c Je m'en vais servir une balle à cet homme
dis -je.
— Garde-t-en bien, sahib, ce n'est pas un ennemi mais un ami qui nous suit. Ombi, le serviteur de ma femme, est le seul qui puisse ramer ainsi; laisse -le approcher, il viendra avec nous. »
En cinq minutes nous atteignîmes le Wind qui nous recueillit.
Seulement alors Pareyma découvrit son visage :
«Potomba, tu as tué mon père! » sanglota-t-elle.
Le vieil Ombi sauta dans notre bateau.
<c Tranquillise ton cœur, Pareyma, dit-il; que ton chagrin soit mon chagrin, ton bonheur, mon bon-
AU GUE DU LA TOUKMIïNTIÎ
heur* Les faux dieux n'existent plus, nous aurons seulement avec nous le bon Bapa des cicux et son fils, qui est venu sur terre pour changer en joies toutes les tristesses-
— Montez vite, Charley, cria le capitaine, voilà les garnements qui viennent à votre poursuite avec leurs bateaux à torches, montez, montez! Garçons,
Un iiniilil'"'. plî tTûffïoi vieillit , U T MlQU couluit.
commanda-t-il à ses hommes, éteignez les lumières et hissez rapidement les deux embarcations sur le pont sans que ces vauriens s*cn aperçoivent. Il faut qu'ils croient que tout dort sur notre bon Wind* Parfait! c*est cela même- Prenez maintenant le chat à neuf queues, et si quelqu'un ose montrer le nez, donnezlui un bon coup» v
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Cette mesure ne fut pas nécessaire, nos ennemis èrurent que nous avions atterri , et ramèrent vers la côte, où Fou put voir encore longtemps la lueur de leurs flambeaux,
Potaï açmieilïit avec joie son frère et sa belle-sœur , et Ton dut tout raconter au capitaine quand il nous eut réunis dans sa cabine.
A la fia du récit, Pareyma me tendit Sa petite main brune :
« Je te remercie, sahib, tu m'as sauvée de la mort, car je me serais tuée avant de quitter la maison paternelle plutôt que de suivre Matembal »
Le lendemain nous étions en pleine mer. Cinq jours après, le capitaine îtoberts et F équipage du Mars avec sa cargaison étaient à notre bord et nous nous dirigions vers les îles Samoa,
Là, dans File Upolu, à Salnafata, babite encore de nos jours un riche négociant polynésien du nom de Potomba.
Parfois quand le soleil, en se couchant, baigne son manteau rouge dans les flots, le vieil Ombi prend le large avec son canot* Et s'il voulait écouter ce que disent Potomba et Pareyma, qui y sont assis, il entendrait Fhomme brun murmurer à sa compagne :
« Mata ori, œil du jour, lumière de ma vie! » Peut-être à ces heures solitaires , le couple se rappelle-t41 le passé ; le bonheur suivi des tristesses de Tahiti, le jour des noces à Eimeo, le voyage aux îles Pomatou et Samoa, le vieux et brave master Turnerstick et peut-être aussi le Français avec ses
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lourdes bottes de marin, qui lui, aujourd'hui encore, en écrivant ces lignes, entend résonner la plaintive mélodie :
« Te uwa to te malema , « Te uwa to Mnarro. »
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A KUANG-TI-MIAO
La Chine!
Après avoir déposé, dans les îles Samoa, Potomba, sa ehère Pàreyma, son frère et leur serviteur Ombi ainsi que le capitaine Roberts et son équipage , nous restâmes quelques jours à l'ancre, puis nous fîmes voile vers les îles Bonin.
Ces îles avaient été découvertes le 1 er mai 1828 par l'explorateur russe Lûtke. Celui-ci trouva dans l'île deux hommes, l'un Allemand, Pautre Norvégien, qui avaient appartenu à la baleinière Williams et s'étaient réfugiés sur cette île, lors du naufrage de leur embarcation deux ans auparavant. Tout l'équipage s'était sauvé, mais la plupart des hommes avaient été recueillis peu après par un autre baleinier; seuls Wittrin et Petersen (ainsi s'appelaient les deux hommes) avaient obtenu la permission de vivre en robinsons, dans ce site romantique, jusqu'au passage d'un autre navire.
