‹ Au gré de la tourmenteChapitre 25 sur 37 · TT · texte numérisé non relu

TT

Il était facile de voir que je leur en avais imposé.

a Approchez ■,. dis- je aux deux hommes qui conduisaient le bateau» Votre navire est encore amarré devant le Kouang-ti-miao?

— - Oui , maître .

— Depuis combien de temps êtes-vous ici?

— Depuis trois jours.

— Combien de temps devez-vous y rester encore?

— Tu veux nous éprouver, tu sais bien qu'il nous est permis de rester seulement quatre jours -daus* chaque Kouang-ti-miao.

— Bon, apprêtez-vous- à nous conduire au fleuve.

— Nous ordonnes-tii l'attaque d'un navire?

— Non, vous avez interrompu notre voyage, et pour la peine vous nous conduirez à Kouang-tscheoufou.

— Nous obéirons. »

Je pris alors une des lumières et passai derrière les trois statues. En face de Kouang-ti s'ouvrait une porte qui me conduisit dans une chambre sombre et étroite, sorte de sacristie, où j'aperçus en même temps que des couronnes et des guirlandes artificielles une quantité de lanternes en papier doré, d'encensoirs, de tam-tam et même un tambourin chinois. C'était là la prison de la Hollandaise.

<c Capitaine, amenez donc le prisonnier, dis -je.

— Welll vous voulez l'arrimer dans cette cabine?

— Par précaution; nous ne pouvons l'emmener, et le laisser ici serait imprudent, comme vous pouvez le penser. » ' . V

Il prit le dscliiahour par le collet et le traîna jusque dans la chambre, où je l'enfermai à clef et pris la clef avec moi.

Les hommes, avaient regardé cette scène tranquillement»

L'un d'eux me demanda alors :

ce Que nous ordonnes -tu de faire du dschiahour?

« Qui doit annoncer son incarcération au Kzanglou, toi ou nous? Je suis le Yng-pa-t$oung (lieutenant) de notre groupe et devrais l'emmener à Litin g si tu n'y vas pas toi-même. »

Li-ting est une petite ville située sur le Pe-Kiàng (fleuve du Nord) et réputée pour l'élevage de ses poissons dorés. C'était donc là que se trouvait le Kiang-lou.

<c J'ai autre chose à faire de plus important, répondis-je. Le dschiahour restera ici jusqu'à demain, tu l'emmèneras ensuite lié à Kiang-lou.

— Ton rapport lui sera-t-il arrivé? Le grand chef est sévère pour l'exactitude.

— Tu n'as pas de leçon à me donner, mais seulement à faire ce que je te commande.

— Alors, donne -moi la clef. »

Cette demande, aussi simple et compréhensible qu'elle fut, ne s'accordait pas avec mes vues; toutefois je dus y répondre pour éviter tout soupçon.

« La voici, mais je te défends d'ouvrir cette porte avant le lever du jour.

— Quel nom devrai-je te donner en parlant de toi au Tsiang-Kioum? »

"■'?T'" :a '^3v^S; , -:ïS^ r &!5^

Je ne pouvais prendre que celui que m'avait donné Kong -ni.

ce Je m'appelle Kouang-si-ta-sse.

— Le nom est plus beau et plus grand que le mien, je t' obéirai en tous points.

— Alors aie soin de donner des aliments à la servante du Portugais dans la barque , car vous Pavez laissée sans manger et sans boire. Le Tsiang-Kioum Pavait-il donc ordonné?

— Maître } tu sais bien comment nous devons traiter les prisonniers ; s'ils ont à souffrir de la faim et de la soif r ils accomplissent plus facilement ce qu'on exige d'eux.

— Zoundst Charley, aurez -vous bientôt fini vos négociations? s'écria le capitaine; vous parlez entre vous un si mauvais chinois y qu'il m'est impossible de vous comprendre*

— J'ai fini et nous pouvons partir.

— Welll mais avant il faut que je fasse comprendre à ces gens ma façon de penser.

— Faites ? capitaine, cela ne peut pas leur faire de mal.

— Dites -moi encore une fois auparavant comment on dit adieu en chinois?

— Tsing-leao.

— Tsing-leao ; je ne l'oublierai certainement pas jusqu'à la fin de mon discours. »

Il se mit en posture et fit un discours naturellement incompréhensible constamment entrecoupé de Tsingleao.

