‹ Au foyer romand: étrennes littérairesChapitre 4 sur 11 · CHRONIQ.UE ROMANDS · texte numérisé non relu

CHRONIQ.UE ROMANDS

cirait soigneusement éviter de trop restreindre, dans un tel spectacle, la part de la tradition et du passé. Il m'a semblé que rien, à Vevey, ne portait plus sur l'esprit des spectateurs, que rien ne les émouvait davantage, que les scènes et les mélodies précisément qu'ils s'attendaient à voir et à entendre : le couronnement des vignerons distingnés et primés, le défilé de la noce et la valse du Lauterbach, la mélodie surannée et grêle du Devin du Village, la Mi-été de Juste Olivier, le rémouleur, le Ranz des vaches, et même l'épais Silène monté sur son âne dolent. L'habitude de garder dans chaque fête quelques-unes des mélodies, des chansons ou des danses qui ont fait le charme des fêtes d'antan est excellente entre toutes. Elle relie le présent au passé ; elle réveille dans les cœurs une émotion ancienne ; elle rend hommage à l'effort des prédécesseurs ; elle crée et propage, à côté des hardiesses et des trouvailles heureuses de l'art moderne, une tradition que le cours des âges rendra vénérable en la parant de tout le prestige du lointain. Elle ajoute aux couleurs fraîches et crues de l'art le plus moderne toute la grâce discrète des vieilles fresques à demieffacées par le temps. S'il m'était permis de faire un vœu, je souhaiterais que les auteurs futurs de la prochaine fête conservent aux auditeurs d'alors l'adorable Chanson des glaneuses, si lente, si douce

et si triste, seule note de mélancolie parmi les hymnes de joie triomphale et les scènes de grâce souriante :

A la glane

Le bluet se fane

Dans les champs dorés...

La Fête des Vignerons est, je crois bien, le seul spectacle de beauté artistique vraiment original et unique au monde que produise notre pays romand. Nous avons en revanche, ou du moins nous avions «naguère, pour réjouir notre IX il et bercer notre rêve, d'innombrables beautés naturelles. Nous n'avons pas su protéger assez bien la beauté de nos sites et le pittoresque ancien de nos vieux coins de rues, contre le triple et furieux assaut du mauvais goût régnant, du mercantilisme cupide et de Tutilitarisme borné. A force de vouloir activer le pressoir de « l'industrie des étrangers » (le mot n'est-il pas aussi vilain que la chose ?), nous arrivons à ce beau résultat, que nous chasserons de notre sol, avec la beauté, la fôule même des étrangers. 'Ils venaient goûter ctiez nous, avec les splendeurs de la nature, les bienfaits du calme, le repos de la solitude, la fraîcheur des forêts, des vallées et des monts. Peu

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