GRIMMA
IftPRIMBRIB BD BORBAU d'EDITION.
xm.
Il y a, ûmé les hommes profondément convaincus^ JiiBe assocance qoi lait souvenl leur forée el qtidqiiefois l^r faiblesse. Lorsqu'ils sont persuadés de la justice , de 4fi dignité, de la néeessité de certaaes actions, ils établis^ sent eo eux-mêmes des raisonnements qui leur paraisseil ioeéstslibles; ils se les disent, ils se les répètent, ils «^jq^ ^andiasent si bien quHls ne i^utent pas un moment d|i ^noeès de ieor éloquence. Il arcive pnènie que, I<Nrsqii^lB eat fiencontri une première résistance, comme venait de le fiiipe Silvestffe, ils imaginent que c'est parce qu'ils n'ofil pas Eût valoir toutes les bonnes raisons dont ils soni pleins, qu^ils n''ont point réussi.
Ainsi, lorsqu'^après quelques réiezions Silvestre se demanda la conduite qn^il devait tenir, il ne considéra point comme un obstacle sérmiix le ve&is de sa iante de \\â rendre l'argent dont elle s'hélait «mparée* D'ailleurs, et il fani le reoonadire, lorsqn'^Bn tomme éprouve par la pen-» sée le besom impérieux de se mettre en face d'nne position oà il va jouer JM vie, il a evifers lui«4néme des «ondes«-
tendances inexplieubles pour se" persuader qu'ail arriter# aisément à la position où il veut arriver. Expliquons cette réflexion par un exemple.
Silvestre voulait à tout prix rendre à M'** Dnrand l'argent qu'il savait venir d'elle. Cette restitution, il tou' lait la faire éclatante et vengeresse. Blessé dans son orgueil, blessé dans ce sentiment profond et irrésistible qui l'avait entraîné vers Sabine, il espérait bien lui renvoyer rinjure par la fierté, la pitié insultante qu'elle avait eue de lui par le dédain .avec lequel il la repousserait. Tout entier a cette idée, Silvestre oubliait qu'il fallait, pour la mettre à exécution, commencer par vaincre la résistance de sa tante...* „Cette résistance, s'était-il dit, je la brisen\.^ — Comment? — Il n'y avait pas pensé, liais, dans les arrangements qu'il prenait avec lui-même, il la eenptail eomme vaincue. ^
Il en était à ce nohîbnt de Silvestre eomme de eerttins mécanidens théoriques qui rêvent un résultat immense, qui le prévoient, qui se complaisent à l'admirar par avance et qui, ravb de leur génie, négligent nn méchant petit rouage qui ne s^ajuste pas à leur invention, mais dont ils dédaignent de tenir compte. „Ceci, disentils, est l'affaire des manœuvres de la science.^ Puis il arrive qu'*à l'heure de la réalisation de ces magnifiques projets, tout manque à cause de ce petit obstacle si dédaigné, si facile à vaincre.
Ceci n'est-il pas aussi l'histoire de beaucoup de nos grands hommes politiques qui ont des idées merveilleuses en faveur de l'humanité; des grands hommes qni, si on ks laissait faire, disent-ils, rendraient en un coup de baguette les peuples libres et dociles, moraux et énergiques, laborieux, économes, tout ce que vous voudrez? Meltez-^lcnr
en mam le mécaDisme gouvernemental, %l touies «es -su*» blimes théories humanitaires tombent devant la p)us petite iMAUvaise passion qui se met en travers de leur action.
Mais que nous importe à nous, les grands sots et les gtvnds fous d'^un monde dont il ne nous convient point de parler? retournons à notre petit personnage; a notre maître olere^ ONsant aussi de la théorie passionnée, se posant ea héros , s'élevant au sublimé de la résignation et dn désintéressement, et prévoyant quMl laisserait au cœur do Sabine un remords, aine honte, et peut-être -un regret.
Si Ton me demandait pourquoi je ^semble rire de SUvestre, si malheureux, si bon, si désolé, je dirai que si je ne le prenais pas ainsi à Theure où je le vois seul <^bos sa ehambre mie et glacée, se débattant dans TailVeuse torture fu^il éprouve, il faudrait pleurer et crier avec lui:, et que les larmes et les eris d^un amour désespéré ne plaisent pas toujours à ceux à qui on les fait entendre.
Combien étes-vous de ceux qui me lisent, qui ayes une sinc^e pitié de ces douleurs qui ne touchent à la vie qu'à Tendroit du cœur. Certes, celui dont on raconte la ruine, dont on dit la misère, Texil soit de la famille, soit de la patrie, celui qui est frappé par la mort de ceux qu'il aime, celui enfin qu'^atteignent ces malheurs qui ont pour ainsi dire un corps saisissable, celui-là on le plaint, on jurait honte de ne pas le plaindre.
Mais celui qui ne souffre que de sa pensée, celui qqi s'^est fait une douleur que personne ne lui a apportée, celui qui s'^est donné les espérances qu'il perd, celui qui erie à la traliison quand on ne lui a pas fait de serment, celui qui acceptait facilement hier IfT position qu'il trouve exéerable aujourd'hui sans que rien semble y être changé, ^elni-'U on le trouve insensé^ quelquefois ridicule, presque
Kwjours irtt)értittént, iét je àe votidralri pttS qu'on CrèÉVll loua cti' défaatis à vktiH SilvesCre cfa^ j'aime piirbe ipï*Û aime, et parce qtCW a^me sai» i^isoit^' siifis ttroits, Mmii espérance, connne on aime quand on ei^t Jeotie, quand le e(Bur est si bien plaidé qu'il se sa^ f ^al^ de tons les Cteurs. ,
Plaignes^ donc l^lvei^ti'e et ne riez- point dé In!, p^toé qu'il stf promène tonte cette nnît, Vàbïl en terme», {Mlt^aM \ànî haftft, faisant des discouts à' Sabine, à M. Sîmon; à isr tante; pnfe s'an'ètant tout à coup et i^tunff Im in éfr llt , eottîme' éfbné^ à la place où il S'^cst àrtéfé. Aléts viennent lés f'etôUrs snr lui-mênrié, alors il fait tfnssi le remafr éé lén drenir, si, au lieu ^étre le misérable clefc de M. St^ înôtt, il était ce quH etft dâ être. Voyez tons les^jonW ii^eins qui se d^^onleiit devant lui, voyez ces éotMs» amonrsf ofi le bonbenr seul a s^ ^Taee, et cet aven qm M fait Sabine, et l'ivresse t^'il en ressetiitb Quelle efaatMilt^ nnion Ta les suivre, comme elle est belle sous sa parure de fiancée, comme il est fier lorsqu^avec Ini eTFe pN^nèttfe dans cette église où tant de regards Ini envienf sa divine conquête î
Pttia^ tout à coup quelque chose d'afFrenX, qkidque cbdsc de glacé et de brûlant traverse ce rêve el IVfbat, el le tue, et l'anéantit, et l^fTrcuse réalité se lève à sa plaeei, comme ces squelettes hideux qui se dépouillent tout à t&ttp de leur visage de cire, de leursf voiles bluncs, de leur vie d^empmnt, de leur voix enchadtêresse. Alors l'tnfbilniifi qui les at)erçoit pousse un cri terrible et tombe en Ée d^ battant devant le spectre qui le Saisait de sa main f^ofdcf ^ insensible. Ainsi fhit Silvestrë; iî quitte tout à eo^ Éf^ immobilité pour crier, pour bléspfifémer, pour se dÀàftre: C'est que te squelette vient de se montrer, e'est que t»
iiiUèffe^ e^t ^ae le dédahi do Sibiwe^ tk an pitié plis iaflfiUaiile oÉcore qie son. dédain, c*esk qu« son omêmr po«f «a autre, c*'e8t que M. de BelteataT) vwnoeat loat à toaat^ de se iresser devuiit loi.
Oël le inalhearen)^... le nUillieiiftajb.. qu'ail 4oit
Mais pourquoi pease-t<«il à teot cete^dmiit oerlaiiteé' pgfmmes. Vo^ts qui padez ainai, aiises^vous, on bien aves^out aiÉié:? — l^on» -^ Nen? en ce o«B' je m vens:
Cependant la nuit se passait, et Thetire veoait; eà 9k^ bnljreceififlwnoetf rexplieatieii entre Silvevtre et M*'* de fnmiKff. Celle^i ne dormait pes non pte; die entendait et les gémissementa, et les erts<y et les paroles de Silvestre. Phisierae foàa elle arait furtivement qmité eoa lit pour Texaminer, et, à travers la porte vitrée qui les. séparait, elle avait vti qu'il avait laissé onverle ki porte de sa ehambre par laquelle il pouvait surveiller le porte d*entrée dô «ont l'^pertemeei. Cette préeautiea avait averti la vieille tente que Silvestre avait pris la nésolutioa de ne pus \m laisser sortir sans lui avoir arraobé ce qu'elle eonsidérait femme sa propriété.
En présence de cette résolution, M^'^ de Prosny avait réfléoki à sea tour. EUe avait considéré que lé pâqiMt arait été m per le portier, par Radinet, qui Tavait avortb qttà était dans la loge. Elle s'était rappelé qoé le sôoieripliou de ce paquet porlmt: A M. Silveatnt de SVosny (à l«i seal),' et que Sflvestre^ décidé à faire hi restiMioir de ee c||ni kri aivail éié envoyé, ponvait iovoqaer eés*té«» meiimages eentre eUe. Ceinme elle se sentait bapable de tout faire pour garder cet argent, elle supposait son neyeb eepebie de toni tenter pour le lui enlever.
