‹ Au jour le jour (volume 2)Chapitre 8 sur 9 · AU JOOB LB JOUE. T. II · texte numérisé non relu

AU JOOB LB JOUE. T. II

Lettre de M"^ de Prosny à ÉM)n nereu.

^L'heure de la justice el du châfimettt arrive tel ou tard pour les conpables, aussi bien pour lés filles sans pudeur, qui gardent malhonnêtement la fdrtune qu''elles savent provenir du vol el d^ lahonte, que pour les hommes qui renient ThérRage de probité et d'honneur quils tiennent de leur père. J'^ai gardé la plus îoHé partie de la somme qui vous a été donnée par la fille Durand. De deux choses Tune: ou cet argent vous appartient légitimement, et alors il est à moi; nos comptés sont clairs, préfets et très en règle; vous les avez reçus de votre père mourant. Il vous constituait mon débiteur d'aune somme de 309,522 fr. 55 c, sans compter les intérêts de cet^s somme depuis Tépoque de la mort de votre père. Si ecl argent n'est pas à vous, à qui est-il? d'où tienl-il? C'est ce que je veux qui soit bien clairement établi. 11 vient de la fille Durand, vous le savez; c'est facile à prouver; les preuves, je les possède. S'il vient d^elle, pourquoi vonsl'a-t-elle donné? Est-ce pour votts' payer d*être s(rti amoureux? Si c'est ainsi, elle le dira. Si, au contraire, c'est parce qu'elle nous doit dix fois plus qu'elle nè'ncKA a rendu, elle a donc reconnu qu'elle nous «devait quelque chose, et alors je prétends compter avec elle. Puisqu'elle veut être honnête, il faut qu'elle le soit tout à tnUt. Je comprends qu'il lui ait paru commode de prendre une

bifibe' des trésot^ que son in^gne père hii a amassés, et de dOus la jeter, afin de ponvbir vivre tranquille et en disant tout haut qu'acné ne doit rien à personne. Je ne lui laisserai pas cet avantage. Je vous connais maintenant, Sîlvestre; je sais que, par amouir pour une petite coureuse, vous abandonneriez celle que votre père a ruinée; je sais que, pour faire le généreux vis-à-vis de cette fille, vous me poursuivriez collnme voIeuSe. J*ai pris mes précautions. Je n'^attendrai pas que vous alliez me dénoncer chez *nn procureur du roi. Jirai fa première. Ce que j^ai fait, je le dirai à qui voudra Tentendre. Je remettrai au magistrat mes papiers qui prouvent que j^ai des^ droits sur cet argent," s^it est à vous. Sil n'est pas à vous, il fatadra bien dire d'oeil il vient. Alors on saura ce qu^est la fille Durand, qnene est Torigine de sa fortune, et nous verrons si} après qu^on l'aura traînée devant les tribunaux, dût-elle gagner sa cause et garder cette fortune volée, elle trouvera encore un homme assez lâche, assez éhonté pour Tépouser.

„Ce que je vous dis, je le ferai, dussé*je être forcée de vendre ce qui m'appartient. La misère ne m'épouvante pas; vous m'y avez habituée. Mais ce que je veux, cCest remettre à sa place cette fille que vous avez la lâcheté d'aimer. Ce que je veux , c'est me venger d'elle et de vous, qui m'avez injuriée et menacée pour elle; et je le ferai, je vous le jure. A bientôt; vous n'avez pas besoin de mé chercher, vous entendrez parler de moi. *

„Votre tante, E. de Prosny.*

Pendant cette lecture, Sabine était tombée dans une profonde stupeur. BP"® Simon écoutait avec une surprise el me douleur qui se contenaient à peine. Enfin, lorsque

AI

Jf. Sifopn »u% ^i, ei ^'Iw^ lûm de chercJier à iiéir^im j'^ffet de ceUe jeUFe,4l en p4r.ut liii-pv^me (ieoahlé,|l>n« Shlopo Jui dit avec QM^nn:

,,Hai^ tout cela »*^t 4|u?une laenace s^ds porA<6*^

K. 3imeo pouMii im profond soupir et «eeoua \» iêi^9,

Sabioe le regarda et lui dit ^i'uoe Yoix Jsi prorotodér jiMAt altérée ^qu'eHe épiJmyaeta V*® Simon:

nAixisi, je suis perdue 1** •

Et sa tête retomba siju* sa poitripe*

^lUif j^ourci^oi lire cette lettre 4^ai|t -elle? dit ||»^« Simpp.

'•^ F.aprc[«oi? M W. Simo», parce qu'il bot en ftoMT ' e^«^ cettetâcbeuae position, parce gu^il vaut mî^ti^ ^Q'eiie iipprenpe ici, lenire nous« ce qui la menace, ce qni jpeul ^atteindre, que de se le voir f eutr-éire rf^roc^er Ândûree&emént par une de ces paroles infâmes avec lesqi^es kw epyieux et les jaloux inent doucement leurs ennemie.

-^ Vaisoregardé-la d^ecl s'^cia W^^ Sjmoa en «on-^ raot vers Sabine, dont Tœil morne et distrait sembtait or.evoir,plQsj0sconicience de ce qu'il, voyait.

— Oui.M ovif dit M. Simon avec douleur, je voie fiu^^le soolTre; mais que serait* il donc acrivj^ «i, ce procès p/(ie lois engagé» elle jçn e<lt été Jnstmjte par qudquee paroles étra^gères^ ou par un «cte légal dopt âl e4t bien bll« lui DMce pari?.** car... c'est «n, dédale affreux qpe cette effaire,

— Mais ce procès n'est pas possible, dit H"*^ Simon qui s'était assise à côté de Sabine, et qui serrait dans ses mains tremblantes les mains inertes de la jeune fille.

