LE VIEUX CALVAIRE
VIEUX calvaire ! © sainte solitude !
Doux monument qui bordes le chemin, Abri du mendiant quand le soleil est rude Oh ! reconnais un ancien pêlerin.
Tout a changé—vieilli, je voulais dire, Et bien longtemps je fus absent, je vois :
Mais sur tes murs mon cœur peut encor lire Le souvenir de mes jours d'autrefois.
64 Au foyer de mon 2resbrière
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Oh ! laisse-moi, chère et paisible enceinte, Oh ! laisse-moi m'asseoir quelques instants
Sous ton dôme rêveur où les merles sans crainte Font, comme au bois, leurs nids depuis longtemps. Oh ! laisse-moi, sous ton toit qui s'écroule,
M Te confier, ce soir, quelques soupirs : .
Je veux rêver au passé qui s'écoule :
Mon cœur, mon âme ont soif de souvenirs !
C'est à trois pas d’un ravin solitaire, Borne où finit le village natal, Au-dessus des lilas, le coq du vieux calvaire 1.1 Etale encor son plumage en métal.
Ici, jadis, le soir, dimanche et fête, De Saint-Antoine et de Saint-N icolas, | L'on affluait : les gens entraient nu-tête, fi S'agenouillaient, et Puis priaient tout bas. { |
Filles, garçons—du plus jeune aux plus grandes— Tout le canton se faisait pèlerin :
On s’y rendait par deux, on y venait par bandes, Et le franc rire était à plein chemin, Mais les propos s'éteignaient à distance, 41 Chacun soudain se sentait tressaillir ; Lie Car, à travers le feuillage, en silence, h : Le Christ semblait nous regarder venir,
Le vieux calvaire ———— mn
Au vieux calvaire encor, quand la nuit tombe, Quelque vieillard, un bâton à la main,
Vient apprendre à braver le calme de la tombe, Et l'espoir brille À son front plus serein, Mais ses pas seuls émeuvent le silence Qui plane autour du calvaire outragé :
On n'y voit plus la jeunesse ou l'enfance Pourquoi ? la mode, hélas ! en a changé.
Et maintenant, calme et touchant asile, L’herbe a caché ton seuil devenu vieux :
Le vieux Christ est tout seul sous ton dôme qui brille : Il semble avoir du chagrin dans les yeux.
—O frais plaisirs ! 6 gais pêlerinages | O vrai bonheur ! qui remplace aujourd'hui Le charme pur de ces riants usages ? — Le bal, les ‘‘ jeux,” le remords et l'ennui !
Pauvre Calvaire ! enceinte désolée !
La main du temps comme nous te flétrit !
Comme le cœur humain. tu vieillis isolée,
Et comme lui, l'amitié te trahit !
Ton vieux plancher sous les pieds craque et plie,
Et sur ton seuil, la ronce, herbe qui mord,
À l'air un peu d'être un mauvais génie
Qui du saint lieu veut défendre l’abord.
On t'abandonne, Ô pauvre vieux Calvaire ! :
On te trahit !—toi, tu n’as pas changé : î Car tu remplis toujours de paix et de mystère |
L’urne sans fond de mon cœur affligé.
Oh ! bien des fois, à genoux sur tes pierres,
Dans mon jeune âge—âge d’or et de miel |—
J'ai murmuré de naïves prières :
Il me semblait que j'étais près du ciel!
Ma vie, alors, était à son aurore :
Trop d'espérance à moa front rayonnait :
Le bonheur n’était pas un mot vide et sonore,
Et l'avenir encor me souriait.
Depuis, ma nef a laissé le rivage ....
— Hélas ! la vie est semblable à ia mer :
Son flot, parfois, caressant sur la plage,
Ecume au large et devient plus amer {
Où sont-ils donc, ces chers amis d’enfance ?
Oh ! leur départ a bien blessé mon cœur !
Ils dorment ! Sur leur tombe, une croix en silence Me dit tout bas : La vie est une fleur [— Fleur éphémère ! à peine le feuillage A-t-il vingt fois couronné les rameaux— L'homme, isolé dans son pêlerinage,
Ne marche plus qu'à travers des tombeaux !
Le vieux calvaire 67
Pourtant l'exil conserve encor des charmes, Et le chemin n’est pas encor trop noir :
Car Dieu nous a laïssé, pour adoucir nos larmes, Le souvenir—la prière—et l'espoir.
L'espoir ! l'espoir de retrouver bien vite— Pleins de santé dans les palais de Dieu— La sœur, le frère, ou l'ami qui nous quitte.
En attendant, charmant Calvaire, adieu,
CE
Déjà, le soir allume avec mystère
Mille fambeaux superbes et tremblants :
11 semble que le ciel, pour regarder la terre,
Ouvre ses yeux calmes et rayonnants.
Autour de moi comme sur la celline
L'ombre en silence efface les objets ;
L'ombre en silence a comblé la ravine,
Voilé le Christ et noyé les bosquets.
Adieu, séjour calme et mélancolique !
Séjour béni, je reviendrai pourtant !
Car les vieux souvenirs sont comme une musique : En foule, ici, mon âme les entend !
Je reviendrai respirer sous ton dôme, Comme ce soir, l'oubli des jours amers : Car je ne sais quel merveilleux arôme, Venu du ciel, parfume ici les airs !
Pointo-Aubin, Saint-Antoine de Tilly,
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