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|M-;te ^ elle est vaillante et brave , elle mourra plutôt que
moi je la connais. Elle a un poignard,
lilll^ d'aller avec Matemba* Je veux la sauver de lui et de
ïîiSpr -v la mort.
,J|j& je ne le suis que depuis peu. Plus tard je serai
1$ m.:.:'- aussi comme toi. Ne voulais-tu pas tuer ceux qui
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i| Èy me poursuivaient s'ils m'avaient attaqué au lieu de
fuirr
— Je les aurais tués parce qu'il n'y avait pas d'autre moyen de te secourir.
— Eh bien, ils ont mérité la mort, et je n'ai pas d'autres secours à Papeete. Est-ce qu'un chef peut demander justice à des Anglais et des Français? Va avec ton ami, je viendrai sur votre bateau quand il quittera le port, et si je ne dois pas revenir ici, mon frère retournera dans le pays pour me venger.
— Ne veux-tu pas rendre visite au tombeau de ta mère avant de t'en aller? demandai-je pour gagner du temps et par pitié pour lui.
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Tu veux tuer Anoui ? ' |
Oui.
Il est le père de ta femme, tu es chrétien.
C'est un païen.
Ne sais -tu pas que le maître Jésus a dit : Par-
donne pour qu'il te soit pardonné?
- — Je pardonnerai à Anoui quand je l'aurai tuéî
— Ce n'est pas là la véritable obéissance, Potomba. |
Je pense que... »
Il m'interrompit d'un geste impatient.
ce Tu es chrétien depuis ta naissance, sahib, moi
— Ne sais-tu pas que le tombeau d'un humain est tabou? Oserais- je revoir son tombeau sans pouvoir lui dire que son meurtrier est allé chez Oro , que vous chrétiens, vous appelez le diable. Pareyiiia est ma femme, elle n'a pas voulu être mariée avec moi par les missionnaires pour ne pas irriter son père. A cause de lui, elle est restée païenne bien qu'elle croie dans son cœur au bon Bapa du ciel. C'est pourquoi Anoui â encore quelque pouvoir sur elle et Fa forcée à le suivre, mais j'irai la chercher. Joranna (adieu), sahib, joranna.
— Je ne te dis pas adieu, je veux aller avec toi. — ■ Tu veux me retenir.
— Non, je veux partager tes dangers.
— Alors tu m'aimes vraiment; viens, sahib. »
Je donnai au capitaine les explications nécessaires.
Master Frick Turnerstick était un homme prudent et circonspect au plus haut degré pour toutes les aventures sur terre. Il voulut me détourner de celleci, mais je ne pouvais abandonner Potomba, et ma présence pouvait lui être utile. Le marin se rendit en ville et moi vers la plage , avec le ehrî. Il chercha du regard parmi les embarcations présentes et finit par en trouver une plus grande que la sienne qui pouvait contenir quatre personnes.
Au loin à l'orient brillaient les voiles blanches de la flottille nuptiale qui emmenait son ennemi mortel à Eimeo. Lorsqu'elles eurent disparu, il monta dans le bateau après avoir fait sur le sable un signe probablement à l'adresse du propriétaire.
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J'y sautai après lai, déposai mon fusil et saisis les rames. Il hissa la voile et nous glissâmes bientôt sur l'eau calme du port, suivis des regards de ceux qui étaient sur la rive.
Nous ne suivîmes pas directement la flottille, mais après être sortis des coraux nous longeâmes la côte de Tahiti, puis filâmes droit sur Eimeo.
Je dus naturellement abandonner la conduite du bateau à Potomba. Il aborda dans un endroit soirtaire, recouvert d'un fourré touffu de pisatigs qui s'étendait jusqu'à la mer. Nous carguâuics les voiles et attirâmes le bateau, non sans peine, sous un buisson feuillu. Puis Polomha s'avança dans le fourré et je le suivis.
Après avoir traversé une plantation d'arbres à pain, nous arrivâmes sur une hauteur d'où nous pouvions facilement apercevoir Tamaï qui était tout proche.
Nous y- remarquâmes de suite une grande agitation .