Ils accueillirent Lûtke avec joie, lui firent les honneurs de leur île et repartirent avec lui au bout d'un certain temps. Plus tard, deux Anglais, un Ita-
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lien, un Danois deux Américains et de nombreux
insulaires des îles Sandwich fondèrent une colonie ifôl
qui s'augmenta peu à peu.
Les colons cultivèrent les patates, le maïs, les courges, les bananes, les ananas, sans parler des autres fruits. Le tabac même y atteignit cinq pieds de haut . Ils y élevèrent des porcs et des animaux: de basse- cour, tout eu profitant des ressources naturelles que leur offraient les tortues, nombreuses en cet endroit, et autres animaux marins.
Enfin ils se donnèrent une constitution composée d'un chef et de deux conseillers élus pour deux ans.
Les lies sont très découpées sur les côtes et ont de nombreuses baies et grottes; elles sont recouvertes de superbes forêts de palmiers entre lesquelles s'étend le sol fertile des cultures.
Nous naviguions donc vers ces îles quand le capitaine, à mon grand étonnement, fit quelques embardées vers le sud- ouest.
a Vous voulez peut-être passer devant les îles Bonin? » lui demandai -je.
Il aspirait l'air comme un chien qui flaire une truffe et faisait un visage soucieux.
« Passer devant?... hem! cela ne me viendrait pas à l'idée. Avouez qu'il vaut mieux nous tenir un peu éloignés de la côte en ce moment. ~
— Pourquoi?
— Sentez un peu Pair; ne remarquez-vous rien? »
lit
|lt: 76 AU GRÉ DE LA TOURMENTE
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J'aspirais avec pi^éeaution, mais ne pus percevoir ifËS 1© moindre parfum de violette ou odeur autre que la
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senteur marine habituelle.
« Je ne sens rien, dis- je.
lift — Et ne voyez -vous rien ? »
D un regard, j'embrassai le panorama. Vers le nord-est , à l'horizon, le ciel était recouvert d'une sorte de réseau brillant de fils de la Vierge, à la partie supérieure duquel se trouvait une petite ouverture d'un pied de diamètre \ mais tout cela était si soyeux, si délicat, si faiblement dessiné, qu'il -ne. me venait pas à l'idée qu'il pût y avoir quelque rapport entre ces lignes à peine visibles et notre changement de direction.
ce Je ne vois que ces petits traits là-bas, entre
Illl l'est et le midi, dis -je.
— Inouï! Seul un homme qui n'est pas un marin peut parler ainsi; il est vrai qu'un vieux loup de mer pourrait s'y tromper, s'il n'était jamais venu dans ces parages. Ne vous fiez pas à ce ciel, il est trompeur comme le visage d'une sirène et nous allons bientôt voir ce qui s'ensuivra.
— Une tempête?
— Uue tempête? prétendez-vous comparer tm ours avec une musaraigne; ce sont pourtant tous deux des quadrupèdes, or je vous défie de prendre un ours dans une souricière. Il en est de même ici, un ouragan ressemble au typhon que j'attends, et il y a cependant entre eux autant de différence qu'entre un ours et une souris.
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— Vous prévoyez un typhon? demandai- je mieffrayé mi-content d'en voir un.
— Oui, un typhon. Nous l'aurons dans dix minutes. C'est le onzième ou le douzième que je subis dans ces parages, aussi je connais fort bien cette espèce de zéphyr. Il y a différents signes précurseurs, mais il n'en est pas de plus redoutable que ce damné réseau là-bas. Croyez-moi-, Charley, dans
cinq minutes, ces fils gagneront tout le ciel et se .. ^1 Si
transformeront en une masse dé nuages noirs comme du goudron. L'ouverture claire seule subsistera, parce qu'il faut au typhon une porte par laquelle il puisse souffler. Disposez -vous à aller dans votre cabine et à n'en point sortir le bout du nez à moins que je vous appelle ou que notre bon Wind jette l'ancre pour toujours au fond des mers.
