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Il 106 AU GRÉ DE LA TOURMENTE
|ft ; II me fallut bien une heure pour atteindre la saillie
M.----. - du départ; là, avec toutes sortes. <fe précautions -, je
le fis glisser de mon dos, sur la roche; en lui recoin-
te- ■■
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mandant de fermer les yeux et cfe ne: pltas bouger.
U| Alors j'appelai :
|§P:- « Halo ! Master TurnerstïeË ï
fJj-jV'" :.--.'"■- * .
;jfc : ' — Halo ! je suis là.
|pS — Attrapez le lasso! »
Il y arriva après bien des (Mlffikialies^^ Fatta&h& au |; bananier tandis que j'attachai; mm— naÉum F&ufee
B? extrémité autour du Chinois.
« Reste tranquille jusqu'à ce qpe; j|a sois arrivé là-haut;, lui dis -je. Halo, capitaine^ J'arrive;; la courroie est-elfe solide?
— WeM! je la tiens ferme: et cela marchera, si
ne casse pas. »
|ïi J>e m'y cramponnai et arrivai heureusement en
haut. Turner stick me serra joyeusement la main. p; a: Soyez-, le bienvenu,, Gharl%^ vous; avez eu là
A une terrihfe traversée* et ave© ce magot autour du
eort ce uMfcait pas vmm petite: affaire. Qui est-il? Comment si' appeïfe-tr -Su* B'oui vient- ïli? Que veut -il? Et que: vous> ax-t-ïl dSrtt?
— Yoilà, toute une; cargaison <fe questions;; il y
] • répondra quand nous ; l'aurons; amené ici, il ne faut
ijff pas le faire attiendire^ car il a le bras cassé et souffre
— Le bras; cassé!, pauvre, diable^ montons-le vite pour le raccommoder, »
A deux, cela fut plus facile et plus rapide que la
:*" '-yf * ^"- ■'•r t f' ' >' r '* s >«**-*-y-—'- r'^r.-É.f,^'-.^y%f frrr* v ,i''-f t;-^" ^ -'cï,'» ; :* -- — "-ï-j. -y. ; ^■'>^^rr>*^fc> n : J *.VT?' î**:^;;ï'*« 1 nf , L; i *i,— ^•»'<*:-*-4 : i*^*-*-"s*:* i,, t , '-***"*T~J' T -1 .*"*^* r ^^" +^7 .; , '"ï'i^ "**-/'- ^ rr -* :T;,H ^ T ■ , J *"? f - : ïVç"ï^J^;*-^"7b 1 fjfv".t/"' : * J
première fois». Malgré cela, dès qu'il fut près de nous, l'homme s'affaissa sur le sol : il avait été soutenu jusque-là par la force de sa volonté, mais il perdit alors connaissance .
« En voilà un qui ne va pas bien, Charley. Il ne va pourtant pas nous mourir dans les bras , dit le capitaine.
— Non, mais comme il a fait naufrage et a été précipité par les flots dans la baie , cela ne s'est pas passé sans heurts; il a le bras cassé et il est à jeun depuis hier et depuis plus longtemps peut-être; il n'y a donc rien d'étonnant qu'il s'évanouisse après: l'effort qu'il vient de faire. Il faut même que je profite de cet évanouissement pour l'emmener dans la vallée, à proximité de Peau, Quant à vous, vous pouvez rester ici.
— Moi! pourquoi?
— Cette hauteur domine la mer à une grande distance > et je pense que vous avez l'intention d ? y servir de phare.
— Moi 5 d'où vous vient cette idée?
— Ne venez-vous pas de dire que vous aimeriez mieux grimper mille mats qne de redescendre?
— Manière de parler, Charley, pas autre chose. Mais comment allez-vous redescendre cet homme? J'ai assez à faire avec moi-même pour ne pas aller m'aplatir en bas comme une bombe.
— Je n'aurai pas besoin de vous. Voulez-vous seulement porter mon fusil?
— J'étais bien décidé à ne plus toucher à cette
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horrible chose; mais s'il le faut absolument, je vous ferai tout de même ce plaisir. Donnez -le-moi. »
Il m'aida à ramasser l'homme et nous descendîmes^ Arrives en bas :
« Où le poser? me demanda- 1 - il .
— Pas ici où il n'y a pas d'eau, mais auprès du ruisseau que nous avons traversé en venant.
— Et nos chèvres?
"— Nous ne pouvons nous en occuper en ce moment, nous reviendrons ou les ferons chercher demain.
— Comme vous voudrez , alors en avant ! »
Le ruisseau en question était proche, je déposai le Chinois sur ses bords et découvris son bras pour en calmer Fenflure avec de l'eau. Il revint à lui et demanda à boire.
Il but et mangea avec une avidité qui indiquait combien il avait faim, puis il me demanda :
« Quel est ton nom afin que je sache comment t' appeler pour te remercier? »
Je me nommai, il secoua la tête :
« Le mot qu'on prononce doit éveiller une pensée, mais ton nom n'a pas de vie. Permets-moi de t' appeler dans la langue que l'on parle en Schintan (nom donné à la Chine par les bouddhistes). Tu es un étranger, quel titre t'a donné ton empereur?
— Je voyage dans tous les pays du monde et écris ensuite des livres sur ce que j'ai vu.
— Alors tu n'es pas seulement un Hien-tsai (équivalent de bachelier) ou un Kien-jin (licencié), mais
lit-
-jv.-v-.- ,'.v>--. — rry -ni-=- -r-- k - J7>.v^-.^,-^*'*;y*r.".--.-AT»*^t^-flr--^^
un Tsin-sse (docteur) et tu as droit aux places les plus honorifiques dans ton pays. Tu es grand et fort et sage, je t'appellerai Kuang si- tasse (docteur de F Ouest) si tu le permets. »
Il n'est pas de peuple plus poli que le peuple chinois ; le nom choisi pour moi par Kong-ni en était une preuve; il me semblait bien un peu ronflant, mais quel mal y avait-il à l'accepter? je répondis donc :
« Je te le permets. Comment s'appelait la jonque sur laquelle tu as fait naufrage?
