CŒUR ARDENT
d'elle d'un air hésitant, puis finit par n der :
— Pourriez - vous m'indiquer où jVjme veuve Deshusses ?
— L'escalier à droite, au troisième.
— .Merci, monsieur. — C'est vous, Auguste Morel ?
— Oui, mademoiselle. Et vous êtes i mademoiselle Caroline Robert, la nièce M"* Deshusses ?
— Parfaitement. Comment va ma coi
— Bien... je suppose.
Elle me toisa d'un regard étonné, puii vers l'escalier.
Comme tous ces détails^estaient ei sents à ma mémoire ! Et notre seconde le lendemain, dans le petit salon M°»e Deshusses! Depuis longtemps, je passé une heure aussi agréable. M^^^Car l'art de répandre autour d'elle la bonne la joie. Louise oubliait de se plaindre husses fredonnait un vieil air en va soins^du ménage. En quelques heures ( fille avait transformé notre orageuse al Elle me parlait à peine, mais je sentai cale influence travailler pour moi. En dant cinq semaines, — la durée de son Louise et moi nous n'eûmes pas une ^
bientôt je repris l'habitude de m'arrêier tous les jours un moment chez M^^ Deshusses. Caroline, active comme une fée, avait toujours un ouvrage en mains, et ce m'était un vrai bonheur de retrouver son aimable visage souriant, penché sur quelque délicate fanfreluche, ou d'entendre sa voix fraîche conter quelque histoire de notre canton. Parfois, elle se taisait, m'examinait avec une expression railleuse dont je ne parvenais pas à déchiffrer le sens, puis se levait, disparaissait à la cuisine aider sa tante.
Un matin, on frappa un coup léger à la porte de mon petit bureau et je fus très surpris de voir entrer Caroline Robert. Nous n'avions encore jamais eu l'occasion de nous entretenir en tête-àtête. Un peu émue, un peu nerveuse, elle s'avança vers moi d'un pas délibéré et me dit :
— Monsieur Auguste, je pars après-demain. Je voudrais causer avec vous.
Un grand froid m'était tombé sur le cœur.
M'efforçant de dissimuler ma peine, je lui offris un siège et j'attendis.
— D'abord, commença-t-elle, qu'il soit bien compris que je ne viens vous parler au nom de personne. Il faut que ma tante et ma cousine ignorent ma démarche.
Je m'inclinai.
— En arrivant chez ma tante, poursuivit-elle,
par moi, si M*"* Deshusses juge que j'ai fait un tort à sa fille, et si c'est là votre idée aussi, dites un mot.... Je suis tout prêt à Tépouser et je tâcherai d'être un bon mari.
Elle se leva à son tour, les yeux brillants, troublés de larmes, et me tendit la main.
— Vous êtes un honnête homme. C'est bien cela. Mais Louise aussi est une honnête fille ; elle ne voudrait pas vous épouser à ces conditions. Vous seriez malheureux, elle serait malheureuse. Il faut rompre. Voulez-vous vous absenter demain pour quelques jours ? Je l'emmènerai avec moi à la Chaux-de-Fonds et, à son retour, vous serez logé ailleurs. J'ai c^usé avec ma tante et avec ma cousine : je suis certaine qu'elles se laisseront guider par moi. Dès le premier jour où je vtous vis ensemble, j'ai compris que vous n'aimiez pas Louise, et j'ai réussi à les en persuader.
— Je suivrai aussi vos conseils, murmurai-je. Nous n'avions plus rien à nous dire, cependant
nous restions debout en face l'un de l'autre, immobiles, muets, tandis que par la fenêtre entr'ouverte arrivait à nos oreilles le frais ruissellement de la fontaine. Non, nous n'avions pas tout dit, et je repris, d'une voix tremblante :
— Je ne l'aime pas.... Car, pour une femme que j'aimerais, je serais prêt, dès aujourd'hui, à aliéner ma liberté.
oûter nous attendait, je remarquai une tasse une assiette dont on s'était déjà servi. )ù est la tailleuse ? demanda Félix à sa
111e est partie. Je Pai fait goûter la première 'elle profite d'une occasion pour rentrer à Jlaise. Le fils Laurent y allait justement char à bancs. La nuit est épaisse et, pour nme seule, le trajet assez long....
André-M. Gladês.