Tous écoutèrent avec attention et même l'interprète

tîU

-.- - ."-" ■&?.■> xzz r-"^-

ir - !:■■:■

ne rit pas cette fois. Je dus dire aussi quelques mots, mais je fus bref :

« Nous partons, Yng-pa-toung, tu sais ce que je t%i commandé? Salue le Kiang-lou de ma part. »

Et nous quittâmes le temple qui avait été si plein de surprises pour nous. On nous éclaira jusqu'au canal par des lanternes de papier dont la faible lumière ne me permit pas d'examiner la formé de l'édifice.' Il j avait plusieurs bateaux à quai /nous prîmes celui qui nous avait amenés et ce furent les mêmes rameurs qui nous emmenèrent.

Le lieutenant s'était procuré de l'eau potable et des fruits grâce auxquels la Hollandaise put calmer sa faim et sa soif!

« Dieu soit loué! dit-elle dans son mauvais français, de ce que, moi, pauvre créature ., j'ai enfin trouvé un dîner. Cela ne vaut pas un cuissot de chevreuil, un rôti ou du jambon, mais cela calme tout de même les tiraillements d'estomac. »

La pauvre fille, comme elle s'était elle-même dénommée, eût sacrifié en dix minutes à « ses tiraillements d'estomac » assez de provisions pour calmer la faim de plusieurs personnes, et rien n'était aussi amusant que les exclamations d'étonnement des sobres Chinois à la vue de cet appétit formidable.

Elle devint alors bavarde; j'appris qu'elle s'appelait Anna Kelder et elle me raconta toute sa vie. Elle était très étonnée d'avoir été prise pour sa maîtresse et renouvela sa ferme intention de faire pendre tous les pirates.

■-:■■•>■,•} — n .'\r^?'r;y^y - ^^r':-ïi:"ii'7i~! Wy5? l fl* :l . v ; :v~ "^"**'' , "-^ " '-' t "- i - ■" r "? f ?£'~'-:~S /•*. J*'<^VVv v — ■' : ~ i "~ j.*/'~ ; < rsf crrr — ;'rfTT^*"^ ,»-7,-,«?îvi*» t. - - ■-•»:».•■;-.-»;• -■,:-:• r v=?» - <---*; r'-rrr,^*^^^-,?JvW£-Tft

Cela m'amena à penser à ce que je ferais moimême au sujet des pirates. Il était de mon devoir, jusqu'à un certain point, d'avertir la police, mais que d'ennuis, de désagréments et de perte de temps en résulteraient; sans compter le danger auquel je m'exposais et la trahison que je commettrais envers Kong- ni, qui s'était montré si reconnaissant envers moi!

Je fus tiré de mes réflexions par un appel du capitaine :

a Écoutez, Gharley ; n'entendez -vous pas un bruit de rames derrière nous? ;»

J'écoutai et perçus en effet ce léger bruissement de l'eau qui se produit à chaque coup de rames.

ce Un bateau vient derrière nous, capitaine.

■ — Yesy mais qu'est-ce que ce bateau? Je pense que nous avons quelque raison de nous méfier.

— Sans doute, il est très possible que le lieutenant ait délivré le dschiahour, qui dans ce cas ne manquera pas de nous poursuivre.

— Que faire, Charley? les hommes du dragon doivent certainement être avec lui.

— Gagner de l'avance et tâcher de les rendre incapables de nous nuire. Aidez -moi, nous serons plus forts qu'eux,

— Well! nous allons leur montrer que nous savons manoeuvrer un bateau. »

Je commandai aux gens de faire force de rames» Nous-mêmes leur aidâmes, et la vitesse de l'embarcation fut doublée. Peu après, nous atteignions l'en-

■:-. "ïfl

t-.ji^-,"'" "---'■ •-"■'-- ■'•■-■«:/■— .-i '. --■ r -■-■-.- ■ - .,/■■•- -- -.—,'-■ .-■ -. ... ' - .. ■■ --- ; ■f:.-..-' .-■■ ■■■-■ ■■ '".-■ .,.-: -- ... '- - >v---

184 AU &RË DEiLA TOURMENTE

trée d'un canal latéral Y et quand nous y eûmes pénétré , j'ordonnai d'éteindre les lanternes.

Lés hommes obéirent sans comprendre mes intentions.

« Halte! criai -je dès que le bateau eut touché la rive, tout le monde dehors.

— Pourquoi j maître? demanda l'homme à la barbe.

