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paré de sa beauté mélodieuse et de son rythme câlin les sentiments ardents et doux qui refleurissaient dans cette âme sous les rayons d'un été de la Saint-Martin intérieur:
Rayons, parfums, rythmes, frissonSi
O beauté des choses qui sont,
Mon cœur s'est remis aux chansons.
Il faut remercier M. Philippe Monnier d'avoir recueilli et lié, en une gerbe modeste et charmante^ les quelques fleurs éparses que le poète avait laissé tomber au dernier contour de sa voie douloureuse. Il faut souhaiter surtout que ces € derniers vers » soient réunis à l'édition complète des poésies de Louis Duchosal, qui ne peut manquer d'être publiée un jour. Ce monument définitif à la mémoire de ce vrai et grand poète, si digne de n'être ni oublié, ni méconnu, ne peut se faire attendre longtemps.
Les Rdiquiae de Louis Guéry, mort à 33 ans au cours d'un voyage lointain qu'il avait entrepris en Orient, dégagent une sensation de mélancolie poignante et de mystérieux pressentiment. On dirait que la mort ait toujours rôdé, menaçante ou sournoise, autour de cet adolescent inquiet, maladif et délicat. Ses impressions de voyage, ses récits et ses nouvelles, recueillis dans ce volume posthume, révèlent un artiste littéraire toujours
plas conscient de son talent et plus sûr de ses moyens d'expression. Ils laissent aussi l'émotion troublante de l'inachevé, de ce qui aurait dû être et n'a pas été, de choses entrevues plutôt que vues, de spectacles interrompus, de rêves ébauchés. Solitaire, original, rebelle aux routines comme aux disciplines, voyageur au long cours, hanté de visions shakespeariennes, Louis Guéry était un isolé et un déraciné. Il laissera peu de traces dans le petit pays natal qui n'avait guère marqué de son empreinte ni sa pensée, ni ses affections, ni son art.
Deux jeunes écrivains, bien vivants et bien portants, je le crois, ont fait, à la fin de 1904, une entrée brillante sur notre scène littéraire. Certes, je n*attribue pas aux Propos du commissaire Potierat de M. Benjamin Vallotton la valeur littéraire, la portée morale et la crânerie courageuse qui font de L Echelle de J.-P. Porret une des œuvres les plus belles et les plus fortes du roman romand. Je constate simplement que les deux livres ont eu un très grand succès et qu'ils ont d'emblée mis en vue leurs heureux auteurs. Il est même possible que Vallotton -Philin te ait trouvé plus d'amateurs que Porret-Alceste. Aucune vérité n*est bonne à dire en un petit pays où l'amourpropre est fort éveillé et les susceptibilités assez chatouilleuses. Or M. J,-P. Porret n'a épargné.
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dans son tableau des mœurs politiques suissci^ actuelles, aucune des vérités qui pouvaient toucher au vif les coryphées et les choristes du régime gouvernemental dont nous jouissons. De plus, son héros principal, Pavocat Gabriel Cabrol» peut passer à bon droit pour le parfait échantillon du petit arriviste qui pullule, de nos jours, dans les démocraties avancées. Toute une génération de grimpereaux a pu se reconnaître dans ce portrait cruellement fidèle. Je crois seulement que M. Porret a un peu exagéré le trait, un peu noirci la couleur, en faisant commettre à son arriviste un véritable crime, un crime qui, découvert, l'aurait conduit aux travaux forcés. Les petits arrivistes de la politique sont trop avisés pour en venir là et peut-être trop veules. Il paraît excessif, dans l'état de nos mœurs, d'admettre qu'un criminel comme Gabriel Cabrol puisse arriver jusqu'au Conseil fédéral....
Plus faible, plus sournois, plus hypocrite, l'émjnent Gabriel Cabrol me paraîtrait plus vraisemblable. Il n'en reste pas moins que, par la qualité et l'étendue de l'observation, par le don d'animer et de rendre vivants les caractères individuels comme les groupes collectifs, par la vérité et le courage de la peinture, M. J.-P. Porret s'est mis d'emblée par L^ Echelle au premier rang de nos romanciers.
