‹ Au jardin de l'infante; augmenté de plusieurs poèmesChapitre 2 sur 58 · HEURES D'ÉTÉ · texte numérisé non relu

HEURES D'ÉTÉ

Apporte les cristaux dorés, Et les verres couleur de songe ; Et que notre amour se prolonge Dans les parfums exaspérés.

Des roses ! Des roses encor !

Je les adore à la souffrance.

Elles ont la sombre attirance Des choses qui donnent la mort.

AU JARDIN DE i/lNFANTE

L'été d'or croule dans les coupes ; Le jus des pêches que tu coupes Eclabousse ton sein neigeux.

Le parc est sombre comme un gouffre,..

Et c'est dans mon cœur orageux Comme un mal de douceur qui souffre.

Frêle comme un harmonica, L'eau pure des vasques soupire ; La même étoile en feu se mire Dans nos verres de vieux muscat.

Ton col superbe et délicat

De Clorindeou de Lindamire

Sort tout entier, pour qu'on l'admire,

D'un brocart de pontificat.

AU JARDIN DE i/lNFANTE

Dans le soir de magnificence, Les richesses de ta présence Évoquent l'âge Florentin ;

Et vers le ciel fin de turquoise Monte des coupes du festin, Suave, un songe de framboise.

AU JARDIN DE i/lNFANTE 17

Lune de cuivre — Parfums lourds...

Gomme des lampes sous un dôme Les astres brûlent ; l'heure embaume ; Les fleurs dorment dans le velours.

L'âme en langueur des jardins sourds Exhale d'étouffants arômes.

L'eau des porphyres polychromes Dans les bassins pleure, toujours.

Nulle ombre de feuille qui bouge...

Seule, ta lèvre éclate, rouge, A la flamme du haut flambeau ;

Et tu semblés, dans l'air nocturne, Dure et fatale comme l'urne Impénétrable d'un tombeau,

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Les grands Jasmins épanouis Vibrent dans les chaudes ténèbres...

Seuls, les Parfums régnent, funèbres, Sur les jardins évanouis.

La phalène en silence vers

La flamme d'or se précipite.

Dans l'obscurité qui palpite

Tes yeux verts rêvent, grands ouverts.

Tes yeux verts, ô ma Bien-Aimée, Rêvent dans l'ombre parfumée D'affreux supplices pour les cœurs ;

Et ton nez irrité respire Dans Tétouffementdes odeurs Des fêtes sanglantes d'empire !

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Ton menton pose dans ta main ; Tes lèvres songent, évasives, Tes prunelles dorment, pensives, Sur une branche de jasmin..,

La bouche brûlant de carmin,

Sous tes parures excessives

Tu prends, dans les ombres massives,

L'air fabuleux et surhumain.

Atf JARDIN DE i/lNFANTE

Et mon amour qui s'exacerbe

Devant ton silence superbe

Cherche en vain, sans trouver la paix,

Ce je ne sais quoi de ton âme

De ton cœur, de tes sens, ô femme,

Qu'il ne possédera jamais.

Il pleut des pétales de fleurs.

La flamme se courbe au vent tiède ; De mes deux }reux je te possède, Et mes yeux ont besoin de pleurs,

Vieille argile faîte aux douleurs, Quel goût de souffrir sans remède Harcèle ainsi le cœur qui cède...

Il pleut des pétales de fleurs.

AU JARtjîîî DE l/lNFANÏE!

Les roses meurent, chaque et toutes...

Je ne dis rien, et tu m'écoutes Sous tes immobiles cheveux.

L'amour est lourd — Mon âme est lasse. . . Quelle est donc, Chère, sur nous deux Cette aile en silence qui passe ?

AU JARDIN DE i/lNFANTE

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