LA MARE
A CEORCKj L A F I- N F. « T R F.
1res des chênes profonds de la grande forée, Au décour du chemin, une mare apparaît. Sous les lentilles d'eau qui la font toute verte, Elle est au flanc du sol comme une plaie ouverte. Ni ronces sur ses bords, ni touffes de roseaux. Nul rayon ne sourit à l'horreur de ses eaux. Dont s'ouvre vers le ciel le vague orbite morne. La tristesse des yeux éteints n\i pas de borne, Et rien n'est plus poignant que cette eau sans regard. Un oiseau fourvoyé, volant là par hasard, Retourne vers l'azur et la forêt énorme. — On ne voit pas d'où vient la source qui la forme, Ni par où l'eau s'écoule, ou comment le niveau
Reçoit, sans êcre enfle, chaque orage nouveau.
Cependant à sonder cette eau l'esprit insiste,
Parce qu'elle est profonde et parce qu'elle est triste.
On ne peut contempler toujours les gais tableaux,
Les roses, ni l'argent des feuilles des bouleaux.
La nature, qui sait à toute heure sourire,
Quelquefois à côté du mieux place le pire,
Afin que l'homme pense au milieu des grands bois.
— La mare, où ne peut boire une bête aux abois,
A de l'eau sans clarté, de la fraîcheur sans ombre.
Son sein comme un tombeau béant est toujours sombre,
Et sur l'herbe d'été passe un frisson d'hiver.
Le bois n'a plus d'esprits qui le hantent, ni l'air
Les blanches visions de verveines coiffées.
Le rêve ne va plus à la danse des fées.
Là vit l'amas confus des germes malfaisants :
Et l'on songe à ces vils crimes de paysans,
Aux cadavres sans nom faits par des mains avares.
Et jetés en haillons sanglant-; dans l'eau des mares.
LA FORET
« I rends garde à ccchemin pierreux, prends garde aux roches.
C'est ainsi que, suivant les routes les plus proches.
Je veillais sur ta marche et je guidais tes pas.
Tu riais de l'obstacle et tu ne bronchais pas.
Les bouleaux frissonnants chantaient leur long cantique:
On entendait se taire au loin la terre antique,
Et la grande forêt, vibrant au moindre bruit,
Claire, faisait penser aux choses de la nuit.
Les bruyères en fleur semblaient un manteau rose.
Et les rochers géants où le lézard se pose,
Pareils aux animaux antédiluviens
Epouvantaient très-peu tes yeux parisiens.
On eût dit, à te voir souriante et si fine,
Au milieu du chaos farouche une aubépine.
Les grands chênes, vois-tu, sont comme des aïeux.
Rien que leur front soit morne, et bien qu'ils soient très-vieux
Ils entendent. Il faut respecter leur silence.
Leur tête que la brise incessante balance
Est sévère et fait peur aux tout petits oiseaux;
Mais le soleil nous guette et tend ses blonds réseaux
Dans les feuilles. L'odeur du genévrier sombre
Nous conseille l'ivresse et nous invite à l'ombre.
Assieds-toi; demeurons ensemble à regarder
Les hêtres au tronc fort que rien ne peut rider,
Ou l'insecte qui monte aux crosses des fougères.
Tes paroles auraient des grâces trop légères.
Ne parlons pas; laissons ainsi tomber le jour
Dans ce temple superbe, indulgent pour l'amour.
LA FORET