— Tous les procès sont possibles, fit tl^ SivMnp* l^o voleur qui passedaos la rue à rbeure qu'il es^t» pent.pf^ ten^r^que je lui dois dix *mille. fr^jaçs ;5iir parolct tl ,fep(

fék f^f^m^r défunt k» iHbâÉàwani il pttrdr* smi' fnS/^ ^ml oertfiii; car if ns poiivn» pUMivér ce qvPû avuM^ Màb 11 no M'^ài^a pM ttiôins fM%ë à veoAr loi éonttet dd^ démeilf , !• Jarev ifle |ei ne lui dois viev. Bt si (ifaélqiMi dn^Mtiittei»' iMbilèlneil tft¥«»fées donuNlieiit uir air û» #ttij è m btetie» à Mi fr€tMli(9n, tfsstivilioeMt' îf fierdriâl éar iffètoM; mai»' si }e tt-avid» ({Mraiittt ans de prabit^ à ô^pd^ ser à otte pareille dematido, il ii« nfaaqttcrait pas de gfefla* pour dii«: ^11 t ga^né so» prooèa, mai» eiil# nf^ésl ^ péiii€êit6mem thïff ét^^ re^i« M. Skhoa Mi' B'^ankam^ ati^ jéwrd^'bÉî Mfème et dent ]/^ po»itioDf «ù )# attig, je ni»* v<hi«-' drais pas qftt «Mla- m'^HvIt^ ttelfttt^eé que pour eti/ipêch^r qiMtquiMr boaa' ami^ de i^outer paftoat le aot ««nui qtTtm nte s«isait«, ew éktm d^un aér de>i^i»aiie voloiité peuf toiel^

^€'^eâl une ^lese edieoae qui lur arrtVev l^oa êtfifé'^ mande queliintéi^dt^ « pouaM eelvil qu» le peurauit; «m^* eiiftfft ilt ^dtevffii stffia4v qt^ft tie peiirrëie rtfa^air/ €e dbit èWh iïùë vtflféitiee.v. etc»..^ Et ïé mondes, à:to*ee d^ élvevcMr,* irm^ itiiv éxpIlMfoM âr eewe i^vu^eaBcei Biaelte a taiaew, iM chke evfiftii^' qaattd i^dllt Catemuiei, U eir réstë wu^ j#aP9 ^etqne elieaia.

: — Ibiia eftffÉ, dit Ht^ Simm y Kt^ de t^pesriy a eotn^ mftS'ee' qeTon appelle' ea vel<.> et d*e aT'osev» paia.«.

-^ D^alMofé, dit M. S4mvfi^ elle ine erel» pas tfveir cominis un vol, et elle oséi^a^ à' nm'm» qa^oa ne la- pr^-« yps»Mi raieartf qi^ d^air^sseir ft eei»tal0r avoeats, race di bmMitav q«i nè> vit qae de seandaled, et t«i^vei^i<M'40el< «dailraMè pMcèa He<oi%aiiiiiereati.

-^tû iMtéy jer ne'cempreads paa, dit M^ SiiMtf. > -^ El bi6ii!)>i«epvit if< StUMM, cTeat patee ifà'^ AMI qiletQ ootttpreÉiM» et qu^'ell^é eeni|M«etia» auasi, que jet^far vMe ekyUquer 4» qui peeili aitivery pour qae vow- ait

vous étonmei pas da tre«l>le nk tous mourez vu et de lac terreur que me cause tout ceci. Si M''® de Prosoy s'adresse à aa habile avoooit^ Yolci eonmeai il procédera: il ne serapas assez niais pour veeir attaquer Sabine directeweat^ SQrtout is^il spécyple sur le seaodale. Il fTadressera à Sil^. vestfe. La tante demandera le payement de ce qui lui est dû. La créance est certaine, reconnue, le procès est juste. De quelque façon que Silvestre se pose dans l'affaire, Tavocat ne manquera pas de raconter ^origine de la dette: elle vient de fbnds prêtés à M. Puraad par Hfl^ de Prosny, avec la garantie du père de Silvestre. Durand a^ayaat point payé, M"<^ de Prosfty est rest^ en présence de sob ffère, et par conséquent de son liéritler. Que tout cela soit un très-»m«iYaia procès juridiquement parlant, c'esl probable, mais il arrivera au scandale, qui eu est le véritalile but, il arrivera à recommencer Tbistoire des faillite» du père do Sabine; rincktent des cent mine frunes déposiez à la porte de Silvâstre viendra s^ mêler... On condamnera sans doute la soustraction de la tnjite;, mais aprèsavoir mis le père en cause ^ Oft y mettra la fiUe. Il y m là de quoi exciter la verve d'un avocat durant des beures entières; il faudra, on nier ce dép(yt, ou Impliquer. Dans tous les cas, tout cela est odieux, abominable, mais toul cela est possible,' tout cela arrivera si on ne prévient pas, si on ne calme pas cette mégère.^

Si Ton s'étonne que M. Simon parlât d'une manière si explicite eu présence de Sabine « dont diacnne de des paroles devait briser le cœur^ nous dirons qu'une fiais qm M. Simon s^était décidé à parler, il avait voulu aller jusqm^au bout de toutes les mauvaises prévisions. Lorsqu'on frappe quelqu'un d'un coup violent, souvent k douleur esl ra&euse, et semble mortelle^ «ais la ebanee dulendemaMi

«ist ^^Q ^e^e «Ml^êr s'alTdibUrfi^ et conune il a^y», ph» mi\M «îMiter, on ti^^t à hm ioi^ ce qui y maa^ite. .

U y a des gi^as ipû mi^oMeftl auiremeiii, qui!:0«t le d4^ir et la prétetolm «l^^pargiter le malbeur à eeia.qaUl atteiot^ et iiui le leur;ver5e«( ppur aifisi dire goutte à gfluUe, . Arieç ee^ gen^-rlà^ on. se erûit.lous kt^ mfiUaa.an hotf^i, de 3es .peines, ott <«ic( «oa courage au .uii^eau du^ cbagria qui vous frappe, wm^ je i^oir verni, il He trouve qu'eu n^en a <|Mi5 assez mis; il y a un malheur de plus, on $> résigne, $(,« «ur ras$uraue!e qu'on vou3 donne que tAuVes^ fini) on subit ««peine teUe qu'on .vops Ta mesiurrfe^ Point, du tout, le lendemain, Q^tst, un nouvel événeiii9nt,, un #euYPau olMigrin^ et le surlendemain encore, et d6 même tous les jours» Eh btent pour nous comme pour M. Simon, c^e manière de procéder, qui apparti0at à Ifi, hibjesse et non point à la pcudjpnoe, eette manière de pro« céder, disons-nous, inflige à ceux qui* y sont soumis un. deâ pjtt^ affîreux supplices qu'ion puisse imaginer^ Cest ce qu -4NI a H admirablement nofluné la mort à coups d'épingle^ Et s'il amve qu* ce supplice frappe un c^iHir :im^tient, profAftt à s'^hrunler à U inoi»dr^ eômmdtion, à s'f^iter. sous le moindre contact, il est «ertain que le frapper de oçis alteiuties référées, o'est le tattre pour ainsi dire d'un déifispeif incisasaut et capable de le pousser, aux dernières eiitfy^ités* /.

