‹ Au gré de la tourmenteChapitre 21 sur 37 · V.>: Is · texte numérisé non relu

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— -Je ne peux pas te le dire. »

Je retirai le médaillon de mon cou :

<< ResseinMait-il à celui- ci? »

À peine eut-il vu l'objet qu'il s'inclina presque jusqu'à terre en croisant les bras sur la poitrine.

<c Pardonne -moi; je ne savais pas que tu es un Yen-ki (colonel) des loung-yin.

— À quoi le vois -tu? »

Cette question sembla le surprendre.

« Puisque tu as le talisman, tu dois savoir qu'il en est un spécial à chaque grade, ou bien c'est que tu ne l'as pas mérité, mais trouvé, et alors ce serait la mort, »

Je jugeai inutile de ed;' expliquer; mais comme ce bonze bouddhiste semblait connaître l'organisation des pirates, il était intéressant pour moi de savoir s'il n'était pas des leurs.

<c Je ne l'ai pas trouvé; montre -moi le tien.

— Il est chez moi; tu as dû voir à ma tasse que j'étais des leurs. »

J'avais ,. en effet, remarqué, par hasard, la manière particulière dont il tenait la main en buvant son thé. Il saisissait sa tasse du bout de trois doigts : le pouce, l'index et l'annulaire et gardait les autres rai des. Je voulus en savoir davantage :

ce Connais -tu aussi les autres signes?

— Il y a encore les deux salutations que chacun connaît : Tschin-tschL . .ng et T schinh-leao . Mais toi,

tu ne m'as pas dit la vérité, tu n'es pas un étranger,

car tu n'aurais pu devenir ni membre, ni colonel. »

Donc le salut était aussi un signe distinctif ; on le

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prononçait en prolongeant la dernière syllabe , cette

découverte pouvait m'être très utile . 1||

ce Je ne t J ai pas nienti, et le talisman est ma propriété. Quant à toi, je suis forcé de te dire que tu as été très imprudent.

— Nous appartenons tous deux à cette grande so- II ciéte et pouvons par conséquent en parler. ||

.— Tu ne savais pas que j'en faisais partie quand tu m'as parlé des hommes du dragon. Tu sais quelle punition cela mérite ?

— La mort, si je n'étais pas un bonze. Mais la vie \ d'un serviteur du grand Fo n'appartient qu'à l'empereur, car lui seul est le chef des prêtres.- Tu avais

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été bon et bienfaisant, et comme ie te croyais étran- tl?! 1

ger, je voulais te mettre en garde.

— Pourquoi me le dire aussi à propos des kouang^ ti-miao?

— Tu dois le savoir toi-même. |p

— Alors, adieu. Il faut pourtant que je te dise encore une chose. Ne sais-tu pas qu'il est écrit dans le rituel chinois : La politesse chinoise défend impé- || rieusement de faire rougir le visage d'un homme? |j;

— Pourquoi me demandes -tu cela?

— N'as-tu pas voulu me confondre? N'as-tu pas ||^ douté de ce que je te disais ? Et pourtant je t'ai prouvé que je disais vrai. Voilà que lu rougis à ton tour;

. sois plus poli désormais avec les étrangers, car ils |h

sont plus sages et plus rusés que vous. Tsching-lea-o . f H

— I -lou-fou-sing (Que l'étoile du bonheur t'ac- |j compagne), et pardonne -moi mes torts. »

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Le capitaine était déjà parti en avant. Lorsque nous arrivâmes ati bord du fleuve, une petite gondole, placée près de la nôtre, se détacha de la rive en même temps que nous.

<c Qui est cet homme? demandai- je au batelier.

— Un pêcheur qui a voulu se reposer ici. »

Nous montâmes dans l'embarcation ; le capitaine

prit les rames 5 le batelier le gouvernail, et moi j'examinai l'animation qui régnait sur le fleuve.