— Cela ne me dit rien, capitaine; ne pourrais-je pas rester sur le pont?
— Mon devoir est de faire descendre tout passager, et si je veux bien faire une exception pour vous, je vous préviens que la première ou la deuxième lame vous entraînera par- dessus bord.
— Je vous crois sur parole, c'est pourquoi je vous demande de m' attacher solidement , avec un cordage, au mât ou ailleurs.
— Cela peut aller, à cette condition; toutefois si le mât est entraîné, vous êtes encore perdu.
— Sans doute, mais il ne restera plus alors grand' chose du bateau.
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lltffv ./ — Wellî si c'est le mât qui vous plaît, venez, je
i|feï vais vous y attacher moi-même. »
JI|c4 II prit une corde solide et me lia solidement.
Pendant ce temps -, une agitation fiévreuse régnait sur le pont. On abaissait lés mâts et les voiles carrées, et tout ce qui était mobile était fixé autant que possible ou porté dans la cale, par l'écoutille. Il ne resta plus un bout de toile flottante , en dehors de la voile appelée à venir, au besoin, en aide au gouvernail. Enfin toutes les- ouvertures furent bouchées pour empêcher Peau de pénétrer dans le navire.
Et seulement quand tout fut terminé, au bout de dix minutes, exactement comme l'avait prédit le capitaine, Forage éclata. Le ciel était devenu tout noir et les flots avaient également pris une couleur sombre, menaçante, qui évoquait l'idée de l'enfer. Ils n/ étaient pas plus agités qu'auparavant, mais chaque lame ressemblait à une panthère noire qui rassemble ses forces en silence pour mieux bondir.
L'ouverture s'était agrandie et formait comme
une fenêtre ronde par laquelle s'échappait une
légère fumée d'un jaune rougeâtre. Il y eut un
|| petit bruissement sur l'eau tandis que se faisait
entendre au loin un retentissement semblable à l'éclat assourdi des trompettes.
ce Attention, boys! le voilà, cria le capitaine, tenez -vous aux cordages! »
Le bruit des trompettes se rapprochait en grossis-
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sant, et voilà que tout à coup une muraille d'eau, soulevée par le vent, se dressa, presque verticale. Au môme moment le bruit devenait infernal, et la muraille s'écroulait sur nous avec fracas,
« Tiens bon, mon brave Wind, tiens bon ! »
Le bruit devenait infernal et la mu i ni II q s'écroulait sur nous nvee fracas.
pensai-je en moi-même , et le navire sembla se rendre aussitôt à mon désir. Il redressa sa proue et se releva des profondeurs noires et mugissantes, La mer avait pris alors un tout autre aspect : les vagues, hautes comme des montagnes, déferlaient sur nous de tous côtés et passaient au-dessus du pont
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Î^^C : à la hauteur d'une maison; c'est à peine si j'avais
l^ft? le temps de respirer entre la fin de l'une et le com-
|p|v mencement de 1 autre. Ce n'étaient que mugissements
liÉlI et hurlements, que tourbillons et écume, sifflements
et gémissements^ grondements et craquements autour
r »! de moi, au-dessus et au-dessous de moi et en dedans
de moi-même, tant j'avais la sensation que le redoutable typhon s'était emparé de mes os, de mes nerfs et de mes muscles.
Le capitaine ■,"■ cramponné à une corde, donnait des ordres à l'aide de son porte -voix dont la résonance réussissait à percer le chaos des bruits confus qui faisait rage autour de nous. Il était aussitôt obéi malgré les efforts herculéens qu'il fallait déployer pour cela; il se trouvait toujours une poignée de braves pour se précipiter vers le point menacé, et il faut avoir vu, dans un moment semblable, ces vaillants courageux jusqu'à la mort, pour comprendre la valeur de chacun. Trois hommes se tenaient au gouvernail et avaient un mal inouï à le manœuvrer.