Les bateaux que nous avions vus étaient amarrés au bord de la mer. Une grande quantité de gens s'agitaient devant une maison qui se distinguait par sa grandeur et sou entourage de bambous.
Non loin de noua, juste au-dessous du versant sur lequel nous nous trouvions, était un autel orné de feuilles de palmiers et de fleurs dont le fond était occupé par deux statues représentant les dieux Atua et Oro, devant lesquels s'accomplirait probablement la cérémonie.
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ce Que vas -tu faire, Potomba? demandai -je au ehri.
— J'attendrai qu'il soient à l'autel pour reprendre Pareyma.
— Tu n'y réussiras pas.
— Alors, je l'enlèverai du bateau dans lequel Matemba l'emmènera chez lui. X!
— Quand cela?
— Cette nuit, à minuit; c'est ainsi que lèvent leur religion.
— À qui appartient la grande maison là -bas?
— Au prêtre.
— Quel est l'appartement des femmes?
— Pareyma se tenait toujours derrière, du côté de la mer.
— À-t-elle encore sa mère ou des sœurs? Il • — Non, sa mère est morte depuis longtemps et elle
est fille unique.
— On va la parer pour la noce?
— Oui, et on la laissera seule ensuite afin qu'elle puisse converser avec les dieux.
— Le prêtre sait que tu es de retour.
— Qui te Ta dit?
— Personne. Ne vois -tu pas l'homme qui marche de long en large entre la maison et les bambous. Il a une massue à la main et doit garder ta femme. C'est bien un signe qu'elle est venue par force à Eimeo.
— Je le savais. Le ehri de Tahiti ne craint pas les hommes d'Eimeo, il leur redemandera sa femme publiquement. »
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j£|;r 62 AU GRE DE LA TOURMENTE
IJIPV . ■ , Je ne connaissais pas les coutumes dû pays et le
§|i , ; ' : laissai prendre ses décisions, mais je me proposai de
|fe; faire une reconnaissance. Le chasseur des prairies se
|H~;;- réveillait en moi; je posai mon fusil à côté dé Potomba,
111'; - : .u lui fis part de mon intention et me glissai e n bas vers
fil??- '■" te champ de "bambous.
Les chiens et autres quadrupèdes avaient tracé des sentiers par leur passage* Tout en rampant, j'arrivai
^■^^ : , ' sans être vu jusqu'à proximité de la maison*
ll^Ili Tout à coup j'entendis une voix de femme qui chante? tait doucement :
Éffe '"'-"' ' " ■ *
IllRï a J*aime le petit nuage , le petit nuage dans la
■:-fï£V-- ; -
Jft lune. »
■-■Vi !".''■. '.
.■'ri.: -.-.
C'était cette touchante complainte d'amour que j'avais entendu dire autrefois par les femmes et les filles des îles Palew, et j'eus le pressentiment que cette voix était celle de Pareyma. Je résolus aussitôt de [iffl||| lui parler; cette tentative pouvait me coûter cher,
lij|j^ mais j'avais mon couteau et mon revolver et je pou-
tî|p va * s ^ien ni'exposer à un petit danger pour ce brave
îW. ."* ■ -ehrr.
La sentinelle passait à ce moment devant moi sans m'apercevoir bien qu'il fit grand jour.
D'un bond, je fus derrière elle et assénai un tel coup de poing sur son crâne découvert, qu'elle tomba à terre, sans connaissance.
Je m'avançai alors vers la cloison de bambous derrière laquelle s'élevait la voix, et j'y découvris une fente qui me permettait de jeter un coup d'œil dans l'intérieur.
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Si la jeune femme que j'apercevais était vraiment Pareyma, il était facile de comprendre l'amour que Potomba avait pour elle. Elle avait cessé son chant et se tenait au milieu de la pièce, le visage inondé de larmes. Elle était élancée et encore dans toute la fraîcheur de la jeunesse, ses beaux yeux sombres étaient voilés , elle fronçait ses sourcils arqués ? et s.es
lèvres minces étaient frémissantes. Ses ehe veux étaient >SÉ^
sans fleurs et ses vêtements sans parure.
Un fafau souple de tapa mordoré l'enveloppait des hancbes aux genoux, et un tahei, de même étoffe, jeté sur ses épaules recouvrait son buste.