Dans oette decurrenoe, M^ d» Prosny, 4111 a'aveî^. qu'Anne idée, qn^un espoir, c^était de s' échapper 4e la raai-* 8OB de son neTea pour aller se cacher dans quelque ■ qitarr* lier ignoré, et sous un faux nom, s'il le fallait, poa^ jouir en paix de sa nouvelle fortune, M^^^ de Prosny se décida à un sacrifice: c'était véritablement un sacrifice, et il seiCMi difficile de dire toule la peine qu'ail eansa à M**® de Prosny. Elle en calcula la quotité bien longtemps et avec de teiri-* blés angoisses. Le premier mouvement fut ée se dire^-
^Eh bien! je lui rendrai un tiers de cette senune |Mar Mnver le reste..."
Mais lorsqu'il follnt séparer cette portion de la buisav des billets de banque qui composaient les cent mille francs, ce fut pour ainsi dire on effort impossible.
Puis arrivèrent ces calculs inouïs que la rapacité en-> tend si bien.
Et d'abord il était parfaitement maladroit de diviser cette somme exactement.
„Qu'est-ce que trente^trois mille francs? on n^nvoie pas trente-trois mille francs, on en envoie trente. C'est ce qui s'appelle une somme ronde."
L'autre somme n'était pas probable. Ce fnt là le motif de la première déduction que M"® de Prosny fit i son profit. En second lieu, elle se dit que puisqne ce qu^elle devait rendre à son neveu ne devait pas lui profiter, c'é^ tait la dernière des niaiseries que de les restituer à la flUe du voleur Durand. En effet, que voulait M"* de Prosny? persuader à Silvestre qu'elle lui avait rendu toute la somme envoyée, et dès qu'il serait sorti pour en faire tel uâe^e qu'il lui conviendrait, quitter furtivement la maison et me plus reparaître.
En cette circonstance, on pouvait lui avoir aussi bim
OBVoy^ dix «iUe, euiq mille) trou nièle .firaoes comaid etmi nulle; un don, one aiiaiôae 4e cette somme sont d^i* <|es cho9es fort râpes, et Silve»tre devait trouver que clétoit beaocouj^ que trois mille ft^ancs dans sa misérajilo po«* sUioA. Denx «nnées de ses apfointemeftts, c'élmt pres^pio use fûrtone.
Oui, il y eut un momeot od M'^® de Prosny détacha trois mille francs du paquet énorme qu'elle avait enfoui dans ses vastes pookes pour le remettre à de Prosny.
Pmis, quand eUe ^ut fait ce sacrifice, elle pensa c^ de Prosny ne.pourrait pas croire à vne si misérable resti*^ Itttion, et die ajouta un second billet, puis deux.
C'eût été une chose curieuse que de la voir, dans k nuit, assise sur son lit, passant et repassant chacune do ces légères feuilles de papier entre ses doigts, pour s'assarer qu'elle n'en mêlait pas deux au lieu d'une. Longtemps elle s'arrêta a la somme de cinq mille francs comme isttffisante, comme probable; mais à mesitre que le moment d'accomplir le sacrifice approchait, elle tremblait que Silvostro ne crât pas k ce qu'elle allait lui dire. Certes ce ne pouvait être pouf une si petite somme qu'elle avait fait la résistance qui l'avait exaspéré. Alors et dans ces moments où il lui semblait que tout allait lui écliapper, elle repre* nait tout à coup trois paquets de dix mille franos, remet-* tait tout le reste dans sa poehe, et s'évertuait à se persuader qu'dle ne pouvait pas faire autrement.
Ibis l'instant ^ni suivait cette résolution ramenisii la lutte entre la crainte de ne pas assez rendre et le déaeapoir de rendre quoi que ce soit. Alors elle commençait de nouvelles combinaisons! elle remplaçait le paquet de dix miUe par le premèer petit paquet de cinq mille, et cela ne ftûsatt plus qne vingt^cinq mille francs. Puis elle si^ri*
mnt encete «h ptq«ei^ et rjMiirai^ m rcstiWion- à foiflie niiie. €liMiMi« d0 ses ééotsIoM éiail prise après t^ Uk^ gfàês réiexions ^ et eatéootée patïr • mouvemeatd mpidts^cl nerycuxv Càfleumecle ses décisîoas ^tait îrr^viNuibleN, «Il eUls^se diMii: ^Yetià 4«i «pt bien; e'^esl fioi,^ my peasoA» plus!^^ et elle remcUait sa tête sur son oreiller pour têc^ar de rêver à aiitîro' chose ç mais la pensée qai h tenaiO ainsi a« «ouf oontifiuait de la ronger, et totfte cette «oit ad passa pMwr eH« dans des co»vnlsions doulottrenees, ajo»^ Umt, retranchant, oalcukint^ toujours méco»toiile^ toiajours lisemblantef mais sans «{u'^nn seul moment la fiipiité, IVèion*^ neur, le bonheur de SilveMro entrassent po«r tien dans ses inquiétudes. RestiUier assez pour pour^ garder le reste ) et surtout ne pas restituer trof^, voilà ce 4«i occupa ht longue nuit de W^^ de Prosoy*
Il ne faut pas oublier ce qxie nous atons déjà éâk: o^eiM qu^il ne s^était pas élevé un doate daas Tesprit» èe Itf^ de Prosny sur le droit qu'elle avait do^ s'^eraparer de eél argent. Bn ces sortes de choses, les femmes, lea jeunes comme les vieilles, ont des idées Irancliées quHl tte faut pas considérer comme manquant de probité naturelle, Mais qui sont tout à fait condamnées piar k. loi sociale qu^eltes ignorent le plus souveiil, ou doni leur uaiurec if«» réHéctfie ne reut pas tenir compte.
Ainsi la plus honnête feanue vous &a : „M. *** m?a volée, je trouve une somme qui kii appartient, je la garde^ e^eM ^slice.^ Ëlte vous dira cela suas avoir un lAbment k pensée qu'elle ne fait pM wà acte juste, loyal, irréprochable.
Si je dis tout cela, ce n'^est pas que je veuille exe»« ser l'action de W^^ de Prosny^ je veux seulement oxpliqÉw couuuent \ï se faisait qu'une femme qui^ nudfré lee vieeu
d« cdmslève qi>e U nature hak àvtit dènoës et f «e la mi* èère ayall sens? écwle âcenifi, n^aT«it jmiais abanëonné les l^fif^ipeâ^ de to phi» exeete prebiC^; je ve«x, dis^je, expii-* qoer eoMiment ik se fatsail que oette femme pâi être peus« Sëe à> commet^m tme aotm -qui pou¥ful presque passer pour un Toh
Bnfin te jour armai, el de ftrt k bruit que fit SiiTtsIffe en «pprecihant 4e la ctembre de sa tente qui at réift 1« etalflfre de le somme* qui allait toi être restituée. Smà ea*^ tinée fixr pe«r ainsi dhpe cette fluotoelie» ineessante, comme un froid excessif qwi saisirait tout à ooup une onde sans cesse Sf^t^e et In tiendrait immobile dans le forme qu^elle eût perdue une minute plus tard.
Lorsque Silvestre rentra éans sa chambre, M"* de Prosny le laissa s'approcher et resta couchée dans son lit, sma se tourner rers lui.
,,Ma tante, lui dit Silvestre d'aune voix douce et pleine d'émotion,, avez-vous bien réfléchi à ce que je vous ai demandé? avez-vous bien pensé qu'il était indigne de vous pins encore que de moi d^accepter les bienfaits de Ta fille de rhomme qui nous a dépouillés? Quelle que soit la somme qui nous a été remise, elle ne peut, elle ne doit point égaler ce que nous aurions le droit de réclam,çr justement. Donc si nous l'acceptions, ce serait nous tenir pour satis&its, ce senrit nous considérer comme sufBsam«« ment indemnisés, ce sefait abdiquer le droit que nonë avons de dire que [Insolente fortune de M''^ Durand est le frësultal de noti'e spoliation. Vous avez réfléchi à totfl *cela, n'est-ce pas, ma tante? La seule richesse qui nous resie, crest n^re dignité daus notre nmère» S«figez*y: Vfl^ Durand serait trop heureuse de nous arracher ee der^ fA^r avantage qui fait qne e*^sl à eltede rougir devant
JS
ito«s^ N'est^e put, im tanle, que yo«i ne voudriez pan vous faire subir rkumilMiltoii d'avoir à rougir devaot eUe? Croyez-moi, je ue vous en veux p^ de te que vous avez Mi hier. Dans la pauvreté oà mmw sofames plongés^ je OMtpnenis que l^espoir d'*uB «eiUeur avenir voua eât faii oublier toutes les raisons qui nous forcent à refuser ceHi^ iitsotoiite aumône. Mais maintenant qne vous avez réfléchi, maittteaant que, phiSv calme, vooa avez pu considérer oe qse n«QS perdrions dHiOMKttr pouf queues misérahlea billets 4e mille franes,^ vous ne refuserez plus de satisfaire à ma demande; vons me rendrez cet argent et je le ren* drai à œlle qui vous a fait, ainsi qu'à moi, cette suprême insulte.^
M*^* de Prosny semblait ne pas avoir entendu ce que kii disait son neveu. Seulement elle tira lentement un bras de son lit, et tendant un paquet de billets de banque à Silvcstre, elle lui dit:
„Faîlcs ce que vous voulez; c^est à vous que Ton a fait rinjure, allez le rendre comme vous Tentendez: allez, monsieur, et laissez-moi sur ce lit d^où je sens que je ne me relèverai plus.
