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TOME II

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retrouvons en face du problème philosophique de notre siècle. Sans une philosophie nouvelle point de politique; point de religion, point d'art.

Pour revenir ici aux productions littéraires, la raison de la différence qui se fait voir entre la lit* térature allemande, qui a brillé pendant soixante années, et la littérature romantique française, qui s'essaie depuis quinze ans , est tout entière dans la présence d'une philosophie originale au-de là du Rhin, et dans l'absence, au milieu de nous, d'un système idéal qui puisse tout comprendre et tout soutenir. Depuis quinze ans le génie n'a pas manqué aux artistes de la France , mais il n'a pas encore été mis sur sa base; l'imagination a usurpé la primauté de l'intelligence; heureuse et féconde à la seconde place , elle a été bizarre et stérille pour avoir voulu figurer la première.

La difficulté est grande; car l'artiste doit prendre d'une philosophie le cœur et la substance , et non pas la logique et le jargon. Quel est avec Luther le plus grand théologien du seizième siècle ? c'est Raphaël. Eh bien! l'artiste doit exprimer la philosophie de son siècle, comme Raphaël a mis sur la toile la théologie.

L'allemagne, dont la littérature a été la compagne et la conséquence de la philosophie, ne peut plus écrire quelque chose de nouveau qu'après avoir agi : la vie politique peut seule lui livrer une autre originalité littéraire. La France, dont les révolutions politiques ont été l'effet nécessaire de la philosophie

du siècle dernier, ne peut continuer ces révolutions qu'après avoir pensé; une philosophie idéaliste peut seule lui ouvrir de nouvelles destinées sociales.

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Le voyageur qui ne sort pas de l'Europe est toujours assis au foyer de la même famille. On part, on parcourt de nombreuses contrées, dans l'espérance de trouver des différences qui vous divertissent du cours monotone des choses : attente trompée; les moeurs se ressemblent ; les hommes et les peuples s'imitent les uns les autres.

Ne prenez que les intérêts de la curiosité et de la fantaisie, cette absence en Europe de dissemblances vivement accentuées vous contrariera ; vous vous surprendrez à vous demander à vous-même pourquoi vous avez abandonné les faciles habitudes de

la maison et de la patrie pour courir à des spectacles qui ne vous amusent pas suffisamment parce qu'ils vous rappellent trop ce que vous avez si avidement quitté.

Mais cette vaste analogie , qui détruit les plaisirs et les secousses des contrastes imprévus et heurtés , est un acheminement au bonheur positif des peuples, car si l'occident n'est qu'une seule famille, il deviendra un jour une seule république.

Napoléou a dit : « Je ne connais que deux peuples; les orientaux et les occidentaux. Les Anglais, les Français, les Italiens, les Allemands ne composent qu'une même famille, les occidentaux. Us ont mêmes lois, mêmes mœurs, mêmes usages ; ils diffèrent entièrement des orientaux, surtout dans les deux grands rapports de leurs femmes, de leurs domestiques :les orientaux ont des esclaves, nos domestiques sont de condition libre ; les orientaux enferment leurs femmes, les nôtres partagent tous nos droits; ils ont un sérail, et jamais dans aucun temps la poligamie n'a été admise dans l'occident. Il exite encore une foule d'autres oppositions; les orientaux et les occidentaux sont donc réellement des peuples différens. »

Il était beau et juste de ne faire que deux parts du monde historique. Mahomet avait dit avant Na^ poléon : « L'orient et l'occident appartiennent à Dieu. Vers quelque lieu que tournent vos regards, vous rencontrerez sa face; il remplit l'univers de son immensité et de sa science (1). » Et Mahometfai-

(l) Koran, chapitre II, la Vache.

sait disparaître cette dualité dans une suprême unité, car il disait : «Les hommes n'avaient qu'une religion. Dieu envoya ses prophètes, organes de ses promesses et ses menaces (1). » Et encore : «Dieu fit descendre avant le Koran le Pantateuque et l'Evangile pour servir de guide aux hommes (2). »

C'est dans le septième siècle de l'ère moderne que Mahomet se montrait aussi impartial entre les chrétiens et lui-même. Il n'était pas injuste envers le Pentateuque et l'Evangile, et quand il donnait au monde le Koran, son ainour-propre d'auteur ne l'égarait pas. Il admettait qu'avant lui d'autres avaient pu être comme lui interprètes de Dieu. Ce grand poète a fait passer dans son œuvre la sérénité bienfaisante de son arae, et l'intelligence qui embrasse le monde. Dans le Pentateuque et l'Evangile, les idées de l'humanité sont toujours frappées à l'effigie du type hébraïque. Mahomet a l'esprit plus libre , la forme plus dégagée, le style moins fanatique et plus cosmopolite ; homme d'orient songeant à l'occident.

La conscience du monde doit plus encore nous posséder aujourd'hui. Nous ne pouvons soulever un problème politique et religieux sans être ramenés à la pénétration réciproque de l'Orient et de l'Occident, à la cohésion solidaire de l'humanité.

Au moment de terminer notre peinture d'une des plus grandes nations de la famille occidentale, nous

(1) Koran, chapitre II, la Vache.

('!) Koran, chapitre III, la Famille d'Araram.

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avons le désir de considérer une dernière fois l'ensemble même de la famille, et la place occupée par cette nation.

pas de supériorité de sang, de race, et de génie : les peuples sont égaux.

L'égalité naturelle et indestructible des peuples est le principe souverain du nouveau droit des gens.

