‹ Au gré de la tourmenteChapitre 23 sur 37 · ES · texte numérisé non relu

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couteaux , poignards et de sabres. L'un d'eux portait même un fusil à mèche rouillé avec un canon si long et étrangement contourné, qu'il semblait avoir été exclusivement destiné à forer dés puits.

Tous, du reste, s'ingéniaient à se donner une attitude aussi effrayante que celle de l'éeuyer de leur gros dieu. Cela ne me fit pas la moindre impression; ces hommes aux armes antédiluviennes, aux longues tresses, aux yeux de travers, au nez camard, me firent, avec leurs robes de chambre, justement l'effet contraire. Je me crus sur une scène d'amateurs où je remplissais le rôle de héros prisonnier parmi des bandits de comédie.

Mon bon Frick semblait du même avis, car il se contenta de cligner des yeux pour me faire comprendre qu'il avait envie de se servir de ses poingis gigantesques dès qu'il serait délivré de ses liens, et je le savais homme à tenir tête à plus d'un.

Le Chinois est caractérisé bien plus par la ruse et la dissimulation que par la force corporelle; il est volontiers bravache, mais se laisse facilement intimider par le caractère et l'énergie; e>t si l'on rencontré ici et là parmi eux quelque géant, il n'y a souvent dans leur grand corps qu'une âme très petite.

En tous cas, s'il fallait en venir à un combat, nous n'avions qu'à compter sur nos bras, puisqu'on nous avait dépouillés de nos armes comme de tout ce que nous avions dans nos poches.

Enfin le bâillon nous fut retiré , ce qui nous permit de respirer, et on nous fit signe de nous asseoir.

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Je pris place entre les genoux du dieu de la guerre prévoyant que j'y serais à Taise et ne pourrais y être attaqué que de face.

Le capitaine s'assit auprès dé l'écuyer dont il comsidéra très attentivement la statue :

ce Pensez-vous, Charley, me demanda- t-il, que l'épée gigantesque sur laquelle s'appuie cette divinité soit de bon acier ?

— D'acier, j'en doute, mais de fer.

— WeliJ II y a si longtemps que ce garçon Fa sans s'en servir que je pense lui montrer bientôt pourquoi on a un sabre en main. A moins toutefois que vous ne préfériez rester dans cette souricière,

— Aussi longtemps qu'il vous plaira d'y rester vous-même. De bons camarades ne doivent pas s'abandonner.

- — Alors arrangeons -nous pour nous en aller.

— Pouvez- vous briser vos liens?

— AU devils! je n'avais pas pensé à cela; mais ne pouvons-nous pas nous frayer un chemin avec de bons coups de pied?

— Vous riez ; pensez donc que vingt hommes qui étaient là et treize qui sont venus avec nous cela fait trente-trois. Comment voulez-vous, même libérés de nos liens, nous frayer un passage, quand nous n'avons pas d'armes? Avec chacun deux revolvers , soit vingtquatre coups, nous pourrions peut-être nous faire la route libre ; mais, primo, nous n'avons pas nos armes à répétition, et, secundo, je ne vois pas l'utilité de nous baigner dans le sang. Il se pourrait du reste

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qu'ils sachent très bien manier nos revolvers et que l'issue du combat nous soit fatale. Vous connaissez le proverbe : <x C'est la quantité des chiens qui font la mort du lièvre. »

— Oui, quand on est un lièvre, Charley.

— On peut ne pas être un lièvre et avoir de la décision sans témérité.

— Well! Faites ce qu'il vous plaira, je vous obéirai.

— Nous allons parler avec ces gens, et il sera toujours temps, s'ils ne veulent pas entendre raison, de recourir à la violence.

— C'est juste, mais vous ne le ferez pas sans que je me mêlé de leur faire comprendre ce qu'il en est. Faut-il commencer?

— Attendez encore un peu. Je crois qu'ils s'apprêtent à entamer la conversation. »

Pendant ce dialogue, les Chinois avaient tenu conseil; l'un d'eux s'approcha alors de nous et nous adressa la parole en mauvais anglais. Il devait être le seul à connaître un peu cette langue.

« Qui êtes -vous?

— Qui nous sommes? Des gens naturellement, répondit Turnerstick d'une voix grognon et expressive.

— Qui êtes-vous?

— Ce que nous sommes? des gens, naturellement!

— Comment vous appelez- vous?

— Cela ne fait rien à l'affaire, mon garçon!

— Veux- tu répondre quand je te parle, sinon je te ferai retrouver ta langue !

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— Faut pas te fâcher, vieux blunt-nose! »

S'entendre appeler « vieux nez camard » par

son prisonnier ne parut pas du goût du Chinois; il s'approcha tout près du capitaine et levant son poing menaçant :

<x Veux- tu que je t'assomme, l'homme! »

Le capitaine fronça les sourcils et de sa voix la plus tonnante :

« Arrière, marrrrrrrrche ! » cria -t- il*

Le Chinois, aussi effrayé que si la foudre était tombée devant lui, recula de plusieurs pas.