— Ob^l ma tante, s'écria âilvestre en prenant les biUets, merci, mille fois merci; et maintenant, demandezmoi ee que vous voudrez. Pour vous payer le sacrifice que vous venez de me faire, je travaillerai la nuit, je travaillerai le jour, je remplacerai par toutes les privations gu'il vous plaira de m'imposer la privation que vous voua ifjuposez vous-même.^
Il prit la main décharnée de sa tante, et. la baisa avee jpaodnnaissance.
H'^ de Prosny fut un moment émue, un véritable ?e«
If
fiHirds se glissa davs soi ccmf , et elle repOassa descement Silvestre en hii disant:
^ Assez, assez; allez rendre cet argent à qui vous Ta donné. . N'ajoutez pas un mot de plus: toos devez contprendre combien, après ce qui s^est passé entre nous, Une ^«s longue explication me serait pénible. Fartez, Silvestre, parlez. Puisque c'est votre dessein de rendre 'eet argent, plutôt vous le ferez et mieux cela vaudra.
— Oh! ma tante, dit Silvestre, ce n'est pas comme vous vous rimaginez que je lui rendrai cet argent; ce ne sera pas à elle seule, de façon qu^elle n'ait à rougir devant personne de ce que j'ai à lui dire, de façon à ce qu'elle puisse nier que c'est elle qui l'ait envoyé. Non, non, ce sera une œuvre de justice et de vengeance qu« j'accomplirai à la fois. Soyez-en sûre, ma tante, ell» aura aussi sa part des douleurs qu'elle nous a fait éprouver.*'
M"* de Prosny ne répondait, plus; Silvestre s'approcha d'elle et lui prit encore la main.
^Et maintenant, lui dit-il, pardonnez-moi... pardonnez-moi la violence que j'ai montrée hier. C'est le transport de la haine que j'éprouve pour cette..." (il ne prononça pas le mot, car sa bouche se refusa à dire ce qui mentait complètement à sa pensée, malgré la comédie quil jouait) et il acheva en disant: „Pour celte... M'^* Durand."
Ce ne fut qu'à ce moment que M^^^ de Prosny tourna les yeux vers son neveu. Il y avait dans ce regard un ricanement méprisant. La vieille fille ne se trompa point sur la prétendue haine que Silvestre disait ressentir pour Siibioe. A la haine véritable qu'elle-même éprouvait pour eelte jeune fille, elle avait reconnu l'amour de Silvestre dans sa colère.^ Cette pensée fut s nr le point de rompra
le calme appereiit qa^éHe^étak imposé;. imUe injures pcmi^ Sabine et pour son neveu boinUonnèrent en elle et monttèrent pour ainei dire de son .cœvr à ses Ihvrés^ mais ^le se contint encore et pàrriot à dire d^ne voix itMCK calme:
„Vous avez ce que tous voûtiez, je ne vons demmyie phs mirtntenanrt que le repos. Emportez cet argent, il me fait mal à voir.^
Pour la première fois, Silvestre regarda le paquet qui lui avait été remis; d'un coup d'œil il apprécia la somme: il devait y avoir et il y avait en effet vingt mille francs. ]|Ne JQ Prosny Texaminait d''un œil assez ardent et assez inquiet pour que Silvestre eût deviné qifil était trompé s*il avait pu surprendre ce regard fixé sur lui; mais lorsque! releva les yeux sur sa tante, elle était rentrée dans son apparente immobilité, et, en présence du sacrifice qu'elle venait d^accomplir , il eut honte d'exprimer le doute qui •^élevait en lui et cette parole qu'ail allait lui adresser: „Est-ce tout?^ cette parole expira sur ses lèvres, et il quitta la chambre en disant à W^ de Prosny:
^e vous remercie, n^a tante; car maintenant que c^est fait, je peux vous le dire: si je n''avais pas pu rendre cette somme aujourd'hui même^ je vous le jure, je me serais fait sautent la cervellel'^
Puis il rentra 4ans aa chambre, triâte ^le la Inistesse qui était le fond de sa yie^ mais. saVisfoit de U victoire qu'ail venait de remporter*
Quant à M^« de Pro9ny, elle eut bien quelque émotkm éêa dernièrea paroles de 84m nerou; vmî»^ la îoie. ift^ette éprouvait du succès de sa ruse, lui eut bientôt fait oublier «le petH incident flcheox qd poayiiit tronbler sa bonne feiv-
•inné, et elle attendiit avec ane nouvelle anxiété ie moment où Silvestre quitterait la maison, pour ponroir t'en ^happm* après lui.
1er jantlor 1844.
Hier, -c^était dhnanehe: sans cela Silvestre eiHt sans éoufe quitté sa maison de bonne heure pour se rendre ii eon étude, et Dieu sait si, le cœur rempli comme il l'^avail <de ressentiment contre Sabine, de désespoir sur lui-même, Dieu sait, dis-je, si, s'étant trouvé en présence de M. Sifnon, ce ressentiment et ce désespoir n'^eussent pas éclaté avant Theure quil leur avait fixée.
Au grrand étonnement de iH"* de Prosny, son neven ^ssa toute cette journée chez lui, sans paraître pressé de faire cette restitution qui, avait-il dit, était nécessaire a son bonneur et à sa vie. M^*^ de Prosny était demeurée dans son lit, toujours muette, comme si elto avait craint qu'aune parole ne trahît le secret de sa supercherie; mais pins patiente qu'elle ne l'avait jamafs été, parce qn'^elte avait pris une résolution inébranlable, elle ne hâta en auenne façon la sortie de Silvestre qu'elle attendait avec une «ruelle anxiété.
Cependant l'heure du dîner étant arrivée et M"« Jde Prosny ayant manqué aux soins accoutumés du ménage, elle engagea Silvestre à aller se pourvoir ailleurs, en Ini disani d'une voix doucereuse :
^C'eâl bieft assez que je sois MMilade, qiie deviea^ ilrions^AOtis, mon Dieu, si lu tétais asssi?
— Je me passerai fort bien de dîner, lui avait dît son neveu.
— C'est ce que je ne veux pas," reprit !!"• de Prosny.
Et faisant un effort qui semblait au-dessus de ses forces, elle ajouta:
„Je vais me lever, je vais sortir pour l'apporter ce q«'il le faut."
Silvestre Pobli^ea à demeurer dans son lit, et commo élie insistait vivement, sous prétexte de sa santé, il se défida à quilter sa maison vers cinq heures du soir, autant pour satisfaire à Tintéret apparent de sa santé que pour s'arracher lui-même à la torpeur douloureuse où il était tombé.
C'est que celte journée avait été pour lui un bien horrible supplice; c'est que son âme s'était fatiguée à soiii^ frir toutes les douleurs qu'enfantaient pour lui sa misère d'une part et son amour perdu de l'autre. Mais il est inu^r lile de raconter tous ces tourments d'un cœur désespéré; il faudrait des volumes entiers pour faire comprendre aM lecteur cet incessant mouvement du malheur sur lui-même; celte tempête toujours pareille et toujours diverse, où, comme les flots enfermés dans un lac étroit, les mêmes passions s'agitent sans cesse sans retrouver jamais la même forme. Laissons Silvestre en proie à sa doulenr, méditant les résolutions qu'il avait prises, et entrons dans le saloa de M. Simon.
Il est neuf heures à la pendule; il n'y a que quatre personnes dans ce salon, M. Simon, sa femme, Sabine et M. de Bellestar. C'est une cruelle comédie que celle qu'4
Kuti sQurent jouer pu feoe du mondç, m^^ c*es( «ne co» méëie bien plus, cruelle encore celle qu'il faut jouer dans rinUmii^* Aia$i doa<f voilà en présence les ans des autces^'
, D'abord M. Simon, qni avait désiré pour sa pupille un mariage qui lui donnât un grand nom, une grande po« sition, une grande fortune; un mariage qui le dégageât, lui, de la prolecliou qu'il devait à Sabine et qu'il sentait impuissante pour la défendre contre les récriminations qui la poursi^VTaient. Ce mariage, il Tavait obtenu; et ce* pendant, malgré tous ses efforls, notre avoué était triste, préoccupé; de temps en temps son regard cherchait le re<^ gprd de sa pupille, il semblait vouloir épier dans ses yeux une trace de ce mécontentement, de cette tristesse qui remplissait son propre cœur; c'est que M. Simon sentait qu'il avait satisfait, pour M"® Durand, à tout ce qui est raisonnable, prudent et convenable selon le monde, mais quMl avait oublié ce qui est bien fait selon le cœur. Dam tes jours où il se laissait aller à plaisanter avec les termes de sa profession, si on lui eût demandé ce qu'il pensait de ruttion de Sabine et de M. de Bellestar, il eût peut-être répondu:
„Tout cela est fort beau, mais le bonheur ne signera fM an contrat/'
D'un autre côté, c'est W^^ Sinon, une âme char- «naàte, un coeur intelligent,, qui comprend que le malheur eîA autour d'elle, sans se sentir la force de le eombattre. JBlle avait exigé de son mari la terrible épreuve où Silvestre avait failli succomber, car elle avait deviné l'amour de. Silvestre et l'amour de Sabine, elle avait espéré que de cette épreuve s'échapperait un cri, une parole qui dirait & ll..Simoii qu';il tuait ce jeu^ homme si noble et qu'il aîr
AV JOVB Ll JOVB. T. IL 2
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«Mit lait^ elle «fiét espéré q«e ee «rî irait Jiisqii'ta cttar âe ta pii(Hlle, «t y ferail parier la voix ^ lai|uel>e elle w»^ peaait mlenee; e^e espérait enfin c^ue, cette double barrière une fois rompue, tous les obstacles seraient bieatèl brisés par ces deux amoers libres alors d*aller l'tm vers iMutre,
L'épreuve avait eu lieu, le désespoir s^étalt montré, nais il n'avait pas dit le mot attendu: il n'y avait en qir^utt bomme qui s'^était tordu dans la douleur, sans dire oà II avait sottfTert. M"*^ Simon n'avait réussi à rien qu'à fiire dû mal à un cceur qu'eHe eit voulu consoler et guérir. Elle aussi était triste et préoccupée, elle aussi sentait les tarmes lui venir aux yeux à chaque instant; alors elle se Toprocfaait sa faiblesse et son manque de courage. Malgré tonte la tendresse qu'elle avait peur Sabine, elle comprenait hi pauvreté de son affection pour elle.
