‹ Au grand Lac VictoriaChapitre 2 sur 5 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Le lac Victoria (1) fut connu de bonne heure par le:

(1) Le noim indien de ce lac est "Kitcihisaking", mot algonquin qui signifie "grandie embouchure". Je n'ai ipu découvrir à quelle date et à quelle occasion ill a été nommé Victoria ; les anciens missionnaires l'appellent tout simplement "Grand L»ac". 'Le ipoiste actuel de la Compagnie de la Baie d'Hudson y aurait été tfom '"r'

trafiquants de pelleteries ; il est certain que même sous la domination française les coureurs des bois s'y rendaient pour faire le commerce des fourrures avec les Algonquins qui alors comme aujourd'hui habitaient ses bords.

lis furent suivis de près par les missionnaires qui eux allaient répandre parmi les peuplades indiennes la bonne nouvelle de l'Evangile. Nous lisons dans les Relations des Jésuites qu'en 1651, (2) le Père Buteux partit de Trois- Rivières, avec un groupe d'algonquins pour remonter jusqu'aux sources du St-Maurice et de l'Outaouais. C'était au plus fort de la guerre d'extermination des Iroquois contre les Hurons. Surpris par un parti d'Iroquois, le Père Buteux et ses compagnons furent tués et mangés par ces barbares. C'est non loin de l'extrémité sud du lac Victoria que se serait passé un terrible épisode de cette guerre, que l'explorateur Sullivan raconte au long. (3) "Les Iroquois com- " me ils en avaient l'habitude, dit-il, avaient entrepris une " expédition dans le but de scalper, et passant par un des " nombreux chemins qu'ils connaissaient, étaient venus " dans ce lieu asseoir leur camp pour la nuit sans allumer " aucun feu. Un sauvage Tête de Boule, qui, avec un grand " nombre des siens, était campé à la décharge du lac Barrière, naviguait doucement en cet endroit guettant le chevreuil, " quand soudain il aperçut les canots.

"Retournant effrayé, après avoir reconnu les Iroquois "par la forme de leurs embarcations, il alla en toute hâte " annoncer cette nouvelle aux gens de sa tribu, qui, après " s'être préparés se précipitèrent vers l'endroit. Plusieurs "des braves prirent le devant, et après avoir troué les ca- " nots de l'ennemi, rejoignirent le groupe de leurs camara-

(2) Relation de 1651.

(3) Ex/ploration de la région de l'Outaouais 1908, p. 160 et 161,

"des qui se tenaient en embuscade derrière leurs eruemis " endormis.

"Alors, allumant tout-à-coup leurs torches, et poussant "un horrible cri de guerre, ils tombèrent avec leurs '.mia- " hawks sur les Iroquois endormis et les massacrèrent avant qu'ils eurent le temps de se lever. Ceux qui purent attein- " dre le rivage furent tués à l'eau, car les canots s'enfm- " çaient sous leur poids ; toute la bande fut massacrée, a " l'exception d'un seul qui traversa à la nage sous une pluie " de feu, et réussit à s échapper, après avoir reçu deux balles.

"On dit qu'il y en eut 150 de tués ; on laissa leurs " corps pourrir sur le rivage, et un de mes guides m'assure, " qu'il y a vingt ans, on pouvait encore voir plusieurs crânes " et des ossements à cet endroit."

Toujours d'après les relations, durant les aimées 1655 et 1050, le Père Druillètes, cherchant un route pour se rendre à la Raie d'Hudson, aurait traversé ces régions.

Ainsi donc, dès les premiers temps de la colonie, ces endroits éloignés furent visités par les missionnaires. 'De Québec, dit l'historien Garneau, (4) les Jésuites se répandirent parmi toutes les peuplades sauvages, depuis la Baie d'Hudson jusque dans les pays qu'arrosent les eaux du Mississipi. Un bréviaire suspendu au cou, une croix à la main, ils devançaient souvent nos plus intrépides voyageurs."

