‹ Au jour le jour (volume 2)Chapitre 5 sur 9 · TROISIEME LETTRE VOLEE · texte numérisé non relu

TROISIEME LETTRE VOLEE

De Sabine à M"^ Amélie de 5..

Aurëlie, as- tu brûlé la lettre que je t'ai écrite? non pas la première, non pas celle où jVfai raconté mes courtes avec ma tutrice, ma rencontre avec M. de Prosny (^ns les magasins de la ville de Taris, et mon entretien avec mon tuteur; non, c^est celle d'hier, celle que je t^ai montrée lorsque tu es venue; celle où^ folle que- j'ai été, j'ai mis ce mot honteux que je n'avais pas osé mettre dans ma première lettre. Je n'avais pas osé te l'envoyer; pourquoi as-tu voulu l'emporter? pour avoir, as-tu dit, tout le roman de ma passion... Ohl brûle-la, anéantis à tout jamais oette misérable confidence d'un moment de folie. Cet homme n'a rien dans le cœur! il est venu à cette soirée où tu n'a pas pu venir. C'est un homme charmant, de manières excellentes; il a de l'esprit, du savoir, de l'éduca-' tion; il a de tout, mais il n'a pas de cœur... Je l'ai senti^je l'ai à la fin sent\ Il a été là devant moi cet homme qui doit me haïr, il a été comme le premier venu, rien: ne Ta gêné, ni ses ressentiments, ni mon bon accueil ; il a > parlé à ^. de Bellestar.

'fin vérité, c'est un bonheur pour moi. , Je te l'avoue^ j'avais je ne sais quel remords d'envier à M. de Prosny ces cent mille francs dont je t*ai. patlé. Quoiqu'il oe dûl pas oeiniatkfe la main qui lui fai-.

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soit cette aoniône, j'avais peur 4e blesser la fierté délicate de son âme. Va, va, maintenani je suis sÉre quil pren** ^dra raamftne, dût-i! savoir que c^est moi qui la lui jette. t)h! je le hais et je le méprise! cet homme, ne m'a-t-il pas fait faire un rêve si insensé, que je pleure en pensant que j'ai pu'te Técrire?

Ohl brûle ma lettre, Aorélie, brûle ma lettre, ou plutôt renvoie- la-moi. Ce n'est que lorsque je l'aurai moi- même anéantie que je serais tranquille. J'aurais voulu que tu fusses là, Aurélie, toi qui sais ce que je pensais de lui ou plutôt ce que je croyais de lui. Tu aurais ri de ma*foiie, et peut-être, en lisant ma lettre, te demandcs-tu ce que je veux dire, cherches-tu ce qui m'irrite, t'imaginestu qu'il s'est passé quelque chose d'extraordinaire I

Il ne a'est rien passé , si ce n'est que nous avo»s é!é trois heures entières dans le même salon, à côté Tan de l'antre, et que c'a été pour lui comme si je n^y avais pas été. Qu'avais-je donc vu, ou plutôt qu'avais-je cru voir? J'avais rêvé une haine et j'avais trouvé doux de l'apaiser v pais la dernière lois que je lui ai parlé et qu'il m'a jeté ce regard... tu sais... tu sais, ce regard où il y avait tant d'étonnement et de bonheur, j'ai rêvé... mais eofi», que veux-tu? la faute de mon eorar restera entre toi et moi, et quand la petite colère que j'éprouve contre moi-raêne sera passée, nous eo rirons probablement toutes les denx ensemble. En commençant cette lettre, il me senblait qaef avais mille choses à te' dire; mais, en vérité, excepté ëe te recommander encore de brûler ma lettre, je ne vob pu» pourquoi je t'écrirais plus longtemps. Je obercbe, îl me semble que j'ai la tête vide. Mon, je n'ai plus rie» à I» dire. Toi qni n^es qu'indisposée, iMie de rtêk m voir.

je Mis hbmhléiiHmlmalade*.. c'est comne si j'ataîs 1« toaait "vide aussi» Adieu.

Voici donc ces deux lettres. Pour ma part, je n^ai rtea à dire à leur sujet, si ce ifest que je suis parfaite^ meut mécontent de mon espion^ car il y a eu une lettre écrite à tf^® Aurélie de S*., que celle-^ a emportée, et \4 drôle n'a point su voler celte lettre qui pouvait être fort importante. Peut-être la retronverons-'nous, et, si cela arrive, je vous renverrai immédiatement, à moins que celles que vous venez de lire ne soient le dénoûment que Je demandais.

Le 30 à minuit

Mettez au bas de ceci: La suite à demain. Mon espion vient de m^apprendre que la fameuse lettre que je lui re«* prochais d'avoir négligée a été volée à M"^ Aurélie de 9... par un autre que par lui. Il est impossible que cela n'a*» mène pas quelque nouvel incident.

3t Aitmhté 1848.

Aiilsi s^était passé ce Jour de fété^ qui aemblait avoir été si vide d*événdments^ et qui avait, à v^ai éâré, enfanta deux révolutions. La veMle <ié ce jour ttfct était ^lé»^

IM

veillance, .douce préYeniioo, tendre cariosité, amour tnià dans le cœur de Sabine pour le pauvre Siivestre, et le len-^ demain tous ces sentiments s'étaient changés en mépris, en haine, en dépit.

La veille de ce jour les ressentiments du passé, les préventions injustes, les accusations amères remplissaient encore Tâme de Silvestre contre Sabine, et le lendemain il Taimait sans retenue, il Taimait avec cet excès qui fait que la vie semble s'^être concentrée à un point du cœur où elle allume un foyer où tout vient se faire dévorer, et le passé et Ta venir, et toutes les autres afi'ections, et le respect de moi-^même, et ses espérances, aliments insufilsants de ce feu insatiable.

