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voudrais qu'elle fût aussi haute que le grand mât d'une frégate. »
Il saisit le manche de son arme à deux mains et marcha à l'attaque*
Je soutins cet assaut d'une canonnade, à l'aide des encensoirs restants , avec le plus grand succès , puis je me plaçai au centre de Faction. Il manquait l'autre aile, puisque nous n'étions que deux,
La ligne ennemie recula un peu, ce qui redoubla ■l' ardeur du capitaine* Il s'appuya sur le glaive dans l'attitude de son propriétaire précédent et commença un discours à la manière des héros et grands capitaines de l'antiquité.
Malgré la langue incompréhensible, mais en raison du ton dans lequel il fut fait, il n'aurait pas été sans effet si l'interprète ne s'était écrié en riant :
ce Ce Yankee est fou; il veut parler la langue de l'Empire du Milieu et n'en sait pas un mot. Assommez -le. »
Mais, nous aussi, nous fûmes encouragés par la voix derrière la muraille qui criait :
« Maten a îos carajos (Sus aux coquins)!
— Que dit la Portugaise? demanda Turnerstick.
— Elle parle espagnol, elle dit : « Sus aux coquins! »
— Wellt c'est ce que nous allons faire; nous sommes les deux chevaliers de cette dame et devons la délivrer. x>
La proposition du chevaleresque capitaine n'était pas tout à fait de mon goût. Ces Chinois, n'eût été
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leur lâcheté inconcevable et presque inouïe, auraient dû nous étrangler cent fois, et il était inconcevable que de telles gens pussent être des pirates. Leur nombre était tellement grand par rapport au nôtre que je préférai essayer d'abord mon talisman.
J'en saisissais déjà le ruban quand la porte s'ouvrit pour laisser passer un homme si grand qu'il me dépassait certainement de toute la tête. Ses membres étaient proportionnés à sa taille, de sorte qu'ils, donnaient l'impression d'une force corporelle peu commune.
« Le dschiahour! » entendis -je de la bouche de plusieurs Chinois, et ils s'écartèrent de nous comme pour montrer que lui seul était maître de nos destinées.
Nous étions donc en face du chef en second du Kiang-lou. Il n'y avait pas trace de lâcheté en lui grâce à son origine mongole. Les gens de cette race sont fort braves mais sauvages et rancuniers, et l'on sait qu'ils font de la piraterie une espèce de sport.
Celui-ci était très bien armé; il portait de hautes bottes mongoles, rareté dans cette contrée, et les pointes de sa moustache fine et bien soignée lui descendaient presque à la ceinture. Il jeta sur l'assemblée un regard rapide et perçant de ses petits yeux froids et rusés et s'avança vers les deux hommes qui commandaient le bateau par lequel nous avions été assaillis. Ils lui firent à demi voix un bref rapport, au cours duquel son front s'assombrissait de plus en plus. Quand ils eurent fini, il foudroya ses hommes
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d'un regard menaçant, et marchant droit vers le capitaine qui était plus près de lui :
« A bas Fépéel » commanda -t- il en chinois.
Le sens de ses paroles était accompagné d'un geste qui les rendait faciles à saisir même pour ceux qui ne comprenaient pas le chinois. Pourtant Turnerstick garda Parme à la main et ouvrit la bouche pour répondre, mais il ne put articuler aucun son, car le dschiahour de son poing puissant le frappa si fort au front qu'il s'écroula sans un cri.
Mon poing frémit, mais je restai tranquille, car mon coup ne devait pas atteindre cet homme de la manière hypocrite et inattendue dont il en avait usé avec mon pauvre capitaine. Je ne craignais personne à la boxe et à la lutte, et il m'étais facile de voir que si j'avais devant moi une force physique supérieure à la mienne, je lui étais moi-même supérieur sous bien d'autres rapports.
Le dschiahour s'approchait justement de moi :
« A bas le vase ! » commanda- t-il.
Je ne remuai pas un membre, son poing se leva rapide comme réclair et s'abaissa vers moi, mais au même moment il poussa un cri et recula d'un pas. Il s'était foulé la main droite, car j'avais paré par un coup sur son poignet. Après un second cri, de colère cette fois, il sortit son couteau de la main gauche et essaya de me frapper au cou, mais je lui assénai un uppercut au menton et un droit à la tempe qui le firent s'écrouler à terre auprès de Turnerstick.
