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LE SERVITEUR

Très digne seigneur, mon nom est Oremus.

Méphistophelès ordonne au serviteur de le conduire à Wagner, dont la réputation efface presque aujourd'hui celle de Faust. Wagner illumine les esprits du haut de sa chaire; il a la clef de la science entre ses mains comme saint Pierre la clef du ciel. Survient un jeune bachelier, dont la candeur rappelle la simplicité de l'écolier dans le premier Faust. Même ironie de la part de Méphistophelès,

Wagner était occupé dans son laboratoire à créer un homme ; il montre à Méphistophelès la fiole d'où doit sortir un être animé ; en effet, la créature de Wagner, Homunculus , ne tarde pas à adresser la parole à son créateur. Bonjour, petit père,nwn VàtherchenJ wie sieht's. Faust paraît à la porte. Méphistophelès, Homunculus et Faust veulent aller courir le monde. Homunculus éclairera la route ; il parle de se rendre aux champs dePharsale,et Méphistophelès s'écrie :

0 weh! hinweg! und lasst mir jene Streite Von Tyranney und Sklaverey bei Seite.

Mich langeweilt's ; denn kaum istsabgethan, So fangen sie Ton vorne wieder an ; Und Reiner merkt (1).

(1) Faust, seconde partie, page 110.

Ah ! tais-toi , et laisse-moi de côte cet éternel combat de la tyrannie et de la servitude; cela m'ennuie, car à peine est-ce fini qu'on se met à recommencer , et personne ne s'en aperçoit

On se prépare à partir. Wagner voudrait être du voyage, mais Homunculus s'y oppose. Wagner doit rester à la maison , pour faire le plus important ; il doit dérouler les vieux parchemins, chercher le quoi et le comment des choses. Wagner est triste; il a le pressentiment qu'il ne reverra plus Hotnunculus.

Dans les champs de Pharsale, Erichto ouvre la scène par un monologue. Arrivent nos trois voyageurs; Faust ne songe qu'à Hélène; Il s'éloigne un moment. Méphistophelès entame une conversation avec les sphinx, les griffons et les sirènes. Faust revient, et s'adressant aux sphinx :

Ihr frauenbilder mûsst mir Rede stehn ; Hat etnst der Euren Helena gesehn (1) ?

Vous , images de femme , répondez-moi ; une de vous a-t-elle vu Hélène ?

Les sphinx lui répondent que c'est à Chiron qu'il faut demander des nouvelles d'Hélène.

Enfin Faust trouve Chiron qui consent à ce que Faust monte sur sa croupe. Ils lient conversation ; le

( 1) Faust, seconde partie, page 121.

centaure lui donne des nouvelles d'Hélène : elle a été à la même place qu'occupe Fat^st ; Chiron l'a, pqrtée sur sa croupe. Oh ! raconte-moi comment, s'écrie Faust : Hélène est mon unique désir. Quel âge avait-elle? demande-t-il encore. Je vois que les, philologues, répond Chiron, t'ont déjà trompé,, comme ils se sont trompés eux-mêmes. Une femme mythologique est une chose à part : elle n'est jamais, ni majeure ni vieille ; toujours une mine appétissante, une éternelle jeunesse, il n'y a pas de temps* pour les poètes.

La devineresse Manto, fille de Tiresias, prononce en rêvant quelques mots mystérieux. En s'éveillant, elle demande, à Chiron quel homme il porte sur sa croupe. Chiron répond : La nuit l'a apporté sur un nuage ; il veut conquérir Hélène, et ne sait par où commencer ; il est digne plus que tout autre des. soins d'Esculape, qui pourrait faire avec lui une belle cure.

C'est bien, réplique Manto.

Den lieb' ich, der Uramôgliches begehrt (1).

J'aime celui qui désire l'impossible.

Chiron et Faust descendent aux enfers.

Les deux compagnons de Faust ont des aventures diverses. Méphistophelès est assailli par des lamie&

(l) Faust, seconde partie, page 134.

qui l'agacent et lui demandent ses caresses. Sitôt qu'il veut en embrasser une,;elle devient un hideux fantôme. De son côté, Homunculus est au milieu des philosophes ; il voudrait sortir de sa fiole pour habiter un corps; mais il ne sait à quoi s'arrêter,. Anaxagore et Thalès disputent devant lui sur les élémens. Méphistophelès a l'audace de s'approcher du temple des Phorkia des, terribles soeurs qui, à elles trois, ont un œil et une dent. Ses discours leur plaisent ; cet esprit leur paraît avoir de là raison, Homunculus a été 'conduit à Nérée par Thalès et Anaxagoras. Allez voir Protée, leur dit Nérée :

Hinveg zu Proteusl fragt den Wtindermann :

Wie man entsteh.ii und sich verwandeln kann (1). ;

Allez voir Protée, demandez-lui comment on peut naître et changer.

Thalès estime qu'ils n'ont rien gagné à être renvoyés à Protée, qui échappe toujours. Au milieu des néréides, des sirènes et des tritons, Protée se cache ; il est tantôt ici, tantôt là. Où es-tu, Protée? s'écrie Thalès. — Par ici, répond Protée. Et il est d'un autre côté. Protée s'est fait ventriloque. Cependant il consent à recevoir dans son empire Homunculus; mais la question des élémens n'en devient pas plus

(\) Faust, seconde partie, page 163*

170 AU-DELA DU BHIlf •

claire, soit pour Homunculus, soit pour Thalès, et le cœur des sirènes finit par ces mots :

Heil dem wasser 1 Heil dem feuer (I) !