Un amour qni n'avsit jamais pu parler en elle parce ^?îl avAÎI été sans objei, nn amour qu'elle avait souvent l^ewé de «e pas pouvoir ressentir, l'amour maternel très- 4eiUail pour ainsi dire oenline va remords jusqu'au fond de ses entrailles, et il y avait des moments où elle se disait à elle^ml^nie:
„lfais si c'était ma fille, je ne la laisserais pas ainsi «aiioher à son mnMwr/^
fille se disait eela, die s^aconseit de ne pas ftirs povr se pupilte ee qu'elle eût foit pour sa filfe; lAais les iérces vives de ce saim amour, de cette sublime passion ée la feolMe, manquaient h celle qui n'était pas mère. BHe ^yail Sabine souffrir, et «ne souffrait de sa donlenr^ nmis il y tmH un «onde, du regret que M^ Simon épronvail, -M ééeespoir et A k eolèfe 4\tne nère qni voit soofMr
mn «dbnl^ HP^ Simon était malheureuse, mais elle fe iaîsait.
Ei SalHM^ âme forte et résolue, elle avait accompli i»êk le sacrifiée, elle avait accepté la main de M. de Bel* kflUlar; at deux jours après ce consentemeat dooné, elle savait, sans en pouvoir douter et après s^étre sinoèremeikt interrogée) qu^elle. avait accepté Ja mort de sa vie. Oui, c^était bie» ce qu^on peut appeler la mort de la vie; ear c'était un avenir où rien ne devait vivre de ce qui faii les joies célestes du cœur.
En effet,* ôlez Pamour à ce cœur, et dites*moi ce qui lui restera quand la femme est orpheline, quand la mé* n^oire de sa famille est une honte, et quand elle se croii le droit 4le penser qu'elle est «délaissée par ceux qui devaieol Itti remplacer cette famille. Dès ce moment, Sabine com«* mençait pour ainsi dire la vie à laquelle elle s'était condamnée. Elle se posait dans Torgiieil de cette noble alIÎMee, eHeéceulait avec une sorte d'avidité curieuse le déAombvemenfe de eelte immense lorlùne ^ allait âtfe la sienne, 6He se mettait déjà iaas le r61e de k femaie ^ui devait être la plus éclaiaaAe, la plus célèbre^ la plus ea-* Viée de Paris; et quelque chose ajoutait tout bas: Et la plue malheureuse.
Quaai à le pensée 4e Silv^estre, elle devait lioateuseméat chassée de son cœmr. Comme le pèffo désolé qui met hors de »% maison Tenfaat qui a manqué è ses devoirs et qui défead à tous ceux qui l'entourent 4e proaoacer le aom du maudit « 8abioe s'était dit à elle-^mêsÂe qu'elle ne voulait plus penser à fôlvestre. Mais le père qui impose silence aux sieas dit que o^est pour ae pas s'irriter davan-i> tage qa^il refuse d'entendre dans leur bouche le nom de son fils proBcril< Il méat et ne 4rompe 'persoaae, c'est
|>oiir ne pas -pleurer devant ceux qui prônoacéraieiii te nom. Ainsi Sabine se disait dans sa fierté qu-'elle ne vou-^ lait plus penser à eet homme qui avait trompé ses rêves, parce qu'il était indigne qu'elle pensât à lui; elle mentati iussi, elle ne voulait pas penser à Silvestre pour ne pas sentir qti»le Taimait.
Les voilà donc tons trois, gtns de biep et gens de ecaur, Tbonnêtc homme intelligent et bon, la femme charmante, douce et affectueuse, la jeune fille noble, forte et résignée, les voilà tous les trois, mécontents chacun de goi et des autres, séparés par une douleur sincère et que nul n'a le courage de dire tout haut, pleins de regrets et presque de remords, ks voilà tous les trois tristes et malheureux, et voici enfin M. de Bellestar, tout gonlé de sa joie, de son triomphe, de sa grosse fortune, de son gros amour, de son énorme fatuité, de sa colossale impertinence. Il est à raise, il trône, il parle, il fait de l'avenir à sa guise, de Ta venir qui tombe sur le ccaur de Sabine comme tu coup de poing. Il plane sur ces trois êtres dont chaean vaut mieux que lui dans la plus petite parcelle de son esprit et de son âme; il les domine, il leur commande, il tost leur maître, il dispose d'yeux, il leur fait fake ce qu'ils ont honte et douleur de faire.
0ht c'est une exécrable puissance que ceUe de la «ottise qui marche à son but. Elle va devant elle, écnn sant tout ce qui se trouve sur son passage, insensible à toute douleur délicate, cuirassée qu'elle est de vanité et de ravissement de soi-même. S'il fallait peindre par une comparaison l'allure de M. de Bellestar dans cette occasion, il faudrait nous rappeler ces récits des voyageurs qui nous montrent ces lourds et grossiers éléphants qu'un appétit quelconque appelle dans le sombre réduit d'une jungle
«lystémiiae; Pénorme hête ne s'^in^^uiîèle pas s'il y a du «htemin traèé pour arriver au but où elle doil aller, si elle ^ni y arriver par des détours -pra4emiifeBt et lenteineiil isaivis; elle va devant eUe, brisant indifféremment les ariirisseaax avec leurs fruits mûrs, les belles fleurs à peine Miappées de leur bouton, renversant «luelquefois les ar* ■hresiqui seildirleat pouvoir lui résister.
• Oui, c'est ainsi que passait M. de BeHeatar à travers 4Se» seotiiieats exquis et délkats qui «tatent autour de lui; Jlenrtant^ btisant, Ibulant aux pieds .et Tbonnêteté fière el «Kdifie 4o M. Simoii, qui avait si bien compris comment o% Ait le bonbaur d'une fenune, et les doux souvenirs de cette lèomie qui avaiA si bien, compris la reconnaissance qu^on -doit à un pareil homme, et les espérances ^ peine nées de «ette jeune fille qui avait cru: entrevoir 4e ciel où était soe èoBbeur.
iCertes, si Ton eût dit à ee marquis le «lal quMl fai* «ntt à' ceux qui Técoutaient parler, on Teût fort étonné, •No promottait-41 pas à ceUe qu'il aimait tout ce qu'il considérait comme la suprême féUeiké de ce monde? A vrai dtre, ees gens- là ne sont pas méchants, ils sont aveugles: MÛ3, ponr ma part, je ne sais si je ne préférerais pas la ornauté qui calcule ses «coups, à la brutalité qui frappe de- Vf0l €^lle, l'oreille et les yeux lermés.
Cependant M. de Bellestar avait épuisé les fleurs de sa rhétorique dorée; il avait «e qu^on appelle vidé son sac, OU' plutôt vidé le sac de ses ^cus^; car un commissaire |t|^i^eur eût pu oôter à une sonime exacte le bonheur qu'il prédisait a Sabine, en évaluant ^ voilures, les diamantp^ ^n$i obâles, tois donMles^ If s meubles, les maisons de cam- IM*^f )^> dîners, les* fétée^ le» balsiqui ^devaient parer ^tte existence princière. Un siliuws glae^ et g^nief
fégtkàii dan» le sakm. E» effet, M. de BeUestar ûfim eessé de parler, if se' trouvd que personne nuirait lies ft hrf répondre. X. SImèn fegreUait d'avoir fait fermer ^ porte à tout le monde, pour ménager à M. de Bellevtar m 1 M)ine on enU'eiieu où it» poarraieitt ae midnx eewpraah' dre, ae mienK eontoaHre et ae mieiui? appHoleri M; ShnMi a^était singulièrement trompé. Dana nn a^ndie ptoa immniH^eOJE^ tea^ défauts du mapqirifl a'^efTa^ieni qiieli}iie peu. Ainsi, tè brait d^ne irioix déaagréabki didpnraH «ma te inumMHre éea eent voix i|ui parlent auvonr diMIIeç jaMai^ (Nbine «%rait si «emplétemeDl compris fa^eRe Vienaifc de<te MtVy le tide et rinanit^ du e<Mir at^ de la «6te èa tel iemme; eàaenn était embarrassé, el aven» ne m aart wi t in fereé el le a ourage de sertir de œa embarras* M. it- Moii tisonnait, M^^ 8hno« oaebait son impa<ie«ee e« ne penchant sur son métier à tapisserie, et Sabine firoilMail d*«fi doigt distrait «u altium qu^e vegardail, nwis qu^^eUe ne voyait paa: M. de Bellestar sevi, le d^s appuyé à ii eUeminée, se cAïauffanl les mollets, et redresaaiit le ♦otf^ four eaapesé de sa erarate, avait iHiir ravi de lui^miénitfs, torsqn^nn domestique, entrant timidement, annonça è M. SSimon qvTil y avait quelqu'^im q«i insistait pevr être adnrài.