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est poudreuse, les prairies qui la bordent étincellent de rosée, les premières mélopées retentissent dans les buissons, j'y mêle un joyeux hourrah et me voilà dans le pittoresque sentier de Longeborgne. Je me suis fourvoyé, car pour aujourd'hui, ce n'est pas l'antique ermitage que je veux visiter, mais les villages de la rive droite de la Borgne, dont je n'ai vu que très vaguement les toits, des hauteurs d'Hérémence, et qui ont avant tout, pour moi, l'irrésistible attrait de l'inconnu. Je reviens sur mes pas un peu à regret, tant ce chemin de Longeborgne est ravissant, et j'arpente, avec une aisance qui me réjouit, la chaussée pierreuse de Nax. Je n'ai pas marché une demi-heure, que je vois avec plaisir mon chemin s'engouffrer sous des bouquets de sapins, à travers de luxuriantes prairies, et monter, par ondulations, vers les hauts rochers qui commandent l'entrée du val d'Hércns. La première montée, la plus raide, est faite ; elle m'a paru un amusement d'enfant, et quand, après une courte halte consacrée à l'admiration du paysage, je reprends ma route, le chemin est si aisé qu'il me semble que la montagne baisse insensiblement à chacun de mes pas. Après avoir contourné les rochers de Nax, le chemin s'enfonce mollement dans les riants coteaux de Vernamiège grimpe par bonds légers les escarpements qui dominent la Borgne, et louvoie capricieusement
CROQUIS ALPESTRK
entre les vertes pelouses et les champs de 1 abrité, en maints endroits, par des rangées gigantesques mélèzes qui le font ressembler à i succession de petites avenues bien plus qu'à sentier de montagne.
Après deux heures de marche, qui furent p moi comme une lueur d'enchantement, le paysa jusqu'alors tranquille et solitaire, change sub ment d'aspect, et c'est l'œil émerveillé que contemple, dans un transport d'enthousiasi l'indescriptible tableau qui se présente à ma v Devant moi, c'est le mirifique glacier de Fcrpèt la pyramidale Dent d'Hérens, et les fantastiq Dents de Veisivi ; à ma droite, les super pâturages de Thyon, Vex^ et le sauvage val d'Hérémence ; à mes pieds la Borgne tumultuei aux ondes échevelées ; les ruines d'une tour i gneuriale, Euseigne et ses pyramides légendaii à ma gauche, des champs de blé ondoyants, d les vagues d'émeraudc vont mourir au seuil forêts, et au dessus desquels étincelle, en sa foi svelte, la flèche argentée d'un clocher : c'est glise de Mage. Il est sept heures. Le soleil, ca jusqu'ici derrière les hautes cimes, inonde m^ tenant la vallée de ses flots d'or, le Mont-No paraît se fondre et s'évanouir sous le feu enval sant du grand astre, les bois prennent des teir chimériques, les pâturages semblent crépiter s
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e pluie d*étincelles, et partout ce sont les mille X de la nature qui soupirent, dans un réveil ndiose et féerique, des titibulements de cloîttes, des huchées de pâtres, des bêlements de upeaux, des mugissements de torrents, des Lirdonnements d'insectes, des bruissements de illes, des gazouillements d'oiseaux, et tout cela, bien d'autres choses encore, confondus dans un me son vague et lointain, passant comme un midable concert au-dessus des gorges et des fcipices, pareil à une mystérieuse harmonie intant de la terre vers les cieux.
Devant l'humble presbytère de Mage, un prêtre spitalier m'accueille avec un élan de sympathie de bonté qui me rend tout confus. Nous déjeuns ensemble, et pas n'est besoin, je pense, de LIS dire que je fis le plus grand honneur à la >le de mon amphytrion, tant il est vrai que du t, du pain de seigle et du beurre frais sont des ts délicieux, et que trois heures de marche dans montagne valent mieux que tous les apéritifs la terre. Je n'apprendrai sans doute rien de Lif à mes lecteurs en leur disant que M. le curé Mage est un écrivain charmant, plein de verve d'humour, un psychologue et un philosophe nt les maximes, présentées sous la forme de ates moraux, sont toujours empreintes du bon is et de la mansuétude qui sont le fond de son
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tenant sous mes pas ; c'est une promenade naturelle, tantôt serpentant à travers d'idylliques forêts, . tantôt prenant en croupe les rocs en promontoires, incomparables belvédères d'où la vue embrasse tout le riant val, de Bramois à Evolène, le Sanetsch, rOldenhorn, les villages de Savièze, et tout au loin, dans l'infini des arrière-plans, toute la longue théorie des dômes et des clochetons de neige du plus merveilleux des mondes glaciaires. Et l'on arrive à Suen, un obscur petit hameau de la paroisse de Saint-Martin, qui fut, vers le quatorzième siècle, une majorie appartenant aux évoques de Sion, devenus acquéreurs des biens des nobles d'Ayentet de Bex. La tour de la majorie de Suen, dite Tour d'Eyson, dont il est fait mention dans des actes de 1342, a complètement disparu, et il ne s'est pas trouvé un seul chroniqueur, jusqu'ici, pour en faire revivre un peu l'antique souvenir.