La force des vagues était telle que le bateau risquait d'être broyé de minute en minute, et chaque fois qu'elles passaient sur nous, le grand mât, auquel j'étais attaché, ployait comme un roseau ou une branche de saule.
L'ouverture par où soufflait le typhon s'était refermée et nous étions plongés dans la nuit noire, éclairés seulement par la lueur blafarde de l'écume à la crête des vagues. Et il en fut ainsi pendant deux, trois, quatre heures.
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En aucune circonstance, pas plus devant les terribles incendies des prairies que devant les animaux redoutables des déserts, je ne m'étais senti aussi impuissant qu'à cette heure, et je frémis en songeant à quel point notre faiblesse nous anéantit aux pieds du Tout-Puissant.
Je n'avais jamais assisté à un tel déchaînement de la nature, et je m'attendais à chaque seconde à être arraché et précipité dans l'eau bouillonnante.
Tout à coup il y eut une minute d'un silence impressionnante
« Attention, mes enfants, cela va redoubler! » À peine ces mots avaient -ils été dits par le capitaine qu'un éclair éblouissant sillonna la nue suivi d'un coup de tonnerre qui fit résonner la mer et trembler la terre.
Alors le typhon s'abattit dans les eaux qu'il fit jaillir jusqu'à la pointe de nos mâts, et le navire emporté dans son tourbillon se mit à tourner autour de son axe. Un cri d'angoisse..., un craquement épouvantable, puis un calme subit, interrompu par le choc de feau contre les planches.
a Le mât de misaine par-dessus bord! cria le capitaine d'une voix de tonnerre; coupez les cordages, vite, vite, coupez -les, pour l'amour de Dieu! »
Toutes les mains s'armèrent de haches ; on entendit une suite de coups violents, il y eut un bruissement de flots, le bateau vacilla et sa proue s'enfonça profondément tandis que les lames, déferlant l'une
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après l'autre sur le pont, nous ensevelissaient complètement sous elles.
« Plus vite, plus vite, enfants - r ou nous sombrons! cïia, Tùrnerstick,,
<« Ohél capitaine, eria le pilote, voyez au mêà & artimon!
— Coupez-la y coupez-le aussi, » fut la réponse.
En même temps il passa devant moi en se cramponnant pour aller à Pavant s'assurer de l'état des choses. l>e nouveau les coups résonnèrent, puis l'eau jaillit devant nous et la proue se redressa.
ce Ohé!; Maat, tout va-t-il bien, à l'arrière !
oui
oui,, sir:
— Welll hissez. le; ris T mes garçons. Il nous le faut, car le typhon est passé. >»
Il revint vers moi :
« Ah ! Gharley, êtes- vous encore; en vie ?
— Un peu.
— Pas tout; à fait, par conséquent. Je le comprends. Vous avez dû avaler un fameux coup d'eau salée, et tout le inonde ne s'en accommode pas. Dois-je vous détacher?
— Assurément, sir. Cet ouragan est-il vraiment passé.
— Mais oui. Le typhon s'en va aussi brusquement qu'il vient. Il nous a donné un fameux coup de pied. La mer va encore être agitée quelques heures. Les mâts de misaine et d'artimon n'existent plus , mais si nous n'avons rieu à la cale, je remercie Dieu de nous avoir fait nous en tirer à si bon compte. »
AXT GRiÉ; DjR- LATCBIOIRaŒENTE'
IL me- détacha^ mais* j'avais toutes; fes, peines du monde à m& tenir sur iaae& jambes; ent raison de l'agitation, irrégulière de& vaguss.. IL® otëè s'éclaireit en plusieurs; endroits, Be jour vint et ënfiâ tes^ premiers ray<Msi dm soleil brillèrent au-dessus de njousv
He? pont offrait un aspect JamêntaM&y maki cela m'était indifférent: maintenant^ et je descendis; avec le; capitaine; pour inspecter la cate. : Dans- la soute aux; mtoeteadises il y avait, un fouillis inextricâibfev Tonneaux, balles r paquets, caisses gisaient pêle-mêle,, sens; dessus dessaus r et ili nous fallut de fongs efforts pouar nous frayer un passage à travers ce chaos. Mais> aussitôt le- capitaine; me repoussai en arrière: et remonta précipitamment en m' entraînant,
« Qu'y a-fe-ili,, capitaine ?