Nous nous étions attardés à la pagode, le soir approchait et la population fluviale se hâtait de profiter des dernières clartés pour achever sa tâche, journalière.

Je remarquai que la gondole déjà vue se dirigeait tout droit vers la rive opposée; l'homme qui la montait n'avait donc pas eu seulement 1* intention de se reposer, car s'il avait fait un long voyage ou se proposait d'en faire un, il eût, dans le premier cas, accosté de suite la rive opposée et, dans le second, il aurait redescendu ou remonté le fleuve.

<c Tu connaissais ce pêcheur? demandai -je à nôtre batelier.

— Non.

— Que vous êtes -vous dit?

— Rien* »

Si un silencieux Arabe m'eût fait cette réponse, je n'eusse pas douté de sa véracité, mais le Chinois étant bavard au plus haut degré, il n'était pas admissible que ces deux hommes se soient trouvés si près F un de l'autre sans entamer une conversation.

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J'examinai l'aiiimaLion qui régnnit sur le fleuve.

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Alors pourquoi le Chinois me mentait -il? Je ne pus en trouver la raison.

Je continuai à le questionner :

ce Pourrons-nous arriver aujourd'hui même à Wampoa?

— Non.

— -Il nous faut donc chercher un endroit où nous puissions passer la nuit. En connais-tu un?

— Il y a des hôtels et des auberges partout. La meilleure est : Scken-Kuang-tien (Hôtel de l'Éventail brillant), situé beaucoup plus haut sur la rive droite,

— À quelle distance en sommes-nous?

— À quinze li (milles chinois) ; nous j serons dans mie heure si le vent continue à souffler comme en ce moment.

— Il fera nuit complète d'ici là,

— Tant mieux; tu verras comme le fleuve paraît joli la nuit aux étrangers. Veux-tu descendre dans cette auberge ou en préfères -tu une autre?

— Nous y descendrons. »

Plus nous avancions, plus il faisait sombre. Notre batelier alluma une lanterne de papier; chaque bateau, même le plus petit, avait une lanterne semblable, et les grands navires en avaient des quantités.

C'est alors qu'arriva derrière nous un bateau dont les mâts étaient très hauts et qui avançait grâce à dix rameurs. Il semblait vouloir passer tout près de nous , mais à peine nous eût-il atteints qu'on entendit une voix retentir à son bord :

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« Riang lou , » répondit notre batelier -.

Aussitôt toutes les lanternes s'éteignirent brusquement; quelque chose vola au-dessus de nous et vint se briser au fond de notre barque en répandant une odeur asphyxiante qui nous fit immédiatement perdre connaissance. J'eus seulement le temps de voir notre batelier plonger, car il avait sauté par- dessus bord à l'extinction des lumières.

Lorsque je revins à moi, je m'aperçus en ouvrant les yeux que je gisais attaché sur le navire , mon bon master Turnerstick, de même, à côté de moi, tous deux: dans l'impossibilité de parler grâce au bâillon que nous avions dans la bouche.

L^homme au /gouvernail ne m'était pas inconnu ; à la lueur de la lanterne qui éclairait son visage, je reconnus distinctement le pécheur de la gondole*

C'était un loung-yin, et je soupçonnai, peut-être avec raison, que notre batelier était de connivence avec ce les hommes du dragon » .

« Kieng-lou » était donc le mot de ralliement de ces gens, et comme il veut dire «dragon du fleuve », il servait à désigner partout le chef des pirates, qui d'après ce mot devait être d'origine mogole. Depuis que la Chine existe, il y a eu des pirates fluviaux, mais ils n'avaient jamais été si bien organisés qu'alors, et ils étaient tellement redoutés même par les fonctionnaires, qu'il était dificile d'obtenir la protection de l'État contre leurs méfaits. J'étais donc dans leurs mains, mais j'avoue que je n'avais pas peur. Je m'étais battu avec les gowns africains , les bushne

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