‹ Au foyer romand: étrennes littéraires (volume 2)Chapitre 6 sur 23 · DE ROBERT · texte numérisé non relu

DE ROBERT

quand la troupe joye

s s'allumaient ; les n silhouettes noires su irte de mélancolie pe : en silence presque, upes. Aux avant-gar( encore à mi-voix un es jeunes gens, par de . Les deux fiancés, rs, essayaient de pa que Claire, derrière e dire, observait leur b esse.

n, Robert et Claire re icés. Une étreinte do homme posait ses lèA jour devait être sa femi ! » scandalisé et éproi iigner, tandis que Ch forcé et sarcastique

-elle à son ami, ils jer, je suppose, puisqu

, et j'espère bien c va pas jusqu'à conda

ner rameur.... Supposez, par exemple, que nous soyons fiancés, ajouta-t-elle sur un autre ton, vous m'embrasseriez aussi, car vous m'aimeriez, comme moi je vous aimerais....

Elle finit dans un soupir, dardant ses yeux clairs sur Robert qui tremblait, puis elle s'approcha de lui, câline, presque tendre, posa sa main sur la main du jeune homme.... Alors il la regarda. Le visage de la jeune fille était pâle, ses yeux brillaient étrangement, des larmes roulaient sur ses joues,... et il comprit le secret de son amie ; il se sentit aimé, tendrement aimé, et, faisant un héroïque effort, il repoussa la jeune fille en murmurant :

— Je ne veux pas.... Je ne peux pas !...

Puis il s'enfuit, se bouchant les oreilles, car un sanglot étouffé lui avait répondu.

Quand tout le monde fut rentré, après le brouhaha joyeux du retour^ qui n'avait été pour Robert et pour Claire qu'une pénible contrainte, le jeune séminariste quitta l'hôtel, la tête en feu, l'œil hagard, et s'en alla d'un pas rêveur vers le bois de Prima-Jogne, où si souvent Claire l'avait accompagné.

Elle l'aimait!... Il en était sûr; il avait bien lu la tendresse passionnée dans ces grands yeux qui le fixaient, il avait senti de l'amour dans la pression douce de leurs mains ; et son âme, sa pauvre

âme candide, tremblait, grelottait sous l'effort de la crainte.

Robert n'avait jamais rien vu, rien connu de Tamour ; sa seule tendresse était sa mère ; en dehors d'elle, il n'avait eu d'autre aspiration que sa vocation ecclésiastique, que Dieu, que la prière. Et maintenant tout cela devenait vague, tout cela se brouillait dans son cœur ; et persistante, et accablante, l'image de Claire, ses grands yeux humides et ses joues pâles, s'emparait en reine de ce pieux domaine.

Il marchait à l'aventure sous les sapins sombres, énervé de leur bruissement, semblant trouver une plainte, un sanglot pareil à celui qu'il avait fui dans le murmure joyeux de la Jogne, tressaillant au bruit des branches sèches qui se brisaient sous ses pas. Il pleurait; il pleurait son enfance, le beau temps du collège où tout était douceur, plaisirs fous, rires insensés, où sa vocation, un instant entrevue, charmait ses rêves intimes; le temps du séminaire, cette douce année de prière, de calme; cette tranquillité qui ne renaîtrait plus jamais pour lui!... Et toujours Claire devant lui, Claire, qu'en vain il voudrait chasser, Claire, le visage baigné de larmes, un sourire triste aux lèvres, et qui murmure : « Car vous m'aimeriez, comme moi je vous aimerais.... »

Il erra ainsi toute la nuit sous la voûte noire

du petit bois, s'arrêtant parfois à contempler d'un œil vague, au travers des branches touffues, le scintillement d'une étoile ou la blancheur fade d'un rayon de lune, trouvant un plaisir cruel à se plonger dans sa tristesse, à retourner dans son âme tout ce triste problème....

Le jour le surprit, accoudé sur le parapet du petit pont, rêvant et pleurant toujours, et cherchant à découvrir un apaisement dans les mille bruits du réveil des choses.

Il était là, questionnant son cœur anxieusement, fouillant tous les replis de lui-même, contemplant la lutte de sa vocation et de son amour. Car un amour soudain, violent, passionné, était né dans son âme ; Claire, qu'il en avait voulu chasser, y était revenue, elle y régnait, elle y dominait tout, et c'était précisément entre elle et le devoir qu'il hésitait, c'était de la quitter pour l'appel de Dieu qu'il gémissait, c'était de laisser sa vocation vaincre l'amour qu'il pleurait....

Tout à coup il releva la tête, comme mû par un sentiment instinctif....

Claire était là, près de lui, toute pâle, toute tremblante. Elle aussi avait passé une nuit terrible, une nuit d'angoisse ; ses yeux étaient gonflés et rougis par les pleurs, des sillons tristes se creusaient sur ses joues, elle tremblait d'un mouvement convulsif.

OBERT 141

l devant cette trislU seulement par le Lire de ce qu'il ap-

1 mot de pitié.... Il -même et ses dents

signe de croix ; il 3 murmurer : « Ropencha sur le bord r Tabîme, toujours

Tesprit du jeune .... D'un seul bond i taille qui s'abanlervcux, et murmufant :

3tez à moi, soyez à

étonnés et radieux, tremblante encore, lui tendit son front

ce baiser candide oulades d'oiseaux, e senteurs de la folanson s'envolaient les clochettes tin-

taient, où la brise sussurait un refrain libre et

doux, où la vraie nature épanouissait son charme

Dans le tendre murmure des lèvres, un à un, avec un exquis allégement, s'enfuirent tous les scrupules de Robert. Car Tamour radieux, l'amour qui persuade et qui réchauffe était en lui, et cette douce étreinte lui faisait enfin commericer à comprendre qu'il est mieux encore à faire ici-bas que de s'enfermer dans la solitude pieuse ou dans l'abnégation de soi-même, qu'il y a un monde à régénérer, des heureux à faire et des devoirs du cœur à remplir....

