LES MIRAGES
Le soleil est couché; la lune Se levé comme un ostensoir, Et de la rivière on voit brune La rive où se pose le soir.
Un moment, la lumière insiste Aux lignes de chaque contour...
Passage hésitant, vague et triste Ce n'est point la nuit, ni le jour.
De l'eau s'élève une buée, Sur les saules et les roseaux I ment distribuée,
Et l'on n'entend plus les i
Comme les choses aperçues Quand on ferme à demi les yeux, On reconnaît les formes sues Parmi le gris silencieux.
Mais des visions nous abusent (La nuit, la Seine a ses terreurs), Et les brouillards légers s'amusent A faire de tout des erreurs.
Parfois le canot paraît fendre Un lac bordé de petits bois, Ou le fleuve semble s'étendre En deux ou trois bras à la fois.
Tout bouquet d'arbres fait presqu'île; Sous la paix d'un ciel azuré Le fleuve a beau couler tranquille, On ne se sent pas rassuré.
On dirait qu'un feu luit tout proche Sur le bord, qu'un jonc s'est brisé, Au moment même où l'on s'accroche Aux ronces du bord opposé.
Sous la lune on croit voir des fées, Comme près d'un fleuve allemand,
LES BERGES
Pâles, de nénuphars coiffées, Mener leur ronde vaguement;
Ou, dans des fuites saisissables, Ventres tendus, torses ployés, Parmi les herbes ec les sables Le roulis glauque des noyés.
Cette lumière de ténèbres Eclaire de froids rendez-vous; Ces mirages d'eau sont funèbres, Et provoquent les rêves fous.
Quand donc, pour chasser la démence Et les fantômes du sommeil, .Montera dans le ciel immense, Triomphalement, le soleil ?