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M. Benjamin Vallotton, lui, a fait, dans ses Pertes entr' ouvertes, œuvre d'humoriste amusé, bienveillant, à peine malicieux, et qui sourit plus qu'il ne s'indigne du spectacle que le brave commissaire Potterat nous révèle des choses et des gens de la bonne ville de Lausanne. Potterat est ! le type, bien saisi et bien rendu, de la mentalité ^ populaire vaudoise, du brave homme moyen, bon ' enfant, judicieux, honnête, jovial, qui < tient le vin » aussi bien que sa parole. Ses propos sont ; pleins de saveur, marqués d'un accent local absolument juste et amusant, empreints d'un opti- . misme affectueux qui devait plaire en un pays où l*on n'est « rien méchant >, et < un brin > railleur. ' Son biographe a de la verve juvénile, un esprit gai, un certain coup d'œil, qui le sert mieux dans l'observation du détail réel que dans ses essais, un peu gauches, de fantaisie poétique. Son livre de début a beaucoup plu ; nous saurons un jour s'il était mieux qu'une heureuse promesse.
L'histoire à* Aline contée par M. C.-F. Ramuz tient, elle, les promesses que nous faisait, il y a deux ans, le charmant début de ce jeune écrivain vaudois, le Petit village. La critique avait été unanime à saluer en M. C.-F. Ramuz un écrivain de race, un artiste littéraire doué d'une rare intensité de vision, d'une observation personnelle
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' aiguë et fine, et un styliste qui crée, comme en ae ) , jouant, des images très neuves, simples et naïves ^ ' d'apparence, subtiles et savantes en réalité. L'histoire ^ Aline n'a pas démenti le pronostic heureux ^ qu'on pouvait tirer du Petit village. En élargi s- ^ I sant le cadre de son tableau de la vie rustique, ^ en appliquant son art à un sujet plus large, plus " dramatique et plus généralement humain, — la fille ^ séduite qui devient mère et qu'abandonne un it amant indigne^ — M. C.-F. Ramuz a déployé les )' j mêmes dons et les mêmes qualités d'écrivain qui î' j nous avaient charmés dans le Petit village, \\ a ù î eu, de plus, le courage de faire œuvre de vérité en mettant en scène des paysans qui ne soient pas des saints à peine déparés par quelques légers travers de caractère ou par des libations trop fréquentes et trop prolongées. Ses paysans sont des êtres instinctifs, n'obéissant, sans tant de réflexion ni de retour sur eux-mêmes, qu'à l'impulsion animale de leur tempérament. Peut-être même qu'une certaine résistance de la femme à l'instinct, une velléité d'honneur ou de bonté chez l'homme, une réprobation, même faible ou hypocrite, de l'opinion villageoise, eussent donné plus de vie et plus d'émotion à cette sobre^ pathétique et poignante « histoire ». Félicitons M. C.-F. Ramuz de nous avoir donné telle quelle cette œuvre classique de
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ligTic, aiguë et distinguée de facture, frémissante et sobre, qui le classe définitivement parmi nos artistes littéraires.
La poésie, après le Silence des heures de Henry Spiess, ne nous a guère donné d'œuvres à signaler. Mentionnons pourtant la plaquette du poète Gon^.ague de Reynold, Les lauriers de l'armure où il a réuni ce qu'il appelle lui-même des « études de poésie classique. » Sous une forme adroite souvent jusqu'à l'habileté, cette poésie révèle la mobilité d'une pensée jeune et vivante, qu! se cherche encore dans le mélange des impressions et des influences très diverses et même opposées qu'elle paraît subir. Elle se trouvera elle-même quand la vie aura passé sur elle pour lui donner la force, la maturité et la profondeur qui lui manquent encore. Cette vie « humaine et coutumière » que le poète veut vivre, qu'il invoque dans les plus beaux vers de ce recueil, lui sera la meilleure des muses.
Il ne sera pas indiscret, j'espère, d'annoncer, pour le nouvel an, le recueil des rimes millionnaires et des fantaisies si lestement et si gentiment troussées que nous promet la verve banvillesque du poète Jules Cougnard. Je ne connais encore de ce volume que le titre, mais il me ravit par sa bonhomie joyeuse et sa saveur locale : En cassant Us anailles. Il y a, dans ce seul titre, de quoi faire
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rugir tous les W. Plud'hun, et tous les Joseph Prudhomme, du purisme pédagogique. Mais si les cacographes — professeurs de beau langage — s'irritent de l'étiquette, nous savons assez que les gens d'esprit et 'de goût s'ébaudiront à déguster les anailles, ainsi cassées par le jovial et cordial ciseleur de rimes qu'est M. Jules Cougnard.