Gloire à l'eau ! gloire au feu !

Hélène est à Sparte, dans le palais de Ménélas, environnée de Troyennes captives. Elle salue la maison de Tyndare, son père, avec des accens mélancoliques. Le chœur des jeunes Troyennes l'engage à mieux goûter la joie de revoir sa patrie et ses foyers. Que peut-elle désirer? elle a eu en partage le plus grand des bonheurs, la gloire de la beauté qui s'élève au-dessus de tout, Hélène interrompt le chœur :

Genug ! mit meinem gatten bin ich hergeschiffl Und nun von ihm zu seiner Stadt vorausgesandt ; Doch velchen Sinn er hegen mag errath 'ich nicht. Komm 'ich als als gattin ? komm 'ich eine Rônigin? Komm 'ich im Opfer fur des fûrsten bittern schmerz Und fur der Griechen lang' erduldetes tfissgeschick (2) ?

Assez. J'ai débarqué ici avec mon époux. Il m'a ordonné de le précéder dans sa ville. Cependant je ne puis deviner sa pensée. Suis-je ici épouse? suis-je reine? ou suis-je une victime offerte en expiation

(1) Faust, seconde partie, page 178.

(2) Faust, seconde partie, page 181.

aux amères douleurs du roi, et aux longues fatalités qu'ont endurées les Grecs?

Les chants du chœur continuent. Hélène, qui avait pénétré dans l'intérieur du palais, en ressort épouvantée. Le chœur, par la voix de Panthalis, lui demande la cause de son effroi. Hélène raconte que dans les appartemens, qu'elle s'étonnait de trouver déserts, elle a vu une grande femme voilée ; Hélène l'avait prise d'abord pour une servante du palais ; mais la femme mystérieuse s'est levée, l'a empêchée, par un geste impérieux, d'avancer, montrant sa face hideuse ; mais la voici elle-même, s'écrie Hélène. Phorkias paraît. Le chœur des jeunes Troyennes l'accueille par des imprécations.

Wic hâsslich neben Schônheit zeigt sich ïïâsslichkeit (1).

Combien la laideur est plus laide encore auprès delà beauté!

Et Phorkias répond :

Vie unTerstândig neben Klugheit Uuverstand (2)!

Combien la déraison est déraisonnable auprès de la sagesse!

(1) Faust, seconde partie, page 191.

(2) Faust, seconde partie, page 191.

172 AU»DELA DU RBIfC •

Les altercations du chœur et de Phorkias ont jeté Hélène daus des doutes douloureux sur sa propre destinée, même sur son passé. Elle interroge Phorkias, qui lui rappelle Thésée, Castor et Pollux, son mariage avec Ménélas, et finit par associer à ces réalités une destinée fabuleuse.

Doch sagt man-, du êrschiensi eih doppelhaft gebild, In Ilios gesehen und in Aegypten auch (1).

On dit que revêtant une double forme, tu as été Vue à la fois dans Ilion et en Egypte.

Phorkias poursuit son récit ; elle assure à Hélène qu'aux enfers elle a aimé Achille et s'est livrée à lui» Hélas ! répond Hélène, c'était donc une ombre Munissant à une ombre. C'était un rêve, les mots le disent, et aujourd'hui encore, je m'évanouis comme une ombre» Elle tombe entre les bras des jeunes Troyennes. Le chœur maudit Phorkias.

Rendue à la vie , Hélène apprend de Phorkias qu'elle est elle-même la victime destinée par Ménélas au sacrifice, elle et les captives troyennes. Le chœur supplie Phorkias de se montrer bienfaisante, de sauver la reine et les captives. Phorkias se laisse toucher et raconte à Hélène que, du sein de la nuit cimmérienne, dringend aus cimmerischer Nacht, est sortie une race courageuse qui a construit un fort

(1) Faust, seconde partie, page 195.

SITCATION LITTÉRAIRE. 173

dans la vallée de l'Eurotas, au pied duTaygète : c'est là qu'Hélène doit consentir à se rendre. Hélène hésite ; mais dans le lointain des trompettes se font entendre, le chœur redouble ses instances auprès de la reine, qui se décide enfin à suivre Phorkias. Un nuage descend et enveloppe le chœur dont on entend encoïe les chants harmonieux; il se dissipe , et laisse voir la cour intérieure d'un beau château du moyen-âge.

Faust paraît dans le costume de cour d'un chevalier du moyen-âge, et s'avance majestueusement au milieu d'une suite brillante. Il rend son hommage à Hélène, assise sur un trône. Il amène à ses pieds un écuyer chargé de fers qui s'est rendu coupable de désobéissance. Lyncée, qui devait avertir Faust de l'arrivée d'Hélène , n'a pas donné le signal , oublieux de son devoir à la vue de tant de beauté. Hélène demande son pardon , Faust l'accorde , il se met lui et tout ce qu'il possède anx pieds d'Hélène*

Was bleibt mir ûbrig, als mich selbstund ailes lui wahn das meine, dir anheim zu geben ? Zu deinen Fûssen lass mich, frei und treu, Dich Herrin anerkennen, die sogleich Auftretend sich BesiU und Tbron erwarb (l).

Que me reste-t-il, si ce n'est de me mettre moimême et tout ce qui me semblait mien à ta disposition? Laisse-moi à tes pieds, libre et fidèle, te recon^-

(1) Faust, seconde partie, page 214.

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