de supplice est assez pareil à eett« lofture de l'inr q^isHion, qui ^consistait à feire fni^pper idternativeineot et d!un iCpup léger les deux tempes d'un homme^ au. moyen d'qn balfneiec à 4eux branebçs portant Qhaeane.une petil ballA .de ^mb. Les. pr^emiers coups se faisaient à. peine s^iMÂr^ maia à mesure quo: le plop^». revenait frapper sur cette .niâmi9 pUt^e de la télé d^ijà endoloçie, la simffrance

twim^tàà^ et ifttoiqafii U» oettp* ie émkmeiii jamais kâ' plus rsjpiéss ni plaft vidleiM, H ^f^vmX «a m^liieM oii té oert««uv jébpanlé saM relMi^, tfei9SkiiH«ti smb eessé dans noe espèce an béardoimentciiiV déubsurmix, .traversé de* liiiekMlioii8'«igtt^, éétilûrattles, et ^i faiM^entde S6Uë> tisn«»e Itf i^s «iéortiMe de oéHe» qg'ftf ait in^ntées 1» Silnt^elHo». Le^ bOtfrreon qui téa^ rapidemesi les méltt^ bres^ de ^ tictime est moins tnth

Ma Simon' «mit doiio vooki ^Bppet ^ahim de toule^ l« doolewr qifelle pouvait ressentir^ «u eoiiséqueiice , , elte^ ai«lt' apffisle m«Uietir qui lu pQufaiC ikienaeer; elte i'at^iV mêtfwé^ et^, une fois la' ppemiè^ stupeur passée^ e)Ie avalu ^eou#é« ati^eo un oooi»age et une vésiOlulion Mr lesqut^fti MvSitnoa «vait eompt^. n s'attendait^ égfatemeni à cequ^élK» allait lui proposer ^ et il aralt pi^ép»^ s#- réponse.

L^rsqu^i eut eessé de farier., 9B«Utte' s^pprelÉbtt* àA'Mv •• • ' .^ .-■-,,. -..

^MaiMenant , hii dit-^ffe^ vo»s d6Yé« %ùinpiféêét& qti*il M nfiest pas poesible 4» gander m« IbrtiHie^ «u^frljp qif il me fau^h^dit la pay«r; oe serait» mei éMdMnHer # mourir^ sous prétex^ ée défitdM 1«8 lnuMis de da( Yi(âr. Vous âtes' trop humain pour le voutoir^ • . ^

' ' -^ Mon eniMil, dit Mv SiRMm, ee>qiio lu' me étoile esf!tit%just& pour qne je ve soi$^s de t«i^ ftv)S| ttafai dans ta position, la chose est fort difficile. Tu ne ^«^' eiUKyre disposer de les biènS', et je ne le ptfis; p«s devanture, il Uvih donc git$«er dis ttemps, e'4isl^iMéire'4trlvÉtt l'ép'eiqoe oà*, maltreMei de i^SMptoi de la feil«ney tu M<^ oiièteras ée la kaàiÈ^ la ploi tt^b4tt la liotue fB^^dn 4?^ léf uëe. Mais puisque tu- es fésoi«e.» eé saevlfieei, pviisqM)^ je pensti à mô» tour qifiP «st' née^sfÎM è .4on^ ftioiillèiir, fattt^Lâ« mxÂn9 ipi^il 4»^ sauve in sosndale^qui té^ëniièe.

(^tei ce q«i« je pou^ai» fek<è i^ je' sAvais où reli^ou\er cette iafàme M''® de Prôsny. Mais elle n'a laissé dans sa maison aucune ifldicttUdn. Sa lettre ne* nous renseigne en rien sur fendroit <yè elte s-^st retirée.

— Wsii» \\ doil y arvoir à Paris, dH II** Simon, n^Ie omnières^ de découvrir quelcjtf un?^

-- SiEln^ ddute, feprit M. Sitnen, Mais il ne ftint ptAtiii t>erdre de temps: ' Henrevs^ffifen! "pour nour qu^ ceflé j(ytf]Hiéè lie lui permettra paè d'accomplir inwiédiattmetrt son projet; elle ne trouvera aujourd'hui ni é\^cal? nf avoué, ni htyihm^ d^AfTaires dont' la maison sôîl ouverte, ei si je puis^ Taft^îttdre «vaut que quelqu'un rfit pu fui i(idi<(âer î» véritable marche è suivre, je suis à peu près^ certôii^ de prévenir ratfaque qu-e^tfc pourrait foire.

— Merei mille' fois , dit BbMne â son futcrtlr, vous y'éùez dte;*ie Mrf pftis heureuse qWB ^' ne l'ai jartais été. Si voris 'saf\ lez comme je me sens fbrte et* fi^re, ew pensant? que Te jour n'est pas éloigtié oft je ne devrai plus rien à personne, e*je peurrai ent^r parfou* ht tête haute," saîi# eraiudre aucune Inel fâfcheus quir vien^ trèuMer* Itf' tranqufllHé de ma jbfè! Mensfietkr, ajimia SaMiîe en pre^'' D^ut l'a Martf 'de £Rm tértecrr et en fe' re^ardanft ff^eihent, j*ettteAdir que ce que vous ferez fte soit pas l^it à moHié. Pokft tP'aTraegemenls contre lesquels e^ puisse encore ré-*' crSHilher. Ce que je dois,> je vëujÉ le payer intégralemeiit, tion pa» seulement à M**^ de Prosny, maii^ à tous ceu^ 4tti eut pu être lésés dans feurs rntér^tsr pai mott fifufheureu^ père.

''^: I? e^ éèrtmtt, -dit M* Simon, que é* mometit o* notis etffirott» dauë^^ cetfe vc^, il fout y iolto Jtfsqu'tiu b«r6t. C^ qui est jn^e pottf Vxéh est juste^ pour les autred.'Setïlemenl ^ ne «Mit pe» fiire h^ affbîres en^ dttpe, t^

e'es^^pol|r cela que je demande à ce que per^noe que moi ne s'en mêle. , ;

^ Mais, fit Sabine, je voudrais... .