Torry, Fribourg, juin 1900.

Auguste Schorderet.

En prenant le café.

► ON ami Pfleger, professeur de droit et [^ grand conteur d'histoires, me fit cet amusant récit :

— Authentique ! affirma-t- il dès le premier mot.

— Entendu! Allez-y!

11 y alla gaiement.

— C'était l'an dernier, me dit-il. Chez mon

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beau-père. La maison est hospitalière, comme vous savez. Et, tous les mois, quelque grande invitation rassemble autour d'un dîner copieux deux douzaines de bonnes connaissances. On fait là de la gastronomie entre gens qui ont de Taffection et de l'estime les uns pour les autres. Et l'on ne médit que des absents, de vous, par exemple, qui avez toujours quelque mauvais prétexte de nous fausser compagnie.

Notre Faculté avait accordé la venta docendi à un jeune Poméranien^ garçon de talent et d'avenir, qui avait du savoir et, ce qui vaut encore mieux pour réussir dans ce monde, des rentes, — Schwarzmuhrer, qui vient d'être appelé à l'Université de... Cet Eliacin de la jurisprudence, cependant, était aussi gauche que savant et d'une timidité ridicule. Etait-ce l'effet de sa myopie ou de sa taille ? De sa taille plutôt, car il aurait dépassé du front un grenadier de la garde prussienne. Il n'en finissait pas, positivement, et ses deux mètres cinq de longueur lui causaient des désagréments variés. Il se cognait à tous les lustres, écrasait son haut de forme sous toutes les portes, et, à table, mettait constamment en péril les pieds de ses voisins. Au demeurant, une âme de gentilhomme et une intelligence d'élite. J'avais été reçu dans sa famille au cours de mes études en Allemagne. Il s'était

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présenté chez moi dès son arrivée ici. Je V rageai à me faire visite 1res souvent. Mais, moi, il ne se lia d'amitié avec pcrsoni j'avais le sentiment que l'ennui, un ennui c reux et déprimant, s'emparait de lui, car 1 tion du Corpus juris ne suffit pas à rerr vie. 11 s'en défendait, je le veux bien, il i rait que ses étudiants, ses bouquins et ma le dédommageaient amplement de ses relat de ses plaisirs de là-bas. Je n'en croyai Aussi bien quand mes beaux-parents, qui \.

passé leur été à la campagne, rentrèrent ei au commencement du semestre d'automne, amenai mon protégé. Il leur plut médiocr Sur mes instances, ils ne l'en prièrent pas à leur premier diner de la saison.

Nous étions là quelques professeurs, qi hauts fonctionnaires, deux ou trois comm< huppés et les meilleures moitiés de nousr J'eus mille peines à décider Schvvarzmuhrc au dernier moment, simula une angine et traînai presque de vive force chez ses hôl repas fut joyeux. Mon privat-docent lui-m dérida et fit danser toutes les Frau Pr pendant la petite sauterie qui suivit le café

On se sépara vers deux heures du Schwarzmuhrer me remercia d'autant plu

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Icureusement que ses deux mètres cinq ne Pavaient pas trop incommodé ce soir-là.

Un mois s'écoule. Ma belle-mère m'annonce qu'elle récidive, et que, pour la fin de la semaine, elle attend une vingtaine d'invités.

— M. Schwarzmuhrer en est.^ demandai-je.

— Non.

— Ce serait pure charité....

— Non.

— Mais....

— Vous n'avez pas eu la main heureuse, mon cher gendre.

— Je ne comprends pas....

— J'eusse préféré laisser cela dans l'ombre. La curiosité des hommes.... Vous vous souviendrez que j'ai fait servir le café, lors de mon dernier dîner, dans mes tasses en porcelaine de Chine.

— Parfaitement.

— Elles me sont précieuses, moins encore pour leur valeur que pour les souvenirs qu'elles évoquent en moi.... Le premier cadeau de votre beau-père après notre mariage....

— Je dois vous avouer que....

— J'arrive au fait. Le matin, la cuisinière m'avertit qu'une des tasses manquait à l'appel.

— Eh bien ?

— Quelqu'un....

— Schwarzmuhrer, alors ?

J'éclatai de rire.

— L'affaire me paraît moins drôle qu'à vous.

De la porcelaine de Chine.... Un souvenir d'Alfred....

— N'oubliez pas, ô belle-maman ! que Schwarzmuhrer est fils de millionnaire, qu'il est la délicatesse et la loyauté incarnées.... Lui, faire une tasse, même en porcelaine de Chine? Non, non, mille fois non....

— Il y a des cas.... Comment désignez-vous cela, vous autres juristes ?

— De la kleptomanie ?

— Oui.

— Schwarzmuhrer kleptomane ? C'est insensé....

— Enfin, il y a un voleur.... Si ce n'est votre Poméranien....

— C'est qui vous voudrez ; ce n'est pas lui.

Et M. Schwarzmuhrer fut invité une seconde *ois. Il me sembla que, dans cette atmosphère de franche gaieté, il achevait de perdre sa roideur gênée d'antan ; et nous ne rentrâmes qu'à trois heures du matin.

Le lendemain, bellc-maman, très agitée, faillit rompre le cordon de ma sonnette. Toute la maison fut en alarme. Ma femme, croyant à un malheur, se précipita au-devant de sa mère....

— Encore une !

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