Les ravages causés par les incursions des Iroquois ayant forcé les Algonquins à quitter leur pays et à venir se placer sous la protection des Français à Québec, les missions de ce côté furent peu à peu abandonnées et ce n'est seulement qu'en 1830 qu'elles furent reprises et continuées jusqu'à ce jour. Do 1839 à 1844, ces missions furent faites par des prê-

(4) Histoire du Canada. Tonve I page 22Ï

http://archive.org/details/augrandlacvictorOOcaro 0

Le R. Père Laverlochère, O.M.I., apôtre de la Baie d'Hudson

très séculiers, en 1839, par Mgr Ohs Ed. Poiré (5) du diocèse de Québec, et Mons. Hyppolite Moreau, (6) du diocèse de Montréal, en 1841 par Mons. Moreau et Mons. Jos. Bourassa, (7) du diocèse de Québec, en 1842, par Mons. Etienne Payment, (8) du diocèse de Montréal, et Mons. J. Bte Oiscamp, (9) du diocèse de Québec, en 1843, encore par Mons. Moreau, et le Rév. Père Duranquet, S. J.

Ces intrépides missionnaires parcouraient un territoire excessivement étendu ; ils se rendaient d'abord au Témiscamingue, de là au lac Abitibi, puis retournaient par le Grand Lac et la rivière St-Maurice. Le voyage se faisait en canot au prix de grandes fatigues et de difficultés incroyables. Les difficultés ou incommodités des missions étaient à cette époque, et sont encore en maints endroits ce qu'elles étaient du temps des Jésuites ; même difficulté des rivières où l'on dispute sa vie, sur un frêle canot d'écorce contre les bouillons des rapides, au milieu desquels pourraient s'abimer de grands et solides bateaux ; même embarras des portages et des chemins ; même immense étendue de ces solitudes profondes et mystérieuses, où seul se fait sentir à l'âme la pré-

(5) Né à fit -Joseph |d>e Lévis en 18110, 'mi.sisio.nnaiire au Manitoba, 1833 à 1839, cure die Sit-Jo,se|p'h de Lévis, 1839-li843, de St-Joseph de Beauce 1843- 184;6, de Desethamibault 184)6-1857, de iSt-Anselime 1857-1875, de Ste-'Anne de la iPocatière et .supérieur idu Collêigte .18 7.5. Déeéldié à ;S'te-.Ajnine en 1896.

(6) Né â, St-Luc sur le Richelieu en 1815,, orldomné en 18i39. (Mii.SiSio.nn aire de l'iAlbitilbi et id,u St-Mau.ri.ee, de 1839 à 1843. lOuré ide iSt-.E>uista.cihe 1843- 1854. Curé de la Cathéfdrale de Montréall, 18&4-1'8S(K Vicaire général du diocèse 1873-11880. [Décédé à Monitréall le 30 juillet 1880.

.(7) iN.é à S't-Joiseph de Devis en 1817, ordonné en 1844» Misisioinnaire de 1844 à 1856. Ouné de St-iBernard, 1856-1884, Retiré ià N.-.D. de Lévis où U e,sit diécéidé en 190'0u

(8) :Né a Berfchier en Haut en 1818, ordonné en 1841. Viioaire à Oka 1841-4,2, ,à la Baie St-iPauil 1842-43, desservant :à Ohamplain 1843-44, à St- Gréigoire de Niioolet 1844-45, curé de iSte-lMangueriite de Doricihester 1845-47, de Oharlesiboung 1847-1861 où M esit idéoéldé le 2.2 novembre de cette même

(9) Né à Québec, en 1816. Ordomné (à iQ:ué(bec en. 1841, Vicaire au Clhateau-iRiiclher 1841-4,2. Curé .de Risitiigouche 1842-43, .de Cartetoin 184,3-44, encore à Ristiigouche de 1844-152, ide Carleton de 1852 ià 1)853, de St -François du Lac 1853 à 1854, de Champ la in 1854 a 1869. Décédié en 1876.

&ei*ce de Dieu, quand elle n'est pas effrayée par ta rèncfttt- • trë de quelques fauves.