„(}nel est cet importun %<* dit M. de BeUestar en iram*' 'parant toujours avee la môme sottise du droil du maHre et la maison.
Le domestique nîlvalt |iaa yainevent été averti qtfll ne devait laisser entrer personne à l'eiceeption dà marquai, et il avait parfoitement deviné le aens de eeUe faveur apé** eiffle. Aussi 8''empres8a->l-il' de répondre è^ eeini à qui V snpposait le droit de parler danté H nwiaon dé mû maUaè (le valet et le grand seigneah^ étaknt fiiits de la i jl^e)^ anast répondimtr , :
Ce mwKk agila pour maû éir# i*ini «muraMnl coë^ vidfff cevx ^oi Teateséireiil prouoacer. M. SiiBO» releva la lèle en regardant son domeati^pe à'im m alnpébii) coImm «^ étati venu lui annoncer ml uniheur. M.*^ SiMii laissa ^0mkw ton aifuUle, et fixa fa» yeiu anr Salnne, comm prête i ae lever et à hii prêter secours; quant à ceUe-ei^ elle iresaaiUii «ur aa tàaise^ et aï elle n'aét été retenue par eelAe laree de l^uoaAion fui démine les senliitettis lei plus violenlB, elle ei^^uilté le aalon^ «Ue ae Mt e»» Me cMMÉe i l'aapeet de quelque redostakie ennemi ■
A« oWen ée œ trouble général, H. de Bellealar WfA gnrda sa présence d'esprit, et avec la même impeitinenet qtflt ivniâl«Ése dkins It fu^rtlen^ il il aa domesl^ue la sVwaHse awrenie ?
yJStk bieni dites a ce monsieur quil repasse une autre tohi que M, Simon ne peitt pas lé recevoir.**
Mais ce petit incident avait pour ainsi dire détruit îe charme sous lequel était notre avoué. Depuis une beure, il éprouvait un invincible besoin de se débarrasser du pouvoir assommant que 31. de Bellesfar exerçait sur ses sentiments et sa volonté. L'^arrivée de Silvestre, sans qu^ll ea sût le motif, sans qu^tt en pût prévoir le résultat, pouvait amener un changeaient quelconque à la situation où ils étaient tous placés, et ne dât-elle que rompre Tem-^* barras du moment, M. Simon iHiccueillit avec joie, et dit rapidement au domestique:
„Non! non! faites entrer M. de Prosny.^
?m ae topmanl vera le marqnis, jl i^nta., comme fMT eseener iWr^ gn^il- venait de «donner :
\JA «'«agit peutr^re «Taffakes tcès*4Hftp9rtantes.
-- Oui, oui, dit ll"H Simon d^ane voix empressée et ^ttc, fiittes entrer M. de Prosny.^'
L'aceent de cette voix é*ait pleine de milie eapëranet» confuses; c^est comme si elle eût dit:
„Yoici qu^qu^un qui ▼a noua, sauver, voici quel* qu^QB qui va noos tirer de la mauvaise action que -ntms allions faire.^
Quant à Sabine, elle était demeurée immobile, pâle; Ironblée, la respiration, haletante, le coMir serré et la tête perdue. M. de Bellestar s'en aperçut, et^aveo cette infatigable peaaévéranoe de la sottise qui ne manqne'^wns imm a!ie«asion d'être, sotte, il lui dit d'un, air supéoie^tfemeiit protecteur;,
^Pourquoi voes troubler ainsi? Ce meeaÎMir tient 4ans doute faire part à M. Simon de sa boiMM forlitte^ TOUS avezi bien le droit de vous amuser de tontes les suppositions qu'il va faire et de toujtes les saittis^ qii^il va dire."
A ce moment, on annonça Silvestre; il entra pâle, défait, Tœil sombre et éteint; il avait Pair d'un spectre.
L'annonce de la venue de SiK'eiire avait - viveneal firappé M. Simon, sa femme et Sabine; mais elle les amnl drappés chacun d'an sentiment différent; aOn ^apparition les
^^a toof du ttiéime effroi. If. de Mletlftr liri<4iiéiiie teM stupéfait à l'aspect de Prosny, dont la pâleur étMi effrayante, dffitti Tifiil ftxe el atone sembiaii ne pkift voir, dont- la lèvre frémissait d'an trembloMe^t eofivulsif:
Il Mratt dîMcito d« eomprendre «pi'nn homme du-'Oftr Tactère de Siivestre n'eât paslranvé en lui pins de foreè jpour accomplir une résolution lottgtcMps méditée et ari^é^ tée irrévocablement, si nous ne disions ce iiui avait d#nné i de Prosny cette émotion inoaïe peinte snr tous ses, traits.
Lorsque Silveslre était venu ohea Mé Simon, le rôle qn*il devait y joaer était tracé d'avance par lat; ce qu'il devait y dire était Ibrmellemcat. arrêté dans ton esprit. Comme cela était arrivé les années précédentes, il avait compté trouver" beavcoup de mondé dans^ te sa4on* de M^ Simon. En conséquence de cette sopposition, il avéil arvaagé an récit tout a fait moqueur et dédaigneux, . ton! plein de ces épigrammes préparées de longue main , et qpi ■e trouvent jamais leur place à Pheure où il faudrait les ^e; il avait enfin fait sa scène d'avance.
Lorsqu^il arriva tt qu^il voukit entrer chez M. Simon, iXMnme il en avait Tbabitude, le domesliqne qui veillait à Tantichambre l'arrêta en lui disant que M. Simon ne pou«vait le recevoir. Dans la fâeheuse disposition d'esprit oA se trouvait Silvestre, ce premier obstacle l'irrita d'abori, parce qu'il empécliait l'exécution de son projet^. et afrda eet premier mouvement, il s'en irrita eneore plutf^ parce qu^il hnaginaqne rinter€iiction.queluio[^08aitledoMeMiqtte itmt toafte personnelle.
„Êtes-vous bien sâr,' lui dit-il, la colère dana ta v«ix et* dans le casur, étes->voo8 bien air q^e Mw Siaion vona ait-iKt de ne {ma »e laisser entrer^ moi?.
w 11 ne.m> paa ptas paalél^ .vous que é*mi autrd.
et
tf. Simoîi «Y cBl peur porscNinc^ «l irn^ ■ dToiceplé fte
Pow^aoi le ëoiiiesliqve «rat^tl i^oiilé €b$t derMctfs MOls? Probablement il A^eo fiavvii piw lonHa lu portée; tuais V à lont prendre, d'^élaii une pi^tile iuperiieMioe pour le maître clere de son natlre. Bn^ tout ea«^< o'^tntt nne «ndincréti»» centre M. Simoa, et, ea fin de cômpi«^ ai ça »e liisli^ pas «le mai, ç» ne pouvait pas faite ée bkm* -
y^^nù donc, reprit» Silveslffev M. de BeileeAnr est ici.?
^ 0», moÉsieiin
^ ScfaI avec M. Sillon? dit jè^estre.
-* Avec Biottsteor , aMdaine et madesiQMWlIe.^ , .
Le traiMporl de rage qid s'^empnra de. de Ftamij/t. k 4etto rdpOMse ait si violent, qu'ait; pâlit el dutteela^
„Mo»8iesr «e tfeouve mal?^^ hii dit le'deuheë'iqQe nvtfc «et empresseoMit reiil^r f« se rejetait de la sonfliaMe tqp'on a l^air de plaindre.