— Fou-$chin-hai (Reine des mers)* Le typhon l'a détruite avec tous ceux qui la montaient, et seul, j'en ai réchappé.
— Veux-tu venir avec nous à Kouang-Tschéou-Fou ?
— As -tu un bateau pour y aller?
— Oui, il appartient à cet homme qui a navigué dessus à travers toutes les mers. »
Il se retourna vers le capitaine :
u Alors tu es un Ti-tu (amiral) ; quel est ton nom?»
Je répondis pour le capitaine :
(( Il ne parle pas encore la langue de ton pays, dis-je, et je servirai de Tun-tse (interprète) entre toi et lui. Capitaine, cet homme s'appelle Kong-ni et voudrait savoir votre nom.
— Turnerstick, répondit l'interpellé.
— Tu-re-ne-si-ki? Veux- tu me faire la grâce, Ti-tu-tu-re-ne-si-ki Kuon-gan, de m'emmener à Kouang-Tschéou-Fou? » demanda le Chinois.
Je traduisis cette demande à « l'amiral Turnerstick Excellence ». Il rit de tout son cœur :
H" Vit
-,».>. „„™= , . . „ . ^^r*«r.»xrr p i'î^^^«TC^t^r^.^ri^«»ra-«H*'^»..t— -,-^^,»»-„^^-,^^.,
ïfe. "
oc Gomment dit- on oui en chinois?
— Cela dépend du dialecte, ou tcke ou sche. » Il se tourna vers Kong^ni et avec un signe de tête affirmatif :
jfi « TcAê, ou si tu préfères sche, mon vieux. T'avons-
Wi''
il:
nous repêché d'une mare pour te mettre dans une autre? Croyez -moi, Charley. Cet homme est assez bien remis pour pouvoir marcher jusqu'à la plage. Il va faire nuit et il nous faut partir d'ici. »
C'était mon avis, et comme Kong-ni assurait qu'il |^ se sentait assez de force pour marcher, je bandai son
i'i'it i ■ -
|# bras avec un mouchoir et nous partîmes. Nous fumes
bientôt à la yole, à l'aide de laquelle nous regagnâmes le navire, où je soignai aussitôt le bras du Chinois.
j|ï Les réparations de notre Wind furent longues et
difficiles. Le typhon avait .ébranlé toute la carcasse, la rupture des mâts d'artimon et de misaine l'avait sérieusement endommagée, et rien que pour réparer
[ft l'indispensable il nous fallut séjourner deux semaines
à Port-Lloyd. Enfin nous fîmes voile pour Canton. Je n'avais aucune inquiétude du bras de Kong-ni,
If; dont la blessure était aussi normale et aussi bien que
jf&> possible.
La présence du Chinois m'était plutôt profitable. Il parlait le dialecte plus souple et sonore du Sud,
;f| tandis que j'avais appris le dialecte de Pékin.
■ifî ■:•" En le gardant tout le jour près de moi, je devenais
son élève sans qu'il s'en aperçût. Le capitaine le remarqua :
« Dites donc, Charley^ ce Ghinois est-il un homme
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'■.7..'7^ r-:W.~ '• 'T^+'f "-.* T~H* v "r-T"™**" i ! "vJ3*^it % 7- , r , *rT F 'V~r~TV~:.T , " , ^"*^y» atf^/>^0^Tf^i-:V^Ï^^*V"^™^vr"^£^\^*^^ i; ^?' '5* î *V^*^V,W^ n '.- 1 ^ !" .7-*^ ^."^^^Vi
AU ^GMÉ DE LA TOURMENTE lil
si remarqua Die (que vous ne puissiez vous en séparer une minute ? Je vous dis en toute sincérité que je suis très mécontent de vous,, car vous me négligez d'une manière impardonnable .
.— Vous avez raison jusqu'à un certain point, eapi- il
inkm, mais vous me pardonnerez si je vous avoue que 3|l
je fréquente Knng-ni surtout pour sa langue. Vous ' y ïl|
n'avez pas idée de tout ce qu'on peut apprendre en ^S
quelques semaines quand on a la chance de pouvoir faire des études pratiques.
— Ah! c'est donc cela, malin! Eh bien, moi j'ai navigue un peu partout et assez loin, et il m'eût été utile de connaître un peu les langues étrangères; mais d'une part on passe partout avec l'anglais, et d'autre part j'ai un talent extraordinaire pour retenir moins que rien des langues étrangères. Ainsi j'ai étudié
l'allemand pendant six mois et me rappelle seulement; Jfi
que vaisseau se dit : Schiff, et encore je l'aurai $||j
oublié dans huit jours. Mais il est tout de même hon- |f
teux pour moi d'aller à Canton et de ne pas savoir un
mot de chinois. Ne voulez- vous pas me F apprendre l|
un peu?
— Très volontiers, si cela vous amuse.
— Cela me donnera moins de plaisir que de fera- * 1>| vail. Toutefois j'ai entendu dire que ces gens n'ont que des mots d'une syllabe, d'où j'en conclus que ee ne sera pas trop difficile. »
Cette manière de voir était plutôt divertissante. Je commençai donc des leçons et dois avouer que mon élève faisait des progrès étonnants en ignorance. Il
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fit* i* •
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oubliait dès le lendemain les trois mots que je lui
avais fait répéter cinquante fois la veille ou les pro- J£
nonçait de telle façon que j'en riais aux larmes, et
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l|| quand nous atteignîmes Canton il pouvait faire une
!|f conversation daas un anglo-chinois dont personne
fS'\ n'était capable de comprendre un mot, attendu qu'il f
Hf l'inventait au moment même où il remployait.
