da la Saxe.
Napoléon s'est trompé à Tilsitt. Puisqu'il ne pouvait anéantir d'un coup la monarchie prussienne, il ne devait pas la déchirer par des mutilations qui lui mirent au cœur d'implacables ressentimens. Il n'était pas plus raisonnable d'ôter Magdebourg à Berlin, qu'il ne le serait de retrancher Péroné de l'empire français. Napoléon en démembrant ainsi un État nécessaire à l'Europe, allait contre la nature des choses : il manqua l'occasion d'attacher la Prusse à la France par une reconnaissance dont elle n'aurait jamais pu s'affranchir.
D'un autre côté, l'influence de la France touchait de trop près la Russie ; et ces deux grands empires n'étaient plus assez séparés pour rester long-temps amis.
Il faut choisir entre la Prusse et la Saxe pour donner une tête au nord de l'Allemagne : l'un de ces
(I) L'Electorat de Saxe avait été érigé en royaume dès Pannée précédente par le traité de Posnanie du 1 1 décembre 1806.
napoléon et l'Allemagne. 119
États doit être soumis à l'autre. Napoléon, en érigeant un royaume de Saxe, affaiblissait la Prusse, mais n'investissait pas la nouvelle monarchie d'une force suffisante pour prévaloir.
Le royaume de Westphalie fut composé de différons états enlevés à différens maîtres. Napoléon le constitua avec les états de Brunswick- Wolfenbuttel , avec la partie de FAlt-Mark située sur la rive gauche de l'Elbe , avec la partie du pays de Magdebourg située sur la même rive, avec le territoire de Halle, avec le pays d'Hidelsheim et la ville de Goslar, avec le pays d'Halberstadt, avec le pays de Hohenstein, avec le territoire de Quedlinbourg , le comté de Mannsfeld, l'Eichsfeldaver , Freffurt, Mulhausen, Nordhausen; avec le comté deStolberg-Wernigerode, avec les états de Hesse-Cassel , y compris Rinteln et le Schaurabourg , mais non compris le territoire de Hanau et le Catzenebogen sur le Rhin; avec le territoire de Corvey, avec Goettingen et Grubenhagen, y compris les enclaves de Hohenstein et Elbingerode, avec l'évèché d'Osnabruck , l'évêché de Paderborn, avec Minden et Ravensberg , avec le comté de Rietberg-Kaunitz (1). Est-ce là suffisamment découper la terre avec son épée et faire sortir des royaumes de la victoire et de sa volonté ?
Avant la conclusion delà paix, entre Jéna et Friedland, Napoléon avait poussé à ses dernières consé-
(1) Constitution du royaume de "Westphalie du 16 novembre 1807.
quences la guerre contre l'Angleterre; à Berlin, par le fameux décret du 21 novembre 1806, il déclara en état de blocus les Iles Britanniques. L'Angleterre est la seule puissance à laquelle Napoléon ait voulu porter des coups mortels : même en accablant la Prusse, il ne songea pas à la détruire; il humilia l'Autriche en 1809, sans l'anéantir : mais il voulut tuer l'Angleterre. Elle lui échappa le long des mers et put en Asie, en Afrique, en Amérique, et dans l'Océan Pacifique, se dédommager de la clôture de l'Europe.
Sitôt après les traités de Tilsitt, Napoléon commença de décliner insensiblement; il était élevé si haut, il obligeait le malheur de monter tant de degrés pour l'atteindre, qu'il ne pouvait en être frappé sans avoir long-temps descendu. Après Friedland, dans une proclamation à l'armée, il avait prononcé un mot fatal ; il avait dit : « Soldats , vous avez été dignes de vous et de moi. » Il en était venu à l'idolâtrie de lui-même, et le monde n'était plus pour lui qu'un temple qu'il pouvait façonner à son gré.