— Tu n'as qu'à obéir, marche, »

Tous débarquèrent en hésitant toutefois,

ce Restez tranquilles ici jusqu'à ce que je vous

dise d'embarquer dé nouveau. »

Puis je poussai le bateau de la rive de manière à

nous faire aller vers la rive opposéece Well done, c'est bien, Charley; nous voici

débarrassés de ces coquins. Mais écoutez...

— Kiang! cria-t-on du canal principal.

— Lou! » répondirent les deux hommes auxquels j'avais ordonné de se taire.

Le bateau que nous avions entendu était arrivé au croisement des deux canaux, et ses occupants avaient voulu savoir, à l'aide du mot de ralliement, à quelle distance nous étions.

« Nous sommes trahis, Charley, que faire? dit le capitaine .

— Vite à terre tous trois, et puis attendons pour voir à qui nous avons affaire. »

Nous attachâmes Fembarcation à un buisson de cotonniers au bord de l'eau et descendîmes à terre.

<( Le danger sera-t-il grand, Mynheer (monsieur en hollandais)? demanda la Hollandaise à voix basse*

ïrV*

rw^cy *-. ,, -* r ^v

— Nous le saurons bientôt, répondis -je.

— Je n'ai pas peur; donnez-moi un bâton ou une rame, je frapperai sur la tête de ces coquins de manière à leur faire bourdonner les oreilles autant qu'une contre-basse. »

C'était une fille courageuse, toute autre dans cette circonstance eût eu un évanouissement.

« Bravo, M Ue Kelder, les rames sont à votre disposition. Prenez en une, et si cela devient vraiment sérieux , ne craignez pas de frapper sur les têtes.

— N'ayez pas peur, je montrerai à ces hommes ce que sont les bras et les poings d'une Hollandaise. »

Un bruit de rames résonna à ce moment près de nous.

« Kiang! cria-t-ôn de nouveau.

— Lou! » répondit- on de l'autre côté.

Le bateau s'arrêtait près de nos hommes.

« Où est votre barque? demanda une voix que je reconnus pour celle du dschiahour.

— Là-bas, sur l'autre rive.

— Où est l'homme grand avec la femme et son compagnon ?

— Là-bas également.

— Pourquoi avez -vous abandonné votre embarcation ?

— Le colonel l'a commandé !

— Il n'est pas colonel des hommes du dragon; il a volé l'insigne, il faut qu'il le rende et qu'il meure. Attendez ici, »

Le bateau arrivait vers nous. La fuite était impos-

iï

:X>Vr?£ffi''fc^?-' : 'J'- : ''' ■-'

If ;;

i -'Ï'"^--*t*- ■-* ■ --o ^ : " ■'■ Z-. ^ ■ ■-î?»Vï. k y^ r 7 , ÎV" ^* ?" ' .flh,*-»»;-^^;.^.^^ , ..,.,,,..

V^^-V*^!^!^' i* -ir^r-j- ,"--■«■ ^'«"./TTT "^"î'-^Fn'-î-if^v^V r

.' : tV

fi

:Ws*'

,"■„<-, rf !.■:■

sible , car nous ne connaissions pas le pays , sillonné de cours d'eau ; il fallait donc se défendre , et je n'avais nullement l'intention de les laisser gagner notre rive.

a Arrêtez -vous 5 leur cri ai -je, vous ne débarquerez pas ici!

— Le voilà, en avant, poignardez -le! » s'écria le dschiahour, dont j'aperçus la liante taille au milieu du bateau. Ce dernier accosta et plusieurs hommes sautèrent à terre» Nous avions levé nos rames : deux coups et puis deux encore, et nous étions débarrassés de ces intrus,

« Prenez aussi les rames, cria le Mongol, et assommez ces Yankees !»

D'autres sautèrent à terre tandis qu'il restait dans le bateau. Ils se jetèrent à trois sur moi, j'en assommai un, mais ne pus me défendre en même temps des autres; je reçus un violent coup sur l'épaule et fus saisi par devant efc par derrière.

ce Tenez -le bien, » cria le dschiahour.

D'un bond il fut près de moi, et tandis que je me débarrassai des deux petits hommes par une brusque secousse, il me porta de sa main gauche valide un coup de poignard que j'évitai en me rejetant de côté. Je le saisis à la gorge et au bras, mais fus empoigné alors par les deux hommes qui s'étaient ressaisis; je trébuchai sur une des rames et tombai. Je voyais déjà briller le couteau du Mongol :

« Meurs, chien! » cria-t-il.