C'en était trop pour les autres qui se précipitèrent
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en hurlant sur moi. C'est alors que je sortis lé talisman , car le moment où il pouvait nous servir était venu.
ce Halte , doucement, doucement! leur criai -je; qui donc oserait combattre ce signe? x>
Les premiers s'arrêtèrent , et je crus un moment que le charme allait opérer.
« Un colonel! criait -on. Il a un grade de plus que le dschiahour, qui est seulement le lieutenantcolonel ! »
Je vis à ces mots que les hommes du dragon pour désigner leurs chefs employaient exactement les titres des grades militaires. Le cadeau de Kong-ni n'était
pas un talisman, mais un insigne secret et distinctif 1
du grade. Comment Kong-ni Pavait-il eu? ^
Peut-être lui aussi était-il colonel des pirates ! ij
La pensée d'être pris pour un des chefs supérieurs des lung-yin me donna l'assurance nécessaire.
c< Oui, ajoutai -je, vous avez fait prisonnier un de vos Yen ki (colonels); vous l'avez lié et bâillonné^ de sorte qu'il n'a pu se faire reconnaître de vous. Vous m'avez tout pris, mais votre devoir était de me fouiller davantage, vous auriez alors trouvé cet insigne.
— Pardonne-moi, maître, dit l'un d'eux; c'est la faute de ceux qui t'ont fait prisonnier. »
Un des maîtres du bateau s'avança alors :
« Non , maître , ce n'est pas notre faute ; ton batelier nous avait dit que tu étais un étranger et ton compagnon un Yankee. Comme tu naviguais sur une barque ordinaire, nous ne pouvions savoir que tu
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étais un des nôtres. Si tu avais eu un dragon et hissé votre lanterne, nous t'aurions rendu les honneurs d'usage,
— Vas-tu me dire ce que j'ai à faire? Le dschiahour m'a frappé avant de m'avoir entendu, enchaînez-le.
-— Pouvons -nous le faire?
— - Vous le devez. »
Pendant qu'ils obéissaient à mes ordres , le capitaine commença à donner signe de vie.
« Charley! soupira-t-il en ouvrant les yeux,
— Capitaine. ,
— Où suis -je, mille tonnerres! et pourquoi les oreilles me bourdonnent- elles?... Ah! j'y suis maintenant. »
Il se dressa sur ses pieds. Le coup du dschiahour aurait tué un autre homme , mais le crâne de Turnerstick était de constitution si solide qu'un seul coup de poing ne pouvait l'endommager. En reprenant ses sens il reprenait aussi conscience de tout ce qui lui était arrivé .-
« Mille diables! voici le coquin à terre; est-ce vous qui l'y avez jeté?
— Oui, et j'ajoutai tout bas : On me prend pour le colonel des pirates, agissez d'après cela.
— Gomment!... quoi?... Alors nous allons mettre toutes voiles dehors, hisser les pavillons et prendre le large en grande cérémonie.
— Sans la Portugaise?
— Well, Charley, j'allais l'oublier dans ma précipitation, naturellement nous allons la remorquer.
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— Faites -moi auparavant le plaisir de fourrer votre mouchoir dans la bouche de ce géant.
— Pourquoi? Il est attaché.
— Il reviendra bientôt à lui et pour peu qu'il puisse parler. Dieu sait quelles difficultés il pourra nous créer 1
— C'est juste, on va lui mettre une muselière, » Tandis qu'il bâillonnait le captif, je me tournai
vers les autres :
a Rendez-nous ce que vous nous avez pris, »
Ils le firent/ et quand je me vis eh possession de
mon couteau et de mon revolver, je me sentis aussi
en sûreté qu'à bord de notre Wind.
« Vous avez une prisonnière ici?
— Oui, une Portugaise.
— Amenez -la. »
Celui qui répondait pour tous disparut derrière les divinités. On entendit grincer une porte et il apparut de nouveau avec la captive.
« Good evening, messieurs, » dit- elle av^c un fort accent hollandais, et prenant sa robe des deux côtés elle fit une révérence respectueuse.
ce Bonsoir, répondis-je, et j'ajoutai en hollandais : Vous êtes Hollandaise? »
Le capitaine était stupéfait de m'entendre parler hollandais à une Portugaise, mais j'avais vu du premier coup que j'avais affaire à une fille des Pays-Bas. A son visage large et rôuge , à sa taille corpulente, ses cheveux blonds fadasses, ses yeux bleus, ses grandes mains et ses grands pieds, il eût été impossible de reconnaître une Portugaise, même si sa mise
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n'eût pas été franchement hollandaise. J'aurais parié de suite qu'elle appartenait à la classe des servantes ; en tout cas, elle n'était certainement pas la femme d'un riche marchand portugais, et il y avait eu certainement malentendu.