Et cependant, à bien prendre la chose, il me semble, à moi, que c'est Tamour de Sabine qui a le plus gagné dans cette journée. Pour éprouver une déception pareille à celle qui se devine dans le style étrange de sa dernière lettre, il fallait qu'elle se fû^ bien avancée vis-à-vis d'ellemême dans sa passion pour Silvestre. Mais lorsqu'une dé^ ception ne tue pas complètement le sentiment, dans le cœur qu'elle vient frapper, il arrive souvent qu'elie lui donne une nouvelle force. Cependant la cojère de Sabine ne s'était pas tellement exhalée dans la lettre qu'elle avait écrite à M"^ Âurélie de S... qu'il ne lui en restât assez pour prendre une résolution à l'égard de celui qiii avait trompé ses rêves, et elle voulut en finir avec cet homme. Sabine ne voulut pas être forcée à s'en occuper encore pendant quarante-huit heures, et elle avança d'un jour rexécution du projet qu'elle avait conçu avec tant de plaisir, et dont elle s'était préoccupée avec tant de bonheur. Un hasard tout particulier lui permit de présenter sous une forme autre que celle qu'elle avait d'abord adoptée, le

sf^Ieadide présent qu'elle ^eslkiait à Silve^lre, et te qiti avait dû s'appeler élrenne s'appela bovqoct.

Dans ma letlre d^bief' (à la date du 30 à minuit), je vous dis que je viens d'apprendre qu'une des letlres écrites par Sabine à M''^ Aurélie de S..., avait élé soustraite à ceile-ci: précisément à cette beure, voici ce qui se passait chez de Prosny.

KeporlOHs donc notre vue de ce côté.

Sabine n'était pas sortie de la journée; elle avait pré* texte la fatigue de la soirée de la veille, pour rester en«« fermée chez elle. Soit embarras, soit calcul, M™® Simon Tavait laissée à sa solitude, de façon que lorsque la nuit arriva, Sabine put s'écbappcr avec sa gouvernante, gagner une voiture de place, aller jusqu'à la porte de Silvestre et revenir sans qu'on se fût aperçu de son absence.

Quant à de Prosny, pour la première fois de sa vie, il n'était point rentré à l'heure du diner dans ce jour qui avait pour lui sa solennité; il avait fait dire à sa tante qu'un travail extraordinaire le retenait chez M. Simon. Ce prétexte qui a tant de fois servi aux jeunes gens pour cacher une partie de plaisir, Silvistre s'en était servi pont s'épargner une douleur. En effet, ce jour'^là n'élait-il pas la. veille de sa fêle? Ce jour-là sa tante n'avait-^elle pas l'habitude de lui donner ce qu'elle appelait un bouquet? et Dieu sait ce qu'elle appelait un bouquet 1 N'avait-il pas aussi ce jour-là sa fête de famille? Ëh bienl ce qu^il. avait considéré jusque-là comme une bonne attention de M''* de Prosny, l'accueil plus gracieux qu'on lui réservait et qui était assurément la plus belle fleur du bouquet de sa tante, tout ee qui enfin lui avait fait de ce jour un jour consacré^ l'avait précisément teile année éloigné de sa maison.

C'est que la veille il avait assisté à la joyeuse réunion

de Sabiae, et que, tont plein eneore de ce seuvettif ei da parfum de ce monile jeune 0I charmant, les yenx toot éblouis de ce luxe élégant qui Tavait entouré, il lui faisait horreur de rentrer dans s^ solitude glacée, dans sa cham<* bre luie, pour voir sa vieille tante lui grimacer nn sourire de bienvenue, et lui faire une hideuse caricature de ce qui s'^appelle une fétc. 11 avait eu peur de retrouver dans ce contraste les mouvements de colère qui Tavaient d^abord agité contre M"® Durand; il voulait que rien ne vînt lui rappeler trop cruellement des griefs dont il avait répudié rhéritage; il n'avait pas osé enfin emporter limage de Sabine avec lui dans celte misérable fête où elle lui eut apparu comme un remords ou comme un désespoir.

Par toutes ces raisons, et par beaucoup d^aulres, peut-être, Silvestre n'était pas rentré, et une fois qnHl eut dépassé Theure où sa tante pouvait Tattendre encore, il recula son retour le plus tard possible; car, par nn 8e<^ cret pressentiment, il lui semblait qu'un malhenr Paitendaii chez lui.

Donc il était minuit lorsqu'il frappa à sa porte, et sm surprise fut grande lorsque son portier, dont raristocratie ne se coroaiettait pas d'ordinaire à parler avec on anaai mince locataire, l'appela an moment où il allait gravir Mm escalier, et lui dit, avec cette humeur constante qui eal ob des caractères instinctifs de la race portière:

„1I. de Prosny, je dois vous prévenir qu'il s'est paiié ici aujourd'hui quelque chose de bien extraordinaire et qoî ne me convient pas!

— Qu'est-ce donc? fit de Prosny, qui comneoça i onmidre de voir se réaliser les tristes pressentimenla qoi l^avaient tén» éloigné tonte la journée de sa maison.

^ Void œ que cf'est, rnoosteir, reprit le portier: vers

Uê MX heures, il derait élre à peu près m baures, car nons allions nous mettre à table, ma femme et moi, nue vieille dame ou une vieille femme, je ne sais trop lequel, car elle avait uu bonnet et descendait d'un fiacre, une vieille eaOn, est entrée dans ma loge et m'a remis un paquet, en me disant: „Voici pour M. de Prosny." C'était eemme un portefeuille ou comme un livre enveloppé de papier et cacheté sur toutes les coutures.

„-^ C'est bon, lui dis-jc, mettez cela là.

„— C'est une chose fort importante, reprit la vieille, qu^il ne faut pas laisser traîner, et que surtout il ne faut remettre qu'à M. de Prosuy en personne.

