TOME II
ces deux peuples résisteront à la puissance matérielle de la Russie victorieusement.
L'Allemagne a dans la tête la métaphysiqne du genre humain ; elle est à la fois chrétienne et panthéiste ; il lui est donné de commenter excellemment Jésus-Ctyrjst et Spinosa $ elle a des mœurs originales et plus pures que dans les autres parties du conti-r nent; depuis la guerre de trente ans, elle n'a point agi dans les intérêts. de sa conscience religieuse et de, son droit politique; voilà bien des raisons d'une activité future.
Pour nous, Français, notre génie nous est indiqué par ; nj) tre propre conscience et l'enchaînement de no$ d^s&inéçs; ni nous-mêmes ni les autres ne sauraient y échapper* Ce génie est en principe l'idéalisme ; çn application la démocratie.
Depuis cinq ans, il est vrai, la France paraît reT tenue dans une certaine impuissance \ mais cette impuissance est spécieuse et non pas radicale. Ceux qui n'aiment pas la France auraient tort de s'y confier.
Nous n'avons pas encore, il est vrai, secouru les peuples qui nous appelaient; mais notre caractère cpsraopolite s'est au moins justifié lui-même par l'hospitalité que nous avons donnée aux nobles martyrs de la liberté, du monde ; nous avons pu mettre notre main dans la main d'étrangers qui sont devenus nos frerps ; les proscriptions nous ont envoyé de tous les çoins.dç l'univers des amis imprévus; et Paris, en réunissant tant de généreux bannis, a présenté cftiïijpq une image d'un congrès de l'humanité qui ,
après avoir ouvert ses séances dans les amertumes de l'exil , pourra les continuer un jour dans lesjoies de la délivrance et de la victoire.
Que l'Europe veuille bien considérer la gravité de l'épreuve que nous supportons. Nous avons été choisis entre tous les peuples pour remuer les problèmes les plus difficiles et les passions les plus ardentes ; et cette épreuve , nous avons dû la subir à la lueur d'une inexorable publicité. Pas une dissension n'éclate, pas une singularité ne se produit, pas un scandale n'éclot sans que mille feuilles ne notifient le lendemain la dissension, la singularité et le scandale à l'Europe qui nous contemple curieusement. Eh ! bien , que celle des nations qui pourra dire que dans les mêmes circonstances elle ferait mieux que nous, que cette nation se lève et jette la pierre à la France, cette sublime pécheresse qui a toujours , pour se faire absoudre de ses fautes, les extrêmes du génie et de la vertu. Nous attendons les autres peuples aux mêmes conjonctures.
Mais que sont quelques années dans les destinées d'un peuple? Le génie de la France saura se faire jour : il aboutira ! C'est notre plus intime religion que l'esprit philosophique et démocratique de la nation française s'élèvera à la dignité de fondateur. Le secret de la forme appartient à Dieu ; l'élaboration du fond appartient à l'homme.
Tout revient donc au culte de l'intelligence et des idées. Comprendre ou mourir , telle est la loi de notre siècle.