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LES LETTRES, LES ARTS ET L INDUSTRIE

La langue et la littérature. — La poésie. — Le roman. — Le théâtre. — L'architecture civile et religieuse. — La sculpture. — La peinture. — Les arts industriels : bronzes, porcelaines, laques, etc. — L'agriculture.

On ne connaît pas un peuple tant qu'on n'a pas étudié sa langue et sa littérature. A quelle famille linguistique le japonais appartient-il ? Il se rattache aux langues dites agglutinatives ou agglutinantes, dans lesquelles, à un radical demeurant invariable, on ajoute, selon les besoins, des particules, préfixes ou affixes pour indiquer les cas, les modes et les temps. Ce groupe comprend les langues touraniennes et mongoles. Le japonais diffère donc essentiellement des langues monosyllabiques comme le chinois, et des langues à flexion, comme le sont nos idiomes indo-européens.

Cependant, quoique très-différent, le chinois n'en a pas moins eu une-influence considérable sur le japonais, sinon sur la gram-

maire et sur la syntaxe, du moins sur le vocabulaire de la langue aussi bien, comme nous le verrons tout à rheure,que sur l'écriture. Les deux langues se sont pénétrées de la plus étrange façon et il en est résulté un phénomène unique au point de vue de la transcription des mots. L'abondance des termes chinois a fait que les Japonais ont emprunté à leurs voisins du continent leur système idéographique d'écriture, ce qui a un avantage, c'est que les Japonais savent tous lire le chinois^ mais ce qui a aussi un inconvénient résultant de la difficulté inhérente à l'idéographie. On enseigne dans les écoles trois mille caractères chinois aux enfants, mais ce n'est pas suffisant, car, à moins d'en connaître une dizaine de mille, on ne saurait prétendre être un homme cultivé ; aussi les Japonais se sont-ils ingéniés à trouver un système d'écriture plus pratique. Ils ne sont pas allés cependant jusqu'à l'alphabet, mais ils ont adopté des syllabaires dont l'emploi est une grande simplification.

Les deux plus usités sont le kata-kana (écriture de fragments) qui se compose d'idéogrammes chinois réduits à une forme rudimentaire ayant comme valeur phonétique le son même que leur donne la prononciation chinoise, et le hïra-kana pour l'écriture cur-

sive. C'est le kata-kana adapté à récriture courante et dans lequel les caractères se lient les uns aux autres comme ceux de notre écriture dite anglaise.

On donne à ces syllabaires le nom d'i-ro-ha, d'après les trois premiers signes, absolument comme nous appelonb alphabet l'ensemble de nos caractères d'écriture, du nom des deux premières lettres grecques a p.

Les Japonais, comme les Chinois, écrivent de haut en bas. Leurs lignes forment ainsi des colonnes verticales qui se suivent, non point de gauche à droite, comme nous le ferions, mais de droite à gauche. Il en résulte que si l'on veut faire relier à l'européenne un ouvrage japonais, il faut le faire relier à l'envers et que pour le lire, il faut le commencer, — à notre point de vue, — par la fin.

Une singularité de la langue japonaise est l'absence des genres ; on y supplée par l'adjonction, — s'il s'agit d'êtres vivants, — des préfixes o et mï, qui signifient, l'un : mâle^ et l'autre : femelle.

Il n'y a pas d'articles en japonais, et les nombres ne sont pas indiqués. Si l'intelligence de la phrase le demande absolument, on ajoute une particule exprimant l'unité, ou, au contraire, on répète le mot pour indiquer la pluralité.

Il n'y a pas de déclinaisons proprement dites; mais Tadjonction de suffixes invariables aboutit, selon les cas, au même résultat.

Comme dans toutes les langues agglutinantes, les mots s'allongent en quelque sorte indéfiniment, surtout les verbes qui, actifs, passifs ou neutres, se conjuguent selon huit modes, sans parler de la forme négative, dont ils sont tous susceptibles. C'est ainsi que l'on dira en deux mots, le pronom et le verbe: « Quoique nous/ue devions pas être vus », Waiakousî'domO'Wa miraré'mdsyotO'iyé-domo,

Nous ne saurions entrer ici dans les détails du mécanisme de la langue et nous renvoyons le lecteur aux remarquables ouvrages de M. Léon de Rosny sur la grammaire japonaise. Ils y trouveront les renseignements les plus exacts, donnés, de la façon la plus claire, par l'homme le plus compétent.

La littérature japonaise est d'une grande pauvreté littéraire.

Le plus ancien document historique est le « Kodjiki », compilation faite au septième siècle, par ordre de l'empereur Temmu, sortes d'annales dans lesquelles on inséra toutes les histoires, toutes les traditions conservées dans les familles depuis les temps les plus reculés. C'est par ce travail que nous

sont parvenus les renseignements relatifs aux premiers temps historiques du Japon.

La valeur littéraire du recueil est nulle; il est rédigé avec la sécheresse qui caractérise les écrivains chinois. La poésie elle-même, qui, au Japon comme ailleurs, a précédé la prose, manque la plupart du temps d'ampleur et de sentiment. Ce sont presque toujours de petites pièces qui, sous une forme sentencieuse, énoncent une vérité morale.

Les Japonais font remonter les origines de leilr poésie aux premiers temps de leurs annales. C'est à Izanagi lui-même, le dernier des dieux célestes, et à Izanami^ son épouse, qu'ils attribuent la composition des vers les plus anciens. Ce n'est là que de la mythologie; par contre, l'on croit pouvoir attribuer à Sosano Ono-Mikoto, qui aurait vécu au septième siècle avant notre ère, les premières poésies japonaises dont on ait gardé le souvenir. Ce serait lui qui aurait fixé la forme des distiques japonais, règle à laquelle les versificateurs modernes se conforment toujours scrupuleusement.

Ce fut après l'expédition de Corée qu'Onine introduisit au Japon le système idéographique de l'écriture chinoise et fit connaître les Diasertaiiona philoaophiquea de Confucius et le Lwre dea mille mota ; aussi

les Japonais considèrent-ils Onine comme le père de leur littérature. Le fait est que, dès lors, Tart de faire les vers fut extrêmement cultivé au Japon, notamment par les femmes.

Les plus remarquables parmi les anciennes poésies ont été réunies en un recueil intitulé Marhyo-sïou, c'esi-b-ôire la collection des « dix mille feuilles ». A côté de cette poésie littéraire, toute de convention, et aussi d'imitation, poésie chinoise en japonais, se développa bientôt une poésie populaire, simple, souvent vulgaire et triviale, ne s'élevant guère au-dessus de la chanson, mais véritablement nationale et répandue aujourd'hui de l'une des extrémités de l'empire à l'autre, dans toutes les classes de la population. On appelle ces poésies uta, c'est-à-dire chant. Le type en est le distique de trente-et-une syllabes en deux vers, le premier de dix-sept, avec deux césures après le cinquième et le douzième pied, le second vers de quatorze syllabes, avec une césure après le septième pied.

Voici un vieil uta japonais que M. de Rosny rapproche avec raison d'un célèbre quatrain de Victor Hugo:

Que la tempête emporte les feuilles de mes écrits, et que les hommes considèrent qu'elles viennent d'une plante sans racine !

Ne croit-on pas lire l'épigraphe datée de l'exil, de la première série de la Légende des Siècles f

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