Les rochers de granit des lies où se trouve Hongkong surgirent devant nous ; le nombre des navires |jjF que nous rencontrions ne cessait de s'accroître, et
quand nous eûmes doublé le cap derrière lequel est située la ville appelée Victoria par les Anglais, nous aperçûmes des milliers de jonques occupées les
|| unes à la pêche, les autres au transport et au com-
ys mer ce.
direction j'ai appris le chinois de manière inattendue, je suis décidé à me joindre à vous pour apprendre aussi à connaître les gens et les pays selon votre manière. Vous m'emmènerez bien, Gharley?
kca
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ft§ Je me tenais à l'arrière avec le capitaine, qui sui-
i ;'f> vait avec intérêt l' agitation environnante. I
h| . <c Savez-vous, Charley, que j'ai pris une résolution
| i extraordinaire ?
£§ — Laquelle?
— Je n'avais pas compris jusqu'ici que vous puispi/ siez parcourir le monde simplement pour connaître
>t| les gens et les pays, mais maintenant je vois claire-
ment la chose. Je ne dépends de personne, et puisqu'il me faut rester ici plus longtemps pour remettre à iV l mon bateau en bon état et que sous yotre excellente
-s~ .n. *' , p m | iM-fc n* ^ ■irai^w q i,^ 1 ^"^ *.^
, ; îl
— Avec plaisir, car j'espère que vous perfectionnerez votre connaissance de la langue.
— Ne vous inquiétez pas, mon vieux. Le chinois est mille fois plus facile que je n'aurais cru. Kongtong, Nan-king, Hon-kong> Pé-king. Àvez-vous remarqué que tout se termine par ing, ong, ung > et ainsi de suite? C'est enfantin. * "
— Parfait. Comment alors salueriez-vous un Chinois, par exemple?
— Àvez-vous l'intention de m' intimider? En anglais nous disons : good day, donc en chinois : goodengdaying. Celui qui ne comprendrait pas cela serait bête à n'en jamais guérir. Eh bien, Charley, voulez-vous m'interroger davantage?
— Non, cela suffit, dis-je en riant. Laissez -moi vous dire bien, sincèrememt que je n'ai jamais eu d'élève qui ait autant de présence d'esprit.
— Est-ce surprenanjt ? La présence d'esprit n* estelle pas la première qualité d'un bon marin? et Master Turnerstick n'est pas de ceux qu'on puisse compter parmi les mauvais. Mais excusez-moi pour un moment, je n'ai pas de pilote et suis obligé de m 1 occuper de l'entrée du navire dans le port. »
Tandis que nous saluions la ville par les coups de canon obligatoires, Kong-ni se tenait près de moi.
Bien que j'eusse appris à le connaître, il était cependant resté, sur certains points, une énigme pour moi. Je n'avais jamais pu savoir quel était son métier ou sa position ni rien de ce qui lui était familier. J'aurais pu le lui demander dnectement, mais comme il fei-
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gj|| gnait de ne pas comprendre mes allusions à ce sujet,
je m'en abstins.
||jp II n'avait pas ce visage insignifiant et seulement
tâm^ï - rusé qui caractérise les Chinois, mais des traits intel-
|fi|r' / ligêntSj et les conversations que nous avions eues
pli; ^ constamment ensemble me prouvaient qu'il possé-
i^îi® dait une culture assez rare chez ses compatriotes.
« Combien de temps resteras-tu à Hong-kong? me demanda- 1- il.
fi|I — Ce. n'est .pas encore décidé.
— Iras-tu simplement à Kôuang-tchéou-fou?
- — Non, j'irai plus loin.
— Les Kouang-fou (mandarins) ne te le permet-
l&w tront pas.
|p! — Alors je me le permettrai.
jif — Je t'ai nommé Kouang-si-ta-sse ? et sais que tu
|i|% es sage et courageux; malgré cela tu n'iras pas plus
Ht" loin que Canton. On vous permet de visiter cette ville,
mais qui donc la connaît réellement parmi vous ? Vous ne pouvez visiter que les rues qui n'appartiennent
j| pas à la ville chinoise; comment veux -tu aller plus
fit loin si tu n'es pas Chinois?
hw""-- ' :
Slï — Je le deviendrai.
— C'est difficile. Tu m'as sauvé la vie et je voudrais te prouver ma reconnaissance; laisse -moi te
If donner un conseil*
— Parle.
— Veux-tu devenir le fils d'un Fou-yen (sous-gou-
]$} verneurl? »
Je fus très surpris de cette question. Kong -ni ne
: ■ .. fc-V
- Tï
AU GRÉ DÉ LA TOURMENTE J 15 h
pouvait se permettre une plaisanterie à mon égard,
et il était la seule personne que je connaissais de ce ]l|
pays mystérieux où j'étais sur le point de pénétrer* >|i
Je répondis simplement : i;
wà
fe
a Est-ce possible?
— Je le rendrai possible pour f être agréable y >> répondit-il d'un ton assuré.
Un fou-yen est le premier fonctionnaire du Tsoungton, que nous appelons en Europe vice-roi, et il à en main toute F administration civile d'une province. Qui
était donc ce Kong-ni pour pouvoir me faire une pro- f |
position semblable?
ce J'ai déjà un père, répliquai- je,
— Ton père n'est pas ici. Tu ne seras ni Fo, ni Bouddha, mais un Christ. Ta religion te défend- elle d'avoir un deuxième père, tant que tu seras en Chine?
— Non.
— Eh bien, fais ce que je te propose, tu seras
TU
un Tchin-dse (Chinois), et pourras aller et voyager où il te plaira. »
Son offre ne pouvait pas être plus avantageuse. Combien de ceux qui avaient risqué leur vie pour explorer la Chine eussent été heureux d'une telle aubaine; mais elle me semblait si incompréhensible jk;
et même si extraordinaire que j'avais envie de la repousser. Toutefois, après avoir réfléchi, je dis :
ce Un serviteur de Fo ou de Bouddha prendra-t-il li I
un Kiao-you (chrétien) pour fils?