„ — C'est bon, c'est bon, lui dis-je; ça ne traînera pas , longtemps. Voici l'heure oà 1^1. de Prosuy a l'habitude de rentrer, et je m'étonne même qu'il ne soit pas déjà ici.^

Je n'avais pas lâché celte parole, que j'entends une petite voix flûlée dire derrière mon carreau:

„^ Viens, viens, allons-nous-en. Qœ ferions-noas, mon Dieal s'il venait à nous surprendre?^

Et tout aussitôt, la vieille de s'en aller, en rejoi** gnant une... plus jeune, c^est certain, quoique je ne l'aie pas vue. Toutes les deux regrimpent en fiacre, et fouette,, cocher! ni vu, ni connu, si ce n'est le paquet qui était resté sur ma table.

— Eh bien! dit de Prosny, que cette lûstoire eommençait à intriguer, où est-il ce paquet ?<^

Au Ueu de répondre, le portier continua sou récit coBsme il avait décidé de le faire, et repartit:

„Vous voyez que jusque-la il n'y a pas de ma faute. J^allais serrer le paquet éans Taraioire, lorsque j'eoteads frapper f je n'avais pas tké le corcWn, que Je

"vois une tête entrer par son vasistas , et qu^une voix ^e vinaigre me crie:

„ — Un billet pour M*** de Prosny.

„ — Mettez-le là, lui dis-je en montrant le paquet à ce gamin, qui se trouvait avoir juste le nez dessus, et qui, à ce qu'il paratt, en avait déjà déchiffré Padresse.

„ — C'est pressé, me répondit-il; il faut que M'** de Prosny ait cela to^it de suite.

„ — Eh bien! montez-le vous-même," que je dis au petit bonhomme.

C'était mon droit et c'était mon devoir, car enfin je ne suis point obligé de mouter les lettres à tous les loca-*taires, et avec cela j'étais seul dans ma loge.

„ — On y va, me dit le jeune homme, et, si vous voulez, je monterai aussi le paquet que voilà à la mène adresse."

€e disant, le particulier mit la main dessus.

„ — Un moment, lui dis-je en lui arrachant la chose, ceci est pour le neveu, et non pas pour la tante; eect est recommandé particulièrement, c'est inviolable, c'est sacré!" Je reprends le paquet, je le serre dans l'armoire. Est-ce que je pouvais faire mieux que cela?

— Eh bien! ce paquet, où est-il enfin? dit de Prosny^ qui, ayant écrit à sa tante par Radinot, ne s'étonnait point de ce dernier petit incident.

— Attendez donc, reprit le portier, ce n'est pas arrivé comme cela, tout d*un coup. Or, au bout d'un gros quart d'heure, le jeune homme redescend, toque à ma vitre, et, quand j'ai tiré le cordon, il file après avoir crié:

„ — Serre tes paquets, vieux clampinl" Je suis au-dessus de pareilles injures et je n'^y pen- «ttis 4éjk plus, lorsque je vois arriver mademoiselle votre

Unie dlin air si doucereux que je vis à Tinstant qu'^elle Yè1llai^ me faire une méchanceté.

^— Est-^ce qu^il n'y a rien pour nous? dit-elle.

„ — Rien de rien, lui ai-je répondu.

^— C'est étonnant, a-t-elle repris aussitôt, voilà mon neveu qui m'écrit qu'on doit lui envoyer ici un paquet à son adresse, et il me charge de le prendre pour le porter à son étude. Ce sont des papiers dont il a besoin pour une affaire qui se plaide demain.^

„Voyons, M. de Prosny, dit le portier en se posant carrément devant lui, vous êtes un honnête homme et moi aussi, qu'auriez- vous dit à cela?"

Siivestre, fort surpris de ce qu'ail apprenait, ne ré* |>ondit pas, et le portier continua:

„Malgré mon idée, je ne pus pas m'empêcher de dire que ça pouvait être vrai; d'ailleurs c'était éï simple et m naturel! Je pris le paquet, je le tâtai dessus, dessous: c'étaient bien des papiers, et je le remis à votre tante en lui disant: Voilà la chose, apportez-la vite à votre neveu."

Elle ne Teut pas plutôt dans la main qu'elle me dit :

,,— C'est bon, c*est. bon, je sais ce que j'ai à faire*

„— Vous prétendiez que c'était si pressé?"

Et comme je me repentais déjà de le lui avoir lâché, j'ajoutai, en manière d'offre de service:

„— 'Si vous voulez, je vais aller le lui porter moimême?

,,~ Ahl je sais que vous êtes toujours prêt à fairer les commissions dont on ne veut pas vous charger, dit M^* de Prosny. M'ayez pas peur, le paquet ira à son adresse, mais vous ne voulez probablement pas que j^aiMe le porter en savates?"

AQ -JOVm U MUB, T. L 10

CéijfA 4rDp jtfSiQy et Yolli que je ]pii$5& r emoater vplfe tante. Ce n'est pas une tmiine fenuiie., votr» tuate, wMfi enfin je la req>ecte parce que c'est votre tante. Je ne pouyais pas lui arrac^ ce paquet, quoique, sans saTûlr pourquoi, je 1^s$e bien fâché de te lui avoir remis.

— Ek bienl elle Ta ce paquet? dit de Prosny im^^** lienté. Je vais le trouver chez moi»

•^ Un mM)ment doue, un noment^ ^a n'a pas été fini comme cela. J'avais encore mon idée, et je m'étais dit: Je ««frais iieu> si elle JtCn dii vjrai» ou si elle s'est moquée de moi. Je laiase paaser un quart d'heure, c'e£^ beo^ une demi-heure, c'est eatsore be»; mais an bout d'u«e lieupei j» me 4bs:* Je suis mia dedans. Je prends mon parti, je grimpe l'escalier quatre à quatre, et je vas sonner à vatre porte. Une feus, deux foi», troie fins; rien, fiat-ce que M"^ de ProMiy serait sortie ss^ja que je Wm joift apecçtt? me dis-je à vm^même. Je tambionrifte; neA» 4ii jnQin& d« côté de TOtre chez- vous;, mtes les voisina ds «lâme pâlies sof tent de leur chambre et «te dem^vident. ce qui arrive.