Je remarquai qu'elle avait fixé solidement la porte d'entrée à l'aidé d'une bande de fibre. Je me reculai un peu et appelai à voix basse : ce Pareynia !»
Les sanglots s'arrêtèrent, elle m'avait entendu,
<c Mato ori, n'aie pas peur, Potomba est près d'ici. »
Un cri de joie à demi étouffé me répondit.
« Qui es-tu? demanda-t-elie.
— Un ami du ehri. Vas -tu épouser Matemba?
— Non, j'ai mon poignard et me tuerai si je ne puis me sauver.
— Tu es donc restée fidèle à Potomba?
— Oui, mon père m'a forcée à le quitter.
— Qui a tué la mère du ehri?
— Mon père, parce qu'elle voulait me défendre.
— Aimes -tu ton père ?
— Non, je l'ai aimé, mais je ne l'aime plus*
— Tu seras sauvée. Fais seulement tout ce que ton
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vÉÊÊA- 64 AU GRÉ DE LA TOURMENTE
|||te| père demande, et, en admettant que nous n'y réus-
sissions pas auparavant, nous te sauverons pendant ton retour à Tahiti. »
A ee moment un tam-tam retentit derrière la mai- JlitPf ■ son > J e m'approchai de l'homme évanoui et posai une
l|||j! pierre auprès de sa tête, car il y en avait de même
mmï.
!}H§||# grosseur sur le toit pour protéger celui-ci contre le vent,
et Fou pouvait supposer que .l'une d'elles en tombant avait blessé le gardien* Puis je revins par le même chemin vers Potomba.
Il avait pu observer tous mes mouvements de la colline, il m'attendait avec une impatience manifeste. Je lui racontai tout fidèlement et fus ému de la joie qu'il en éprouva.
Maintenant au roulement de tambour se mêlait le son de nombreuses flûtes; la cérémonie allait com-
* ;#■■- mencer.
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||||^ On fit sortir Pareyma de la maison et un long cor-
tège se mit en marche derrière elle.
<c Vois -tu Matemba à ses côtés, sahib? demanda Potomba.
— Oui.
Ij'fjl; — Il était de ceux qui me poursuivaient. Ori l'en-
mi-Vik- gloutira cette nuit. Je ne ferai de mal à personne
|||]||| ici, mais j'ai trouvé le moyen de reprendre Pareyma.
Je suis chrétien, tu as raison, et ce kriss rougi du
sang de ma mère ne sera rougi d'aucun autre sang.
Ils n'en mourront pas moins, mais pas de ma main. » Le cortège arriva à l'autel ou le prêtre Ànoui
monta pour faire une allocution.
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Potomba me quitta et disparut. dans les buissons. Je m'y glissai moi-même aussi loin que je pus pour dominer la pente au-dessous de moi»
Matemba et Pareyma se tenaient debout devant le prêtre; sur un geste de celui-ci le bruit infernal des tam-tam et des flûtes s'arrêta.
Alors Ànoui commença un discours d'injures contre le christianisme pour lesquelles je lui aurais volontiers envoyé une balle dans la tête. Puis ce furent des malédictions contre le prince renégat , enfin il saisit quelques crânes qui -étaient sur Fautel et les présentant à Matemba :
« Jure, lui dit -il, sur ces crânes de tes ancêtres : Eita anei oe a faarne i ta oe vatrina : Promets -tu de ne jamais abandonner ta femme? »
Matemba n'avait pas eu le temps de répondre que déjà Potomba s'était faufilé à travers la foule des spectateurs et apparut devant l'autel.
c< Salut, Ànoui , père de ma femme 1 s'éeria-t-ih Elle est partie avec toi pendant mon absence, et je viens la rechercher. »
Il y eut un silence absolu. Le prêtre le repoussa d'un geste en criant :
ce Ce lieu est sacré; retire -toi, traître! »
Potomba ne bougea pas, il posa sa main sur l'épaule de Pareyma et répondit :
« Oui, ce lieu est sacré, parce que je le foule moi, chrétien, et je ne le quitterai qu'avec ma femme.
• — Fuis, si tu ne veux pas mourir!
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