« Si tu t'approches de nouveau, gronda Turnerstick, je t'envoie de mon souffle dans l'air, espèce de petit pierrot! »

Il allait débiter tout son répertoire de menaces quand une voix féminine s'éleva derrière lui et le fit arrêter :

« Help! per todos los santos, help! Messieurs. »

Ces mots mi-espagnols mi-américains semblaient provenir de la muraille devant laquelle se trouvaient les trois idoles. Ils étaient prononcés par la prisonnière portugaise, qui avait entendu la conversation et appelait l'attention des gens dont elle pouvait espérer l'assistance.

« Entendez -vous, Charley, qui cela peut-il être?

— La marchande portugaise dont nous avons entendu parler hier.

— Elle serait dans cette boutique païenne?

— Oui.

— Vous en êtes sûr?

— Absolument, les hommes en ont parlé.

— Il faut l'en faire sortir/ Je vais arracher le sabre de ce Bahamoth ou Leviathan d'argile, et je vais hacher toute la bande eii chair à pâté.

— Avez- vous les mains libres?

— Aïe! c'est vrai; que faire?

— Attendre.

— Oui, jusqu'à ce qu'on nous ait aussi enfouis dans quelque trou?

— Ils n'y arriveront pas de sitôt. Ces gens ne semblent pas savoir ligoter un prisonnier de manière convenable. Ils ne nous ont attachés que l'arrièrebras en sorte que nous pouvons remuer les mains. Je vois que le nœud de votre corde n'est pas difficile à défaire; si seulement vous pouviez vous tenir une minute ici, devant moi, je détacherais vos liens.

— Une minute, dix minutes, une demi-heure, une heure entière et tout un jour s'il le faut! Faudrat-il défaire ensuite les vôtres?

— Attendez encore, ils semblent prendre une décision. »

Les Chinois s'étaient de nouveau consultés et semblaient en être venus à une solution des moins agréables pour nous, car l'interprète s'avança vers nous accompagné de deux hommes armés de deux bambous solides.

J'avais déjà pensé à essayer la puissance de mon talisman ; mais si ces gens s'avisaient d'entrer en conversation avec nous par des coups, j'étais décidé à leur répondre sur le même ton.

Après que chacun des deux hommes se fut placé

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devant moi et devant le capitaine, l'interprète nous dit :

« Je vais vous questionner de nouveau, et si vous ne répondez pas, on vous fustigera, » Et, se tournant vers le capitaine :

« Tu es Yankee?

— Éloigne-toi, mon garçon, je t'en avertis, car il ne fera pas bon parler avec nous tant que nous aurons cette corde autour du corps.

— Vous garderez ces cordes jusqu'à ce qu'on vous ait rachetés , et si l'on ne vous rachète pas , nous vous jetterons dans Peau. Donc tu es Yankee? >>

Le capitaine ne répondit pas. L'interprète fit à

ses compagnons le signe de frapper, mais avant que

ceux-ci aient pu commencer, Turner stick rapide

comme l'éclair s'était levé de son siège. Il sauta sur

le premier, le jeta à terre et donna à l'autre un si

violent coup de pied dans la région de l'estomac que

le malheureux s'affaissa. Le troisième, qui était

devant moi, avait un kriss malais dans sa ceinture, et

je ne quittais naturellement pas cette arme de l'œil.

Gomme je pouvais soulever légèrement F avant-bras,

il me fut facile d'arracher ce poignard à l'homme

qui ne s'attendait pas à une attaque aussi subite et

de l'envoyer rouler à quinze pas d'un coup de talon

de ma lourde botte.

c< Baissez-vous, capitaine! criai- je.

— Well y mais faites vite. » Et il amena ses cordes à portée de mon poignard. D'un seul coup je le rendis libre , il saisit le kriss et trancha mes liens à son tour,

tout cela si vivement que nous fûmes dégagés avant même qu'un seul de nos adversaires eût pu s'approcher de nous.

«Maintenant, en avant, corne on, Charley! »

cria le capitaine.

Des deux poings il brisa le bras de Fécuyer de pierre et s'empara de son sabre à deux tranchants, :7%

long de cinq pieds et large de quatre pouces.

Pour moi, à part le kriss, je n'avais d'autres armes que les vases à encens placés devant les images.

J'eus à peine le temps d'en saisir un que j'étais déjà attaqué. Ces bons Chinois semblaient avoir beau- ; |

coup plus de respect pour le glaive gigantesque que ^

pour mon encensoir , et tandis qu'ils cernaient seulement le capitaine, ils se précipitèrent en tas sur moi. Je m'enfonçai entre les jambes du dieu corpulent et me défendis. L'encensoir était si lourd que d'un seul de ses coups, je faisais tomber sans connaissance celui qui le recevait, et au quatrième coup déjà, les assaillants reculèrent malgré le fusil à mèche, dont le pos- • * -)

sesseur s'était précipité sur moi d'un air terrible, mais sans succès.

« Je ne suis plus assailli, capitaine, dis- je en riant, mais toujours assiégé; faut-il tenter une sortie?

— Que veulent faire ces coquilles de noix contre les tr ois-mâts que nous sommes? en avant, nous allons les couler!

— Votre épée ne sera-t-elle pas trop longue?

— Plus elle sera longue, mieux cela vaudra; je

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