‹ Au foyer de mon presbytère [microforme]Chapitre 7 sur 66 · A UN AMI LA VEILLE DE SA FÊTE · texte numérisé non relu

A UN AMI LA VEILLE DE SA FÊTE

H ! je le sens, sur cette terre, Le ciel n’est pas toujours voilé :

Il est des jours—tendre mystère— Où notre ciel est étoilé !

Dans cet exil qu’on aime encor, Il est des jours, sur le chemin, Que le cœur parfume et colore, Des jours que plus tard on adore Et que l’œil suit dans le lointain.

La nature aujourd'hui plus belle Me paraît suivre d’autres lois :

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Le soleil d'or sur nos grands bois Avec plus de grâce étincelle ;

L'oiseau n'a plus la même voix,

Ami, dis : quel est ce mystère ?

Est-ce prestige, est-ce chimère ?

Chimère !—oh ! non, bien-ai:né frère !

Mais mon cœur devine à demi

Ou bien la fête de ma mère,

Ou bien la tienne, Ô mon ami!

Puisse le ciel, à coupe rase, Verser le bonheur dans ton sein !

Et puisse toujours le chagrin

En t’approchant briser son vase !

‘* Sois heureux ”, pauvre et cher proscrit !

En exhalant ce vœu de flamme,

Par ma plume qui te l'écrit

Je sens presqu'échapper mon âme !

Car je te dois, moi, le bonheur !

Te souviens-tu, frère de cœur,

De ce beau jour de notre enfance ?— Pour trouver moins long le chemin,

Un jour nous fimes connaissance

Et nous nous donnâmes la main :

Depuis—pour moi du moins—la vie Baigne une rive tout fleurie.

Vigile dorée

Dans la plaine que je parcours,

Je sens bien une brise amère Assez souvent rider mon cours Mais le chagrin est éphémère,

Que dis-je ! il est délicieux, Quand on y met la lèvre à deux !

Déjà plus d'un anniversaire

S'est levé sur notre serment...

Sarait-ce un présage alarmant ?

Oh ! certes, non ;—bien au contraire !

Car une amitié qui fleurit

Sous l'œil de Dieu—cela console— Jamais, frère, ne s’étiole,

Jamais, frère, ne se flétrit !

Car l'amitié, quand elle est bonne, Ressemble à ce généreux vin

À qui l’on voit que l’âge donne Un nouveau prix, un goût plus fin.

Si j'ai philosophé, pardonne :

Voilà bien de l'encre et des mots Eh ! ça menace le volume !

Citoyen, je bride ma plume

Et jette mon Pégase au clos.

En terminant : veux-tu connaître Jusques à quand je prétends être Compagnon de route avec toi ?

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Eh ! bien, mon cher, écoute-moi :

À bord de ta chère nacelle

Je loue une place éternelle !

Ne fais jamais le dégoûté : À Car ton compagnon de voyage Ne se pique pas de fierté :

Il te suivrait même à la nage.

Car son cœur ressemble À l'oiseau,

Qui tient d'autant plus au rameau,

Que le rameau tremble et s'agite .

Pour chasser l'oiseau qu'il abrite | Soyons amis, soyons chrétiens Jusqu’aux confins de la vieillesse !

Car le ‘‘ devoir” et la ‘tendresse Li Voilà ma foi les seuls vrais biens !

On peut mépriser la richesse :

Mais en dehors de l'amitié

Et de la piété suave, . à La terre est une pauvre cave, % L'existence est une pitié !

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