Mais il reçut au même moment sur le bras un

coup terrible, qui me donna le temps de reprendre mes forces. Le coup venait de la Hollandaise»

ce Faites -moi le plaisir de décamper, dit-elle, ou je vais vous donner des jambes.

— A l'aide > Gharley! » cria le capitaine au même instant.

. Je me retournai et le vis à terré ayant peiné à se défendre contre ses assaillants. Je me précipitai les poings tendus sûr le dscbiahour, mais il sauta dans l'eau, alors je me débarrassai des deux Chinois et courus au secours du capitaine.

ce Attention , Mynheer ! cria la vaillante cuisinière, en voilà qui viennent en nageant comme des poissons, »

Je donnai de l'air au capitaine pour qu'il pût se relever et voulus jne diriger vers le canal, quand je reçus un coup de rame qui m'enleva la vue et l'ouïe. Je fus tout étourdi et vécus à partir de ce moment comme dans un rêve.

Je vis des corps sortir de l'eau et s'emparer des rames, ce devaient être les gens que nous avions débarqués et qui venaient au secours de leurs camarades; je vis le capitaine frapper autour de lui comme un enragé et la cusinière aussi manier les rames. Je voulus en faire autant, mais le coup reçu sur la nuque paralysait mes nerfs, et la rame me sembla trop lourde; je saisis mes deux revolvers et je tirai. J'entendis aussitôt la voix de Turnerstick :

« Mille tonnerres! je n'avais pas pensé à cet objet. Tirez, tirez douze coups, il y a douze scélérats. :»

■ -, iW' ■'-/&ÏV

■MW

;fmm ■■-■■■mk

-■Mit

\r-L--ii*- ^i.*

p 188 AU GRÉ DE LA TOURMENTE

m- Fit-:

Je vis alors les ennemis sauter dans leur bateau,

je leur tirai toutes mes balles, maïs je crois que pas

un ne fut blessé, tant mes mains tremblaient. Tur-

j(| nerstick, lui aussi, n'avait pas tué beaucoup de gens:

il savait mieux tirer à Paflût qu'au débuché.

Toutefois la répétition des coups avait produit son effet, lés hommes disparurent et le bateau avec malheureusement.

« Où courez- vous si vite? leur criait Turnerstick, dans son chinois; misérables lièvres, tas de peureux, poules mouillées! Viens donc ici, hé! Mongol! le capitaine Turner stick t'incrustera son adieu dans le

!£'£■■ nez!

— Ils sont partis, dit la cuisinière, qui s'était bravement comportée. Comment allez-vous, Mynheer?

~ Pas très bien, Mademoiselle Anna, répondisje en m'eiforçant de parler distinctement; j'ai reçu un coup très désagréable sur la tête.

— Qu'y a-t-il? dit Turiierstick inquiet; vous balbutiez comme un ivrogne. Est-ce que ce coup vous a été donné sur la nuque?

î — Mais oui.

— Gela est mauvais. On peut frapper au front ou sur le crâne tant qu'on voudra, mais là, derrière, c'est là qu'est la vie, comme qui dirait le gouvernail du bateau, et quand celui-ci est endommagé il n'y a plus de bonne traversée possible. Que faire?

— Pas grand* chose. Je n'ai besoin que de fraîcheur et de repos.

— Vous aurez les deux. Voilà de Peau en quantité

Tg

OT

al

'If

- iJ

fe" F

Ni r

iîfl

ïi

Je voyais iluju briller le couteau du Montai,

fer.

te"

■.Sf"" . 'f.V:

et nous îiê pourrons pas quitter ce malencontreux endroit avant le point du jour ? si bien que vous aurez le temps de vous remettre. »

L'eau était au ras de. la rive. Je creusai, avec

p||;;.. : . mon couteau, un trou qui se remplit immédiatement

d'eau, et, me couchant sur le dos, j'y plongeai ma nuque.

fÇ|^ « Que ce garçon est pratique! il n'aura besoin ni

de compresses, ni d'infirmière.

— Puis -je vous aider, Mynheer? demanda la Hol-

|B landaise,

'".j-'it'ï;-- ■-

^| — Merci, vous manquez vous-même de toute com-

modité.

— Gela ne fait rien. Je vais me coucher à terre et essayer de dormir. »

Le capitaine M aida à se faire un oreiller de brindilles de saule qui ne devait pas être aussi moelleux qu'un oreiller de duvet; elle s'étendit, et son ronflement sonore nous prouva bientôt qu'il n'était pas i difficile à notre compagne de dormir agréablement

au grand air.