-— Mon enfant, dit M. Simon en iulerrompaut sa pupille, je n» Yeux pas revenir sur 1^ reproche» que je t'ai faits; mais tu dois voir ce qu'une imprudence le coûte, je ne dirai pas d'argent, mais de chagrins, pour ne pas risquer de t'en attirer de n{>uveaux, par quelque démarche que tu pourrais croire excellente, et qui ne ferait que rendre la^ position plus,embarrassée<^

^q^8 avons dit quelles avaient étéJe^ dispositions de Sabine après la scène qui i»'était passée -^u salon , et lorsqu'elle était restée en présence ,d;eUe-méme; nous avons dit comment, elle s'était résolue à soumettre désorluais ses volontés à celles de M. Simon, à lui confier la direction absolue de sa cpnduite. Elle céda ^onc sans murmurer, quoique au fond du ccei^r ^ILe resjlât persuadée (pie si on l'avait laissjée agir elie-^méme, el|e y aur/iit mis. .plus de grandeur et de géaér.osilé que^ ne Je^ fuyait sans dpute.M. Simon, qui, dan^ sa position, se prépcpu|ierait des intérêts de sa pupille plus. qu'elle ne J'eût. désiré. ,

Quant à W^^ Simon, eUe interroigeait ^on.jpaari du. regard, ne voulant lui faire aucune objectiom, et ne çom* prenant pas cependimt qu'usés ce qu'il avait di( à ee ..su^ jet, il copisenilt à sacrifier à ce point Ie& intérêts, de. I^in».

Notre avoué devinait bien l'anici^lé de sa femme; ce- . pendant, comme il ne voulait pas que le, doute qu'eUe pourrait avoir sur la manière dont il arrangeait ceaiaffair.) res vtnt en aide à la crainte qu'avait également sq pupille, M. Simon les renvoya toutes les4eux chacune dans, 3<m ap* i partement, afin qu'aucune discussion ne s'engageât sur ce , terrain^ mais à peine Sabine ftit--elle rentrée cliei eUe

que M. SinMm ra{>pela sit femme etluicoufta la façon dont il entendait agir et sauver Sabine et Silve$tre.

C'était pour arriver à ce but que le matin du l** janvier il étaM sorti de fort bonne heure; ce fut pour cette raison que, lorsque M. de Bellestar se, présenta dies lui, il ne trouva personne, et que par conséquent il p«t filtrer jusqu'atr lit de Silvestre.

Lorsque M. de BelleisAar entra dans la chambre où se prouvait Silvestre, celui-ci était couché sur le lit provisoire qu'on lui avait dressé, mais il ne dormait pas. Le déliro violent qui avait agité presque toute sa nuit avait fait place à un profond abattement. La pensée était - revenue, mais fatiguée, brisée, et complètement sans ressort, . Sans se rendre compte de la fatigue morale qu'ail avait subie, Sclvestre s'étonnait seulement de ne plus se trouver la même colère que la veille au souvenir des mêmes choses qui Tavaieiàt si vivement exaspéré. Il n'est personne à qui il ne soit arrivé de ressentir une pareille lassitude de l'Ame eu pr4<?ence des plus justes ressentiments ou 4^ plus sincères douleurs; alors on s'accuse de faiblesse, de lâcheté; on, se méprise 4e ne pas. savoir garder [dans to^te -leurè

énergie \t^ sent^meixii q^^on wé^miréÈ «t dmi» oiv éfià fier; il nous 9tiitilb\t (fuH)n se ti^oMt so^méiiM.

Voilà quel était > l'étsrt de SfWesti^e Iwsfae' M. de Bellettflr s^tipp^â^dha de mn lit, et il fbtl«it ^e TaccïabFeimm ^ makidto fât bien grand po«ir q«e 1« ppësenee' de cet homme ne Ty arrachât pas soudainement. 0e iVoitty^ regarda le marquis d0 cet œil indifférent ^istimbiil tfiliioncer Tabsence de toute sensibilité; et, quoique M. de Bellestar ne fût pas d'une nature à s'inquiéter beaucoup des signes d'une pareille faiblesse, il jugea cependant que ce n'était pas le moment d'avoir avec son rival Texplicalion qu'il était venu lui demander; il l'aborda donc ayec l'intention de borner cet entretien à quelques questions banales, et de se retirer aussitôt.

^Monsieur, dit-il à Sil^lei^ne^ j'étais venu pour m'informer de votre santé; et, quoique les gens de cette maison m'eussent dit que vous étiez tout à fait mieux, j'^ai voulu m'en assurer par moi-même.

-^ Je VOUS' suis^ obligé, itionsieur, liri ropartit de Pro^ny, en le regardant plus attentivenMni qtfiP thb Pavait fait d^abford, e« comme ^'f «H meige qui' eM dtffialo^ tou» le» objëtfir extérieurs se fift dissipé fm èf fm; je veui^ remertrie de cet itifiârêt, réjMrif-'il, quelle qti'M soîl^ la cause."

M. de Betlesfëf examitift âlve«tre. I( avait' Mn# Mu nrmttié percer danff les dernière)» paroles du malade, et 9 ne se tn^mpa point lorsqril ett éemM qtte la vf^f rta^ nâit avee la haitie: cependant^ il vô«hil être nfiettt asiwré* dé la fbrce de mm ennemi, et if M répomHl aveir M totf de politesse qu'il vduM fendre affe«tdeiise, mai»- q^i- m fut qifafeclée: '

as

ISnWir^^ fpe vous iMpir/w |i touties le$ persomifis de ceUe maison, car je sais que c'est un titre à leur affection que d'é^e de vos .amis.^ .

Silvestre babra lès yeux, la vue de IHL de Bellestar 4teltaU, et il ne voulut pAs se laisser «lier à un sentiment i|ui au fond pouvait être injuste, ^et ^i dans la eirconstance où- il se Iroavait était centainementi déplacé. Il répondit donc au marquis comme un homme qui délire terminer un entretien qui lui pèse: •

y^ie pense, monsieur, que les sentiments que vous pourez avoir pour moi n'entrent pour rien dans ceux qtfc Ton peut avoir pour vous."