dilvestre s'était appuyé sur une table; il n'entendil pas le domestique, et demeura «a iostUnt plongé dans ses siâtoitons. A ce moment il voyait «on plan renversé, tou- 4ea ses pcéfisiotts détmiles, toutes ses combinaisons avoiv léesL >Mais presse en même temps le besoin d'en finir i fnèlque prix que ce fût dombia sur «e cruel désappoinle^ ««•I, et il dit au domostiqu» aifoc un aooeaft qui surprît étnagement eelui-ei:
„Alles dire à Mw Simon que cV»l nroi, qu?tt tet que fe le v«e^.. qu'il le faut... .i|tt%lè fatit. absolument.^
Le domestique sortit, et Silveslré se dbt à lutHnômo, en atCendaiit bi réponse de son pslron:
„aui, oui, je veux eu finir; ils sont seule, taftt nttlia&; cet bomme qu'elle ebne est* là ^ tant «îeux^ei, dais oe que fai*à dire, il m^bnppe m muàqui la blesse, tant
nïews. Ohî tant nfoinr, »! eêttioiiHM vedt rcmperrer 4b ces paroles pour prendre la dërense de Sàbiim^ taïutMMk siT radresse^ moi, tant miowr si «on kisoleiiee m%sulte el me fwovoqne; «ht ^ mn aflMre i noua ^einr atoiv^ A J0 toor «Mwtfénii'ft toua ee qoe je nifo «t ce ^^ vaui;^ Voilà où en ëlnit Silvestre lorsque lef dbtnesUqne vint hiî dire qù"!! potivait entrer; TOilà pdurqttoi, ëprîîs une' Journée tout entière dé réflexions qcri eussent dû 1« hMi .arriver calMtef dans le salon de M. Simon, H tnîtn p^fe, dl^ f^it, irrité et sans arofr, pour ainsi dire, fâ conscience de ce qtilf y venftit faite. Dans l^)rdiiiaîre de !« yie urtt ftlTestré,'fe patron accueillait son nfattte-^cVere avec la fà* milntrîté d^un ami et d^in suptMeur, il fni tendait la maîà da fatlt&ttif où il était «ssîs, tandis qne M"** Simon et 9i* Mue testaient à lenr p^ce, en attendant le saint Ai tiiattrè clerc. Ce jouf^, et comme si cet homfme eilft en en Ini HA poUTOir elff ayant et respectable à la fbis, M. Simon sé leva de son.siéf c; M"** Simoir et Sabine se leVë^eàt de même, ei Ions trois se tourtièrcnt vers Ini, comme sils avaleàt Vti enittèr quelqu'un qui' portât dans sa main lèuf destinée à tons trois. Silvestre les salua profoodémeiit et silènctense* ment; les deux femmes lut rendirent ce salut céfémonieut et reprirent leul* plàee, tandis que M. Simon disait à Sil^ vestre en Texaminant afvec inquiétude:
^QaW-il dfMic, arrivé, y. de Prosoy? et pourquoi avez-vous si vivement ins^té pour me voir?
—r 4e %m vo«s |« éire, loparlil Sil^v#8lit»' d'une v0â «ttpeooupés; mm ywrmellrea f ne i»u.f^ffm»»- mm idées... ^«eoreyaiâfNWi^M j«iie tt^tHindiis |^ à von» lfOfiAr«f «vec.M
— Voulex^ViM» qM «^frs.pasflilonf dwa» m<Mi<oa|if»€«?
fkt fiveitteiit M. Sîhkhi en inierroMpiiiil Silverstre do»! ie IfOuJ^e l'efffftyait.
--^' Non, non, rapi4i n^)illemeftl ceiui-ei; Dûa, monmm^ il os( Im)ii4 «i es4 n^sgtwe ^ue (oitt le mooide lenieftde ce f«e j'ai à 4iire: il 4e faiii font mwstlmmwr^ifoni 1119. dignité, pour.,/^
Ire mot expira ,sur ses lèvres... Poar ma vengeance^* «oulait-il dir«: il n'en eut pas le courage. Il n'^avait pas gocore regardé Sabine, il ne Pavait pas encore vue pâle eC défoite à son tour, TcEil tendu sur lui, tremblanite, ei curieuse de ce qu'elle allait entendre, mais il la savait là, et malgré toute la colère qu'il avait amassée contre. eUe, la jpensée de faire rougir ce beau front sous une menace, de faire pleurer ces. beaux yeux par une injure, cette pensée l'iivait arrêté. Comme Tbommc qui se rue avec .furenr contre un ennemi qu'il ne voit pas, et qui trouve toni à coup sous jses pas un enfont blond et rose, pleurant et effrayi^ et qui «eut toute sa colère se fondre à l'aspect de tant de faiblesse, de même de Prosny perdit Unte son irritation, et au moment d'accomplir cette vengeance qu'il flvait tant méditée, il ne trouva plus qu^ sa dooleur au Uxad de son cœur.
Il passa la main sur son front pour pouvoir essayer furtivement les larmes qui lui venaient aux yeux, et il ajontit d^une voix presque éLeintc:
„Oui, monsieur, Il vatrt mieux que je parle devant tantes les personnes qui sont id.^
M. "Simon avait soki avee one ktqoiétade si^rieose les ^verar^tooremeitts de la physiMDn»le de SHveali«^^i ptei* faait si èien lea diverses émotiOM de son* eoiiff.
„Expliquez-vous donc, moa ami, lui dil^il- ^ileeweti m oppnochaat «d siéfe^ exptif«es««voMr'^
Be Fro^y lombfl asèiB.e^iiime'Si^là forcé hii' mnliqaait tout à fait, et M. de Bellestar jeta autour de lui um r«ftfd intersogiiteur/ comme s'il eftt.Touhi ikre; :
„0o^ diable est-ce q«e c'ea^ que celle coïnëdie-là?^
Le marquis était testé le dos appuyé à la cheminée,' K. Simon était à l'un des coins, Sabine au milieu du salon, près de la table où étaient posés les albums, M"^ Simon à Tangle opposé de la cheminée, en face de son mari et derrière son métier à tapisserie. Silvestre était à peu prèi au milieu, de façon que Sabine était tout à fait en arrière du siège où il était assis, et quUl ne pouvait la voir qu'en se tournant vers elle. Il y eut un moment de silence q«ê M. Simon rompit le premier en disant:
^Eh bien! Silvestre, à quoi devons-nous votre bonne visite de ce soir?"
De Prosny releva la tête et vit M. de Bellestar. Laspe«t de cet homno^e, qui avait le don de Tirriter tputes lea foi£ qu'il le rencontrait ou qu'il pensait à lui^ seçfibiait sm^ contraire le calmer. Silvestre retrouva sa dignité, sa bau-? teur, sa supériorité réelle: on eût dit qu'il voulait montrer tont ce qui manquait à ce bellâtre, aux yeux de celle qui le préférait.
„Monsieur, dit Silvestre en s'ackessant à K. Simon, v^là sept ans que j'ai l'honneor de travailler dans voipe élude, j'ai fait tous mes efforts pour mériter voire cooiasen et pour vous montrer que je n'^^ais pas indigne des b6«té» q^e vous aviez pour moi.
. — J'ai pour vous la coaianee que tout hennéte homme doit à on honnête homme, et ce que vous appelés^ mes bontés n'a été que justice, justice exacte et peut-être ^ parcimonieuse/^ - . .
SttveMr» «lodiiia «Ir^K avM tiu «altne #xlra- OffdiflAire:
,,Je vous rematcîe. Monsieur) d'aveir ^rottoocé oe mot) il wm met sur U vole d'ime expticiitbNi <H^il m^eût peut-être été dîQcile d'aborder. Eu Cusimt poiUr juoi ce que tous vos confrères font vis-à-vis de ceux qui sost è me place^ vous avez fait tout ce que vous dévies et tout ce que vous pouviez. Me payer plus cher que no le font vos collègues pour les miens, c'eût été vous attirer des reprodies, je le sais et je le dis, M. Simou^ parce que je ne veux pas que vous pensiez que j'accepte le mot de justice parcimonieuse dans Le sens que vous àv^z voulu lui donner. Je m*en empare, non pas. pour vous dire qoa vous avez été avare envers moi, mais pour qu'il soit bien constaté que j'avais une existence pauvre et restrdnte. Encore une fois, monsieur, ce n'est pas vôtre faute; c^eàt la faute de la carrière que j'ai choisie; elfe a ses traditioDS, Ses habitudes: je les savais, je les ai acceptées, je ii*en espérais point d'autries. J'étais pauvre et j'ai vécu pauvre,* voilà tout ce que je voulais dire.
— Et vous avez vécu honorablemlSit dans votre pauvreté, répliqua H. Simon.
. -^ J'étais veo« invoquer ce témoignage de Yims, repig^ SilveAre, et je Taeceple avec d'autant plus de reee»* MiiMnce que vous me l'avez donné avant que Je Ttiie àùr^ mmM* Mais il ne me suliit peut-être pas pour ee quft. j'ai à vous dire, après ce qui m'est arrivé (et ici ki veil^ de Silvestre s'aitâra sen^Uemeot)) après ce qui m'est arrivé^ reprit-il, oe n'est pas assez que j'aie v^ou konoraWement du peu que j'avais, il faut que vous puisiez dire,. ' monsieur, que j'en ai vécu satisfait/^
Silvetire piMiMiça ee émttà^ mU atee um. ctnlaift» hauteur et ea élevank enaeinble la v<HXy la léte et le re^rd. L%UeBtiott de eeux .qui K'éeouUâeBl était leadve au dernier poiut. Ces préaaifanlês A'étaieftt pour eux que Vâmoouùt d^un fait qa^ils caaBaiasaieok Vous ai dont ils aiteodaient Texpres^ion, ootnme dans une térémome^ pnbkquo oé r»^ farde défiler devant soi oeux qui procèdent le béroa que tout le monde connaît, q«e tout le monde attend, i|iie tool le monde espère. M. de Beliestar laissait voir, daps le sosrire mal contenu qui contractait ses lèvres, TioifatieBoe dédaigneuse avec laquelle il écoutait ce qu^il appelait tm lui-même de la poésie de pnavre diable. Ce sourire, surpris sur, SCS lèvres par le regard de Sabine, lui fit plus de tort que toutes les baleurdises qu^il avait dites jusquelà^ et par un de ces Mouvements soudains ei rapides qui aoat pour les femmes de vrais actes de conrage, elle ae rapprocha de ^vestre oemme pour inootrer avee quel m* térêt elle Tavah écouté, eH aree quel intérél elle vealail V^écouter encore.
