LA SEINE
A CAMILLE PELLETA)
La Seine qui. l'été, riait dans les roseaux, Sous la pluie a changé la couleur de ses eaux. Elle s'enfle et jaunie quand s'effeuillent les roses Ainsi l'hiver met fin à la douceur des choses. Les barques ne font plus légères, loin d'ici, De voyage à Cy chère aux saules de Croissy. Les hlas sont coupés; nous n'irons plus aux îles! Blonde gaicé de* ciels indulgents, tu t'exiles; Tu vas vers les midis que rien ne peut ternir. Et, prompte à nous quitter, tardes à revenir!
La rivière a monté rapide : elle charrie Avec les herbes d'eau des herbes de prairie.
Elle va déborder demain dans les lieux bas.
Le ciel garde le bord qui ne se défend pas!
Le marinier, voyant le flot d'un gris livide,
Amarre ses bateaux : le fleuve paraît vide.
Les Mouches cependant, dans ce triste décor,
Font d'Auteuil à Bercy leurs croisières encor.
Personne sur le pont; seul avec la rivière,
Le pilote, en caban, qui gouverne à l'arrière.
Un grand bateau de bains semble, le long du quai.
Un jouet qu'on démonte ou qui s'est détraqué.
Les ormes qui faisaient des bouquets de verdure
Subissent la saison inexorable et dure,
Et, rigides et froids, sur leurs branches de fer
Laissant tomber la rouille, ils frissonnent dans l'air