Ces dei^niers mots furent accompagnes d'un sourire amer et dédaig^ieux; il Tut évident pour M. de Bellestur que de Pirosny n^était pas charmé des prétènduis sentiments que Ton avait pour lui, et le marquis trouva que liiomme qui avait la îforce d'avoir cette opinion et de la lui faire comprendre, devait avoir la force d'entendre ce qu'on avait à lui dire. Il reprit donc, en articulant chaq ue mot dé sa phrase de manière à avertir Silvestré âe tout le sens qu'il voulait lui' donner:

^indépendamment de l'intérêt de votre santé , qui a pu m'amener près de vous, monsieur, peut-être y suisje venu pour m'éclairer sur la nature des sentiments dont vous parlez.^ ^ \ '

Silvestré se souleva sur son lit, et regardant M. de Bellestar d'un air fort étonné, U lui dit: ^

^t c'est moi, monsieur, que tous venez interror ger à ce sujet?"

M. de Bellestar se sentit à l'aise en voyant le visage de Siilve^tro se ranimer et so^ ri^gurd élioeeler. II prit

donc Blor«r sed^gva&ds airs pehohés et àéààigûénx et lui répondit:

^N'étes-vous pas Tami de la maison, ]e confident .de M. Simon, le 'protégé de M^ Durand?^

Stlvestre resta un moment sans répondre. Il hésitait de comprendre le marquis; il oie s^imaglnait pas jqn'on homme pût pouser si loin Tinsoienee^ et IMnhuma^té; il se déftait de ses prérentions, car il. sentait que sa colère était revenue tout entière. . Silveslre fut assez fort pour mesurer s^ paroles, mais il ne put commander d^ même à rémotion de sa voix, et il répondit,, sans relever lea yeux sur le marquis:

„ Si M. Simon a daigné m'bonorer, devant vous, du nom de son ami, j'en suis fier, monsieur... Quant à la protection que peut m"açcorder M"* Durand, vous avez pu voir le cas que j'en fais.

— C'est que vous n'en savez peut-être pas les, raisons secrètes, monsieur,^, reprit M. de Bellestar.

De Prosny regarda le marquis en face, ses sourcils se froncèrent, et il reprit avec une hauteur près de laquelle l'impertinence du marquis était tout a fait pauvre et mesquine:

^Je sais mieux que personne, monsieur, les raisons qui ont pu dicter la conduite de M"« Durand. Je ne sais sî elle vous en doit compte, mais je vous avertis qu'il n^me convient pas d'en entendre parler. ^

M. de Bellestar avait un But trop bfen arrêté pour s'emparer de cette sortie et en faire le point de dépari de la querelle qu^l était venu chercher. D'ailleurs il avait parfaitement compris que Silvestre s'imaginait que ce qu'il avait dit des raisons secrètes de la protection de Sabine s'^appliquait aux affales d^argent qui avaient ameHé

la rwitte de de Pi^iny, et il tae eonvetaait pa& plus*' à M, de Bellestar d^aborder ce sujet que cela ne conrenaft à Silvestre. Cependant, potir =amver à ce qu'il votteit, le marqais fut obligé de passer sur ce terrain ; mais il te "fit cbnrnie un homme obligé de ti*aYerser un espace plein de boue, et qui marche sur la pointe du pied et avec nh air de dég^oût. Il reprit dbnc en marmottatit ses paroles: ^Ohl monsieur, il ne s'agit pas ici d"*anciénnes relations dont j*ai yUguemenl entendu parler, et dans lesquelles votre famille prétend avoir été lé^ée.

— Prétend! s*écria Silvestre, que cette expression clioqua au point dé lui faire oublier qu'if venait de déclarer qùil n'entendait nullement parler de ce sujet.

— Le mot vous déplaît-il? fit le marquis en sou^ riant dédaigneusement; je le relire, et je vous dis que je n'^ënténds point parler de relations où votre famille a le droit de se croire lésée.

— Et je stlis charmé, monsieur f repartit de Prosny, que vous soyez plus qu'un autre po^rsuadé de ce droit, vous* à' qui une certaine fortune doit appartenir.^

M. de Bellestar se. demanda si c'^était la jalousie ou le ressentiment de sa richesse perdue qui venait dé faire parler Silvestre, et il lui dit à tout hasftrd:

^Peut^èti'e vous trompez-vous, monsieur, et peul* être les raisons secrètes jqtii ont dicté la conduite de M^ Durand à vôtre égard empêcheront que cette fortune se tiête jamais à ht mienne.^

Les pàlroîes du marquis eurent une portée qu'ail était bien loin de prévoir. Silvestre restait dans la pensée que M. He Bellestar faisait àans cesse allusion aux récla«ittations qu'il pouvait avoir à exerces coUtre Sabine, et, en considérant les paroles du marquis de ce côté, de

lkosn% éprouva, au lUiU^u d^ açin krUation, udt s^fj^ent qvà TaUrista profoadéiu^t. U garda un moment le ^- Ijèuoe, comme pour exanuner .^t pqujr l'ecounaître la nou- YelU pensée qui s'élevait en lui ; puis , {^pcès s'eA A\fiQ ^q^ ^fi^ dire ^&sui;é, il dit d'u^ Ipn plus ealm# à son rival: . *, j -

^xcusçz la vivacité de me^iparoles, monsieur:^ 4^s souvenirs qu'une position peut-ôtre fâch^se ont . sans jiQute rendus trop cuisauts^ m'9^ Tait dire un mot que je retire à votre exemple; je n?ai aucun droit qui, puisse ,m''auloris^r » réclamer quoi ^u^ ce soit jde M**« Durand. 3si fortune est à Tabri de toute poursuite et de. toi^te rér pétition. J'aurais trop de cbagriu^ mousieur, si je.pou^ y9^ croire qu'un mouvement de susceptibilité,- peut-être exagérée, ait pu vous alterner sur k position de la ; for^ tune de M'^ Durand. J'aurais étfé biep loin, de^ ce qu(ft je voulais, s'il devait en résulter le moindre ^^hapgem^i^t dans vos dispositions à l'égard à» M"* Durand, si je devais vois s'élever, par ma faute, le mpindr^ pb^tacle^ à une union qui lui plâU>iqui la Âatte.;. et à lajfuçlle j/& CEois soa bonheur attaché. ^ j

Il est in^possible de rendre l'émotion jaaal contenue avec laquelle dp Frosny dit cette dernière ^braBev II se Itpuvait sincèrement coupable d'avpir fait une scène qui ^ponvmt aipener une rupture entre Sabine et M. 4^ Bélier star^ il trou vaijt honteux et misérable d^avoir^ par c^Ue scène, éveillé contre la fille le souvenir des bassessea d^ père; il se méprisait d'être arrivé à u^e -.si .insigne vengeance; mais ce n^-était toutefois que par un effoït inf^ qu'il était parvenu à parler du i^ariage de Sebiœ jit 49 marquis sans que la fia)édiction, la colère, le dél: .écli^ tassent dans sos paroles.