— Be Vesm dans la eafc r nous> ayons une; large voie d'eau. »
Il monta sur le pont pour appeler les hommes aux pompes, et je= m'efforçai d'organiser aussi vite) que possible le tuyautage. Aw bout de dix; minutes, on put se mettre au travail, tandis* que le charpentier tâchait de trouver la voie et de la boucher. Ce- fet pénible, muis on réussit enfin à se 1 , mettre gw sûreté pour quelque temps.
On s'occupa alors de débarrasser le point de tous les< débris de mâts et de cordages^ qui F encombraient; un mât d^artimon fut fabriqué, et un mât auxiliaire fut dressé sur le tronçon de misaine 5 le plat-bord fut, réparé tant bien que mal, et te capitaine donna l'ordre d'appuyer vers le nord.
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« Cela ira bien jusqu'à Port-Lloyd, pensa- t-il.
— Combien y a -t-il encore jusque-là?
— Je viens justement de le calculer. Ce typhon nous a fait tourner en cercle, car vous devez savoir , Charley , que ce vaurien ne souffle pas , comme le croient quelques marins et plus d'un savant, selon une direction déterminée; il se limite au contraire à un très petit espace, et il se peut, alors que nous étions en plein dans la tempête, qu'un navire naviguant à quelques milles de nous, ait été surpris de voir les flots s'enfler à sa proue sans pouvoir s'en expliquer la cause. Donc ce typhon nous a fait pour ainsi dire tourner sur nous-mêmes, et nous pourrons être dès ce soir à Port-Lloyd.
- — Tant mieux , quoique le voisinage de ces îles ait constitué un véritable danger pour nous pendant ce typhon.
— - C'est pourquoi j'avais changé de direction, mais je suis tout de même content de ne pas m'en être éloigné davantage. La voie d'eau n'est que momentanément bouchée; nous n'avons plus de mâts et, vu l'état de la cale, nous serons probablement forcés de rester quelque temps à Port-Lloyd avant d'être en état de reprendre la mer. J'ai de la chance d'être mon propre armateur et de n'avoir à répondre de tout cela que vis-à-vis de moi-même. Mais, vous, Charley, vous allez trouver le temps long?
— Je ne pense pas, master Turnerstick.
— Ohl si, il n'y aura là -bas ni concerts, ni
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théâtres, ni journaux, ni bibliothèques, comme vous aimez à en avoir , vous, les faiseurs de livres. Et même comme nemrods, nous ne trouvons làbas aucun plaisir, car il n'y a ni bisons , ni léopards,
— Mais des chèvres et des porcs sauvages , des tortues et des oiseaux dé mer s'y trouvent en quantité j capitaine.
- — Vraiment?
— Mais oui, ie l'affirme. -Il
— Huzzal voilà qui est magnifique. Je m'en vais tuer quelques douzaines de chèvres, quelques quinzaines de cochons, quelques soixantaines de tortues et quelques centaines de pingouins ! »
Je me mis à rire.
« Àvez-vous vraiment l'intention de tirer des pingouins à cette latitude?
