A PIERRE F.12I.H
IN ou s fîmes, au printemps dernier, Un jour que nous étions à boire, Connaissance d'un marinier Qui nous raconta son histoire.
Il dit qu'il menait du charbon, Depuis dix ans, de la Belgique.
— Pour faire l'œil viril et bon, Le grand air du fleuve est magique.
L'ombre tombait du frais coteau...
Dans l'orgueil naïf de son àmc
Il nous parlait de son bateau,
Il voulait nous montrer sa femme.
L'un était un bateau ponté, Et l'autre une grosse Flamande, Tous deux luisants de propreté :
Ce qu'un cœur tranquille demande.
Sur le pont, par le ciel chauffé, Les yeux contents, l'âme légère, Nous bûmes d'excellent café Que nous versa la ménagère.
Le buffet fut ouvert pour nous...
Je voyais la table voisine, Le grand lit conjugal et doux Auprès du fourneau de cuisine.
Le soir mourait sur ce tableau.
— Un enfant à mine prospère , Vif et qui n'a pas peur de l'eau, Jouait sur les genoux du père...
Et je pensais : Ils sont heureux Et plus sages que nous ne sommés ; Le plus pur du ciel est pour eux, Loin des villes et loin des hommes.
LES B ERG ES.