‹ Au fil des joursChapitre 9 sur 14 · LA FUMÉE · texte numérisé non relu

LA FUMÉE

Et moi, la fumée, agile et bleuâtre, Je monte dans l'âtre, Et nonchalamment

Je monte toujours, âme emprisonnée, Sous la cheminée, Jusqu'au firmament.

Et je suis semblable à l'ombre d'un rêve

Qui d'abord s'élève

Et puis disparaît, Ou bien aux vapeurs que la nuit voilée

Met sur la vallée

Et sur la forêt ;

Et semblable, hélas! aux légers mensonges,

Chimères et songes,

Frêles visions, Vapeurs d'un instant qui sortent des âmes,

Aux dernières flammes

Des illusions.

Mais je bénis Dieu de ma destinée, Puisque aussitôt née Je remonte aux cieux,

Et que je m'enfuis, sans toucher la terre, Sur l'aile légère Des nuages bleus,

Pour aller me perdre à travers l'espace,

Sans laisser de trace

Ni faire de bruit, Dans l'éther limpide et ses grandes plaines

Mêlée aux haleines

De la blanche nuit.

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