^-- BJea^ lenr dis-je, si ee n'eat que j'ai besoin de , iMHVOir si M"^ 4c Prosny est chez elle.^

Un Voisin, dont lee croisses aont en face des siennes, vépoid:

„— 11 n'y a pas besoin de faira tant de veeame {MMV eela*; m v«it sa hunière de bas chambre^ et elle n'est pas femme à laisser brûler une chandelle pour édiUH reir le» iinrs^

„~ Atena dwA, M dis-je, il faut qu'i( bii 40ii acriv4 qiie^fie ehose, puisqu'elle y est et qu'elle ne réj^uid paa^^

Je covi^iViifi bien que cTétuit une méfiha«cet4 qu'elle me foisait, mais je voulais en être sûr avant 4e cantinner

Ult

pmii«aijl1fui) el pour pouvoir k; fake'on tmite steeté 4« çoa^cieiice. pour les autres lociitaires^ je leur di3t

,, ~ Il y a ua petit jeune h<mme^ qui esk moulé toul à rbeure[Xbe£ elle, et qui en est, cedQScend% et je ne sais pas pourquoi i'^iiistoire de ce qui se passe lous 1%$ jours uTest revenue ea tête; |e savais que M"^ de Prosay devait sorlir ce soir, voilà Thenre qui se passe,, et f ai véritableqieat peur d^ua malheur,.^^

Chacua est de moa avis, et voilà qjoe je me mets à cariUoBDer, ua autre à tambouriner;, le voisia d'^ea face aavre sfi fenêtre et appelle M''^ de Pcosay,^ ot ma foXf ÇA fîusaiA un coacert assez soigné, lorsque oous« enleadon^ lout à coup mademoiselle voire taate qui se met k crïer derrière la porte:

„— Qu'est-ce que cTest q^e çit? A Tafisassin! aa ¥ole«r! q^i est-ce qui vieat m'^attaquer daas ma maison?

„— Àh! vous n'êtes donc pas morte! que je lui crie. « tiiavers la seçrure; et 1« paquet %ue vous deVicz aller port^^ à votre neveu et que vous m^avez subtilisé,, qu?ea «ve^vQus fait2

,„— Le paquet ^st où: il doit être,, dit M^® de Pvosny;;^ laissez-moi tranquille, ou j'^appelle la garde ou le com-^ missaire.^^

l'étais* fwrienx d'avoir été aîasi dupé, et jfauraîs voloAtier^ enfoncé la porte; mais. oe. a''est pas à mqi de donner Le mttvaik^xemple daast la maiscca, et je- me conti^ntaî do>44ii dirai:

„^ C'est boa, c;^est boxkl, aeulemeat vous couvée être sûre d'une chose, c'est que la première parole qaa l'adresserai oe soir à votre aeven,.,ce sera pour bi ra- «Qatar fe tour qjua. vous m'avez !ait.^

Ja ne. pouvaia pas aller ploa loîa, n'est-ce pas,, % da

Prosny? repni le portier. J*av8is fait tout ce quil est humainement possible de faire, et vous voyez que je vous tiens la parole que j''ai donnée à votre tante.

— 11 suffit, dit de Prosny, qui ne voyait dans tout cela qu^un de ces accès de curiosité et/ de mauvaise humeur dont M"® de Prosny était coulumière, je verrai ce que c''est que ce paquet.

— Mais ce n'est pas fini, reprit encore une fois le portier; voici le plus extraordinaire: une demi-heure après que je fus redescendu (je ne pensais déjé plus à la chose, et j'^en avais déjà pris mon parti^, je vois entrer furtivement M^® de Prosny dans ma loge. Elle avait le même air mielleux et charmant de la première fois. Bon! voilà encore une infamie qu'elle me prépare.

„ — Mon bon ami, me dit-elle (que les femmes sont fausses 1), c'^st pas bien le scandale que vous avez fait à' ma porte.^

„— Pourquoi q^ie vous m'avez subtilisé le paquets adressé à votre neveu f lui ai-je répondu. .^

„— Ahl mon Dieu! a-t-elle fait en levant les yeux au ciel, si le pauvre garçon avait vu cela, il en serait mort de désespoir.

„— Qu'est-ce que c^est donc? lui dis-je.

' „— Un tas d'infamies, des masses de lettres anonymes, enfin de quoi lui en faire perdre la tête, à ce pauvre garçon, s'il l'avait mise dans toutes ces horreurs-là; aussi je viens vous demander un service: je voijis en prie, mo& bon ami, je vous en supplie, ne parlez pas à mon neveu de l'arrivée de ce paquet."

Et là-dessus votre tante, vous m'entendez bien, Mp de Prosny, votre tante me met dix francs dans la main^ dix francs à moi qui n'ai jamais vu la couleur de ses pièces

^« dix 80«$; îo les fû acceptés pour avoir un témoig^af^e de ce que je voulais vous dire, je les garde en preuve de ce que j'avance. Si ça devait jamais aller plus loin, j^es- ,p!èrB que monsieur n'^oubUera pas que j''ai fait «non devoir vis-à-vis de lui, comme j'«i ^habitude de le Caire au vis- ^à-yis de tous mes locataires^

€ette dernière phrase du portier avraiC dû finir par rces mots: ^Surtout à rapproche du jour de Tan!^

^11 suffit, lui répondit de Prosny; je ne vous oublierai

Puis il monta lentement ses cinq étages^ se deman- -dant quel pouvait être ce paquet mystérieux apporté par deux femmes qui avaient craint de le rencontrer, et si .BinguUèrement supprimé par sa tante. D''où pouvait-il ¥.enir? A quoi pouvait-il avoir rapport? Quel intérêt sa étante avait-elle à s''en emparer? Voilà des questions que ^llveslre n'avait pas encore résolues lorsqu'il arriva chez lui.