Si Napoléon s'ouvrit l'Allemagne par l'Italie , il la perdit par l'Espagne et la Russie. L'agression de la péninsule espagnole et sa résistance suscitèrent sour* dément en Allemagne le désir d'une nouvelle lutte; et ce fut encore l'Autriche qui donna le branle. Le traité de Presbourg lui était insupportable. L'Autriche employa l'année 1808 à d'immenses préparatifs et à une diplomatie hypocrite qui ne put longtemps donner le change à Napoléon. Au printemps de 1809, elle fit paraître son manifeste, et puis un
NAPOLÉON ET L* ALLEMAGNE. 12t
appel à la nation allemande , innovation' révotâtibnnaire que lui suggérait lé patriotisme espagnol .
L'Allemagne fut peu touchées du langage de TAutriche ; mais elle-même n'était pas si tranqiiille, et Ton vit dans la cinquième coalition des dispositions insurrectionnelles se mêler an* opérations militaires. Alors se forma contre les Français ^association dite de la vertu, Tugenburid ,] qui, des profondeurs d'un mysticisme secret* fit sortir une conspiration politique. Les hussards de la mort se rassemblèrent sous les ordres du duc de Brunswick. Le major Schill tenta d'emporter d'un coup de main le nouveau royaume de WèSèphalîe et pférit dans Stralsund repris par les Westphaliens. ïouô ces mouveraens de colère patriotique et de révolte vinrent expirer sous la main victorieuse encore de Napoléon ; mais toujours ikavaient éclaté;
Les victoires de l'empereur étaient belles ; mais
plus si décisives. On ne sent pas dans la bataille d'Ekmûll , dans l'affaire de File Lobau, dans la jour» née de Wagrara , ces irrésistibles coups d?Au&terlitz et d'iéna qui donnaient aux choses de foudroyantes et suprêmes solutions. L'ennemi, en nous cédant les champs de bataille , était moins abattu et semblait s'approcher delà possibilité de nous égaler un jour. Néanmoins l'Autriche dut subir la paix que dicta
que lui avait faites lé traité de Presbourg. Par la paix de Schœnbrun , du; 14 octobre 1809, elle perdait la Carniole, le Frioul autrichien avec Gôrz, le territoire
TOMB I. Il
de Trieste , la Haute-Carin thio , Salzbourg et Berch* tolsgaden , le quartier de l'Inn , une partie du Hausrûk, ,1a Gallicie occidentale, une partie delà Gallicie orientale cédée à la Russie , le cercle de Zamosc , le rayon de Cracovie , la Dalraatie hongroise , Fiume avec les deux tiers du comté d'Agram , le généralat de Karlstoedtet le Banat.
C'était pour l'empereur la même situation qu'à Tilsitt ; même irritation , même faute , trop ou pas assez. Napoléon ne pouvait pardonner à F Autriche de l'avoir arraché à l'Espagne , de ne lui avoir pas laissé quatre mois de plus dans la Péninsule ; alors , a-t-il dit lui-même , tout y eût été terminé. En proie à ce ressentiment, il dicta la paix d,e Schœnbrun qu'il a jugée lui-même : « Je fis une grande faute après Wagram , celle de ne pas abattre l'Autriche davantage. Elle demeurait trop forte pour notre sûreté; c'est elle qui nous a perdus. Le lendemain de la bataille , j'aurais dû faire connaître par une proclamation que je ne traiterais avec l'Autriche que sous la séparation préalable des trois couronnes d'Autriche, de Hongrie et de Bohême, »
L'année suivante, Y Allemagne fut encore remaniée pajf l'empereur. Il iuçprpora Félectorat de Hanovre à la Westphalie , il érigea le grand duché de Francfort; enfin, jusqu'où n'allait pas l'excès de la victoire? il réunit à l'ejppire français la Hollande et les villes hanséatiques. Alors , çoiûme il avait fprcé F Autriche d'ajouter au consentement de la paix d# Schœnbrun la main d'une archiduches&e , comme il ne craignait
NAPOLÉON ET l'àLLXMAGNE. 123
plus la Prusse, il se mit à songer à la Russie.
Le 28 mai 1812, Napoléon quittait Dresde ou l'empereur et l'impératrice d'Autriche étaient à la tête de sa cour; le 24 juin il passait le Niémen, le 14 septembre il entrait à Moscou, le 18 décembre il rentrait dans Paris ; en six mois il avait perdu l'empire du monde qu'il avait mis douze ans à conquérir.
