‹ Au foyer romand: étrennes littéraires (volume 2)Chapitre 18 sur 23 · POUR UN SANATORIUM · texte numérisé non relu

POUR UN SANATORIUM

Un ménage charmant d'ouvriers. De la peine, Certes, le dur labeur du pain qu'il faut gagner, Et parfois, dans les jours mauvais, presque la gé Mieux vaut amour au cœur qu'abondance au grer

On était donc heureux quand, la saison passée, Par un de ces hivers si rudes au pays.

Un soir, elle sentit une sueur glacée Descendre aux membres las par la fièvre envahi

< — Ce n'est rien, ce n'est rien, mon ami, disait-< Je fais la dame; j'ai mes migraines aussi. »

Mais, sur son corps frappé d'une langueur mort( Un mal sourd s'acharna sans trêve ni merci.

Cela dura des mois et des mois. La misère Vint s'asseoir au chevet de tristesse et d'effroi ; Et l'hiver reparut plus morne et phis^ sévère. « — Que je souffre, mon Dieu! que j'ai mal, que

Clouée au fond du lit, dans une étroite chambre Où l'air manque, où le chaud s'enfuit du poêle éb Où la blême lueur du soleil de décembre.

Semble une charité maussade du destin ;

Où le médecin fait ses visites hâtives Et ressort en hochant la tête gravement, Où le mari renonce aux vaines tentatives De rassurer d'un mot qui console et qui ment ;

Où tout est pauvre, où tout est sombre, où tout est vide, Elle est là sans regards, sans paroles, toussant. Geignant, pleurant, et seule avec la mort livide Qui lui mange les chairs et qui lui boit le sang.

Quelquefois un beau rêve — un rêve, hélas! caresse Sa souffrance et l'endort, l'espace d'un instant. Ah ! la courte folie et la rapide ivresse !

Elle prie, elle implore.... Est-ce que Dieu l'entend ?

Elle songe et se dit : « Il est, dans la montagne, Là haut, très loin, au cœur des Alpes, mais si haut, Mais si loin, de ces lieux bénis où l'on regagne Les forces qui s'en vont et la santé. Il faut,

Il faudrait, je le sais, être riche, répandre Son bien et racheter sa vie à prix d'or. Moi, Sans défense, j'attends que la mort vienne prendre Ma main et m'entraîner vers la tombe. Pourquoi ?

Pourquoi la guérison aux heureux de ce monde ? Pourquoi le mal plus noir au plus déshérité ? Pourquoi tout donner là quand tout y surabonde Et me refuser tout dans mon adversité ?

O l'alpe blanche, l'alpe aux purs souffles de vie ? Le grand air des sommets qui gonfle les poumons, Ces ciels bleus, ces jours clairs qui m'emplissent d'envie Et qu'en rêve je vois sourire sur les monts!

Le père est tout le jour cloîtré dans sa fabrique ; La crise a fait pFus dur le pain de l'ouvrier ; Et j'ai beau me bercer d'un espoir chimérique, C'est bien la mort, j'ai beau pleurer, j'ai beau prier.

Les remèdes sont chers, le docteur perd courage; Ce n'est pas dans un air pareil qu'on peut guérir, Dit-il ; le père sort plus triste de l'ouvrage Et j'ai besoin de vivre et ne peux que mourir! »

La pauvre femme ainsi soupire et se lamente.

Mais voici qu'on lui fait un récit merveilleux : Le mal est moins cruel, la mort est plus clémente Et des clartés d'espoir passent devant ses yeux.

De braves gens — il est de braves gens au monde, —

De braves gens ont pris en pitié le malheur :

Un asile béni que la Charité fonde

A tout au large ouvert son seuil à la douleur.

Il suffit de vouloir, femme, pour que tu l'aies. Cet air vivifiant qu'appelait ton désir ; Il fleurira ta joue, il fermera tes plaies :

Nous t'offrons le salut, tu n'as qu'à le saisir.

Pars, viens à nous! Là-haut, dans la montagne blanche Où l'hiver dort en paix son radieux sommeil, Où le ciel est plus clair et la chaleur plus franche, Viens chercher le repos et trouver le soleil !

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