A MARGUERITE
JE suis entrée au cimetière, C'était un jour de grand soleil Et je songeais que sous la pierre L'enfant blonde, aux yeux de lui Dormait son lourd et grand somi
Le ciel était d'azur limpide.
Les horizons tout embrumés — Je songeais que, froide et rigide Sous les fleurs et sous l'herbe hu Elle était là — les yeux fermés...
N'as-tu pas senti la tendresse Qui vibrait au profond de moi, Quand sur ce marbre qui t'oppre J'ai posé comme une caresse Ma main frémissante d'émoi ?
Hélas ! et c'est l'unique chose Qui reste encore à notre coeur :
Une colonne en marbre rose, Une tombe étroite où repose Ta jeunesse et notre douleur.
Oh ! n'est-ce pas, sous cette pierre.
Où tu dors ton dernier sommeil, Notre amour rayonne en lumière ? — — Je suis entrée au cimetière.
C'était un jour de grand soleil.
Marie Durand.
aC
Cœur ardent.
eus avons la taillcusc en journée. J'espère ft que cela ne vous ennuiera pas trop, Auguste ? me dit ma belle-sœur, comme, un quart d'heure avant midi, je venais me laver les mains au robinet de la cuisine.
Je profitai de ce que j'avais le dos tourné pour faire la grimace. En principe, je n'aime pas les visages étrangers, et la présence à table de la couturière, cet être qui ne dit rien, gêne la conversation intime, mange du bout des dents et ne désire évidemment qu'une chose : voir finir le repas le plus tôt possible, m'a toujours paru une
des pires épreuves domestiques auxquelles soit soumis un homme. Mais je n'aurais pas voulu désobliger ma belle-sœur, aussi lui répondis-je, en décrochant du clou, à côté de l'évier, l'essuiemains de grosse toile :
— Comment donc, Adélaïde ? N'est-il pas convenu que vous ne changez rien à vos habitudes ?
Mon frère Félix, qui attendait son tour derrière moi, les manches retroussées sur ses poignets tannés, marmonna dans sa barbe rousse :
— Tu n'aurais pas pu choisir un autre jour, Adélaïde ?
— J'ai besoin de ma robe grise, répliqua-t-elle d'un ton péremptoire. On n'a pas les couturières quand on veut. M"« Robert est une personne très comme il faut, très discrète. De toute la matinée, on ne l'a pas entendue remuer dans la salle à manger. — Vous pouvez y aller lire votre Feuille d'Avis^ beau-frère ; vous ne serez pas dérangé.
J'aurais préféré l'emporter dans ma chambre, mais je n'en soufflai mot, à cause d'Adélaïde. Par la cuisine se répandait une savoureuse odeur de « gâteau aux pruneaux. » Je regrettai que ma belle-sœur n'eût pas réservé cette friandise pour un jour où nous serions seuls. Jamais je n'oserais en manger à mon appétit, devant cette vieille fille, ni, les coudes sur la nappe, rappeler les souvenirs déjà