— Pourquoi pas, s'il y en a. Ce sont des individus extraordinairement gras et tellement bêtes quon peut les assommer à coups de matraque avant qu'ils aient compris qu'il y va de leur vie . »
Le bon et honnête master Frick était un très fort chasseur. Il ne craignait ni les hommes, ni les bêtes féroces, mais il avait une particularité très désagréable, à savoir que si ses poings atteignaient toujours leur but, ses balles par contre portaient vers l'ouest et le sud alors qu'elles étaient dirigées vers l'est et le nord. C'est pourquoi la chasse au pingouin, pour laquelle le bâton est plus nécessaire que le fusil, lui apparaissait la plus intéressante, et c'est pourquoi je déplo-
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^1 t î£f^ : iiy&f^±:£ri-* cprSyh *&S%£SSX\ ^%~£2 * —fTyrzy^z ^^^nxrr^' ^7*^ -y '.^lt^w^*^ r** ---**-.? 1
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=86 AiU GiRE DE LA TOURMŒNIDE
/rais aussi *que &es aies OBonin n'aient pas eu l'esprit de sungir /ora peu f)lus pxès du pôle.
Au soir nous aperçûmes -BeêMsland*, ïa pins rniéridîo&âle des trois gpflus grandes Mes., qui renferme le port principal, Port-Lloyd, où nous jetions P ancre w*& denii-iheure plus tard..
\La mer y était àbsoloiiment calme., et l'on ne s'y était pas aperçu, comme nous l'apprîmes plus tard., du typhon qui avait été si terrible pour nous.
Nous n'eûmes pas à accomplir lies formalités habitoelles,, aotous étions Je seul navire.; anous hissâanes le pavillon de IMJnion-Jatfk et tirâmes un coup de canon ipour annoncer notre arrivée et notre aaationalité.
Nous avions perdu deux canots (pendant la tempête. Le capitaine se rendit à terre dans le youyou, et Al m. de ;Soi que je raccompagnai.
Nous fûmes reçus par les colons ;ayec beaucoup 'de cordialité <et teûmes le plaisir de faira sur la terre ferme «m souper excellent. C'est alors que master T.Ufrnerstiek ne ; puit s'empêcher de poser une questiotu importante et nécessaire :
« ÎDites donc, gentlemen, comment la chasse <<k™&e-Ét-elle ici*?
(Qu'avez -¥©us comme gibier ? Des pingouins;?
Non*
©es phoques?
NoiEt.
Des jmor&esï?
Non iplus . »
Le pauvre capitaine avait pensé à une chasse au bâton, mais il avait compté sans le gibier ; a Que chassez-vous donc? demanda-t-il.
— Des cochons, des chèvres, des tortues, des oiseaux de mer et des ours volants.
— Mille tonnerres, est-ce vrai l Je n'avais encore jamais entendu dire que les ours puissent voltiger dans Pair. À moins que vos bêtes me soient tout autres que celles qu'on appelle habituellement ours. Je ne connais que Fours blanc, l'ours gris, l'ours brun, Fours noir, Fours laveur ou raton., .et les espèces d'ours que Fon tient à la chaîne. Parlez, Charley, n'êtes-vous pas le naturaliste de notre célèbre Wind expédition?
- — Steropus ursimis, répondis-je d'un air important.
— Perofcus purgilus, qu est-ce que cette langue? parlez donc celle que le ciel vous a donnée.
Ui je dirai alors : chauve-souris ^ si vous
comprenez mieux.
— €hauve- souris? drôle «de mode d'appeler une chauve-souris un ours; quelle est donc la gramdeur de cet animal gigantesque?
— - Il a huit à neuf pouces de long et, avec ses membranes étendues, trois pieds de large. Il vit de préférence sur les palmiers -éventails, et à Finverse de la plupart des animaux de son espèce, il dort la nuit et cherche sa nourriture pendant le jour.
— C'est aussi mon genre. Du reste, ne vous teacassez pas, je m'«en tiendrai aux autres : chèvres,
'Ml
cochons et tortues. Seulement tirer une chèvre, ce n'est pas une action héroïque, n'est-ce pas, Char-
— Hum! pas précisément, mais parfois très dangereuse. Pensez un peu au chamois. Et les chèvres d'ici sont sauvages en même temps que les montagnes sont très escarpées et à pic.