— Oui; pourquoi ne le pourrait-il pas ou ne le
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voudrait-il pas? Votre Dieu dit : Je suis votre seul Dieu, mais notre Tien-wen (littérature divine) nous apprend qu'il n'y a qu'un père et que nous sommes tous ses enfants. Il y a trois grandes religions : la nôtre, la vôtre et celle des Hoeï-hoeï (musulmans); mais nous disons que ces trois religions ne font qu'une. Pourquoi ne pourrais -tu pas devenir le fils d'un homme qui estime ta religion? »
Il eût été inutile d'entreprendre une discussion religieuse, car ces paroles prouvaient la grande indifférence des Chinois, qui est le grand écueil contre lequel se brisent trop souvent les efforts des missionnaires chrétiens. Je répondis donc :
« Et cet homme est un Fou -y en? »
Il fit oui de la tête.
c< Par conséquent un des plus hauts fonctionnaires du pays?
— C'est un Kouang-fou (mandarin) à bouton rouge. Il est très puissant, mais déjà très vieux. Le Hoangschan (empereur) lui a permis de porter deux plumes de paon et de se reposer de ses fonctions.
— N'a-t-il pas de fils?
— Il en a un.
— Mais d'après vos lois peut-ii en prendre un second?
— La loi ne le permet pas, mais l'empereur le permettra.
— Son fils est-il près de lui ?
— Non, il est près de toi. »
Je le regardai surpris :
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.■-.i xiifz'-^'ïj,^! •***'?
ce Tu parles donc de ton père et tu es le fils d'un sous- gouverneur ?
— Oui; veux -tu devenir mon frère? y>
Je n'eus pas le courage de repousser cette offre par laquelle il voulait me récompenser de lui avoir sauvé la vie :
ce Oui, répondis -je.
— Tu parles nôtre langue; peux -tu aussi l'écrire?
— Très peu.
— Eh bien! j'écrirai ce que tu me dicteras.
— Quoi?
— Tu vas composer un ouvrage que nous enverrons au Ly-pou (jury des examens). Le fils d'un Fou-yen doit être un savant pour pouvoir devenir Nan, Phy y Heou ou Koung, (chevalier, baron, comte, marquis). y>
Je crus un moment que ce Chinois se moquait de moi. Un explorateur étranger allait recevoir en Chine un titre universitaire ! Je continuai la plaisanterie :
ce Que faut -il que je sois? Sieou-tsai Keoit-jin, ou peut-être même un Tsin-sse?
— Tu es très capable de devenir un Tsin-sse.
Pour y arriver sans retard tu vas faire trois ouvrages, un pour chaque degré. Nous les enverrons au Ly-pou et tu obtiendras le plus haut grade par un seul examen.
— C'est entendu. Quand pourras-tu écrire sous ma dictée?
— Quand tu voudras.
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ftjMij;-- if.
■Hfr" "1-
— Alors ,, partons de suite acheter du papier, de l'encre et des pinceaux*
— Veux-tu in' accorder une grâce?
— Laquelle?
— Laisse -moi y aller tout seul, je te rapporterai rapidement ce dont tu auras besoin.
— Je veux bien, » dis-je en souriant, car je soupçonnais le bon Kong-ni de m'avoir fait des propositions alléchantes seulement pour se dégager de toute reconnaissance envers moi et disparaître ensuite.
If j ce Comment s'appelle ton père?
— Phy-ming-tsotu (Quelque chose comme un comte, pour nous Européens.)
— Où habite-t-il?
— Tu le sauras bientôt. »
Je voulais me renseigner davantage quand je fus interrompu par un appel si bizarre de mon vieux Frick Turnerstick que je me retournai aussitôt.
Pendant ma conversation avec Kong-ni, nous avions jeté l'ancre entre un navire anglais et un hollandais, et fûmes aussitôt assaillis par une nuée de bateaux dont les propriétaires voulaient vendre toutes sortes de choses à notre équipage. Un marchand de fruits s'était suspendu au câble et c'était à lui que K( s'adressait l'appel impayable du capitaine :
>. y *.Vr-
^Satir^Cr*. tr-:
« 5o^ jouring , qu'asng tung ang vendrmg?
jÉ
|l|- | — Lichy ïichy, répondit-il en se servant de son
éventail comme d'un porte-voix, #c%, lichy, si-koua
si-koua. yy
;1| j; . Le capitaine me fit signe d'approcher.
Jf:
■Vo.i
AU GRÉ DE LA TOURMENTE iï9
ce Charley, venez donc ici, qu'est-ce que ce garçon hurle, que veut-dire li-chy? |
— Il veut parler des noix qui sont dans son s bateau. Elles sont presque aussi bonnes que des melons,
— Et ces si-koua ?
— Des melons d'eau. | - — Mille tonnerres! ne pouvait-il pas le dire tout Jj
de suite? » ®
Il se pencha par- dessus le bord : :|
« Noung voulong eng achetemg, vieng ang bordeng. » S
Il donna ordre de lui lancer un cordage et le Chi- ■; J$
nois apporta une certaine quantité de ses fruits , à f5
l'aide d'un bâton de bambou appuyé sur ses épaules. « Vous voyez , Charley, l'homme m'a compris;
il est vraiment agréable de penser que Ton parle
une langue étrangère. Je vous le dois, Charley, autant
qu'à mon talent pour les langues étrangères dont
j'avais douté jusqu'ici de manière inconcevable ♦ Je
vais acheter toute la boutique de ce garçon. »
Le marchand avait déplié ses nattes. Turnerstick
s'avança «vers lui et lui tapant d'un air protecteur
sur l'épaule :
ce Combièng coùtentng leng Noixng? »
L'interpellé, qui avait bien compris la pantomime,
souleva une poignée de li-chy et répondit :.
«; Y tsien.
— Vous voyez, Charley, qu'il m'a encore bien compris. Mais il m'a l'air de parler le chinois plus difficilement qu'il ne le comprend. Qu'est-ce qu'il veut dire par son Y tsien?
— Il veut dire un tsien.
— Qu'est-ce qu'un tsien?
— La petite monnaie qu'il porte enfilée autour du cou. En Europe on l'appelle sapèque, il en, faut environ deux cents pour faire un franc.
Noua fûmes assailli a par une nuéû de bAtcaux dont les propriétaires voulaient vendre toutes sortes de ehoses-
fl
JJ
— Alors j aurai une poignée de noix pour un demi- centime?