« N'aurions-nous pas mieux fait de chercher un autre endroit, Charley? demanda le capitaine.

— Pourquoi?

— Parce que je pense que les coquins pourraient bien revenir.

— Ils s'en garderont bien.

— Croyez -vous? Alors je n'ai rien de mieux à faire que de me fabriquer un oreiller, car je ne pense pas que qui que ce soit nous apporte ici un hamac.

r: pr< ;■•■.

te

! .vfc -;

ufe-

v^-'~.--?r "-■"■■.*■' ^~" '.t v- : :■- 7 > ' ■*■=-;■■.■ — -.t? '.■"•"s**' 1 . .^/- ■Tii^ : s«=7^-^7; i »i-7 i -» .•".~r r r-*~'^ r T?AirîTi''?'

^^ — ,, . .-£•■. ■^, i ^., Vrr .*™,-^ J ^»^. r ^^-™w^-:^

— Dormez, je veillerai.

— Le pourrez -vous? Quand on est étourdi, on s'endort facilement.

— Ne vous inquiétez pas, la fraîcheur de Peau me tiendra éveillé.

— Well! voilà mon lit fini. Réveillez-moi dans SI une heure pour que je vous remplace. Good night, Gharley.

— Bonne nuit, capitaine. »

En deux minutes le monologue ronflant de la cuisinière devint un duo qui me parut tout fait pour épouvanter les pirates, s'il leur prenait l'idée de revenir.

Les étoiles scintillaient au-dessus de ma tête, je les regardai longtemps et un calme délicieux pénétra en moi à la pensée qu'un Père, tout-puissant veille sur nous en quelque coin que nous nous trouvions. Ma pensée et mon cœur s'unirent dans mie prière silencieuse, puis mes yeux s'appesantirent. Turnerstick avait raison, je m'endormis.

•A jS

lil A LOUNG'RÉOU-SANG

Quand je m'éveillai, il faisait jour. J'aurais dormi plus longtemps encore si en me retournant je n'avais sentis le contact de l'eau sur mon visage. Toute

^v fatigue et toute douleur avaient disparu. Je me

3fi relevai.

jêft Des empreintes de pas dans le sol mou étaient

'-.V'fi'-:

tout ce qui restait du combat de la nuit, et malgré tous mes efforts je ne pus découvrir une seule goutte de sang qui pût me montrer qu'une seule de mes balles avait porté.

Au loin, à l'horizon, vers le nord, je 'voyais les IB murailles du Kouang-ti-miao* et du côté opposé

!ÊV une longue traînée de brouillard indiquait la place

du fleuve dont nous étions éloignés par une demiil heure de marche.

Je réveillai le capitaine :

« Ohé du bateau ! oh ! oo oooh ! »

Iffel II sauta sur ses deux pieds.

^#! « Oooh, navire, Windl — Tonnerre! c'est vous,

j|p €harley? J'espère que vous ne vous moquez pas

l||l de moi,.. À quelle latitude sommes-nous, s'il vous

|| ' plaît ici?

Uïv

fiVl

•te

A ^V^T Vjfl^f!***^

^^^T^^^jiî!^

^gi^^iS^^ft^^

— S'il vous plaît, capitaine, plongez donc un peu votre tête dans mon trou d'eau afin de reprendre* vos sens.

— Ah, c'est vrai! Voilà là -bas la pagode, là le fleuve, et ici,.., ici la femme hollandaise qui peut avaler deux boisseaux de melons, d'olives et de noix.

— Mais qui sait aussi manier bravement la rame, capitaine,

— Je sais, c'est une fameuse femme, elle a tapé comme un quartier- maître. Allons-nous l'éveiller?

— Il faut bien.

— Bon, je vais le faire moi-même. »

Il s'approcha de la dormeuse :

« Pstt! Milady, Mistress, Miss! Voulez-vous avoir la bonté d'ouvrir les yeux? Le soleil a jeté l'ancre depuis longtemps déjà. »

Elle se leva :

a Bonjour, myne Heren. Ai- je dormi trop longtemps?

— Good morning! Non, car je viens seulement de mettre à la voile. Mais en voilà un qui est levé depuis longtemps.

— Mynheer^ comment va votre tête? demandât-elle avec sollicitude.

— Merci, mademoiselle, elle est complètement guérie. Partons-nous, capitaine?

— Je pense que nous n'avons plus rien à faire ici, nous n'avons qu'à nous retirer avec les honneurs de la victoire.

Page 1