A côté de la littérature d'imagination, et dans le domaine plus excellemment romand de l'analyse morale ou politique, de la psychologie et de l'histoire littéraire, les derniers mois de l'année nous apporteront deux œuvres considérables, qui tiendront une place d'honneur dans l'histoire des lettres romandes. Je veux parler des deux volumes de M. Philippe Godet sur Madame de Charrilre et ses amis et du beau livre de M. Paul Seippel : Les deux Frances, C'est dans Madame de Charrilre le résultat de vingt ans de recherches, de trouvailles heureuses, de communion amoureuse avec son sujet, que nous livre M. Philippe Godet. Et c'est autour de cette femme unique par l'esprit, de cette Hollandaise qui fut peut-être l'écrivain le plus français de notre pays, toute la vie intellectuelle, littéraire et mondaine de la seconde moitié du dix-huitième siècle que M. Philippe Godet fait revivre sous nos yeux dans la lumière fraîche et vraie d'innombrables documents inédits et même ignorés jusqu'à ce jour. Lettres, mémoires, carnets
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intimes, archives de famille ou d'Etat, brochures enfouies dans Toubli, et qu'on pouvait croire perdues, voilà les sources de ce livre clair, lumineux, vivant, où Thistorien et le psychologue littéraire nous trace non seulement un portrait admirablement fidèle, nuancé et attachant, de son héroïne, mais encore, à côté d'une véritable galerie de portraits individuels les plus finement brossés, l'image de toute une époque, la fleur d'une société finissante que vient briser et éparpiller aux quatre vents des cieux le souffle brutal de la Révolution. Ce n'est pas seulement Colombier, Neuchâtel, Genève et Lausanne que ressuscite le biographe de Belle de Zuylen, c'est la Hollande où elle naît en un vieux château familial, et où son esprit hardi, vite émancipé et incoercible de jeune fille précoce frémit dans les limites étroites et correctes d'un milieu un peu froid et compassé. C'est l'Angleterre et la société de Londres où, fille peu commode à marier, car on craint son esprit aux allures de capricieuse fantaisie, elle passe quelques mois riches d'observations et de notations piquantes et justes. C'est Paris où, devenue Madame de Charrière, elle imprime Caliste et rencontre Benjamin Constant. C'est la France des émigrés réfugiés en Suisse, dont elle sait juger la folle frivolité et goûter le charme séduisant. Et quel monde d'intelligences, de talents, de projets.
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de confidences, de rêves ou de drames, s*agite et se déploie autour d'une femme retirée dans un vieux manoir solitaire de campagne, quand cette femme vit d'une incessante activité intellectuelle, et quand elle écrit, outre ses petits romans et ses très nombreux opuscules, les adorables lettres que savait écrire Madame de Charrière ! Et quels contrastes dans ces rencontres que le lecteur fait à chaque pas: Benjamin Constant et le ministre Chaillet, Cagliostro et Zingarelli, Thérèse Levasseur et Madame de Staël, Pierre Prévost et Du Peyrou, les hommes d'Etat graves et les jolies femmes légères, les princes de Prusse et tous ces humbles, pour qui le cœur désabusé de Belle voulut réserver ses trésors de tendresse et d'indulgence. Tout ce monde, tous ces mondes si divers surgissent, devant nos yeux, par une riche et belle illustration, et devant notre esprit charmé, par ces pages d'une information impeccable, d'une critique sûre, d'un intérêt historique et psychologique infiniment varié, qui contiennent plus de substance humaine et d'émotion romanesque que toute une bibliothèque de romans.
Le livre de M. Philippe Godet eût enchanté Sainte-Beuve, qui a su tirer des notes incomplètes ou truquées de Gaullieur, un profil exquis de Madame de Charrière. Dans le livre de M. Paul Seippel, c'est Vinet qui reconnaîtrait l'écho de
sa voix, OU mieux, Tempreinte de sa pensée. Les deux Frances que M. Seippel a étudiées dans leur formation et leur développement historique, comme dans leurs luttes actuelles, lui apparaissent toutes deux, la rouge et la noire, la France de TEglise et la France de la Révolution, comme les produits d'une mentalité unique, la mentalité romaine. Cette mentalité, dont M. Paul Seippel retrouve les sources dans la Rome antique et poursuit les manifestations à travers les siècles, depuis la Gaule romanisée jusqu'aux harangues de M.
