‹ Au foyer romand: étrennes littérairesChapitre 3 sur 11 · CHRONIQUE ROMANDE · texte numérisé non relu

CHRONIQUE ROMANDE

vision de beauté, devant ce rêve de poésie où se trouve exaltée la vie régulière et bénie d'une terre que le labeur de Thomme autant que le bienfait de la nature ont rendue heureuse et féconde. Si, comme Ta dit un penseur qui fut aussi un poète, le corps de la patrie, c'est le sol, la race, la langue, les montagnes, les eaux, les productions caractéristiques, et si Pâme de cette patrie, ce sont les souvenirs, les usages, les légendes, les regrets ou les espoirs communs, quel spectacle mieux que celui de Vevey évoquerait l'image, non pas complète, mais idéalement heureuse, de notre pays romand ?

L'histoire de cette « fête populaire > a été esquissée, d'après les documents les plus authentiques, les Manuaux de la louable Confrérie des Vignerons (ou Abbaye de l'Agriculture) par M. Edouard Rod (Lausanne, Payot & 0% éditeurs).

Le beau poème de René Morax peut se lire, et se relire, dans le Livret officiel publié par l'imprimerie Klausfelder. La musique, simple, forte et saine, de Gustave Doret sera jouée et chantée dans les salles de concert, où les auditeurs en pourront apprécier mieux qu'en plein air la belle ordonnance classique, la puissance lyrique dans les hymnes et les invocations, l'accent net, franc, authentique dans les danses et les chansons populaires.

Mais qui nous rendra le souvenir et l'émotion de la joie intense que notre œil a savourée devant le spectacle de beauté, devant la symphonie merveilleuse des lignes, des couleurs et des nuances qu'a su créer le peintre Jean Morax ? Qui pourrait traduire par des paroles le flot de douceur, de volupté et de splendeur que le grand soleil d'août versa sur ce spectacle, unique dans notre pays, où la nature, le peuple, et toutes les formes de l'art collaborent à un résultat harmonieux et grandiose de beauté et de poésie ? Une grande joie saisit l'âme devant ce spectacle. Elle la soulève au-dessus d'elle-même. Elle lui fait oublier, pour une heure, la mince vie individuelle et la réalité banale, pour l'exalter jusqu'à la félicité du rêve. Sans doute il faudra redescendre de ces hauteurs et reprendre pied dans le réel, mais de cette heure radieuse, de ce songe d'une matinée d'été, quelque chose survit qui nous accompagnera, souvenir émouvant et fidèle, jusqu'au bout du chemin de la vie.

Le trait le plus caractéristique et, à mon sens, le plus précieux de cette fête de Vevey, c'est l'heureux alliage de tradition et de novation, de formes consacrées par l'usage et de libre création artistique, que l'antique parade de Saint-Urbain a su garder à travers les siècles. L'expérience de 1905 me semble établir nettement qu'il fau-

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