La politique des anciens était fondée sur l'inégalité des nations. Jusqu'ici la politique moderne a été un mélange des maximes de l'antiquité et des principes du christianisme.

Charles-Quint , Louis XIV, Frédério, Napoléon, avaient la politique romaine, le triomphe de la force. La double influence du christianisme et de la philosophie faisait obstacle à leurs entreprises , mais ils n'en continuaient pas moins , autant qu'il était en eux , au milieu du monde moderne et ohrétien, la politique des anciens.

Les temps d'une politique nouvelle s'annonoent , et l'instinct des peuples l'a devinée avant que la raison des philosophes l'ait clairement établie. Il a été en~ seigné ou monde que les hommes étaient égaux; il reste à pratiquer cette égalité, et à conclure de l'égalité des hommes l'égalité des peuples.

Mais cette égalité morale n'empêche pas la diversité du génie ; elle en est au contraire la règle et le but; elle n'empêche pas la mobilité des vicissitudes et desdestinées; elle en estleprincipe et le dénouement.

Les peuples ont des fortunes et des missions di-

verses; la variété des occasions qu'ils rencontrent et des fonctions qu'ils remplissent constitue l'intérêt de l'histoire. *

Or , dans l'occident , nous avons été frappés du rapport nécessaire qui existe entre l'Allemagne et la France, rapport si fort inhérent à la vie de chacune, qu'il en est la loi.

En Europe , où se trouve pins abondamment le principe de toute vie, la pensée, tant spéculative que pratique, tant savante que sociale, si ce n'est en Allemagne et en France? L'Italie se réveillera, mais loin de pouvoir imprimer l'impulsion , elle l'attend* L'Espagne se débrouille au milieu de ses raendians et de ses moines, et ne peut lancer au-delà des Pyrénées ni ses soldats ni son génie. L'Angleterre , dont la persévérance est si belle dans le développement de sa réforme et de sa liberté intérieure , ne peut plus exercer sur l'Europe une influence de premier ordre : un long temps coulera avant qu'elle veuille et qu'elle puisse envoyer des troupes sur le continent, et risquer de voir une défaite servir de contraste dans l'histoire à la fortune de Waterloo.

Dans ces conjonctures il est clair que l'esprit et les destinées de l'Europe dépendent surtout de l'Allemagne et de la France, qui en occupent le centre vivant. Jean-Paul a dit que l'Allemagne était le cœur de l'Europe ; si cela est vrai , l'Europe doit sentir deux cœurs battre dans son sein, car la France aussi a été attachée au centre et à la vie de l'occident.

L'Allemagne peut seule retenir la Russie sur les

limites de l'orient et de l'occident, contraindre l'empire du czar à pencher de plus en plus vers l'orient. Elle peut encore soutenir les Slaves et protéger leur indépendance.

La France peut seule aider l'Italie à se relever, inspirer à l'Espagne le désir et la force de rompre les liens du moyen-âge, empêcher le Portugal d'être outre mesure une dépendance de l'Angleterre.

Le Rhin sépare les deux nations : la rive gauche doit appartenir à la France; la droite est la limite naturelle et inviolable de l'Allemagne du dix-neuvième siècle. Napoléon, en 1806, après avoir signé à Saint- Cloud l'acte de la Confédération du Rhin, disait : Si nous nous étendon* au-delà du Rhin, il n'y a plus de France. Voilà la politique de la raison. Pourquoi l'avoir abandonnée?

Les forces matérielles du continent sont entre les mains du czar de Russie , qui peut pousser contre l'Allemagne et la France d'innombrables bataillons ; les forces morales sont à la disposition de la patrie de Frédéric et de celle de Napoléon.

Maudire la Russie serait insensé , et quand la force paraît dans une mesure extraordinaire , elle annonce toujours un dessein de Dieu qu'elle doit exécuter. La Russie n'est pas irrévocablement vouée à la mission et à la pensée d'envelopper de ténèbres et de ruines le génie et les nations de l'oecident. Elle a été novatrice et révolutionnaire avec Pierre-le-Grand ; avide de civilisation et de philosophie avec Catherine ; inclinant au mysticisme chrétien avec Alexandre; par-

tagéé aujourd'hui entré la convoitise de Cqnstantinople et le désir de surveiller Londres et Paris. Nous avons quelque raison de croire qu'en ce moment la Russie s'est décidée à songer plus à l'orient qu'al'ôCcident , sauf, plus tard , quand elle aura mis garnison dans Bysance et dans Tspahan , à revenir dicter ses volontés à l'Allemagne du nord.

Pendant que la politique moscovite est diveïtie par l'orient, il faudrait qu'une alliance étroite de l'Allemagne et de la France constituât le centre de l'Europe sur des bases nouvelles et durables. Voilà le thème principal de la politique européenne.

L'Allemagne ne peut maintenir son indépendance et son originalité que par l'alliance de la France ; autrementelle est Russe. L'intérêt rapproche les deux peuples que sépare le Rhin; la diversité deleur génie les convie à une amitié solide.

Ni la France ni l'Allemagne ne sauraient craindre que leur union effaçât leur individualité , dont les qualités essentielles sont à l'épreuve du contact le plus assidu. Si nous avons peint avec quelque fidélité les traits principaux de la civilisation allemande, le lecteur français doit trouver dans ce tableau des différences et des caractères dont notre nation peut profiter , mais qu'elle 'ne saurait jamais reproduire.

Plus nous considérons le monde , plus nous nous confirmons dans cette pensée,que l'initiative des idées premières du genre humain appartient à l'Allemagne et à la France , et que par l'énergie de l'idéal r

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