— Sans doute; ici , du reste, tout est excessivement bon marché.
— Wellî alors je continue à acheter,
— Faites-le, sir, » répondis-je, curieux de l'entendre parler de nouveau son chinois.
t «,— -^^ fr!lf *w ( |ï;,^ »,-, — -r^—i^^^j^FrïT^* ^■&4jj*^tîfrjiv^wi*^yM'rr7^^^-f?tt~^'V^^* r* 4 "^
Il montra les melons et en demanda le prix en ajoutant à chacun des mots la terminaison ang y ong, ing y ung, selon sa fantaisie.
— San-stien, répondit l'homme.
- — Sàn-tsien! ce garçon parle vraiment un chinois 3|
épouvantable; que veut-il dire, Charley? S\l
— Trois sapèques !
— Deux melons de cette taille gigantesque pour trois sapèques! Le bonhomme doit avoir volé sa marchandise; il faut que je la lui prenne toute* »
Et faisant le geste d'entourer tout le tas :
« Je prends tout, ajouta-t-il. Combieng?
— Y-tschun.
— Que veut-il dire, Charley?
— Un tschun ou toian, c'est-à-dire 1 cent sapèques, trente centimes au plus, je ne connais pas le cours du change aujourd'hui .
— Pour un pareil tas de fruits! Attendez, il en a encore dans son bateau ; je veux tout prendre puisque cet homme me comprend si bien. »
Comme nous n'avions pas de sapèques, il donna un dollar en paiement et reçut comme différence presque tout le cordon de sapèques, que l'homme portait au cou.
À ce moment, des gondoles de louage s'approchèrent de nous. Kong-ni s'apprêtait à monter dans Tune d'elles. Il avait été naturellement dépouillé de toute ressource; je lui offris de venir à son aide.
(c Tu es bon, mais je n'ai besoin de rien, » telle fut sa réponse, et montant dans la gondole il s'éloigna.
«.ïf.îïre
i-^r- -**■•.- jB ?- rr*--*-?\
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&f|P ■•'/ 122 . AU GRÉ DE LA TOURMENTE
y. /Ifev
||p Je comptais bien ne pas le revoir et m'occupai à
examiner l'activité qui régnait sur notre pont par suite de l'arrivée des employés du port et autres gens.
Jflt J'aperçus tout à coup une barque conduite par
f W &-, deux rameurs qui s'approchait de nous. Un manda-
jlg rin de cinquième classe à bouton de cristal y était
■pi
site-
11, mfc.
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mû
■.;■■ J&fc"
assis : c'était Kong -ni. Je fus moins surpris d'une ,„ si brusque transformation que de la vue de cet
Ijp/';- insigne qu'il portait avant l'âge requis.
Il s'avança vers moi, et me saluant en souriant : (c Tu sais maintenant qui est Kong -ni. As- tu le temps de me dicter?
— Oui, descends dans ma cabine. »
Il me suivit et sortit de ses larges manches tout
ce qu'il fallait pour écrire. Puis il s'assit et demanda : ï§: oc Sur quel sujet veux-tu écrire pour devenir un
Sieou-tséou? »
S-||; Je réfléchis un instant et finis par choisir un
$|! sujet de géographie, espérant faire briller ainsi mon
« talent florissant », comme veut dire Sieou-tséou
en français.
a Je choisis pour titre : ce Nien-yan-koni-d$e ?
Histoire des diables des mers occidentales (e'est-à- ?î|| dire des Anglais). Cela te va-t-il?
— Oui, car c'est un sujet qui te rendra très célèbre. » Le travail commença, je dictais et il écrivait. Malgré la difficulté des caractères chinois il les
écrivait aussi vite que s'il avait sténographié. Naturellement, ma connaissance de la langue était insuf^ lisante, et il dut m' aider beaucoup, mais au bout de
* i i il
MM
deux heures mon traité était terminé. J'intitulai les deux autres ouvrages : Peu tsao-y-jin : Histoire naturelle des Étrangers, et Hio-thian-ii : Etude du ciel et de la terre. Ils furent terminés avant la tombée de la nuit, et lé brave Kong ~ ni était émerveillé de « la science extraordinaire et inouïe » que j'y avais renfermée. Je dois avouer honnêtement que je m'étais efforcé de parler des choses les moins connues et dans les termes les plus ronflants. Un Européen se serait aperçu au vingtième mot qu'il avait affaire ou à un plagiaire ou à un fou incurable.
Nous étions occupés à rassembler les feuillets qui selon la mode chinoise n'étaient écrits que d'un côté, quand le capitaine entra :
ce Charley, vous m'aviez prié de ne pas vous déranger, mais je suis forcé de venir parce que vraiment ce garçon me donne trop de mal,
— Quel garçon ?
— Il y a une heure qu'une barque pleine de paquets de toutes sortes nous a accostés et qu'un homme monté sur le pont me parle dans un chinois encore plus mauvais que celai des Finnois , et je ne peux en sortir rien autre que : « grand fou et comme ça. x>
— Je vais voir. »
Je prévoyais une nouvelle conception de la langue par le talent génial de master Turnerstick et ne m'étais pas trompé.
Nous arrivâmes sur le pont où l'homme nous attendait et, levant le doigt pour appeler son attention, le capitaine lui dit, toujours dans son chinois :
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a Que veux-tu?
— Kouang-fou, répondit l'homme, — Grand fou! vous voyez bien^ .Gharley. »
Puis indiquant la barque :
« Omng^vang tung?
— Hôunn-tscha, Éfte^ — Gomme ça! Àvais-je raison ou non, Gharley? »
Je me retins de rire :
« Cet homme parle, en effet, un chinois que vous n'avez probablement pas encore entendu; je vais tâcher de vous le faire comprendre : Kouangfou veut dire mandarin. Il entend par là, je suppose, notre Kong-ni qui va sortir de suite de sa cabine.
pp! — Ah! vraiment, et : a comme ça? »
IfK — L'homme devrait dire : komm tscha. Ce mot a
un sens très étendu. Il veut dire : « concert de faveur,
tribut, cadeau, pourboire. »
— Suffit, voilà un mot à rendre fou; il faudrait avoir la tête grosse comme une frégate pour pouvoir retenir tout cela, et je n'en ai que faire.
