‹ Au fil des joursChapitre 4 sur 14 · SONNETS ANTIQUES · texte numérisé non relu

SONNETS ANTIQUES

cATOLLO^C

Sur le bord des flots bleus et près des lauriers-roses. Apollon Musagète est assis : ses grands yeux Tournés vers l'Orient interrogent les cieux Comme pour y chercher le mystère des choses;

La lyre aux clous d'argent sommeille dans sa main, Muette, mais déjà, touchant la corde oblique, Il éveille à sa voix l'âme de la musique Qui frémit doucement sous son archet divin.

l'art 63

La blonde Cythérée et les Grâces décentes Menant les chœurs légers et les rondes dansantes Sur la mousse des bois font glisser leurs pieds nus ;

Et, le soir, les bergers regardent, sous les branches,

A la molle clarté de l'astre de Vénus,

Passer dans un rayon de vagues formes blanches.

éM^dÈéMOST^CE

Omère des Neuf Sœurs, Mémoire industrieuse, Qui donnas la première aux hommes le secours De préciser le signe à l'aide du discours Et de développer la phrase ingénieuse;

Toi qui les instruisis à traduire les voix Du chœur mystérieux de la grande Nature, A distinguer le cri de chaque créature, Le murmure des eaux et la chanson des bois;

l'art 6f

C'est grâce à tes leçons que la jeune Harmonie Dans le frémissement des brises d'Ionie Trouva le rythme ailé du vers mélodieux,

Et que le chœur chantant des faiseurs d'épopée

Berça par le récit des œuvres de l'épée

La jeunesse du monde et le loisir des Dieux.

CoALLIOTE

La trompette de guerre a frémi, l'air frissonne; Déjà, le glaive en main, les héros, fils de Mars, S'élancent en criant à l'assaut des remparts Ou pressent d'un pied lourd la terre qui résonne.

Calliope descend alors du haut des cieux : Elle dit les combats livrés autour de Troie, Les cadavres sanglants abandonnés en proie, Et le ressentiment d'Achille furieux:

l'art 67

Ou le vaisseau d'Ulysse et le chant des Sirènes, Et le char de Neptune ouvrant les larges plaines De la mer violette aux flots retentissants ;

Et, près de la déesse assis, le vieil Homère Prête une oreille avide à ses divins accents, Pensif, les yeux fermés à la douce lumière.

éMELTOéMÈU^E

Quand Thespis promenait dans les bourgs de l'Attique Son chariot rempli de joyeux vendangeurs, Melpomène voulut suivre les voyageurs Et mêler sa voix grave à la fête rustique.

Eschyle fit passer dans ses vers pleins de Mars Le frisson généreux des grandes aventures Ou le frémissement que donne aux créatures Le combat de la vie et le jeu des hasards;

l'art 69

Puis le tendre Sophocle étala sur la scène Le drame déchirant de l'énergie humaine; Euripide chanta les amours douloureux;

Et le choeur, au doux bruit des flûtes cadencées,

Prêta l'aile du rythme à l'essor des pensées,

Et la strophe en chantant s'envola dans les cieux.

THcALIE

Thalie impatiente agite ses grelots, Le brodequin sonore a chaussé son pied rose, La haine des méchants ou le mépris des sots Met une ombre à sa lèvre enjouée ou morose.

Les abus éternels de ce pauvre univers Sont le thème léger de ses paroles franches; Elle appuie en riant le doigt sur nos travers, Et son rire éclatant laisse voir ses dents blanches.

Un miroir à la main, comme la Vérité, * Elle invite gaîment la vieille Humanité A rire d'elle-même, et, tantôt familière,

Tantôt grave, elle éclaire Athènes et Paris Au foyer lumineux de ces deux grands esprits, Le grec Aristophane et le français Molière.

TE^TSICHO^E

Quand l'herbe a reverdi dans les prés, Terpsichore Bondit, et son pied nu rase à peine le sol : On dirait d'un oiseau léger qui prend son vol, Part, s'élance et revient pour s'élancer encore.

Le rythme de la danse anime son beau corps, Par battements égaux son sein blanc se soulève, Elle semble poursuivre un invisible rêve Au murmure lointain d'insensibles accords.

Puis, comme un papillon amoureux d'une rose, Soudain elle s'arrête — immobile, — et se pose Les bras levés, avec un sourire charmant;

Ensuite elle reprend la danse commencée Et sur l'herbe des prés passe si doucement Que la tige des fleurs n'est pas même blessée.

CW^

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