Combes, cette mentalité a pour caractère essentiel la volonté de dominer les consciences, d'établir et d'imposer le gouvernement des âmes. Sans doute, entre ces deux extrêmes opposés d'une mentalité commune, il y a une troisième France d'intelligence, de bon sens, d'esprit clair et sûr, la France que nous aimons et que nous admirons, mais elle est trop souvent éclipsée, paralysée ou amoindrie par le fanatisme et les folies, sanglantes ou comiques, des deux autres Frances. L'analyse de la mentalité cléricale et de la mentalité révolutionnaire, également issues de la discipline romaine, nous paraît admirable de sûreté, de lucidité et de pénétration psychologique. Ecrit d'un style grave, vigoureux et sobrement éloquent, le livre de M. Paul Seippel est l'œuvre d'un esprit très haut, très réfléchi, très distingué, qui domine
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les questions qu'il étudie et projette une vive et forte clarté, celle d'une pensée indépendante et d'une conscience droite, sur les problèmes délicats et essentiels auxquels il s'attache. Je souhaite qu'il soit lu et discuté en France avec autant de sérieux et d'élévation qu'il a été conçu et écrit par son auteur.
Quand ces lignes paraîtront, le premier volume des Annales de la Société Jean- Jacques Rousseau aura vu le jour. On y trouvera un grand nombre d'études et de documents sur l'œuvre et la vie de Jean-Jacques, une bibliographie soignée des publi* cations récentes sur Rousseau, une chronique de tous les faits rousseauistes de l'année, enfin les preuves de l'heureuse activité de cette association dans la première étape de sa carrière, qui sera, nous en sommes certain, aussi brillante qu*utile. Il nous plaît de constater que l'importante publication des Annales se fait sur notre sol et compte tant de nos compatriotes parmi ses plus excellents collaborateurs.
Est-il besoin d'ajouter que la pédagogie préoccupe toujours l'esprit des concitoyens de Jean- Jacques^ et que, sans cesse réformée, cette pédagogie suscite, jour après jour, de nouveaux réformateurs? Cette année-ci, c'est M. Jules Dubois qui veut réformer, avec beaucoup de sérieux et de compétence, l'enseignement secondaire, et
c'eBt M. Jaques-Dalcroze qui préconise, avec quel enjouement, quelle verve et quel bon sens ! la réforme de renseignement musical à Técole et dans ÎCB Conservatoires. Heureux nos neveux si les idées de MM. Dubois et J. Dalcroze parviennent à triompher, un jour, de la force d'inertie, de la routine et de la médiocrité!
Si des livres nous passons au théâtre, nous constatons avec plaisir que le renouveau dramatique inauguré par la belle série des pièces de René Morax nous a valu, en 1905, quelques tentatives intéressantes d'art théâtral populaire, national ou simplement littéraire.
Sous le pseudonyme de Jean Mézel, le poète des Chansons douces a écrit, pour la petite cité d'Orbe, une pièce locale en trois actes intitulée : Sur la Grand'Flace. Le public d'Orbe a fait un accueil empressé à ces « scènes du temps de la Réforme » où une critique sévère aurait aisément pu relever bien des inexpériences et bien des insuffisances théâtrales. Les délicats en ont pu goûter la partie lyrique et l'inspiration dominante. Le v<^ritable héros de Ja pièce me semble être le poète L'Aubépine, l'artiste naïf^ épris d'idéal
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et nourri de rêve, qui sait parler aux simples le langage du droit et de la bonté et, dans la lutte atroce des passions et des partis, faire triompher Tesprit de concorde et de support mutuel. Malgré certaines erreurs scéniques et des lacunes trop évidentes, il y avait, dans cet essai de théâtre populaire, beaucoup d'éléments de succès qui l'ont emporté dans l'esprit de ceux à qui s'adressait la pièce.