— Voici Kong-ni qui va nous expliquer ce dont il s'agit. »
pj| i Celui-ci sortait en effet de sa cabine, il fit signe à
l'homme d'aller chercher ce qui était dans la barque, et se tournant vers moi :
« Kouang-si-ta-sse, dit le jeune mandarin, tu m'as sauvé la vie et guéri si bien le bras que je puis maintenant écrire. Accepte ce gage de ma reconnaissance, y> et il m'indiqua quelques-uns des paquets
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apportés par le batelier. Se tournant alors vers lé capitaine :
« Tu-re-ne-si-ki, tu m'as pris à ton bord et amené ici, tu m'as donné à boire et à manger sans demander si je pourrais te payer. Tu es généreux et je te remercie, prends ce cadeau en échange de ce que tu as fait pour moi.
— Bon, une amabilité en vaut une autre, répondit Turnerstick, mais fais-moi donc le plaisir de m'appe- 1er Turnerstick et non pas Turenne et Syrie, comme tu viens de dire. Ou si tu tiens absolument à m'appeler en une langue étrangère, parle du moins chinois .; mon nom en cette langue devient Turningsticking ; compris , mon vieux ! » t
Get avertissement fut donné sur un ton si sérieux que je faillis éclater de rire; mais je me gardai bien, tant cela m'amusait, de faire comprendre au capitaine son erreur.
Il eût été de la dernière impolitesse de refuser les cadeaux, j'acceptai donc aussi et remerciai Kong- ni.
Celui-ci sortit de sous son vêtement un cordon de soie au bord duquel pendait un objet que je pris pour un médaillon.
« Je vais quitter ce bateau, mais je reviendrai te chercher, me dit-il. M'attendras -tu ici?
— Quand reviendras -tu?
— Dans six jours.
- — Je ne peux pas rester aussi longtemps à bord; je veux remonter le fleuve et visiter Canton.
— Iras -tu seul?
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— Non, le capitaine m'accompagnera.
— Eh bien, suis le conseil que je te donne. Si tu gardes ton costume actuel» ne visite que les lieux où les Y jin (barbares, étrangers) sont admis.
p| — Y a-t-U quelque danger à aller plus loin?
pfeV.""" — Oui, car la police a ordre de s'emparer dé
fifÉS tout étranger pour le conduire devant les tribunaux.
W$È^'- — Alors je vais ni'acheter un costume chinois.
|l|ip — Fais- le ,. répondit -il en souriant; tu pourras
aller ensuite oii bon te semblera, car personne ne te
i; ^|p =*- prendra pour un étranger si tu portes une natte de
M; ^ cheveux.
— Peut-on s'en procurer?
— Autant et pour aussi longtemps que tu vou -
dras ? répondit-il avec le même sourire ; mais gardetoi des loung-yin (hommes du dragon, pirates fluviaux) et des kouang-ti^miao (pagodes du dieu de la guerre) , ils sont funestes aux étrangers.
— Je me garderai des loUng-yin^ mais qu'ai -je à
$jp! craindre des konmig-ti-miao?
— Tu le sauras bientôt. Si par hasard tu te troupl- '■ vais en danger avant mon retour, prends ce talis-
Wm§r man et porte-le autour de ton cou. Montre-le aux
\fef ■" Loung-yin et ils te traiteront en ami. »
Il me donna la chaîne. C'était une merveille de sculpture chinoise . Chaque grain était fait d'un pépin de pomme sculpté en forme de barque minuscule dans laquelle était assis un homme tenant deux rames . Le médaillon, qui était un noyau d'abiûcot, représentait une jonque de mandarin avec son baldaquin, ses
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huit rameurs et le mandarin lui-même assis au milieu, tenant de la main droite un parasol ouvert et de la main gauche l'inévitable éventail. C'était une de ces œuvres chinoises incomparables qui forcent ;î|
à admirer la minutie, l'application et l'extraordinaire persévérance de ceux qui les ont faites, et elles ne sont pourtant que d'un prix dérisoire* Cette chaîne valait dans le pays deux dollars à peine, alors qu'un amateur de mon pays en eût offert plusieurs centaines de francs. Et cette chaîne devait être un talisman contre les loung-yin! Kong-ni était donc en rapports amicaux avec eux!
Je pris le cadeau et demandai :
ce Où nous rencontrerons -nous quand tu reviendras?
— Seras -tu sur le bateau? ! Ê
— Oui ? je m'arrangerai pour cela.
— C'est entendu, je viendrai te chercher ici. Je
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vais déposer tes ouvrages au Koa-pan (sorte d'uni- : ;v|
ver site). '*
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— Je croyais que tu allais les envoyer au Ly-pou?
— Ne sais-tu pas que les examens ont lieu au kao-pan? Les ouvrages seront ensuite envoyés avec la critique au Ly-pou pour revenir enfin au Wentschang-koiin (palais des ouvrages scientifiques).
— J'ai entendu dire que les examens étaient y
oraux au koa-pan? »
Il sourit d'un air embarrassé :
« Mon père est président d'un jury d'examen, il M|
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fiiè :" notre costume habituel!
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fera ce qui sera bon et avantageux pour toi- Adieu jusqu'au retour.
— Tsing leaol » répondis-je en lui tendant la main,
Frick Turner stick lui tendit aussi la sienne et lui
dit dans son jargon : <x Adieu r mon vieux; quand
tu reviendras, tu seras le bienvenu- » Le bateau qui
,™ emmenait le jeune mandarin disparut bientôt dans
liSïi le fourmillement des autres, et nous nous mimes en
devoir d'ouvrir nos paquets. Ils contenaient toutes ipK -■ sortes d'objets en laque et autres que les Chinois
|f|: appellent Kong-toung (antiquités), et qui sont Ven-
dus très chers là-bas comme en Europe, Pour moi,
pltV il y avait en plus, un costume complet de mandarin,
miÊË: sauf le chapeau et le bouton , et il y avait aussi une natte
)^|ii artificielle,; si longue qu'elle me tombait presque aux
||ffi | talons. Je m'expliquai alors le sourire ambigu de Kong-ni
|M| ; quand j'avais parlé d'acheter un costume et une natte.
