‹ Au-dessus de la mêléeChapitre 25 sur 28 · I. Hymne auf den Schmert (janvier 1915). — A noter que le · texte numérisé non relu

I. Hymne auf den Schmert (janvier 1915). — A noter que le

Forum est lu dans les | , et que du froot de l'armée lui

sont venues de nombreuses appu. baiions. (Der Phrasenrausch und seine liekaempfer% février lyiJ).

En parcourant ces écrits allemands inspirés par la guerre, où passe par moments un souffle puissant de révolte ou de douleur, je faisais une réflexion, que beaucoup de mes lecteurs français feront sans doute avec moi : je pensais que nos jeunes écrivains à nous n'écrivaient pas de « littérature ». Leurs œuvres, ce sont leurs actes; et ce sont aussi leurs lettres. Et, je me disais, après avoir relu quelques-unes de ces lettres, que notre part était la meilleure. Ce n'est pas mon sujet de montrer en ce moment la place que prendra cette correspondance héroïque, non seulement dans notre histoire, mais même dans notre art. La fleur de notre jeunesse y a mis tout son être, sa foi et son génie. Pour telle de ces lettres, je donnerais les plus beaux vers du plus beau des poèmes. On le verra plus tard : quoi qu'on puisse penser de la valeur de cette guerre, quel qu'en soit le résultat, la France, — la France qui se bat — y aura écrit, sans y songer, sur le papier maculé de boue et, quelquefois, de sang, quelques-unes de ses pages les plus sublimes. Certes, cette guerre nous tient aux entrailles, plus que nos adversaires. Quel est celui de nous qui aurait le cœur d'écrire, lorsque sa patrie souffre et que ses frères meurent, un drame ou un roman? ...

Mais je n'institue pas ae comparaison entre les deux nations. L'essentiel, pour l'instant, est de montrer qu'en Allemagne même l'esprit que nous haïssons, l'esprit d'impérialisme avide et d'orgueil inhumain, l'esprit de la caste militaire et des pédants mégalomanes, est combattu, en pleine guerre, par une élite. Ce n est qu'une minorité; nous ne nous faisons pas illusion; et nous n'en devons que plus redoubler nos efforts pour vaincre l'ennemi commun. Pourquoi donc faire entendre ces voix généreuses et impuissantes? Parce qu'elles ont plus de mérite, moins elles sont écoutées; et que c'est le devoir de ceux qui luttent pour la justice de rendre aussi justice aux hommes qui, dans tous les pays, même dans celui dont l'État représente à nos yeux la violation du droit par le Faustrecht, défendent, avec nous, l'esprit de liberté.

Journal de Genève, 19 avril 1915.

Le mot n'est pas d'aujourd'hui1; mais d'aujourd'hui est le fait. Jamais, en aucun temps, on n'a vu l'humanité jeter dans l'arène sanglante toutes ses réserves intellectuelles et morales, ses prêtres, ses penseurs, ses savants, ses artistes, tout l'avenir de l'esprit, — gaspillant ses génies comme chair à canon.

Et sans doute, cela est grand, lorsque la lutte est grande, lorsqu'un peuple combat pour une cause éternelle, dont la ferveur embrase la nation tout entière, du plus petit au plus grand, fond tous les égoïsmes, purifie les désirs, et des âmes multiples fait une âme unanime. — Mais si la cause est suspecte, ou si elle est souillée, (ainsi que nous jugeons celle de nos adversaires), quelle sera la situation d'une élite morale, qui a gardé le triste et hautain privilège d'entrevoir tout au moins une partie de la vérité, et qui doit cependant combattre, mourir, tuer pour une foi dont elle doute?

Les esprits passionnés qu'enivre le combat, ou que volontairement aveuglent les nécessité

1. Je le reprends à M. Lucien Maury, dans un article antérieur à la guerre : (Journal de Genève),30 mars 1914, et cité tout récemment dans sa remarquable thèse de doctorat : La loi du Progrès, par M. Adolphe Perrière, qui s'efforce de résoudre le tragique problème du rôle des élites.

LE MEURTRE DES ÉLITES j 39

de l'action, ne s'embarrassent pas de ces questions. L'ennemi est pour eux un bloc; et ce bloc seul existe, car il faut qu'ils le brisent : c'est leur rôle, leur devoir. A chacun son devoir I — Mais si les minorités n'existent pas pour eux^lles existent pour nous qui, ne combattant pas, avons la liberté et le devoir de tout voir, nous qui fai^ sons partie de la minorité éternelle, celle qui a été, qui est et qui sera l'éternelle opprimée, l'invincible éternelle. A nous d'entendre et de révéler ces souffrances morales ! Assez d'autres répètent, ou inventent, les joyeux échos de la mêlée. Que d'autres voix s'élèvent, qui rendent au combat ses tragiques accents et son horreur sacrée ! Je prendrai mes exemples dans le camp ennemi, — pour plusieurs raisons : parce que la cause allemande étant, dès le début, entachée d'injustice, les souffrances du petit peuple des justes et du peuple plus petit encore des clairvoyants y sont plus grandes qu'ailleurs; — parce que ces témoignages s'étalent ouvertement dans des publications, dont la censure allemande n'a pas vu la hardiesse; — parce que je m'incline avec respect devant la discipline héroïque du silence que la France qui combat s'impose sur ses souffrances. (Plût à Dieu que ce silence ne fût pas rompu par ceux qui, prétendant les nier, dans des récits de journaux sans sérieux et sans dignité, profanent la grandeur du sacrifice par la légèreté révoltante do leurs niaises facéties!)

J'ai montré, dans un article récent1, qu'une partie de la jeunesse intellectuelle d'Allemagne était loin de partager le délire guerrier de ses aînés. J'ai cité certaines désapprobations énergiques infligées aux théoriciens de l'impérialisme par ces jeunes écrivains. Et ceux-ci ne sont pas, ainsi que Ta pu croire un article du Temps (à la loyauté duquel je suis heureux d'ailleurs de rendre hommage), un groupe aussi restreint que celui de nos symbolistes. Ils comptent parmi eux des artistes qui jouissent d'un large public et qui ne prétendent nullement (à part le groupe de Stefan George) écrire pour quelques-uns, — qui veulent écrire pour tous. J'ai dit que la revue du plus hardi d'entre eux, le Forum, de Wilhelm Herzog, était lu dans les tranchées allemandes et en recevait des approbations.

Mais ce qui est plus étonnant, c'est que cet esprit de critique ait pénétré certains des combattants, et même ait fait son apparition parmi des officiers allemands. Dans le numéro de novembre-décembre de la Friedens-Warte, éditée à Berlin, Vienne, Leipzig, par le Dr Alfred-H. Fried, on trouve un Appel aux peuples germaniques (« Aufruf an die Vœlker germa-

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