La pièce de M. Virgile Rossel sur Morgarttn a été jouée avec succès dix fois de suite, au théâtre de Lausanne, par les habiles amateurs de la société la Musc, C'est une pièce de théâtre régulière, où l'auteur a cru devoir ajouter, à l'hymne qu'il entonne à la patrie et à la liberté, le drame intime qui divise, à la veille du combat mémorable de 13 15, la famille du landamman schwytzois Werner Stauflfacher. La pièce de M. Virgile Rossel, à laquelle j'ose préférer, dans mon for intérieur, le drame bien oublié que feu Louis Vaucher a écrit sur le même sujet, manque d'action, de couleur historique vraie, d'envolée poétique et de force dramatique. Mais elle finit sur une scène émouvante, elle est brève et rapide, elle exalte des sentiments généreux et qui nous sont chers, l'amour de la patrie et la passion de la liberté. Elle devait réussir et elle a réussi à
souhait devant un public sympathique à la thèse de Tauteur et indulgent à ses faiblesses. Le répertoire patriotique se trouve enrichi d*une pièce, supt^rieure à la moyenne courante de ses productions, et facile à mettre en scène.
Les arlequinades en vers du poète Jean Violette n'appartiennent ni au théâtre populaire, ni au répertoire patriotique. Elles n'en ont que mieux plu au public lettré qui a applaudi, sur la scène des Amis de Tlnstruction de Genève, le Crépuscule et Mû nskur Isabelle. Ces deux petits actes, très bien montés et interprétés, méritaient de réussir par le sens de la scène qu'ils révèlent chez leur auteur, par l'envol de la fantaisie poétique, par la qualité du vers, pas toujours parfait, mais souvent sonore, pitioresque et rythmé. Emouvante et triste dans \c Crépuscule, amusante et ironique dans Monsieur Isabdie, l'inspiration de ces deux arlequinades est d^un artiste.
Oserais-je, parmi tant de choses graves, mentionner le succès de Guignol au Cercle des Arts et des Lettres de Genève ? La pièce du bon peiQtre J.-P. Simonet : // ne faut pa^ jouer avec les allumettes, est allée aux nues. On a ri, comme on Ht trop rarement à Genève, à cœur joie et à gorge déployée.
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Si les expositions d*art ont été rares en 1905, nous avons eu du moins la joie mélancolique de voir réunie à la Salle de l'Institut de Genève, l'œuvre imposant de la grande artiste, dont nous déplorions Tan dernier la mort, M"« Pauline de Beaumont.
Il n'y a eu qu'une voix, dans la critique comme dans le public, pour admirer l'émouvante beauté, la grandeur d'inspiration, la profondeur et l'intensité du sentiment qui animent ces larges paysages de plaine, ces ciels tourmentés, tragiques ou résignés, ces reflets des nuages sanglants dans le calme des eaux profondes, ces lointains apaisés, et ces routes de campagne qui vont se perdre dans l'infini.
Dans ces graves poèmes de la couleur et de la ligne magnifiant la beauté des choses, ou leur mélancolie, ou leur sanglot, nous retrouvions l'écho d'une âmealtière, indépendante et concentrée. Rien de mesquin n'existait pour elle et elle ne vivait que pour ce qui est grand, haut et pur. C'est moins encore une tristesse désolée qu'une grandeur stoïque qui règne dans ces nobles paysages et, sous tant de mélancolie douloureuse, on croit entendre vibrer la joie austère et contenue
de l'artiste qui crée. Le public ne s'y est pas trompé et il s'est montré sensible à tant de force, de poésie et de sincérité. L'élan était même si bien donné qu'on a suivi avec intérêt et sympathie l'exposition ouverte, dans la même salle, par un groupe d'artistes genevois qui s'avisa de remplacer, à ses frais, risques et périls, l'exposition municipale officielle. Avec beaucoup d'autres envois charmants, le grand succès de cette exposition fut pour la galerie des portraits genevois contemporainSt peintres, gens de plume, architectes, que le boa peintre Henri van Muyden a brossés avec une verve, une sûreté et une fidélité peu comïnunes et très louables.
Le Salon neuchâtelois est resté ouvert dans les salles Léopold Robert éclairées et égayées par d^intclligentes réparations, du i" mai à la mi-juin. Une fois de plus, il a témoigné de la vitalité artistique de Neuchâtel et de la survivance, dans cette heureuse cité, de cette classe rare et précieuse d'amateurs, la seule qui mérite une mention et un éloge, 1 l'amateur achetant >.
Des paysages de Paul Robert et de G. Jeanneret, des aquarelles de Paul Bouvier, des vitraux et des meubles de Clément Heaton, voilà certes qui suffirait à honorer une exposition. Il faut y ajouter l'intérêt, la variété et la vie que donnent au Salon neuchâtelois les recherches et les efforts d'une