^ilvcstrc^ comme tous ceux qui n'ont point de domestiques pour les attendre, portait sur lui la clef de son appartement. Fort intrigué de ce qui lui avait élé révélé par le portier, ne sachant ce que pouvait contenir ce paquet mystérieusement déposé à son adresse, ignorant si -68 tante s'en était emparée par un simple mouvement de -•curiosité, ou bien si elle comptait le lui soustraire tout à fait, il se résolut à entrer le plus doucement possible, de -manière à la surprendre. Il introduisit légèrement la clef dans la jerriire, mais sa surprise fut grande, lorsqu'il sen-

iil «ne résisUinoe mvkidble, le Teriroa mlérievit ayait été fM)usfé. Cette précavtion était étrange.

De Prosvy ^nnai^sait ««set le earaotènè 4e sa taille font sfff^ qif tflle était femme « le taisser à la pofte dan» xtn moment dlmmenr, par «cDa seulement qn^il teûtfait è unp heure peu convenable. Mais après ee qn^ataH éit le portier, «ette ^Fense intérieure prit nn lout antre caractère aux yeux de Sihestre; il sonna avec violence. Rien ne répond. Sllvestre ■''était pcr» «d^umeur à recommencer un siège comme celui qu'^avait déjà fait le portier; mais il Varail avssi avcnne envie de eoudier dan» la rue. Il de- «eura dove fort emiiarrassé de ce silence, il eoUa ToreHle i la porte et erut entendre qu'vn s>n apprecbait I p«s ifnHlfs. II appela sa tante. On garda enoere le stienee. H somM de nouveau, mais rien ne répondit; «cttlenkedt im léger grincement de fer «e fit «eottendre, et il reconnut qu'on venait de tirer le Terroîi. H essayn d^o«vrîr et Iti porte céda.

La veilleuse qui I^attcndait d*ordinaire n^était pas tl- Inmée^ et une forte odeur de chai^delle éteinte lui apprit que sa tante avait veillé jusqu'à ce moment. Le plus profond silence régnait dans le logement, et Sllvestre s'avança dans rèbscurité. Il chercha les moyens de se procurer -de la lumière, mais on avait oaché ou déplacé tout ce qn'il Alliait pour s'en procurer, il y avait un parti pHs de tout tenter pour éviter une explication immédiate. Tant de précautions étonnèrent Silvestre, et lui donnèrent un plus violent désir de savoir ce que pouvait être ce paqvet.

Il pénétra dans la chambre de su tante, afin d'y tro«^ ver les restes soigneusement enterrés de son feu. Qae1«ques cliaii)ons épars brillaient encore dans l^tre, ce qdi montrait que M''* de Prosoy n*avait pas pris le soin aocoa^ Mile. Cette oégttgenoe i^estaît «a grand <vonLble<

Prosny lut obligé dû preidre iiki diarèo» avec de» pittee|4> tes, de le souffler toiigleaips« fout oeta Ht an bruit qui, en toalo antre oireotislaâed^ ^t ceiA feiB ëvtfillé M taules Mai» e4l« ros(« immobile. Baiff de f fosnv (Mil 9e procurer 4e la lamière. S^ premier soka fût de regarder avitour de tttk Sa tante dérivait ou plutôt faisait semiilaiA da dorimr^ car tSitvestre ëtail assuré qu'alto srdtait ]etëe pour venir iufî ouvrir la porte ^ et au Èetmd oeup ^œH veoonnnt <l«i''elle 6'étffit eottobée tout habillée. Ceci révélait un évé*ttement.

Cépeidaftft d^ Prosny ne savait comnimit eomfnencer Utt0 4iKipii<^aiïm^ ipiorqifil le désirât ardemoieiit. fi se ré* «elMl è faire un tel bruit qm bu ittAte IH obligéu de aTtm uferoevoir, il |elt doue à terre la piucette qu'il teuail à lu main. Lu taule tressaillil, mais elle ne prononça point «Ao paroloé Silveslre s*iarréla dcfvaut un parti résolument pris et se retira dans sa oban^e. 11 ^esHMiittu de tous «ôlés pour voir si «i tante n^avail pdu posé >iiez lui oa liaquet, ^ut-être (brt indifférent; mais il ne déèdtfyrlt ri»».

Les papiers qui étaieut mr la ^Ible qui toi ^rvait da bureau avaient cependant été dérangés de l'^ardro dans le- ^el lY les avait laissés, qaoiqurils eussent été aeigneusement remis à leur place, il y avait dans eëlte cbambra quelques placards assez peu encombrés pour qu^tfu objet •de plus y fôt à l%stant découvert. Silvestre les^ ouvrit t'un après Tautre, et s''aperçut que l'un d'yeux, qui reiK fermait le linge et les vêtements de sa tante, élail oofii*' frtétement vide.

Cette découverte rendit à Silvestre la curiosité et rinquiétude qu'il avait un moment imses de côté. Il cher- •eba avec plus de soin et rentra dans la dhambve de sh tante. Là, dans un coin, et caché sous une tablO) U 9pet^

IM

^ 00 grros paquet effrelfdppé de lervieUes. C'étaient les yétemenU et le linge de M^^ de Prosny.