Le joli village qui a placé son église sous le vocable de Saint-Martin, est un heureux village. Le bienheureux évêque de Tours protège visiblement les fidèles voués à son culte, et la légendaire coupe de l'empereur Maxime, instituant saint Martin patron des buveurs, n'a pas trouvé grâce dans le Saint-Martin d'Hérens, où l'on ne trouve point d'auberge. L'accueillante hospitalité du révérend curé-doyen de la paroisse y supplée, d'ailleurs, avantageusement, et mon dernier mot.
avant de quitter ces lieux enchanteurs et trop peu connus, mais qu'une grande route carossable ne tardera sans doute pas à mettre en communication plus facile avec la plaine, serait Péloge de Pexcellent prêtre qui préside avec autant de vigilance que de bonté aux destinées spirituelles de ses administrés. Mais je dois me taire, la modestie de cet humble serviteur de Dieu m'en fait une pieuse obligation.
SOLANDIEU.
Les explorations
de Tatmosf
N sonde les mers avec ui lourd que Peau, on sonde avec un ballon plus léger problèmes qui se posent sont presqi dans les deux cas. Quelle est, poi composition de Teau, sa températui deur? quels sont les organismes des \ L'explorateur de l'atmosphère se de ment quelle est la composition de Vi régions, y fait-il froid ou chaud, y a organisés ?
Les sondes aériennes sont le cer ballon, vieux instruments dont l'un le jouet préféré des Chinois avani
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appris à connaître les machines de guerre modernes, et dont Tautre, âgé de plus d'un siècle, est resté un sujet d'admiration et d'étonnement pour les foules, mais devient lentement un engin disciplinable et utile à la science.
Cerfs-volants et ballons servent depuis quelques années à explorer l'atmosphère, ils montent plus haut que les plus hauts sommets, ils peuvent donc nous dire ce qu'ils ont vu; il vaut la peine de le leur demander.
Le cerf-volant est la sonde des altitudes modérées; il a fait son entrée dans le domaine de la météorologie par un coup de maître, lorsque lancé par le génie de Franklin, en 1752, il lui démontra l'état électrique des nuages orageux ; dès lors il avait été presque oublié. — C'est en Amérique, patrie de sa première application scientifique, qu'on a songé de nouveau à l'utiliser pour explorer l'atmosphère. Les patientes études de M. Lawrence Rotch, directeur de l'Observatoire de Blue Hill, ainsi que les essais faits par le service météorologique des Etats-Unis à Washington, ont transformé le cerf-volant de notre enfance en un appareil solide et stable, capable de s'élever très haut et d'emporter avec lui des appareils enregistreurs. Les cerfs-volants de M. Rotch s'élevaient en 1894 à 631 mètres; en
LES EXPLORATIONS DE l'ATMOSFHÈRE 185
1899 ils ont atteint l'altitude respectable de 3792 mètres, et un savant français, M. Teisserenc de Bort, a réussi avec des appareils semblables à atteindre 3940 mètres.
Le cerf- volant a le grand avantage d'être beaucoup moins cher que le ballon, il n'exige pas comme lui une forte dépense de gaz à chaque ascension ; en revanche, il ne s'élève que si le vent souffle, les instruments de M. Rotch ne prennent leur vol qu'avec un vent de 6 mètres par seconde. Les cerfs-volants pourraient rendre de précieux services aux observatoires de mon- . tagnes, qui bénéficient déjà de leur altitude personnelle et vivent dans un air plus agité que celui de la plaine. Un cerf- volant partant du Gornergrat à 3136 mètres et s'élevant à 4000 mètres dominerait de 2300 mètres le mont Blanc, le plus élevé des sommets de l'Europe, et il pourrait, à cette altitude, chargé d'un instrument ne pesant que I kg. 5, enregistrer la température, la pression et l'humidité de l'air, ainsi que la vitesse du vent.
