‹ Au-dessus de la mêléeChapitre 24 sur 28 · Von dii \ tterland* i. Dûcciiibicl'Ji · texte numérisé non relu

Von dii \ tterland* i. Dûcciiibicl'Ji

poncif dans tous les théâtres allemands et la médiocrité littéraire des productions patriotiques, il se demande où Ton peut trouver « le nouvel esprit » ; et ce lui est un prétexte pour exécuter les Ostwald et les Lasson.

« Où le trouver ? Aux Hochschulen ? A-i-on lu cet invraisemblablement grossier (unwarhrscheinlich plumpen) appel des gg professeurs ? A-t-on goûté les déclarations de ce vieux momifié deux fois centenaire (des zweihundertjœhrige Mummelgreises) Lasson ? Quand f étudiais en premier semestre la philosophie à V Université de Berlin, l'amphithéâtre où il lisait son cours était déjà pour nous un lieu d'hilarité (Lachkabinett). Et maintenant,on le prend au sérieux !Des journaux anglais, français, italiens, impriment son sénile bavardage dirigé contre la Hollande, en ajoutant que telle est la Stimmung des intellectuels allemands! Quel mal nous ont fait ces Geheimrœte et ces professeurs, avec leur Aufklârungsarbeit ! On peut à peine l évaluer... Leur incapacité à se mettre dans la peau des autres fait le vide autour deux. »

En face de ces faux représentants d'un peuple, ces bavards de l'intelligence et ces aventuriers de la politique, il exalte les silencieux, la grande masse du peuple, de tous les peuples, qui souffrent et qui se taisent; et il s'unit à eux dans la « communauté invisible de la douleur » :

« Un souffrant qui sait que des millions d'autres êtres ont à supporter comme lui des tourments por-

ter a ses souffrances avec calme ; il les acceptera

même volontiers, parce quil sent quelles le font

plus riche, plus sensible, plus fort et plus humain1».

Et il cite les mots du vieux Maître Eckehart :

« Das schnellste Tier, das Euch tragt zur Vollkommenheit, ist Leiden. » (La bête la plus rapide qui vous porte à la perfection, c'est la Douleur).

Au terme de cette revue sommaire des jeunes écrivains de la guerre, il faut faire une place à ceux qu'elle a brisés ; ils étaient parmi les meilleurs: — Ernst Stadler,passionnépourl'esprit et pour l'art de la France, traducteur de Francis Jammes, admirateur de Péguy, et qui, des tranchées de France où on l'avait envoyé, à la veille de sa mort, en novembre, s'entretenait par lettre, avec Stefan Zweig, de Verlaine qu'il traduisait; — le malheureux Georg Trakl, poète de la mélancolie, dont on fit un lieutenant de colonne sanitaire, en Galicie, et que la vue des souffrances poussa, à la fin d'octobre, au désespoir et au suicide. — Que de tragédies cachées, sur lesquelles nous laissons le voile, pour l'instant ! Quand nous le lèverons plus tard, l'humanité frémira en contemplant son œuvre.

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