Aussi fut-il déchargé d'un fardeau qui lui pesait crueUement, lorsque, sans comprendre encore où M. de Bellestar voulait en venir, il l'entendit lui dire avec la même impertinence:

„Eh! mon Dieu! monsieur, croyez-moi, la fortune cte M^ Durand n'a rien à faire dans tout ceci, je la connais parfaitement, je la sais complètement à Tabri de toute réclamation; cette fortune est libre... ^

Ce mot qu'il venait de prononcer, parut frapper le marquis comme s'il ouvrait une issue inattendue à la pensée qui le tourmentait, et il reprit aussitôt en appuyant SUT ce mot d'une manière très-affectée:

„Oui, monsieur, sa fortune est libre, et je désirerdis que sa personne ou son cœur le fussent également.^

Il faut être un M. de Bellestar {)our dire de pareilles choses; il faut avoir en soi un énorme assemblage de sottise et de grossièreté pour commettre ainsi une femme à laquelle on a eu la pensée de donner son nom; mais d'un autre côté aussi, il faut ê!re M. de Prosny pour rester l'air stupéfait et la bouche béante, en face d'une pareille parole, sans comprendre qu'il pouvait y être intéressé pour quelque chose; il faut avoir été si cruellement éprouvé par la misère, qu'on y a perdu la conscience de sa valeur, pour ne pas deviner dans une pareille insinuation, la rage maladroite et brutale d'un rival.

„Quoi! s'écria naïvement de Prosny, vous penseriei que W^^ Durand n'est pas libre, que son tuteur abuse de son autorité?..."

M. de Bellestar regarda à son tour Silvestre d'un

air fort surpris. „LequeI de nous deux est un sot? se

dit-il. Ce monsieur, qui ne comprend pas ce que je

veux lui dire, ou moi qui, sur un propos répété par un

âv jovK u JovB. T. n. 7

9ft

imbécile, vieivs faire à ce pauvre g^çon une scène à laquelle il ne conçoit rien. Le sot, c'est moi, qîii ft^ pu croire un moment qu^on avait pu penser à ce clerc romantique, lorsqueaj' étais là.^

Cette conclusion étant résultée du petit raisonnement que M. de Bellestar s'était fait en lui même, il répoadit, sans atlficher cette fois à sa phrase Timporlance qu'il avait mise à toutes celles qui i'avaaieut il précédée:

„Je n'accuse pas M. Simon d*exercer la moindre violence sur les sentiments de sa pupille; mais vous connaisses les cœurs aimants, monsieur, un mot, un geste, un signe les alarme, leur délicatesse craint d''user ^"avantagea ^ ne doivent pas compter dans la véritable union de deux cœurs bien -épris...'*

Silvestre suivait ^llun air stupéfait les airs de tète du marquis, pendant qu'il débitait ces phrases amphigoriques, comme les enfants suivent les mains d'un escamoteur pour tâcher de deviner le secret de sa magie.

^e ne vous comprends pas, dit Silvestre.

— Efa bieni monsieur, dit le marquis, le visage boursouflé de cette impudence de fat qui baisse mode^,te- [ ment les yeux; j'ai eU peur... j'ai craint que M'^ Duraûd ; n'eût à oublier des sentiments peut-être mal adressés, ' mais ^jui avouent pu occuper son cœur ... Et c'est pour . cela que je vous disais que je désirais que sop cœur fût aussi libre que \3a fortune.^

Si le marquis fut rassuré sur la passion qu'il supposait à Sabine pour Silvestre, il dut être immédiateinent averti de la passion de Silvestre pour Sabinei Le regard ' de de Prosny se troubla son visage reprit un moment cette expression égarée qu'il avait lorsqu'il était entré le veille dans le salon de M. Simon; et il prononça d'une

^ix élpuffô» les pi«rol^ sylva^ie» qui ne soi^taient que péoiblement de sa poU^ine.

„EUe, moQsieujr, elle... Si^ii^, e^lle idne qucilqu'uu ... ^lle aime... elle peut aimer... mais... mais...^

Toute coup cette sorte 4'égarçjrnent cessai l'^oppression qui comprimait les paroles fut brisée comme u^ digue, sur laquelle se préqpite ^vec une nouvelle f4reur le torrent maintenu ^ grand''peine. Silyestre attacha, uo , regard étincelaut sur S(I. d^ B^Uei^tar., et lui dit d'une VQLX éolatf^te:

y^^»is qui donc aime-t-elle, monsieur?^

Le marquis fut si surpris de cette violente interrogation, qu'il Laissa échapper sans le vouloir la réponse directe, et que, rendant à Silvestre son regard menaçait et en parlant avec le même emportement que son interlocuteur, il lui dit:

Jâm vous peu^-êtrc^, monsieur.

— Moil... fii Silvestre, moil"^

Ah! qu'un pareil mot, ^'il lui étai^ ycqu de l;]i bouchç d'i^n autre, e4t ravi Silvestrctl quelLe joie, f^ueUe félicité ce doute, cet çspoir eût jeté dans son cœur! A ce moment fuéme) et venu de M. de Belleslar, ce mot le* frappa au co^ur d'ujie de ces commotions où Texcès de trau^poft fait naître la douleur. Çonune si La [lefisée de Tampur de Sabine ei^t brillé devant lui comme Téclair qu^i devait bfûler §es yeux ,§ il les ferju^ un m o nient... pâlissant, éperdu^ cherchant vainement ^ se r€cueiUÎT. Puis, par un mouvement violent, il secoua poujç aUisi dire hor^^ dé lui cette flamme qui Tav^it pénétré; il cliussa celle vision qui le rendait fou, et, se levant sur ^ou s<^nt, il se prit à' considérer M. de Bellçstar. Nous ue pouvons dire to^t ce qui se pasça dan? la tête de Silvcfiirc durant te

court espace de temps quil examina le marquis; mais if fallait que cette succession d'aidées fût bien rapide, pour ramener du point où il était parti à cette conclusion inouïe:

^Monsieur, dit-il à M* de Bellestar, monsieur, tous êtes un lâche P

Le marquis, assis à côté du lit, se releva pâle de eolère à cette terrible apostrophe. Cette colère fut é riolente, qu^elle ne se manifesta que par un cri sourd el rauque, et par un geste que la faiblesse de de Prosny arrêta seul. Silvestre sembla s^animer à cette menace; il se pencha vers M. de Bellestar, et de cette voix basse et sèche qui donne à Tinsulte un accent bien plus cruel que les éclats les plus violents, il reprit:

,,Oui, vous êtes un lâche, vous venez calonmier une jeune fille que vous savez sans défense, parce qu^elle est sans famille.., parce qu^elle vous aura montré, je ne sais comment, qu'elle est honteuse de vous avoir donné une espérance, car elle ne vous aime pas, je le sais, je le comprends; elle est trop noble et trop fière, et trop supérieure pour cela; non, elle ne vous aime pas... Et -parce qu'elle vous Ta dit , sans doute , vous ne trouvez rien de mieux à dire que de l'accuser d''en aimer un autre, que de lui supposer une passion dans le cœur, une passion . . . pour qui ? pour , . , (Silvestre sourit avec amertume) pour moi, monsieur,' pour moi qu'elle ne connaît pas... que tout sépare d'elle... pour moi qui ne suis rien, qu'elle serait venue chercher dans la misère... pour moi qui suis, qui devrais être son ennemi... Mais pourquoi ne pas Tavoir accusée d'aimer... je ne sais qui, le passant qu'elle rencontre dans la rue ... le ... ?^

Silvestre s'irritait à mesure qu'il parlait, au point dç

ne pïus pouvoir aMiculer; il s'arrêta et reprit enfin ave* une exclamation:

„Ah! oui, monsieur, c'est une lâcheté... une lâcheté que vous ne direz à personne, je vous le jure; car je veux ... je vais . . ."

Silvestre fit un effort pour se lever: M. de Bellestar, qui l'avit regardé parler avec la rage calme d'un spadassin qui choisit l'endroit où il tuera son ennemi, M. de Bellestar arrêta Silvestre d'un geste, et lui dit froidement :

^Quand vous pourrez quitter votre lit, monsieur, nous reprendrons cet entretien; vous devez comprendre comment et en quel lieu...

— Ce sera donc sur-le-champ 1

— Ne vous pressez pas pour moi , fit M. de Bellestar en saluant dePrpsny; cela nç m'empêchera pas de dormir.*

- Silvestre le regarda sortir; puis, retombant dans son ' lit, il s'écria en se parlant à lui-même:

yfOh ! le misérable I qui vient me dire qu'elle m'aime . . .*' Pourquoi donc cet amour, qui devait être pour Silvestre un bonheur si inespéré, le jeta-t-il dans cet horrible transport? C'est qu'il y avait vu une insulte pour Sabine du moment que M. de Bellestar osait en parler, et qtte cette femme, qu'il avait voulu insulter la veille, reçdr plissait tellement son âme, que du moment qu'on l'avait touchée par une parole injurieuse, tout son être avait frémi, toute sa fierté s'était éveillée; c'est que, sans s'en douter, il la portait en lui comme il y portait la mémoire de sa mère, comme il y portait sa foi, sa religion, sa vie. Cest qu'il l'aimait comme il faut aimer.

Pendant ([te 6etté èxplicîatlon avait Uén éhe^ M. ffr^ mon, notre avoué s'^^aft mis à la poursuite dé M^ dé ~PH>toY- II flvait «nffîi (fPé prendre un pôni dàos cette affaire délicate, et, diaprés ses prévisions, il lui sufBsnl d'^alteindre la taftle, d^en obtenir ou plutôt d^en acheter \é silence, et le reste marchait de soi-même. H. Simon alla d''abord à la maison de Silvestre, oii sa qualîtë de patron du jeune clerc, lui petmif de prendi^ toufi les ren- «eigtiemeÉts quil désiraSI avoil', i^ans qu'on ftt la moindre dîflScuKé pouf les lui donner. M. Simon aVait un proi fond mépris pour les vieilles filles acariâtres, et M'** de Prosny n'était pas propre à le ramener à d'attti*ès sèntî-* * mei^s. Aussi n'hésita^-il points pour justifier Bè5 que- ^tiend, à déclarer au conciel'ge que M*** de Prôsby avait tout il coup perdu l'esprit, c'est-à-dire qu'elle était feîlo; -et que ce malheur, que son neveu- avait impruéemmMil è/aohé à ses amis, avait failli coéter la vie à Silve^re^ el expdsait sa tante à mille dangers. Le concierge n'avidl^ comme on a pu le voir, aucune tendresse pour M*** é% Prosnjr, il était donc fort disposé à aecueiHir tout oé qu'on pourrait lui dire contre sa locataire. D'un auM côté, le fait de la fuite de VL^ de Prosny, pendani !• irait, devait paraître nécessairement un acte de foK& ft ceux qui n'en oonnaissaienl patf les motifs . caché(9. M. Simon trouva donc tout l'accueil possible, tout l'empressement ésirable à le seconder dans ses recherches.

â'i nolro avcmé eût pu interroferflih'estre^et si eglui-cl eét pu l^accompagner , M. Simon eût sans doute été plus vite renseigné sur une circonstance qo''il considérait comme fort importante. M"* de Prosny était-^elle sortie avec un paquet ou non? Dans le premier cas, et surtout si te paquet était Toiumineax, il y avait népessairràent un fiacre ou un commissionnaire dans la cotifidenee de la fuite.. Et eoBune M''* de Prosny avait dû se décharger le plus tét possible de ce paquet, le fiacre avait dû stationner la veille sur la j^laoe la plus voisine, on bien le commissionnaire devait être un de ceux qui avaient le monopole des rues les plus rapprochées. M. Simon interrogea donc le portier à ce sujet; mais celui-ci, dont la surveillance n'hélait, disait-il^ janîais en défaut, ne put répondre à cette première question ; la seu!e chose dont il fût assuré, è'*était, à uns demi-heure près, le moment où M"^ de Prosby avait quitté la maison. Cela décida M. Simon à faire, conjointement avec cet homn», une perquisition dans l'*appartemeiit de de Prosny. Ils trouvèrent tout en désordre: les armoires étaient restées ouvertes, et comme aucune a^enfèrmait le moindre vêtement de femme, IL Simon en conclut que M''* de Prosny avait emporté tout ce qui lui appairtenait; et, fort de cette assurance, il jugea que sa recherche deviendrait beaucoup phis facile.