Ceci lui révélait une ré9olution de quitter la maispa. Un parti si violent ne pouvait avoir été inspiré a M''* de Frosny que par quelque événement bien grave. Silvestre ae rappela alors la colère de sa tante lorsquVUe avait appris que la jeune fille à laquelle il avait eédé ^a place à réglise était M"^ Durand; il se rappela cette circonstance (qu'ail n'avait point vérifiée, parce quil la supposait inventée), et qui lui montrait Sabine comme étant venue s'informer de lui dans sa propre maison. Cette •circonstance s'accordait trop bien avec ce que lui avait 4it le portier, de la remise du message mystérieux par deux femmes, dont une vieille et l'autre jeune, pour ne pas frapper Silvestre; et, du moment qu'il pensa que Sahme pouvait être pour quelque chose dans cet envoi, ce ne fut plus une inquiétude et une curiosité qu'il pouvait encore dominer, qui s'emparèrent de lui, ce fut un désir «rdent, impétueux, un besoin de savoir qui éclata tout à coup; car il s'écria avec violence, comme s'il venait agilement d'apprendre l'envoi de ce message:

„Ma tante!... ma tantel...^

Il n'y avait pas moyen de feindre plus longtemps, el la tante répondit d'une voix endormie:

^Qu'est-ce q«e c'est?

— Ma tante, dit Silvestre, je vous demande pardon ■de vous éveiller, mais on a apporté ce soir un paquet pour moi.

— On n'a rien apporté," répondit M"® de Prosny, en se levant sur son séant.

Elle était véritablement tout habillée.

„0n a apporté un paquet à mon adresse, je le sais»., veuillez me le remettre."

M'*® de ProMy se rejela itMa son lU^ rameni la couverture sur elle et répondit sans montrer d^^litt-*neur:

^Je ne sais pas de quoi vous voulez me parler.

*- Pardon, fit SiWestre, mais vous ne savez pas de quelle importance est pour moi cet eBvoi>

La tante ne répondit pas.

^Mais répondez donc,^ lui dit Silvestre que la oolère gagnait.

])|ii« de Prosny lui tourna le dos.

^Écoutez, . ma tante, reprit de Prosny; ceci est ooe «Saire sérieuse; je suis un homme et je ne souffrirai pas que vous vous empariez ainsi de ce qui m'est adressé, de ce qui m^appartiont.^

M"« de Prosny se releva encore une fois, et montranU du doigt le paquet que de Prosny uvait tiré au milieu de la chambre, elle lui dit:

„Vous voyez que vous n'^avez pas longtemps à attendre pour élre débarrassé de moi. J^Aurais dû partir ce soir... je ne Tai pas fait... Dieu m'en punit eu m^eïposanl à vos violences.

— Mais pourquoi voulez-vous partir?

— Parce que j^ai assez de la vie que je mène icâ; parce que je ne veux pas être à la merci d'un libertin, d'un paresseux.

— Eh! ma tante, fit Silvestre avec colère.

— Croyez-vous que je ne sache pas que vous n'êtes pa^ resté ce spir à votre étude? Croyez-vous que Radinot ne m'ait pas conté que c'était pour all^r battre le pavé de Paris, que vous n'êtes pas rentré chez vous? Ëo voilà assez, vous dis-je, n'*en parlons plus; chacun pour soi. Vives à votre guise, je vivrai à la mienne.

— Hais avec quoi vivres^vous?

IH

*- Ne yims eimlMI^raddet pas de mei, je ne votis àe^ iiHindersi pke rien."

L^assurance de sa tante étonna Silveslre. Cependant, nulle idée ne lui vint qu'*e11e eât trouvé de» ressoarces inioettn«es. H connaissait M"<^ de Prosny, il saraît qn*il était en présence d^un earacièrc tnéoMptabte, denl it ne p(MMiH> rait rien obtenir par la prière eu par ht menace. Le seul mofcn qui eût pa tin rester pour ^cer sa tante à lui répondre, c'était de vouloir paraître quitter la maison, et ce moyen lui était enlevé, puisque la vieille no semblait pas «eux demander i}uc de se retirer. L^impuissunee d'^un 4HMnme en pareille oirconslance, est peut-être ee qiTil f « de phis irritani a« monde. De f^osny qui, jusqu^à oe jenf, avait gardé vis-à-vis de la vieille femme une retenu qvi Vavait loujours empêelié d*ffdmeltre comme possible une panatlle séparetion, de Prosny, àïB^îe^ emporté fwr «a colère, répondit brusquement:

„Eh, mon I>ten1 nNeE-^vons-^en.

^ Tout de sake, ei t«i veux,**^ reprit ta VMé ^im inr fés^r*^.

Cette douceur inaccoutumée augmenta kt ettriosUé et linquiétude de de Prosny, >éî il reprit iFrec une sévérité menaçante:

^,Maie je vous préviens que Vous ne soi^tret pas iflcâ avant de m'avoir remis le paquet que vous^ avez BQUsnrait chez le portier de la maison.

— Je te dis qn^il n'y a pas de paquet.

— Ohl reprit de Prosny avec ©oière, je le trontenA; 1i font que je le trouve.^^

fit il s^avarnça vers le Ht four voir sll n*avaq| pan lété placé sous le traversin ou sous Topeillev.

A ce moment M'''^ de Pnosny se redressa, et, s'éolwppant du lit, elle repoussa violemment son nevesen lui disant:

,;fist-eet<H^i||i «serato porlerfa fnaiti««rinoi, im^^ -^ II tne fktai le f)ii4uel, je le veox,^^ refyrit '4e Ftosaiy

01P9lBfété,

La tante oublia le rôle qn^'elle a¥ftit voulu Jouer, «f, l^œil sanflfhirt «omme une louve qm défend ses p^its, la •fOk aHérée et fî»rieu9e, elle répondit:

^^fm m r«uras pas ^ tu me loeras plul^ ^e de Ta* voir.^

fin prononçant ces paroles, «Sle aerrait èes jupons «tfloûr d^eUe, de foç>an que Sitvestro comprit 'qu^elle âv«lt «ttdië le contenu de «ce paquet dans les ynObm poelMs «antiques qn^le portail soas sa robe.