1^ Simon eIleH»ême alicceiKki sur aen métier, d Silvestre continua en disant:
„M.*Simott, Tow h^étes pat entré aaseï iniidlMneBt dans ma vie inlérieure p«ir savoir qise janMis «ne plaiolie^ jamais un mn^nmre «''est aerti de «la bouehe «ponr deman^ der è qui qtie ce soit pHis que je «''avais. Mais il eal certain, n*est-ce pas, que lorsqu'un homme «at méeoateni éeaa position, que loraquil ae croit ^ à quelque tifre que ce soit, le droit d'en avoir une meilleure, il laisse pereet aofi mécontentement od aaa préténtioss dime façon oc d'une autre, devant ceux avec leaqueiaÂl vit constamment, dewH eottX surlo«tqui pownraient apporter nn ehaufement à eeUe poaitiea; eh bien! monaienr, je vo«s adîure de le dite ici
devani les pefsonAes qm léu» écoulMii, «i-je jamais moalré un désir, une espérance oh un regret?
— Jamtis, répondit M. Simon, qui se laissait gafiier p«r l''iémotlon mal contenne avec laquelle parlait SiivesLre*
— S'il en est ainsi, reprit çelui*i^ d'une voix qui trembkiit, voutez'^vous m'expliquer comment il s'est fait qae qoelqu^un que je. ne connais pas... que je ne yeux 1^9 cenaaitre..., tijouta-t-il d'une voix presque mourante, que quelqu'un, dis^je, se soit cru le droit de venir jeter •ne aumène à cette pauvreté qui ne demandait rien à personne?^
L'étrangeté de la situation consistait en ce que tout le monde savait oe que voulait dire Silveslre, et que tout le monde devait paraître l'ignorer.
A ce n^t „aumône^ Sabine baissa la tête sous la bon le qa'elfe éprouva de l'action qu^elle avait faite; M'^* Simon •avrlt Iristement, parce qu'elle souffrait de la douleur de de Presny; mais un regard, plein de fieHé acoomptgAa ee sourire, parce qu'elle était heureuse de voir repreH-r . dre ainsi sa place à celui qu'elle avait si haut placé dans son cœur.
M. de Bellestar.fit une moue dans le même «sens que son précédent sourire et qui sigaiÊait.eneove: 9,Mon Dieu! que de grands mots ponr dire une chose toute simple 1^ M* Simon seul resta dans le rôle rigoureux qu'il devait jouets et d^ à Silvestre:
„Une aumône. à vous? je ne vous comprends pas, moti eher ami.^
I>e Prosay regarda M°^® Simon et M. de Bellestar^ powr s^aesurer s'ils étaient, comme M. Simon, dans l'ignorance de ce qu'il allait dire, et il n'eut pas de peine à recoib*- ■«ttte qu^ils. en étaieai parfaitemeaKinfocmés. U nsce^
sa
garda pius Si^iiie» vers laquelle il lui eût fidUi. se tourner d'une manière trop marquée; mais il ft''ftTatt pas ^soiii <b la voir, il était à ee moment parfaitement certain de ce dont il avait été seulement convaincu jusqu^à ce moment. 11 répondit donc à M. Simon, eu se laissant aller à Tamertisme qui Tavait un moment dominé:
„Et de quel autre nom, monsieur, que celui d'^aum^ne YOulez-^vous que j'appelle la remise faite à ma porte d^nne 50mme considérable, à laquelle je n*ai aucun droit, aucun, «i ce n'^est* ma pauvreté?"
M. Simon émit fort embarrassé; il essaya de se retirer de la gêne cruelle quil éprouvait en continuant à montrer une surprise assez bien jouée pour que Silveslre s'y laissât prendre.
.,Mais que m'apprenez-vous là! lui dit-il, une somme considérable a été déposée à votre porte et pour vous?...
— Le papier qui l'enveloppai^ portait cette souscription, répondit Silvestrc: „A M. Silvestre de Prosny, à lui seul." Je ne puis donc douter que cette aumône ne me fût destinée.
—•Mon Dieu! fit M. de Bellestar, qui s'étonnait de rembarras des autres pour une chose qui lui paraissait si facile à résoudre; eh! mon Dieu! c'est quelqu'un de riche qui vous aura rencontré quelque part, et qui, doué d'ane âne généreuse et pleine de sensibilité, se sera intéressé à votre situation."
Cette dernière partie de la phrase de M. de Bellestar fut emroyée à Sabine par un regard tout à fait gracieulc et vainqueur; et le marquis, ravi d'avoir si bien apprécié c^lle qui devait partager l'honneur de son nom, continua:
„Cette personne, monsieur, i^ suivi le penchant d'une
Al JOVR M JOVA. T. II. 3
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hvaXé Éti^rwatej ti a tcrala Ycmir en aMe à «n Jmm iMMime «Agn» du st èoiité.^
Il bAMA Men q#e l« icoftor ée de Fresny éclMât; mais ail était raté aevlenuMil en préawioe de een» qu'ail aiiMil el veapeetait à la foia, ai M. et H** Sianoa, oa Sabine ^emême, eussent seuls fait enteiNlre leurs voix daaa oatte oedaaioo) ila est possible qite TexipUoalion que de Prospy venait donner làt restée dans les termes mesurés oii il l?aviil commencée. L^krterventiMi de M. de Belleslar M I0 grain fulminant qui détermina la détonation, te Proany se redressa tout à coup, et attachant ses regards éiinoelania au visage de M. de Bellestar, U lui dit d'une voix ftcre et altérée:
„Je ne suis venu demander ici à personne le secret de la pitié que j'ai inspirée; je suis venu pour dire qne ceUe pitié je n'en veux pas, que je la tiens ii insulte, et que si je pouvais découvrir qù^elle me vînt d'un cœur qui baiittt... ttotts tin habit bten, j'^en demanderais raison à qui à (mi BhiiA me la jelér au visage^^
V. d6 ftellejlat portait tm habit bien, et 11 était liftpossible que la provocation fût plus directe.
1^ MttiiqAfes s>éeM>tii 4é t^lveatre^ et le toisa des pieds * Ift têlè â%a Ir^igfft^d iiaaoleiit ék perçait le ngi«t de me pétf^&f pan >p«flir à llnsUnt oehri qui le bravait anai. Pif \êlû mmxtfÊÊ&Êâ maditoal, il boutonna aon habit joa^ qu'^ mentoti \Bomme a^U ae lût préparé à vite M«a tcvfw à corps.
Puis 11 reprit a»n impértiirbabl» asstiraneu, «et itepar- Ht, ^ digiaàiit des ytsnx pour donner encore phn éia^er» âfeMttèia è aon regard:
^^ITônaianr, le ernur qui bat sooa rhabit bl^, qiaoi* qi« 'BOit t0lM I Ihit ftMMU éè «atte pitié qu'on Ép« croire
f|jue vott3 lo^rUiez, ce cœur est tooi prêt à (irendre te TespoAsabiUté^
— Messieurs f dit W^^ $imoa ea qQÎttsnt sa place eit en moutrant Sabine, vous oubliez que nous sommes ici^'^ et aussitôt elle courait vers sa pupille qui, la tête renversée en arrière, la main appuyée' sur son ccçur, semblait préip k suffoquer»
„M. de Prosny, reprit sévèrement M. Simon en s>- Yançant entre Silv.estre et HL de Bellestar^ êtes-vo«s venu chercher ici une querelle? et avez-vous choisi ma maison pour Y apporter le trouble et la violence?
— • Je vous demande pardon, monsieur, reprit Silvx)stre, et je regrette bien sincèrement que vous ayez pu me dire que j'*avais manqué Âe respect à volrc maispn, le jour où j''y mets les pieds pour la dernière fois; ou j^ me .trompe, ajouta-t-il d'une voix tremblante d*émotion, ou Ton me comprend mieux ici qu'on ne semble vouloir me le montrer."
' Tout le monde se lut.
SUvestre contempla un moment tous cetpc qu'il j^vait appelés 80S amis, et dont il venait se séparer, et retombant dans Ja faiblesse de la doulenr, il se sentit encore prêt à pleurer, et s'écria:
,,Ahl vous le sa vies tous!"
Puis les prenant chacun et partie:
„Y<ius le saviez, vous, madam,e, dit-il h M"® Simon qui tenait Sabine dans Si^s bras, vous le saviez, et je vxms pardonne de Pavoir laissé faire , car vous ne me connaissez pas y mais vous le saviez, vous aussi, M. Simon, et vous m'avez laissé faire cette injure. Est-ce que je mendie^ moi, monsieur? est-^ce j}ue le pain que je mange je ne le gagne pas par chaque jour démon travail? est-ce que je
irie la misère? est-ce que fai jamais fait entendre aité' plainte sur ma fortune perdue? Pourquoi donc est-on venu me jeter cette aumône? pourquoi est-on descendu dans mon malheur pour Tinsulter dans sa résignation?^^
Il se tourna rêrs Sabine, qui pleurait à chaudes larmes^ et, emporté par le désespoir qui couvait en lui depuis si longtemps, il s^adressa directement à elle, et lui dit, le cœur et la voix plerns de lamrès aussi:
„Est-ce que je vous ai jamais fait quelque mal, mor, mademoiselle?... Est-ce que j^ai manqué au respect que je vous devais... non-seulement parce que vous êtes la pupille de Thomme qui a protégé et soutenu ma jeunesse, mais encore parce que vous êtes noble, bonne et pleme de vertus?... Mais vous ne savez donc pas que la dernière humiliation qu'on puisse jeter à un homme, c'est de loi donner de l'argent? mais vous le saviez, car vous vous êtes cachée pour le faire... "^ W
A ce moment, Sabine se dégagea vivement do braa de sa tutrice, et, s^avançant rapidement vers Sîlvestre, ell* lui dit, avec un accent indicible de fierté et de prière:
„Snr mon honneur, monsieur, non, je ne savais pas que cela pût vous humilier; mais je savais que de ma main vous n'accepteriez rien.