La Prusse, qui, avant la fatale campagne, avait recherché avidement l'alliance française, se réunit à la Russie victorieuse et se leva contre nous. Cette fois le patriotisme fut unanime, tout s'enrôla sous les drapeaux; ce n'était pas tant une armée qui marchait qu'une nation devenant une armée.
A Kalisch et à Breslau, le 27 et le 28 février 1813, la Russie et la Prusse signèrent entre elles contre nous une alliance offensive et défensive. L'empereur de Russie promettait de ne pas poser les armes aussi long-temps que la Prusse ne serait pas reconstituée dans les proportions statistiques, géographiques et financières, conformes à l'état de la monarchie telle qu'elle était avant la guerre de 1806. Déjà en 1808, avant la paix de Tilsitt, la Russie avait proposé à l'Autriche et à la Prusse une alliance établie sûr trois points principaux, réduire la France aux anciennes limites qui la bornaient avant la révolution, élever une barrière d'états entre elle, tomber d'accord d'un système général de droit public européen. Nos prospérités d'Iéna et de Friedland avaient dissipé ces projets; la Russie les reprit avec l'orgueil delà victoire.
124 A € -DELÀ OU RHiU.
A TœplitZ;, le 9 septembre 1813, la Russie, l'Autriche et la Prusse conclurent une! triple alliance dont les bases secrètes étaient la reconstruction de la monarchie autrichienne d'après les proportions qui la cdnstUufliçi&t.avattt la paix de Presbourg, la dissolution dd la confédération du Rhin, et un arbitrage à l'amiable sur le sort futur du duché de Varsovie.
i X-'çeuyre du conquérant périssait : en vain il rétablit à Lutzen et à Ba^tzeti l'honneur de ses armei, il sucçomba sous l'effort di'un million d'Allemands 'qui repoussaient les Gauloifc modernes avec plus d'éner^ gie.que les Germains d'ArminiUs n'avaient combattu les Romain?. Après les journées de Leipsig, tout fut rompu, nos armées et nos alliances; la Bavière At un accord avçc l'Autriche e,t envoya ses troupes nous cpuper la retraite, devant le Rhin; la confédération fut dissoute, et il ne resta plu$ que les Français pOufc aimer encore et défendre la France.
, Désorn^is Napoléon ne reparaitra plus en Allemagne : douze ans .il l'avait occupée, parcourue, partagée; il lavait remuée e^n tous sens par ses armes et ses lois; il la travaillait pour ainsi dire comme une noble et précieuse matière, et, plus frappé de jour ep jour,, le métal devenait pins pur. Dans ce maniement d'un grand peuple, il en avait conçu une haute idée, car il a dit : « L'agglomération des Allemands demandait beaucoup de lenteur, aussi n'avais-je fait que simplifier leur monstrueuse complication; non qu'ils ne fussent préparés pour la. centralisation, ils
l'étaient trop au contraire; ils eussent pu réagir aveuglément sur nous avant de nous comprendre. Comment est-il arrivé qu'aucun prince allemand n'ait jugé les dispositions de sa nation ou n'ait pas su en profiter? Assurément, si le ciel m'eût fait naître prince allemand, au travers des nombreuses crises de nos jours, j'eusse gouverné infailliblement les trente millions d'Allemands réunis; et, pour ce que je crois connaître d'eux, je pense que s'ils m'eussent élu et proclamé, ils ne m'auraient jamais abandonné, et je ne serais pas ici..... Quoi qu'il, en soit, cette agglomération arrivera tôt ou tard par la forée des Choses; l'impulsion est donnée, et je ne pense pas qu'après mai chute et ,1a disparition de mon système il y ait en Europe d'autre grand équilibre possible que l'agglomération pt la confédération des grands peuples. Lé premier Souverain qui, au milieu de la première grande mêlée, embrassera de bonne foi la cause des peuples, se trouvera à la tête de toute l'Europe et pourra tenter tout ce qu'il voudra. »