Ces premiers missionnaires retrouvèrent dispersés nu milieu des forêts du Nord, les descendants de ceux qui autrefois avaient échappé aux coups des Iroquois. Le christianisme prêché à leurs ancêtres avait fait place à la plus honteuse idolâtrie, aux plus grossières superstitions ; les sueurs et les fatigues des envoyés de Dieu ne furent pas infructueuses ; ils eurent la consolation de ramener au christianisme toutes ces peuplades et d'établir parmi elles des chrétientés florissantes. En effet ces ind;ens sont doués d'un bon naturel ; une fois qu'ils ont embrassé la foi chrétienne ils y demeurent fortement attachés et rem] dissent avec beaucoup d'exactitude toutes leurs pratiques religieuses.

En 1844, sur les instances de Monseigneur Bourget, les Oblats de Marie Immaculée viennent s'établir au pays pour prendre charge des missions de son immense diocèse A leur arrivée, le saint évêque leur confie les missions du Témiscamingue, de l'Abitibi et du St-Maurice. Le Père Laverlochère, surnommé F"apôtre de la Baio d'Hndson" se rend au lac Abitibi et au Grand Lac durant les années L845-1846 et 1847. En 1848, il abandonne le Grand Lac au Père Clément, et se rend, pour la première fois depuis les missions faites par les Jésuites, à la baie d'Hudson, qu'il visite jusqu'en 1858, année où une forte attaque de paralysie le terrasse an milieu des grands bois, et l'oblige à interrompre pour toujours ses missions.

En 1868, il revient au Témiscamingne ; c'est là qu'il mourut le 4 octobre 1884, à l'âge de 72 ans. Son corps repose dans le petit cimetière des Indiens auprès de ses chers enfants des bois qu'il avait tant aimés. "Sur les bords d'un lac lointain dans une vaste solitude longtemps ignorée, cette tombe ou reposent les restes d'un homme qui a sacrifié sa vie à ses semblables, qui est mort martyr de sa charité, de son amour pour les hommes, est bien plus belle, bien plus éloquente que les plus beaux monuments funéraires élevés

Le R. Père J. P. Guéguen, (1838-1909)

à ceux qui furent de grands contemplateurs et de grands égorgeurs des autres hommes." (10)

Les missions du Grand lac furent continuées en 1849 et 1850 par le Père Clément. (11) Dans son voyage de 1849, ce Père mit cette mission sous la protection de la S te- Vierge, et la choisit pour patronne spéciale sous le titre de N.-D. des Sept Douleurs.

Le Père Clément fut remplacé en 1852 par le Père Andrieux qui continua la mission jusqu'en 1860. (12) De 1861 à 1864, c'est le Père Déléage (13) qui visite ces parages, en 1865 et 1866, le Père Lebret. (14)

En 1863, fut bâtie la première chapelle du Grand Lac : "Quand j'arrivai au poste, raconte le Père Déléage dans la relation de la présente année, (15) je fus agréablement surpris de voir la nouvelle chapelle debout et couverte ; Tannée dernière j'avais fortement engagé le commis du poste à la bâtir, lui promettant d'user de mon influence sur les sauvages, pour diminuer ses dépenses, et le commis, non content d'avoir avancé l'ouvrage plus rapidement que je n'espérais, avait aussi fait construire un autel. Bien qu'il soit petit et peu élégant, il est infiniment plus convenable que les misérables planches dont je m'étais servi l'année dernière dans

(il©) Arthur Bures, l'Outaouais supérieur p. 264.

De Père Davertloiclhère était d'u.ne éloquence simple et coimmunicative ; les Algonquins le noimimaient: Mino-Taig-assàté, ami 'qu'on aiime à entendre. En 18'50, M avait fait une tournée en France ; Louis Veuillot 'qui il' avait entendu à St-iSulipice de Paris, faire le récit ide ses courses apostoliques, disait au iPère Falbre, (Supérieur général des Oblats: ''NUI .missionnaire ne m'a 'impressio.nné là l'égal du Père Daverlciclhère."

(11-) Hereuile Thomas Clément, né à iSt-Cutbbert en 1820, ordonné en 1845. imissio'nn.aire du Et-Mauriice de 1845 à 1854, curé da.ns le diocèse de Montréal 1854 k 1866, mort accidentellement en 1891,

(12) François Andrieux, .né en France en 18:26, .miissionnaire à Maniwaki die 18'52 ià 1860 retourne en France en 1860.