Ëli i Quand Turnerstick aperçut ce symbole chinois, il
|j» i: éclata de rire.
^I| | ce Félicitations, Charley, félicitations/ Êtes- vous
vraiment décidé à porter cette queue en prolonge?
— Naturellement; si je veux passer pour un Chinois ne faut-il pas que je m'habille en Chinois?
— .. Well! mais si je vais avec vous, me f audra-t-il aussi tramer une chose semblable?
— Naturellement, quand Kong-ni a fait ces achats
il ne savait pas que vous m'accompagneriez, sans quoi il eût fait pour vous ce qu'il a fait pour moi. Toutefois nous ferons notre première excursion dans
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— Parfait! Voulez-y ous que ce soit demain matin?
— Cela me va. Nous ne sortirons pas ce soir afin d'être frais et dispos à l'heure convenue.
— Prendrons-nous nos carabines?
— Pourquoi?
— On ne peut donc pas chasser ici?
— Non; nous pourrions tout au plus tirer quelques canards si nous pénétrions plus avant dans le pays, mais je voudrais d'abord visiter Canton. Il sera toutesfois bon de prendre un couteau et un revolver j. on; ; | ne sait jamais ce qui peut arriver en pays étranger,
— Well! je prendrai des armes, quoique je ne: pense pas que nous puissions courir aucun danger, nous possédons tous deux si bien la langue ?
— C'est ce que je pense, bien que je sois surpris d'entendre ces habitants de Hong-Kong parler un chinois à peine compréhensible.
— Cela ira mieux en remontant le fleuve. »
Le soir, dans mon ht, avant de m'endormir je fus assailli par une foule de pensées. Les cadeaux de Rong-ni semblaient prouver que tout ce qu'il m'avait dit et promis était sérieux. Au premier abord, briguer un titre universitaire semblait une entreprise presque bizarre, mais devenait tout autre quand on y réfléchissait davantage.
En effet, en Chine, l'empereur est forcé de choisir ses fonctionnaires parmi les savants. Ceux-ci érigés d'abord en corporation étaient admis à subir un examen quand ils pouvaient, à l'âge requis, présenter un certificat de bonne conduite. La plus grande
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impartialité présidait alors à leur choix, mais de nos jours l'argent ou la protection obtiennent ce qui n'était accordé autrefois qu'au mérite, et, sur la présentation d'un simple écrit fait par lui ou sous son nom ^ le candidat obtient le grade universitaire qu'il désire ^Peut-être Kong-ni l'avait-il eu ainsi, et pourquoi ne Féssayerais^ je pas i moi aussi ?
Ce& considérations nie rappelèrent son avertissement de me garder des pirates, ce qui était très compréhensible; ruais pourquoi des Kôuang^ti-miao, temples du dieu de la guerre? Ce Kouahg-ti est le Mars chinois. C'était un guerrier fameux qui vivait au 111 e siècle de notre ère et s'était acquis une grande popularité par ses nombreuses victoires. La dynastie mandchoue en fit un dieu et le protecteur de ses représentants. Des temples lui furent élevés dans toutes les provinces où il est représenté assis ayant à sa gauche son fils Kouang-pin, armé de pied en cap, et à droite son fidèle écuyer appuyé sur un large glaive, avec un visage aussi effrayant qiie possible pour inspirer à l'univers la crainte et l'angoisse.
Le peuple insouciant s'occupe peu de son culte et visite ses temples surtout pour y passer la nuit, y vendre sa marchandise, y célébrer ses fêtes de amille et s'y installer comme dans tout autre maison. Les fonctionnaires, par contre, sont forcés de les visiter à jour fixe pour se prosterner devant l'image du dieu en brûlant des baguettes d'encens.
Les Mandchous ont créé ce culte pour avoir de Finfluence sur leurs soldats, auxquels ils font croire
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AU GRE t>Ë LA TOURMENTE 131
que dans toutes les guerres de la dynastie Kôuang-ti a été vu sous une forme corporelle , planant dans les airs et accompagnant les armées qu'il a toujours conduites à la victoire. Et cette brave idole pourrait m' être funeste ! Est-ce parce que je n'étais pas Mand* chou ?
Pour les pirates, je savais par des lectures et des récits qu'il y en avait eu de tout temps en Chine, et que les pirates des fleuves étaient encore plus hardis que ceux de la mer, attaquant les habitants des grandes villes, même en plein jour et ayant des intelligences aussi bien dans les classes les plus basses dé la société que parmi les mandarins. Ils forment des associations très répandues mais très fermées, régies par des lois très sévères, et commettent des crimes généralement impunis pour des raisons sur lesquelles certains mandarins n'aimeraient pas à être forcés de s'expliquer.
Je m'endormis enfin, mais ces pensées me poursuivirent encore dans mes rêves. Ma natte devenait un boa constrictor qui m'enserrait à m'étouffer; le brave Master Frick Turnerstick était assis dans une pagode sous forme d'un dieu qui vomissait des flammes et me criait : « Sauvezng voung, Charleyng, oung jeng voung mangeng. » Je fuyais, mais la pagode se changeait en un dragon géant qui me rattrapait, m'emportait en l'air et me laissait tomber dans un tas de melons d'eau et de noix, lesquels devenaient vivants et m'ordonnaient de les manger. Je leur faisais ce plaisir, et comme j'avalais le dernier, le dieu de la
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guerre réapparaissait, me saisissait par le bras et me disait d'un ton menaçant et avec un visage terrible :
ce Mille tonnerres, Charley, réveillez-vous 3 je vous en prie, si vous n'êtes pas mort T ou dois-je vous tirer par le bras! »
J'ouvris les yeux et fus très désillusionné en reconnaissant le capitaine.