Il «'arrêta et se ttft, frémissant de ««Yère; car plus *sa tante voûtait lui cacber «e que renfermait «et <trattg:e message, iplus il >e>ompre«i«i>t qttHt 4ui était tu^cessaire ^e le favotr.

„]lia lante, repril^H vprè» un «lOttMait de ailenoe <ci en iessayant de se «aimer, je vous le jttr)» lur liiOMMr de mon père, vous ne sortirez pas dici q«e je ne sméq «e qif^ y avait dana oe faquiU

— Mais tu veux donc «l'^assas^er, nnsénabk!^ dit M**^ de IVosny en ae reeala&t dans an coiti de la chambre.

Le regard de la vieille femme 'était bagard, ses tèvras tremblaient coaivtflsÉvemettt; 4a ftomy tat épouvantée

„ Voyons, ma tante, lui dit^^il doucement, tevenet |i vous, écoutez la raison; troubliez fas que ee paquet ^ait j^ mon adresse, qu'il était ponf anôi, pour ami seùL.

— Non, non, dit W"® de Proray d'âne voix brève et saœadée; «'est mon Men, «lie me l'a reado, ja le gan^

^ ' €eè paroles, échappées à*laterve«r4e M'** de Proeny^ frappèrent Silvestre d'un nouvel étonii«a«a«le saaa réolaè-

nnr <»inplét€noiil sur le mystèra qn'U cherohaH à pénétrer, elles dirigèrent ses idées du côté dcf la vérité, et il 8''é«- ^a en avan^nt vers «a tante qui se rencogna tout à fait dans Tangle du mur, prête à se défendre, comme une béte ftinve forcée dans sa tanière:

'^Cest M^ Durand qui a apporté ce paquet?

— Je ne sais pas, fit M"* de Prosny d'un ton égaré. «- Et dans ce paquet, reprit Silvestre en faisant encore un pas en avant, il y avait de l^argent peut-être?.».

— Ah! s'*é«ria M''« de Prosny en portant aee ongles an visage <k Silvestre, tu veux me le voler. Tu ne l^'auraB •pas, ta ne Taiiras pas; il y a assez longtemps que je mears de faim. Ne m'*approclie pas, ne m'^approohe pasl^^

U n^y avait plus de doute pour de Prosny, citait de rargent qu^on hii avait «nvoyé, et cet argent, c'*était H^*^ Durand qui le lui avait remis ou qui le lui avait fait remettre. Il oublia un moment la résistance de sa tante, la position étrange où il se trouvait vis-à-vis d'*e11e, pour ne sentir que le coup violent et douloureux qui venait de le frapper an eorar, *

„Olil de rargent I de l'argent à moil^^ s'écriait-il avec des larmes de rage et de désespoir.

Puis, né trouvant pas sans doute de paroles pour ëire la «olère et la souffrance de son finie , il se mit à parcourir la chambre à grands pas, frappant sa tète de ses poings fermés, exhalant avec fureur de sourds gémissements, et criant de temps à autre:

,4)e l'argent! de l'argentl'^

Pendant qu'il allait ainsi, sa tante le suivait de Tœil 4wr6c oBOisauviige anxiété; mais rien de cette colère, rien de cette douleur ne la touchait; elle ne pensait qu^à une ehose, elle ne pensait qu'à la défense de oe trésor dont «Ue ifétait emparée.

Tout à cotip', cependant, SUvestre rftrréla sotidi^nc^ ment devant sa tante et lui dit d^une veix UnpératWe el résolue:

„Cet argent, vons allez me le rendre à l^instanl même."

La tante ne répondit pas, mais elle laissa échapper un ricanement acre et insolent.

„Cct argent! vous dis^jel^* r«prit Silvestre tout à fait poussé hors des bornes.

Jamais passions irritées à un plus haut degré ne fu-* rent en présence. Tout Torgueil de Silvestro se soulevait à la pensée de garder une obole de cette aumône qui lui avait été faite à son insu,

Toute l^avarioe de la vieillesse nécessiteuse et qui se voit enfin à Tabri du besoin était éveillée dans le ecBur de M"« de Prosny.

Cette fois encore elle ne répon<tit pas à son neveu; ce silence ne fit qu^accroftre la fureur de Prosny, et, oubliant le respect dont il avait jusque-là entouré sa vieiHe tante au milieu même de ses plus violentes injustices, il «"•empara de ses deux mains, et, les comprimant avec viof lence dans les siennes, il lui dit encore une fois:

„Cet argent, voulez- vous me le rendre?"

La vieille ne se débattit point, mais suffbquant/de rage et de colère, elle se prit à lui dire:

„ Assassin, assassin!"

Ce mot rappela Silvestre à lui-même, il lâcha le$ bras de sa tente, et tombant assis sur le lit il s'^écria avec des larmes et des sanglots: '

„0h! misérable, misérable que je snisl Pourquoi sùis-je né?"

La tante se taisait en Texan^ant sans cesse^.. Sil^ vestre se leva tout à coup, et d'une voix dont Ja tàaeé^Vi

Ma

^ la douleur #Mi»€iil Miohé «me t«« moiof «uir«4fiée de méobA^op^ 11U0 «aIU de ja^^^djB Pro^ivv, S lui dii;

,,Mais vous comprenez bien que si je ne peuj^ j^iuî tranAr^ cei( «ri<At, il C^^^t ^^ je ime tuf, c«p je acrai an homme déshonoré, à tout jamais déshonoré.

