‹ Au gré de la tourmenteChapitre 22 sur 37 · V.ïV »AVvl · texte numérisé non relu

V.ïV »AVvl

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de l'Amérique du Nord et autres gens semblables, et j'étais pour ainsi dire curieux de faire connaissance avec les hommes du dragon.

Ils étaient treize dans le navire, dix rameurs, un pilote et deux hommes qui conversaient à la proue. Ils savaient que nous étions étrangers et devaient supposer que nous ne comprenions pas le chinois, car, quoique nous fussions tout près d'eux, ils parlaient assez haut pour que nous puissions entendre distinctement chacune de leurs paroles.

Près d'eux étaient quelques vases dé terre de la forme des vases indiens. Ils contenaient vraisemblablement ces gaz asphyxiants que les pirates malais et chinois emploient pour étourdir leurs victimes et que nous venions d'expérimenter, le capitaine et moi.

<c Qui sont ces deux hommes ? demanda Pun des

interlocuteurs.

— Ce ta (l'homme grand) est un étranger et le gros doit être un Toung y in (Yankee), comme nous Fa dit son batelier. Tous deux sont riches, car ils étaient propriétaires de leur bateau.

— Et tu vas les remettre au dschiakour?

— Oui, nous toucherons la moitié de la rançon, et il partagera l'autre avec le Kiang-lou.

— Combien auront -ils à payer?

— Le dschiahour fixera le montant.

— Où les lui remettras -tu?

— Dans le Kouang-ti-Miao.

— Y a-t-il place pour eux là-bas?

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— Oui, car il n'y a que la femme du Por-tu-ki que nous avons emmenée, parce que ces barbares sont assez sots pour croire qu'une femme a aussi une âme comme eux. Ils aiment leurs épouses autant qu'eux-mêmes et donnent pour les retrouver une p l|| rançon élevée. Le même courrier qui avertira son

mari sera aussi envoyé au bateau de ces deux étran- l'ii

gers* »

La perspective n'était guère consolante pour nous. Nous devions donc rester prisonniers jusqu'à ce qu'un de ces honnêtes gens ait été chercher notre rançon. J'aurais souhaité le pire au batelier qui nous avait livrés, si j'avais pu surmonter mon vif intérêt pour l'aventure actuelle. Je n'avais même pas de quoi payer ma rançon, et, si je ne voulais pas m' adresser à là caisse du capitaine, il me fallait compter sur la fidélité de ma chance et peut-être aussi sur le talisman donné par Kong -ni.

Nous devions être conduits dans un temple du dieu de la guerre Kotiang-ti, et je m'expliquai par là l'avertissement répété à propos du kouang-ti-miao.

Les temples publics semblaient donc être les lieux choisis par les hommes du dragon pour leurs centres d'opérations, à en juger par l'incarcération de la Portugaise dont j'avais parlé au bonze. On eut dit que ma destinée était, dans tous mes voyages, de me trouver en rapport avec des personnes privées de leur liberté.

Nous avions navigué une heure environ depuis mon réveil, quand le bateau, se dirigeant vers la

gauche, pénétra dans un des nombreux canaux qui

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sillonnent les plaines chinoises. La vie mouvementée qui avait régné sur le fleuve cessa et les lanternes disparurent. Tout devint obscur autour de nous , les étoiles seules éclairaient notre voyage nocturne, et seuls les coups de rames résonnaient dans Peau tranquille. Nous obliquions constamment dans des canaux latéraux , de sorte que je comprenais de moins en moins où nous allions, d'autant plus que le bord élevé du bateau où nous gisions nie cachait complètement la vue.

Enfin une masse sombre surgit devant nous et nous nous arrêtâmes. J'aperçus une bâtisse énorme, que je n'eus pas le temps de considérer longtemps, car on nous banda les yeux aussitôt. On défit les liens de nos pieds et on nous fit lever. À peine débarqués, nous fûmes saisis par deux bras.

J'eus d'abord l'impression de monter des marches assez larges, puis de parcourir plusieurs longs corridors à travers des cours et enfin de pénétrer dans une salle fermée, comme me le fit comprendre l'écho de nos pas. On ôta nos bandeaux et j'aperçus alors Fintérieur d'un temple.

L'édifice, qui avait des murailles de briques très épaisses, semblait se réduire à cette seule pièce et contenait les images connues du dieu de la guerre, de son fils et de son écuyer, éclairées par la lumière de plusieurs lampes*

Sur les dalles se tenaient, dans des positions différentes, vingt hommes armés de flèches, de cassetète, de pistolets étranges et de toutes sortes de

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