« Qu'y a-t-il> capitaine? demandais:-- je. .
— ^- Ce qu'il y &?.•• Hum! il y a qu'il fait jour depuis deux heures et que vous êtes encore couché, geignant et gémissant; à attendrir une pierre. Quel malheur vous est- il arrivé?
— Je rêvais que vous étiez un dieu dans une pagode et que vous vouliez m' avaler.
— Moi, vous? Il me faudrait vraiment être un dieu pour avoir une idée pareille. Mais, en route; vôtre déjeuner est prêt et j'ai déjà fini le mien, nous pourrons partir ensuite. »
Je fus bientôt sur le pont à boire mon thé. Pendant ce temps le capitaine s'occupait d'une barque de louage et fit signe au maître de l'une d'elles de s'approcher du bord :
«Monteng, lui cria-t-il en accompagnant ces paroles d'un geste assez intelligible ; noung voulong alleng ang Cantong , peung tung noung y meneug?
— Canton, Houang-Tschéou-fou, répondit l'homme. Tsche !
— Tsche? horrible langue; que veut dire cet
homme, Charley?
— Ne savez-vous donc plus que atsche» veut dire oui ?
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— Je Pavais presque oublié , mais vous voyez que |ii je parle tout même joliment bien, car l'homme m'a compris mot pour mot, sans quoi il ne m'eût pas répondu : oui. Le prenons -nous, Charley?
— Comme vous voudrez; arrangêz^-vous avec hiL » p| Le capitaine s'exécuta : Il « Noung sommeng deung^ queng dernandeng tung §|
pour lang journeng ?»
L'homme secoua la tête au lieu de répondre. ^1
Turnerstick s'approcha de lui et répéta sa question/ Même silence. Il se tourna alors vers moi :
« Cet homme ne comprend même pas sa langue maternelle. Voyez donc, Charley, si vous aurez plus de chance que moi.
— À. votre disposition, capitaine ; mais je vou-
drais bien savoir auparavant si vous avez vraiment
l'intention d'aller à Canton avec cette barque? Un
vapeur met déjà un jour entier jusqu'à Wam-poa, ^[f
et de là il y a encore douze milles anglais jusqu'à af?
Canton,
— Je sais bien, Charley, mais je veux apprendre [;;! à connaître pays et gens, vous comprenez , hein? C'est pourquoi je choisis ce canot de bambous afin d'aborder ici et là, à ma fantaisie. Peu m'importe la ' i j\ longueur et la durée du trajet, nous avons le temps. Le pilote a mes instructions et me remplacera en mon absence, et si nous voulons aller plus vite, nous pourrons toujours nous faire remorquer par un vapeur. Compris, Charley?
— Parfait, mais si nous voulons connaître pays et
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, mtr . -..-zi+rt, ■; ■>.„ .<--^?*tV 1 *^VÏ 1 * M
^. -* >- r k'.* r -l Imt-f-t— ï* !\Hf.U-,%-, -^ ~*v *#.--■
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gens, nous devrions, ce me semble, commencer par Hong-Kong, qui est plus près de nous.
— Vous avez raison, absolument raison, et il faut que cet homme nous y conduise d'abord-* »
Je louai le Chinois pour trois tschuns, environ un franc par jour, après quoi nous nous embarquâmes et nous fîmes conduire à la ville.
Les Anglais, avec la clairvoyance qui les caractérise, se sont établis à Hong-Kong. La ville est située au nord d'une île très montagneuse de dixhuit à vingt milles de circonférence et dont la position permet d'accéder au port par deux entrées opposées et sans danger par n'importe quel vent. Les eaux y sont si profondes que des bateaux d'un tirant de quinze pieds peuvent jeter l'ancre dans le fond mou et argileux à très peu de distance de la côte, dans le bassin ou ils sont prései^vés dés vents d'automne et d'hiver par les hautes montagnes environnantes.
Nous nous promenâmes à travers les rues de la ville chinoise. C'étaient de véritables cloaques sales et infects, qui renfermaient des ruelles étroites ou sombres, où grouillait une population peu appétissante. Les maisonnettes qui les bordaient étaient faites de bambous, l'étage inférieur comprenant en avant les boutiques et en arrière quelques pièces obscures et un escalier étroit conduisant à l'étage supérieur où se trouvent les chambres à coucher, un peu en saillie. Les boutiques sont ouvertes sur toute leur largeur, et il est facile, par suite, de voir ce qui s'y passe. Ici, c'est un cordonnier qui fabrique
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Laissez- moi commencer, »
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des chaussures de soie à semelles de feutre très
épaisses , là un décorateur qui orne des tasses
avec un enduit de laque auquel il faut un an pour 4
sécher, A côté, c'est un changeur, qui sait si bien se
servir de sa machine à calculer, qu'il faut la plus
grande attention pour n'être pas volé par lui. En
face, c'est un tailleur assis à la mode des nôtres f
auprès d'un restaurant dont le menu est copieux, à I
en juger par toutes les espèces de fruits, de légumes SI
et de viandes exposées. Tout autour de cet endroit ?|]
attrayant, s'agitent ces effrontés ailés et piailleurs
que l'on rencontre dans l'ancien monde comme dans
le nouveau, appelés Kia niao enî par les Chinois et
pierrots par les Européens. Leur vue me réjouit,
c'était quelque chose de la patrie qui m' apparaissait.
Le capitaine s'arrêta devant la boutique du changeur. ||
<c Qu'en pensez- vous, Charley, aurons-nous besoin de monnaie?
— Probablement. j!
— Alors échangeons chacun un dollar.
— Parfait! Entrons. 1
Il entra, toisa la boutique d'un air important et dit ;
« Hong joumg. Pouveng voung meng changeng ung $
dollar ?
— Vous voulez la monnaie d'un dollar, sir? » lui fut-il répondu en très bon anglais.
Stupéfait, il recula d'un pas :
ce Anglais! un Chinois qui parle anglais! Ai-je appris le chinois pour qu'on m'interpelle en anglais?