— Ab bahl 'reprit , la vM^ille Unie an baqsaant les épaules^ ce sont des phrase^i ; ^^

^ Non, ja Tp|is«lfli jure, r^pvt^^SiH^tre, non, si demain cet argent n'est pas retourna entfeiil^diaias de celle qui a «se me le donner, je me fais sauter le çr^ne, je vous le jure eneore, sur rhonaeur de mon pèra. > in'M

— A toft aiae^ non gar^o», refait la vieiUey il vaii|| autant mourir comme cela que de Mm , et si ta le veuj^ absjOkhinient^ cbaouA c^t libre 4b disgosajr de soi.^^

Rien ne man4|aait à la cruauté dé cette réponse « lu f indifTérence de Taccent, ni la triviale expression du y^tta, W le profond dédaia de la physionomie. C'était le dégagemani eomplei de toi»te teadresaoïf dut tous souveaira^ 4b toute aMiate.

Cette réponse de aa tante anéantit Silyastre, n^n peint parce qiuTeUe lui laissait le passage libre pour allée à la mort, nais parce qu'eUe dénouait la seule afTectioq aur laquelle il avait compté en ce monde^ celle à laquelle il avait tout sacrifié,. ceUe pour laquelle il s?était. pour ainsi dire condamné à, la misère < qui faisait maintenant aon impuissance. Il se prit a regarder sa tante comme faur lui demander s'il avait mal entendu^ mais H'^ de Vaoi^ny, pro0l»«t de rabattement où Silvestre semblait êtra tombé tout a coup, lui répéta encore d'un ton plua dégagé:

^,A toit ai^e^ mon^ g9rçp«9 à ton aise;, tu ne seras pas le premier qui se sera tué parce qu'il n^a ni cœur, DÎ ««■rage5 ni volonté.' M fiait, quand on »^est.boa à rien, i» m VM paa ir^ œ q^a'^n f^ à Mre eu. aa monda.''

U Y Wf^i, dao& ces parolp» jm accent joyeux et féroce ^''il uQns est impossible de peûidre « nos lecteurs; certes, aau» avpi;^. biea souveai essayé de péa/^trer dans les mimitieux iqy9tèr£8;<9ui font a^ir et. parler l». cceur des fem*- «es, et sçuvent^ nous avons été forcé de reconoaltre notre impoissaf^qe « gnidef nos lectenrs 4«i^ c^ dédalp tovyours nouveau et presque toujours ^lexUi^bie. liais ia dureté glacée d'un c«eur de vieiUefiUeest cent; fois plus in* compréhensil)le ^e les agitations, les plus folle,» d'u«e 9me vivement impresaonnable.

Far;^^neg inqantatiofi incoi|(ipréheiisible, ce qui vivait en M"® .(l^.f'rosuy s'était, pour ainsi dire mêlé tout à coup a^ trésor ctu'elle avait entre ses maûis. L'avenir de sa vie, 4es désirs be^oigneuic et jamais satisfait^, ses^ rêves de lûenr*et£e, restreints sans, doute^ mais jusque^^-Jà oonsidé^ rés comme impossibles, les mille petites privations de La misèTe disparues, tout i €oup( toutea cboses qjuâ sembleraient ridicules s^il falljait les dire ici^ et qu'il faut pour-tant que je dise pour montrer jusqu^ii giuel poiiMi la paur \jpeté evaijt ravalé cette âme: un peu^ de crème dans sou café, un peu de sucre dans sa crème,, da bouillotk tons les jours, un jupon ouaté, un dÊà\» pour n'^avoir point si froid, un lit moins dur, i|uelquefois dii vin potable, du feu, assez pour se cbaui£er, la liberté de ne^ pa$« peser à ua son près je paia, la viande, la chandelle « tout cela elle le portaiit 4nr eUe avec ce trésor qu'elle avait pris à son neveu, t#ut cela. eUe s'en était enivrée par ei^érance,» et c'est à toni ■oela qu'il lui falltit renoncer!

Elle avait raison de le dire. Lui arracher tpnt c^ela, ci*était la voler, c'était l'assassiner, car elle n'avait vécu jusqu^à ce jour ^(^ 9m^fWi» eb^m^ jour par l'espoir d'une vie meilleure, et si, lorsqu'elle se présentait à elle, 3 lui fallait y renoncer, autant valait mourir.

Quel hasard, quel événement, quelle révolntioii pouvait lui rendre ce que de Prosny voulait lui arracher pat* un caprice, par une fausse délicatesse... par un vol? car du côté de la moralité de son action M"« de Prosny était parfaitement tranquille. En ee moment elle ne prenait rieft 6 son neveu. Le père de Silvestre hi avait fait perdre près de cent mille écns, et à supposer que ces cent mille francs appartinssent à son héritier^ elle ne faisait, selon sa conscience, que reprendre son bien. Au milieu de cette passion aveugle qui remportait, M"« de Prosny n''eât pas gardé un liard à son neveu, si elle ne se fût pas cm le droit de s^emparer de tout ce qu^il possédait. EHe était aussi sincère dans sa passion que Silvestre dans son sentiment de dignité; elle était convaincue de son droit, et avait pris la résolution de le défendre implacablement.

De Prosny ne fit pas toutes ces réflexions, il sentit que sa tête se perdait dans le conflit d'idées et de douleurs qui s^agitait en lui, et dit à' sa tante:

„Demain, nous reprendrons cet entiretien; demain, j^aurai décidé ce que je dois et ce que je veux faire: jusque-là, je ne vous demande qu^ine grâce, c'est de ne pas quitter cette maison sans m'a voir parlé."

La tante se détourna avec dédain de son neveu, une fois encore vaincu dans la lutte qu'il avait engagée avec elle, et Silvestre retourna dans sa chambre, la tête et le cœur perdus, et avec cette pensée qu'il était enfin arrivé à ce dernier terme du malheur qui n'a dliutre asile que U mort.

f nr no voLiniB pbbmibr.

^iiixU SSonlit.

▼OLUKB n»

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