A côté du cerf-volant, le ballon est le véritable explorateur des hautes régions ; on l'emploie à l'état libre mais monté, c'est-à-dire ayant un ou deux observateurs, ou à l'état de ballon-sonde, c'est-à-dire n'emportant que des instruments que le vent entraîne au gré de ses caprices, tandis
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que le ballon les élève au gré de sa force ascensionnelle. Le ballon monté a donné dès sa naissance les preuves de son importance pour la science, car c'est le i8 septembre 1804 que Gay- Lussac fit la première grande ascension scientifique et atteignit l'altitude considérable de 7910 m.
La hauteur à laquelle peut s'élever le ballon monté est limitée par la résistance physiologique que l'observateur offre au climat des grandes altitudes ; des accidents trop nombreux, ont montré le danger pour l'organisme du séjour dans l'air trop raréfié ; la diminution extrême de la pression gazeuse ne permet pas aux poumons d'inspirer un poids d'air suffisant ; il y a asphyxie par déficit d'oxygène. On y remédie partiellement en inspirant de temps à autre de l'oxygène pur, dont l'aéronaute emporte une provision avec lui, mais ce palliatif ne peut servir que pendant un temps limité, c'est un cordial dont il faut user avec modération .
Grâce à l'oxygène, à l'entraînement et à leur robuste constitution, des aéronautes courageux ont pu atteindre des hauteurs très respectables. Parmi les ascensions célèbres, on cite celles de Glaisher, qui s'éleva le 17 juillet 1862 à 7924 mètres et le 5 septembre de la même année à 8830 mètres. En 1875, G. Tissandier, Sivel et
LES EXPLORATIONS DE l' ATMOSPHÈRE
Crocé-Spinelli atteignirent 8600 mètres, ma conquête de Pair des hautes régions fut pj la vie de deux des aéronautes, Tissandier s( pirait encore quand le ballon toucha le i 1894, le 4 décembre, M. Berson s'éleva à 91 très et supporta une température de — 42'»
Les savants sont des « curieux de la né suivant l'expression pittoresque du siècle et ils s'intéressent même à ce qui ne leur rien en apparence , c'est ce « travers » de ] prit qui détermine les expéditions à la ce du pôle et les ascensions folles où l'aéi risque sa vie. Ne pouvant s'élever eux-mêm haut, ils ont imaginé d'envoyer dans l'esp; appareils enregistreurs emportés par des l sondes ; ce sont des ballons de faibles dime 2 à 300 mètres cubes, munis d'une nacelle q occupée que par des instruments ; on leur une' force ascensionnelle telle qu'ils s'élèvei haut que possible et on dispose les apparu registreurs de façon à ce qu'ils ne soie avariés par les secousses et les heurts, très violents, d'une descente qui n'est rég personne. En outre, chaque ballon enlpor lui son passeport indiquant d'où il est part ment il doit être traité et où il doit être ( avec les instruments qu'il contient. Ainsi {
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ballon est abandonné au caprice des vents et remis à la bienveillance des humains, s'il tombe entre leurs mains.
Les ascensions faites par les ballons montés et par les ballons-sondes ont donné des résultats si intéressants qu'on s'est décidé à organiser un service international d'ascensions ; à une date fixée, on lâche simultanément sur plusieurs points de l'Europe des ballons-sondes et des ballons montés ; les résultats de ces lâchers de ballons sont ensuite coordonnés et donnent une idée de l'état de l'atmosphère dans des conditions bien déterminées.
C'est en 1896 que les travaux ont commencé; huit groupes d'ascensions internationales ont eu lieu jusqu'en octobre 1899. Les stations de départ les plus fréquentes sont Paris, Strasbourg, Berlin, Munich, Vienne, Saint-Pétersbourg; comme on le voit, elles sont distribuées ainsi sur une vaste étendue de l'Europe.
Voici quelques-uns des résultats obtenus : les plus grandes altitudes atteintes ont été 13800 métrés en novembre 1896 et 15000 mètres en février 1897; c'est le ballon-sonde AérophiU III qui, fier de son nom, a tenu jusqu'ici le record de la hauteur. Il a enregistré dans une de ces courses — 60° à 1 2 000 mètres et dans une autre — 66° à 15000 mètres. Un appareil ingénieux a