Jamais l'Allemagne ne sera plus honorée que par ces paroles. Toutefois, Napoléon, qui du rocher de Sainte-Hélène jugeait ainsi la patrie de Wallenstein, n'en avait pas tout-à-fait compris le génie au plus fort de ses conquêtes. Il eut plus le tact et le goût de l'Italie que de la Germanie, l/aspect de l'Allemagne, sa religion, sa métaphysique, ses systèmes, ses universités, ses professeurs méditatifs, ses enthousiastes étudians, sa résignation mélancolique, sa patience modeste et Gère, son patriotisme indestructible
et profond, ses regards qui, de tous côtes, interrogeaient silencieusement le conquérant comme pour lui demander où il poserait la borne de ses desseins et de son empire, cette atmosphère germanique qu' obscurcissait encore la fumée des batailles, tout cela blessait naturellement Napoléon, sans l'ébranler ni le convaincre, sans lui donner des avertissemens salutaires. Cependant le couteau du jeune homme de Vienne aurait dû le faire rêver davantage, et lui eqvoyer le pressentiment de l'insurrection universelle sous laquelle il devait succomber. Mais ce Gallo-Romain ne sentait pas l'esprit germanique; de plus, il était encore aveuglé par son mépris pour l'idéal, et ce mépris le perdit sur tous les points. Napoléqn eut pour ennemis qui le domptèrent, le fanatisme espagnol, le fanatisme moscovite, le fanatisme germanique. Il fut ainsi puni de dédaigner les plus nobles propriétés dé la nature humaine; contre les forces de la religion, de la patrie, de la. révolution française, il fut réduit à n'avoir d'appui que luimême : malgré sa grandeur, ce n'était pas assez.
Mais toujours les services que Napoléon a rendus à l'Allemagne sont immortels. Il a constitué la partie méridionale de l'état germanique. Cette Allemagne du sud, si florissante au moyen-âge, languissait inférieure à Vienne et à Berlin; Napoléon la doua de vie et la mit debout.
Il a détruit la féodalité ; il la ruina dans les duchés de Berg et de Clèves, dans les pays d'Erfurt , de Fulde, de Hanau, dans le royaume récent de Bavière,
dans la Westphalie. Ainsi la constitution westphalienne établissait 1 égalité de toiïs devant la loi , et le libre exercice des cultes : elle supprimait les anciens états, les corporations et leurs privilèges.
Le Code de Napoléon a régi l'Allemagne , sauf Vienne et Berlin ; il gouvèrne encore les peuples des rives du Rhin ; il a laissé partout l'empreinte de son unité.
Ainsi le moyen-âge renversé, l'Allemagne ranimée et refaite, son unité future rendue possible, voilà les actes de Napoléon.
Que t'en semble, noble Germanie? Ecoute : tu as porté bien des héros ; tu as mis sur la surface de la terre de vaillans chevaliers, de puissans ducs et de grands empereurs ; mais pas un de tes enfans n'a servi sa mère comme l'a fait cet Italien que t'a envoyé la France. Tu manquais de grands hommes après Frédéric : les nobles courages fermentaient toujours dans ton sein, mais le génie était absent; tu n'avais plus de Maurice de Saxe, de Wallenstein. Dieu qui t'aime, parce que tu l'honores avec amour, t'a dépêché un étranger auquel tu devras imputer toute ta grandeur future. Aime donc Napoléon ; mets- le dans ton Wahalla ; adore comme un dieu l'homme qui t'a rendu la conscience de toi-même, et qui t'a iuiliée durement à la vie nouvelle. Écoute encore : tu dois reporter une partie de cette reconnaissance sur le peuple qui était avec cet homme. On t'a dit que tu devais haïr la nation qui suivait Napoléon : mensonge : tu lui dois plutôt estime et
gratitude; sans la France, où seraient aujourd'hui Ja gloire et l'originalité de l'Allemagne? Gaulois et Germains, vous êtes les una aux autres un contrasté et un aiguillon nécessaire ; et si vous pou viez vous porter encore d'implacables haines, vous mériteriez de faire descendre sur vous, sur vous tous la colère de Dieu, ; : <
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