(13) Louis François Déléage, né en France en 1821, missionnaire a Minrwaki de 1»52 à 1884. Décédé à Ottawa en 18>84.

(14) René André Lebret, né en France en I«i2>9, ordonné à Ottawa en 18'61, imissio.nnaire k Maniwaki jusqu'en 1868, année où il passe aux Etats- Unis.

(15) Rapport sur les Missions du Diocèse de Québec, mars 1864. p. 73,

le grenier à foin où je fis la mission. J'ai arrangé et décoré l'intérieur de la chapelle pendant les deux ou trois jours que les Indiens mirent à se réunir. Elle est de 35 pieds sur 25 ; mais elle a paru aussitôt trop petite."

Le Père Lebret fut remplacé en 1867 par le Père Guéguen, qui visita cette mission jusqu'en 1880.

A partir de l'année 1873, il fut aidé par le Père Prévost (16). Le Père Guéguen était d'une grande énergie, d'un zèle ardent. Petit de taille, souvent malade, il ne le cédait à personne en courage: "Je ne suis qu'un petit homme, disait-il aux Indiens, admirateurs de la force physique, mais je ne suis pas seul ; moi, je suis envoyé, je viens au nom de Dieu et vous devez m'écouter." Le souvenir de sa charité et de son zèle apostolique est resté vivace dans la mémoire des vieux Indiens du Grand Lac.

Après le Père Guéguen, les Pères Pian, La ni cl et liemoine se remplacèrent successivement dans cette uiïssini. (17)

Le missionnaire actuel est le Père Blanchin. (18) Je ne voudrais pas blesser son humilité en disant qu'il est le

(16) Jean Pierre Guéguen, né en France en 1838, ordonné en 1S62, missionnaire au Témistcamiingue, a rAlbiitiibi, srnr le iSt-Maurice jusqu'en 1903, dé/cédé à Maniwaki en 1909,

(17) J. Méderic Prévost, né à iSt-Jaciques de l'Aiehigan en 1847, ordonné en 1873, (missionnaire au Télmiisicamingue et a Maniwaki de 1873 à 1886. Supérieur -de .l'Université en 18.87, décédé le 2>8 novembre de la même année.

J. M. Eugène Pian, né en 1833, ordonné à Marseille par Mgr Mazenod en 1868, missionnaire à, la baie d'Hudson, au Téiniseamingue, à Maniwaki où il réside maintenant

Armand Daniel, né à iSte-Geneviève près Montréal, en 1S66, ordonné en 1891, vicaire à Maniwaki avec desserte des 'missions du Hae Barrière et du Grand Lac de 1891 à 1904, curé de Témiscaminigue Nord de 1904 à 1909, retiré à Montréal.

Georges Jo». iLeMoine né à Longue uil en 1860, ordonné en 1888. M ssionnaire des Montagnais du Labrador, 1888-1899, au lla<ss Barrière et Victoria, les Têtes de Coule du St -Maurice et les Cris de Waswanipi. 1902-1907. décédé à Mandiwaki au imoiis de janvier 1912.

(1>8) Jean Marie Etienne Blanchin, né en France en 187S, ordonné en L90>2. Missionnaire a Betsiamis et à la Pointe Bleue, de 1904 à 1909.

Ce sera un livre intéressant que celui où l'on- racontera les immenses

digue successeur de tous hommes de Dieu dont je viens de rappeler brièvement les travaux apostoliques.

Notons-en passant que les bons chrétiens du Grand Lac, ont eu le bonheur de recevoir en deux occasions différentes la visite d'un évêque.

En 1901, au mois de juin, Mgr Lorrain, évêque de Pembrooke, après avoir visité la mission du Témiscamingue, retourna à Maniwaki en passant par le Grand Lac et le lac Barrière. (19)

En 1911, Mgr Latulipe, vicaire Apostolique du Témiscamingue, qui avait accompagné Monseigneur Lorrain dans son voyage de 1901, visita de nouveau les missions indiennes de ces deux lacs. (20)

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