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DES DÉFAUTS QU'ON PEUT LUI REPROCHER ; QUELLES EN SORT LES CAUSES ; ET PAR QUELS MOYENS ON PEUT LES CORRIGER.
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Vous vous étonnez, Monsieur, que jenejoignepos ma voix à la vôtre pour applaudir aux progrès que fait, selon vous , journellement la littérature allemande. J'aime notre communie patrie autant que vous l'aimez, et par cette raison je me garde bien de la louer ayant qu'elle ait mérité ces louanges : ce serait comme si on voulait proclamer vainqueur un homme qui est au milieu de sa course. J'attends qu'il ait gagné
le but , et alors mes applaudissemens seront aussi sincères que vrais.
Vous savez que dans la république des lettres les opinions sont libres. Vous envisagez les objets d'un point de vue, moi d'un autre; souffrez donc que je m'explique et que je vous expose ma façon de pensée ainsi que mes idées sur la littérature ancienne et moderne , tant par rapport aux langues , aux connaissances, qu'au goût.
Je commence parla Grèce , qui était le berceau des beaux-arts. Cette nation parlait la langue la plùshaf* monieuse qui eût jamais existé. Ses premiers théologiens , ses premiers historiens , étaient poètes ; ce furent eux qui donnèrent des tours heureux à leur langue, qui créèrent quantité d'expressions pittoresques et qui apprirent à leurs successeurs à s'exprimer avec grâce { politesse et décence.
Je passe d'Athènes à Rome; j'y trouve une repu* blique qui lutte long-temps contre ses voisins , qui combat pour la gloire et pour l'empireé Tout était dans ce gouvernement nerf et force, et ce ne fut qu'après qu'elle l'eut emporté sur Carthage sa rivale qu'elle prit du goût pour les sciences. Le grand Africain, l'ami de Léliûs et de Polybe , fut le premier Romain qui protégea lesletties. Ensuite vinrent lesGracques; après eux Antoine et Crassus, deux orateurs célèbres de leur temps. Enfin la langue, le style et f éloquence romaine , ne parvinrent à leur perfection que du temps de Cicéron , d'Horlensius et des beaux génies qui honorèrent le siècle d'Auguste.
Ce court recensement me peint la marche des choses. Je suis convaincu qu'un auteur ne saurait bien écrire, si la langue qu'il parle n'est ni formée, ni polie ; et je vois qu'en tout pays on commence par le nécessaire pour y joindre ensuite ce qui nous procure des agrémens. La république romaine se forme ; elle se bat pour acquérir des terres , elle les cultive ; et dès qu'après les guerres puniques elle a pris.une forme stable, le goût des arts s'introduit, l'éloquence et la langue latine se perfectionnent. Mais je ne néglige pas d'observer que depuis le premier Africain jusqu'au consulat de Cicéron , il se trouve une période de cent soixante années.
Je conclus de là qu'en toute chose les progrès sont lents et qu'il faut que le noyau qu'on plante en terre prenne racine, s'élève, étende ses branches et se fortifie avant de produire des fleurs et des fruits. J'examine ensuite l'Allemagne selon ces règles, pour apprécier avec justice la situation où nous sommes; je purge mon esprit de tout préjugé ; c'est la vérité seule qui doit m'éclairer. Je trouve une langue à demi barbare, qui se divise en autant de dialectes différens que l'Allemagne contient de provinces. Chaque cercle se persuade que son patois est le meilleur. 11 n'existe point encore de recueil muni de la sanction nationale , où l'on trouve un choix de mots et de phrases qui constitue la pureté du langage. Ce qu'on écrit en Souabe n'est pas intelligible à Hambourg, et le style d'Autriche parait obscur en Saxe. Il est donc physiquement impossible qu'un auteur doué