— Je n'aime pas beaucoup grimper et échoue toujours à bâbord ou à tribord. A peine ai-je fait trente nœuds en avant, je suis sûr de dégringoler cinquante en arrière; Et les tortues..., peut-on avoir ici un véritable potage tortue ?
— Ce sera difficile, dis -je en souriant.
— Pourquoi?
•— Parce que dans le potage tortue il n'entre pas une miette de tortue véritable.
— Well! Charley, je vous reconnais aussi fort en potages qu'en histoire naturelle. Tout de même, si l'on pouvait attraper aujourd'hui une véritable tortue! »
Un des colons, qui avait habité autrefois les îles Marquises, se déclara prêt à nous conduire en un lieu où nous pourrions peut-être trouver un de ces animaux.
Il faisait clair de lune, la nuit était vraiment divine, et nous le suivîmes dans un chemin qui conduisait, à travers une superbe forêt de palmiers, à une petite baie isolée.
Gomme nous sortions de sous les arbres, nous aperçûmes deux animaux qui sortaient de Peau en
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rampant. Nous nous étions munis chacun d'un bâton à l'aide duquel nous retournâmes les tortues, les réduisant ainsi à notre merci. Et ce ne fut pas sans difficulté, car la plus grosse pesait plus de trois cents livres et la plus petite pas beaucoup moins.
ce Et maintenant? » demanda Frick Turnerstick.
L'insulaire, qui s'exprimait fort bien en anglais,
répondit :
« Laissez-les ainsi jusqu'à demain matin, elles sont incapables de fuir, et vous reviendrez les prendre.
— Cela ne me va guère, dit le capitaine, qui était très sensible, malgré son apparence rude, les pauvres créatures seraient obligées de passer toute la nuit dans une angoisse mortelle , que je ne voudrais pas souhaiter même à une bête. Quel dommage que vous n'ayez pas apporté votre carabine, vous auriez pu leur envoyer une balle.
— C'eût été bien courageux de ma part, pensaije. N'y aurait-il pas un couteau ici? »
Le colon tira le sien, et en deux forts coups il trancha la tête aux tortues.
« Nous allons les emporter à la maison maintenant, » déclara le capitaine.
Il saisit la plus grosse et réussit à la porter, mais au bout de deux pas il la rejeta sur le sable.
« Par tous les mâts ! cette machine-là pèse autant que notre ancre, il va vraiment falloir la laisser ici. »
Le colon n'était pas de cet avis; il coupa
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quelques ibranches de figuier, les attacha avec des Mânes &i forma ainsi un traîneau sur lequel nous roulâmes les lourdes bêtes. Nous nous y attelâmes ensuite tous trois et ramenâmes facilement à ino'tra habitation. Là^ les tortues furent embarquées danisia yole et nous revînmes tous ià notre navire.
Le lendemain., il y eut fort à faire sur notre Wind. La voie d'eau ne pouvait être bouchée que de l'extérieur, et comme il ne pouvait être question de dock à Feal-Iâland, il fallut travailler en plongeant, ce que je fis presque seul, aucun des hommes ne pouvant rester longtemps soms l'eau.
C'est un Mt presque incroyable que la plupart des marins., excepté nwfairellement ceiux qui ont fréquenté des écoles navales, savent peu ou point nager. On rencontre des centaines de mafeelots qui se sentent ^complètement en sûreté sur un trois -mâts à demi échoué, et ne veulent à -aucun prix if aire ïiml parcours facile mx scanot ou ten barque.
Au déjeuner, tout mi savourant la soupe à la tortue, le capitaine ane fit une proposition <qui me î^écompensa de mes peines.
« Charley, pensez-vous que les chèvres sauvages soient faciles à digérer?
— - Assurément
— Dans ce cas , prenez votre carabine et allons à leur recherche.
— J'en suis, mais je vous propose, à mon tour, de chasser non point ici, mais là-bas à Stapleton-
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— * Pourquoi?
— Je me suis laissé dire Mer qoite le igibier y était meilleur et plus énomàami. SS
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