Elle prit un visage joyeux en entendant sa langue maternelle et, me tendant la main > elle me dit :
« Êtes -vous aussi Hollandais?
— Non, je suis Français.
— Français! oh! mais je puis aussi parler français, j'ai été cuisinière à Paris pendant deux ans et trois mois.
— Gomment êtes -vous venue de Paris en Chine?
— De Paris , j'allai à Amsterdam chez un riche marchand qui partait au Gap, où il avait de la famille.
..Malheureusement il y mourut, et j'entrai chez la femme d'un marchand de Lisbonne qui m'emmena à Mâcao.
— Diable! vous avez beaucoup voyagé. Etes-vous restée chez cette femme jusqu'à ce jour?
— Oui, jusqu'à il y a trois jours.
— Comment avez- vous été séparée d'elle pour
échouer ici?
— Nous nous promenions; ces hommes sont arrivés et m'ont faite prisonnière.
— Qu'est devenue votre maîtresse?
— Elle s'est sauvée. »
Maintenant le cas était clair. Les hommes avaient laissé la mince Portugaise pour la grosse Hollandaise. La corpulence passant, en Chine, pour le plus bel
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apanage de la femme, et toute personne distinguée s'efforçant de devenir corpulente, ils avaient pris la servante pour la maîtresse et avaient lâché la seconde pour s'emparer de la première.
ce Gomment s'appelle votre maître? demandai -je.
— Petro Gônjuis.
— Gomment a^t-on pu vous attaquer dans le centre de la ville?
— Il était tard et faisait presque nuit,
— Que fit- on de vous?
— On m'enveloppa dans un drap et m'apporta ici dans une barque.
— Et depuis, vous étiez là derrière?
— Oui, et bien mal, car personne n'est venu me voir, personne ne m'a apporté à manger; je n'ai pu dormir à cause d'appels et d'un va-et-vient incessants, si bien que je me sens très faible et déprimée. Dès que je serai de retour à Macao, je ferai pendre ces coquins, »
J'eus envie de rire à la pensée qu'elle se croyait devenue faible et maigre parce qu'elle avait manqué de nourriture et de repos; mais elle me faisait vraiment pitié, et j'ajoutai :
ce Avez -vous des parents, ou êtes- vous mariée peut-être?
— Non, je suis demoiselle, mon père et ma mère sont morts et les autres m'ont oubliée.
— Et bien, j'aurai soin de vous et vous ramènerai ou vous ferai ramené r à vos maîtres . »
Pendant cette conversation, le dschiahour était
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revenu à lui. Il ne pouvait ni parler, ni se mouvoir, mais ses yeux étaient étincelants de colère , et il était facile de voir que je m'étais fait en lui un ennemi déclaré .
Je me tournai vers ses gens :
« Cette femme n'est pas l'épouse du Portugais, mais sa servante. Le Portugais ne donnera pas un sou pour elle, et je l'emmène avec moi pour lui rendre là liberté. »
Il y eut un léger murmure et un homme même osa me contredire :
« Cette femme nous appartient et personne n'a le droit de nous la prendre. Elle est la femme du Portugais j car elle est plus belle que celle qui s'est enfuie. »
Pour ma sûreté, il ne fallait pas me laisser commander. Je m'approchai de l'homme :
« Je vois à ton visage et à tes jaihbes torses que tu n'es pas un Chinois mais un Tartare. Crois-tu que je supporterai comme votre Yen ki qu'un Tsao ta dse (mot injurieux pour les Tartares) m'appelle menteur, ou crois-tu qu'il me sera plus difficile de t'assommer que ton dschiahour qui a deux têtes de plus que toi? »
Je le saisis à la gorge et à la jambe, le soulevai et le jetai contre la muraille où il se blessa sérieusement.
« Bravo, Charley! cria Turnerstick; faut -il vous aider à jouer de la balle? Je me sens une passion toute spéciale pour ces sortes de distractions.
— Ce n'est pas nécessaire, capitaine, car je crois que ces gens riposteraient. »