— Ni de la vôtre ni de celle de personne! repartit Silvestre d^un ton sombre. *
— Mais de la mienne.. t, reprit Sabine, ce n'était pas une aumône, c'était une restitution...
— Mon enfant, mon enfant, s'écria M. Simon, qui voyait venir le danger qu'il voulait éviter, vous ne devez rien à M. de Prosny!
— M. Simon a raison, dit Silvestre devenu honteux de ce qu'il avait fiiit en présence de la Hère do^ifenr; yoii$
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JOe me ^vez rien, et je.vQus prie de m^excnser de Vous avoir reproché ea termes si durs une action qui ne part;ail q\ie de la noblesse et de la pureté de vos sentiments. Mais quelque admiration, quelque reconnaissance qu^^elle m'^in^ spire,, vous devez comprendre que je ne puis Taccepter à aucun titre.
— Comme il, vous plaira, monsieur, reprit Sa))ine, belle d'orgueil et de résolution; vous ne voulez pas accepi«f^ et vous, faites bien; qiais je ne yeux pas gfirder^ moi, Ja fortune qui vous a été volée, et je fais bien aussL'^
L'accent dont^Ue pronpnça . ces paroles alarma toi» ceux qui l'entendirent, et M. Simon, sa femme, SilvestrOi iui crièrent en même temps^
„Que dis-tu, mon enfant?
— Que vjeux-tu faire, Sabine?
— Que prétendez-vous, mademoiselle?
— Mais c'est déjà tropJ"
Celte dernière parole appartenait à H. de Bellestar.
Sabine sembla ne pas les avoir entendus, et, contiauant av«c le même accent résolu et inspira, elle repwt:
„Non, point d'aun^ône, point de restitution; entr« jipus, monsieur, il y a >un]^c6mpte à régler, et ce compte, 4)0 le, réglera, je le veux, je l'entends.
— Vous oubliez que c'est devant moi que vous parlez jiîlisi, dit M. Simon, qui au besoin savait faire usage de son autorité, v:Ous oubliez. que vous n'êtes pas la maîtresse de disposer de votre fortune.
. — T Je, le serai bientôt, reprit Sabine plus doucement, £à alors, M. de Prosny, lyouta-t-elle en sentant s'affaiblir m elle le odouvement violent qui l'avait emportée, alors, je l'espère, vous n'aurez plus à vous plaindre de moi d'au-
Au point où eit étdit atHvëé cette explication, étfe i^tfmbltaît éneore devofr rester sans issue, lorsque M. <fe Seflestaf, en s^ mêlant encore une fois, la fit tourltcir fiirusqiiemeiil d^'nn autre côté.
,,Allons, li. de l*rosny, dît-i! doucement à Silvestré, nous comprenons toute la noble susceptibilité qui ront » iSiit refuser cette somme de cent mille francs; mais montrezvous généreux en Tacceptani*^
Une fois encore, M. de Bellestar reeata devant Sif- Vestre, tant le fegaM de ccltai-d était effiafé, tant les traits' contractés de son visage peignaient une sorte de déïlte ftirieujt.
„Comment avez-vous dit? reprit Silvestre d^nntf voix suffoquée et qui ne pouvait sortir de sa poitrine, vous avez dit cent... cent... tt*est-ce pas cent milté francs que vous avez dit?
- — C'^est, du moins, la somme qtiè Je Cïoyab que M"** Otirand vous destinait, répondît M. de Bellestar d'un ton précieux, et comme s^il eût craint de s^étre trop avancé.
— Et quimporte Fa somme, monsieur? repartit Sa-* jbtttè avec dégoût.
— Par gracie, par pitié, cria SAvestre dans un désot^ dre inexprimable, était-ce cent mflle, était-ce cent miilV6? Oïi! répondez, répondez-moi!**'
Sabine baissa les yeux, et M. Simon, épouvanté ûa désordre de Siivestre, dit avec plus der vivacité qnTÎI tl^ avait jartiais montré vis-à-vis de sa pupille:
„llaïs, réponds donc, combien lui as-tu envoyé?
— Ëh bien! dit Saisine, bonteflse d'être obligée de prononcer le chiffre de ce bicnlbit si malheureux, eh bien! c^était Cent mïllë francs.
— Cent mille francs!... cria de Prosny d^uil!fr>6i]t 4|ii
«''élançant vers la porlei.
, Mm U n'avail pas fuit 4««x pwB qvCil s^imélA sou-
éûtteoMnl en portant Ui main à mm ammt*
M. Siion courut à ini, il vit §^s traits 4e «Mlirut^
acs vaux 5« leiKier, eli ià ««baiidit 4)fi8 nots ^e btHioteât
âilTjestra:
^)l«b.. tiWw.^ à kk wiiaMi... ma lavlie^»^ Puis sa voix s'éteignit et il tomjMifiiit k piir<|iie^
IDiri,I.E aUHP LA NtJIT«
On vante sans cesse le sommeil in jnsle. J'] a?ao tout le respect fp^'oa doit amx choses consacrées le fm n a eit da j«rte et )a fuiétwdô de sa conscience, qui Uit feit tfoiiT«f sar Poreiller la récompense de ses yetloa. Mais après* cette protestation da respect pour ae respee*^ tabla Mnimeil (prôtestatjio» mus laquelle je oMf rais ris^^ d^^e traité par te aioralistea' caUioliq«es comine un U«^ IkMPtin^ on comna m pfofessaur d<) TuniveiBité), afrès Cette proiestation, dis-^jo, il 4oit m*élre p^nû» de 4^w^ ^e cowBe romanMT je «lépnso soureraineraenl les gens qui dorment, à. moins qu'il» «• jrêvenft; ce ^i, à vrci dir%
B^est q»^un qttftsl«*9oti|m^ , v» sommeil illégiiimeV ddnt^e trône est occupé par un rêve usurpateur. ; '
En effet, que voulez-vous que fasse un rwniancier d'un héros qui ronfle, d^aue beauté qui doft^ si^een^est de la fake réveiller par un > baiser furtif, oommm oèla se passe dans les trumeaux de Boucher, auquel eas, a<j^u'le sommeil, ou bien si le sommeil persiste, cela devient si scabreux que le conteur est obligé de voiler sa plume et de se retirer du récit.
Parlez-moi donc des gens qui veillent. Les veilleurs sont souvent des voleurs , c^est Vf^ai. Mais que c''est beau un voleur I Carré d^épaules, étroit des hanches, posé sur des jambes torses, la tête énorme, la chevelure rousse et louffue, Pœil incertain et glauque, le nez épaté et érubescent, la bouche tordue, la mâchoire carrée et dénotant tous les appétits brutaux, le, tout couvert d'une casquette de loutre, vêtu d'un bourgeron bleu passé et d'un pantalon de velours flétri, armé d'un rossignol et d'un monseigneur! A la bonne heure I voila quelque chose qui vit, qui parle, qui veille, qui porte en soi la poésie du crime, d'où naU la poésie de la peur, la puissance de toutes les poésies sur reprit des lecteurs.
Les veilleurs sont anssi les îoiienrs, e'*es^ encore vrai. Mais quelle noble et magnifique. passien .iiie^fc^to du je«! En voilà une, où les doigts se erispeat^ oh lès dentç grincent, où les cheveux se hérifsent, oè.l'OBiSB déchire la poitrine a beaux ongles; en voilà une, où 1*^ siriite, où l'on se rouLe, où l'on se tord, où l'oa se lue. El ëemandez-le au plus misérable .joueur de knsqaifinel (^ôns savez que le lansquenet est tout à. lait r&ven»] àf Ift node, on. l'a retrouvé dass nm viMix buffet diisois ^ Ibrtin), demandez à ce jotteur. s'iLae hait. pus le ioar
eomine le liail l6 kiboi^; demainlez-kii s*il n'alteiiil pM Is nuit comme la rose attend Taurorc, sa smur. La nuit appartient aussi aux gens qai soupent et qui ont le droit de r^ntfer pleins comme des cruches, sans que le passant lof monife au doigt, Lq théâtre est a la nuit; et le bal turr hnient qui mugit dans l^ salle Yi vienne, courant, roukuilt bon4issant, beuglant comme un combat de cent4$ittreai)j|^5 et le bal frais, giraeiaiix, léger, aux mille douces cou** leiics, au plaisir décenl, à la joie coquette, le seul bal où vott» allies, mesdames, ce bal n'est-il pas le fils de W ttuit?.
Ëi quand la nuit n'aurait pas ce riche cortège de lOtties les poésks de la civilisalioa , n'^aurait- elle pas ta pin» magfiifi!)ue richesse de ce monde? n*a-t-elle pas lea amoureux qui ne causent bien avec eux-mêmes que la nuit? Voyez plnlM.