L ALLEMAGNE ET LA LIBERTÉ
leur territoire une véritable souveraineté (Landeshoheit), et ne voulaient décerner à l'Empereur que l'hommage du vasselage envers un suzerain. La lutte fut longue, mais l'Empire finit par y succomber. L'Allemagne ne fut jamais en réalité une monarchie, mais une vaste confédération dont le chef était entouré de prérogatives plus honorifiques qu'effectives. Au treizième siècle, l'empereur Frédéric II reconnut expressément les privilèges des princes séculiers que ceux-ci avaient conquis. On lisait dans la constitution de Juribus Principum secularium, a. 1282 : Unus quisque principum, libertatibus, jurisdictionibus, comitatibus, centis sive liberis sive infeodatis utatur qviete, secundum terrœ $uœ consuetudinem. C'était reconnaître l'indépendance complète des princes de l'Empire, c'était abdiquer l'autorité monarchique.
Le travail qu'accomplissaient la civilisation allemande et la civilisation française était donc différent. Entre la Loire et la Seine les variétés féodales se ramenèrent à l'unité avec une persévérance infatigable et heureuse. Sur les bords du Rhin et du Da< nube, l'unité impériale était envahie par des dissidences triomphantes.
Et les empereurs eux-mêmes travaillaient à diminuer leur puissance comme maîtres de l'Empire, pour augmenter les possessions et les droits de leur propre maison. Cet égoïsme leur était parfois suggéré par le désespoir où ils entraient de transmettre à leurs descendans le sceptre et le globe.
Le christianisme eut en Allemagne une puissance
temporelle plus considérable qu'en aucun autre état de l'Europe; comme il convertissait les peuples de Saxe, de Franconie et de Bavière, avec des sueurs et des périls pour ses prêtres et ses évêques, les honneurs, la puissance effective, la propriété avec ses droits et ses privilèges, devinrent naturellement la récompense de ce prosélytisme. Les peuples énrichirent sans défiance ces ministres de la religion et de la société. Les empereurs inclinaient aussi à les fa* voriser ; ils préféraient l'influence d'un évêque au pouvoir héréditaire d'un comte. Ils confièrent des villes importantes à des prélats, aimant mieux courir les chances d'une usurpation viagère que celles d'une ambition qui s'étendait au-delà du tombeau. On vit presque toutes les cités qu'habitaient des évêques, soumises à l'autorité ecclésiastique. Les Othons furent surtout les auteurs de cette puissance de l'Eglise.
Ainsi les évêques acquirent, comme les comtes et les ducs, la souveraineté territoriale. Le même Hohenstaufen, qui reconnut les droits des princes séculiers, avait auparavant consacré l'indépendance des princes ecclésiastiques (1). C'étaient de puissaris
(1) On lit dans la constitution de Frédéric II de Juribus principum ecc lesiasticorum ces dispositions : ... 6. Quocunque autem modo principi ecclesiastico feûdum aliquod vacare contigerit, illud autoritate propria nullatenus invaderaus, nisi
concessione sua poterimus obtinere 8. 11. Nulla œdificîa,
castra videlicet seu civitates in fundis ecclesiarum vel occasione advocatis vel alio quodam prœtcxtu extruantur, et si qua
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princes et seigneurs que les archevêques de Mayence, de Cologne, de Trêves, que les évêques de Stras* bourg, de Bamberg , de Brème et de Lubeck. Le christianisme disposait de toutes les jouissances et de toutes les vanités de la terre.
Entre les ducs et les évêques, entre les souverains séculiers et ecclésiastiques, les descendans des anciens hommes libres (arimans), qui n'avaient que de petits domaines et une haute origine, préférèrent dépendre de l'Empereur même que de prêter foi et hommage à ses grands vassaux ; ils formèrent ce qu'on appela la noblesse immédiate de l'Empire. C'étaient vraiment les représentans les plus purs de la vieille Germanie ; aussi, naturellement d'hommes libres relevant immédiatement de l'Empereur, ils devinrent chevaliers. Elle était faite pour eux, elle sortait de leur sang, cette institution héroïque où le jeune homme, en chaussant l'éperon, s'engageait à servir Dieu, à entendre la messe tous les jours, à ex poser sa vie pour la foi catholique , à sauver du brigandage la sainte Eglise et ses ministres, à protéger dans leur détresse la veuve , le pupille et l'orphelin, à éviter les guerres injustes, à refuser les salaires
sunt constructa contra Toluntatem eorum, diruantur regia potestate.
La même constitution disait encore : « Quia gladius materialis constitutus est in subsidium gladii spiritualis, excommunicationem, si excommunicatos in ea ultra 6 septimanas perstitisse contigerit, proscriptio nostra subsequatur , non revocanda, nisi prius excommunicatio revocetur. •
iniques, à tirer l'épée pour la délivrance de tout innocent, à suivre assidumentlesexercicesde la guerre, à prêter obéissance et révérence dans les choses temporelles à l'empereur des Romains ou à son patrice, à maintenir la splendeur et la force de l'état, à ne jamais aliéner les fiefs de l'état ou de l'Empire, à vivre dans ce monde d'une façon irréprochable devant Dieu et devant les hommes (1).
Ce furent alors des associations et des communautés de chevaleries ; de là sortit le fameux ordre Teutonique. Le chevalier était l'homme le plus libre de la chrétienté, ne connaissant qu'une force, l'épée,
(1) Ista itaque régula et m il i taris ordinis :
1. In primis cum devota recordatione dominice passionis missam quotidie audire;