Mais ce qu^il avait considéré comme un obstaele à t^aecomplissement des projets de M'^^^de Prosny, è''est-àdke la solennité du premier jour de F'an, devait être aMSsi nne grande difficulté pour Itû. En effet, tous les cora- ■ûssiomMÛres des environs étaient absents de leurs places, envoyés presque tous en mission extraordinaire, soit pour êe lourdes étremies, soit pour de simpl^ cartes de vÎAte. H. Simon iieeneillit da^g \^s buros^^ des sta-

lioti3lesiiaHiéros des fiacres, i^m avotsiDaièal la maison de Sif-* yeslre, les numéros de toutes les voitures qui s^y trouvaiefti la veille entre neuf et dix heures; il apprit en même temps à quelles administrations ces voitures appartenaient; mais quel espoir avait-il de retrouver les deux ou trois carrosses qui étaient partis de ces stations à peu près à rheure de la fuite de JA^^ de Prosny? Un tout autre jour que celui où il se trouvait, cela eût été fort difficile ; le premier jour de l*an, cela paraissait impossible. VLms M. Simon n'était pas homme à reculer devant des impossibilités apparentes; il chargea le concierge de survdiler le retour de tous les commissionaires à leur place, et de leur donner une heure où ils se trouveraient tous à la maison de de Prosny. Quçlques écus devaient assurer Texaotitude de leur présence.

Une fois ces précautions prises, M. Simon se rendit dans les diverses entreprisea auxquelles appartenaient les fiacres dont il avait recueilli les numéros, et ayant répété^ dans chaque endroit, Thistoire de la fuite de M"* de Prosny, il obtint aisément que tous les cochers de ces voitures fussent interrogés le soir même, pour savoir si quelqu^un d'yeux avait pris, vers nenfheures, une vieille femme , habillée de noir, et portant un paquet. Dans le cas où cela fût arrivé, le cocher ne pouvait manquer de déclarer où il Tavait conduite, et M^ de Prosny était retrouvée. Cette chance était fort éventuelle, et en outre elle remettait au lendemain une découverte que M. Simon tenait à faire le jour même; déjà plus de la rooHié de la journée s'était écoulée, car il avait fellu aller de la barrière Poissonnière à la barrière du Combat, de là au favbourg Saint- Jacques à la chaussée du Maine, que sais-jeeiH> core ? et partout il avait fallu donner de longues e^licatiOBS.

Tout cela ne ralentissait pas l'aetivité de M. Simon; il savait que e'^est souvent dans les démarches que les geus indoleirts trouvent inutiles, qu'on rencontre rindi* oation qui doit mettre celui qui chercbe, sur Ja bonne voie. Si cette indication ne se rattache pas directement à la démarche faite, il y a beaucoup de gens qui attribuent à un hasard heureux la rencontre fortuite de ce premier fil conducteur; mais il n'en est pas moins vrai, que ces hasards n'arrivent le plus souvent qu'a ceux qui Se mettent en quête de tout ce qui peut les éclairer. Ainsi, dans l'occasion présente, on peut dire que toutes leà précautions de M. Simon furent inutiles, et cependant ce fut parce qu'il les prit, qu'ail fut conduit à suivre une route à laquelle jl n'eût peut-être point pensé sans cela. M. Simon revenait de la barrière d« Maine, la tête hors de son cabriolet, dévisageant toute fenme vêtue xi'un noir suspect et d'une tournure analogue à celle de M"^ de Prosny. M. Simon, comme noua l'avons dit, n'était pas homme à négliger le hasard qui pouvait lui montrer la vieille fugitive à l'angle d'une rue.

„Il y a un million d'individns dans Parts; danâ un jour comme celui-ci, j'en rencontrerai cinquante mille sur ma route, se disait M. Simon. Sur ce nombre, j'en remarquerai mille peut-être; c'est une chance de un contre mille, contre dix mille; qu'importe? la chance existe, il ne feut pas la négliger.^

Il est vrai que d'une part il était présumahle «pie Mil® de Prosny ne quitterait pas sa retraite dans ce jour oà le monde est dehors; mais, d'un autre côté, emportée par l'ardeur de sa vengeance, il était possible qu'elle se fât mise à la recherche d'un avocat ou d'un agent d'affiin^, et elle pouvait se trouver sur le passage de M. Simon.

tl était donc, cohime nous i^àvohs dit/ lu tétéT hors <de la portière, l'œil au guet, lorsqu'^au coiii de la me da Bac il vit un doigt qui le désignait, et une figure ^ipa^ «Hissait tout étonnée de Tiinfiression inquiète de sa propre figure. Le doigt et le visage remarqués par M. Simon nppartenaient à son clerc Radînot. On ne vent point croire à l'^existence du fluide magnétique, à la puissance de cet agent qui, dans des circonstances données, tr«ns«i inet tes pensées d'un individu à un auire, sans te secours des orgtines; qui leur montre des objets qui sont hors de hk portée de leurs sens, qui les avertit de certaines ap* proches que rien ne révèle à d'^autres. Quant à moi, je «rois an magnétisme, et ce qui arriva à M. Simon en celte circonstance me donnerait cette croyance ^ alors Même que je ne Taurais pas depuis longtemps.

A peine M. Siriion aperçnt-^il Rachnôt qu'il se dit, lïomnie si une soudaine apparition lui eût montré toU à tmt^ le chemin qui devait le conduire à son but: Voilà jcelui qui me fera retrouver M*** de Prosny*

Cependant M. Simon ne savait point que Radinot eût été jvsqu'à un certain point le complice de Tenlèvement du paquet de billets de banque envoyé à Silvêstre. !( ne savait point que c'était te petit clerc qui àvak averti la vieille tante de la présence de ce paquet chei le eoa^. cierge. Ce fut tout simplement, de la part de M.. Simon, une de ces rapides inspirations, une de ces convictûmst soudaines qui s^emparent d'un homme, le persuadent, l^'entrahient et le font agir dans une voie nouvelle, sanff qu'il puisse dire le motif sérieux qui le détermine, saM^ qu'il puisse expliquer raisonnablement les motifis de cette, conviction. Et cependant il arrive souyenl que c'est à de pareilles déterminations qu^n doit le succès. Bien

ije lès jus^e aux ye«x ^du tnlgtike^ maîd elles mënetil rhomme supérieur à son but; c'est, à vrai dire, la sec^aAde vue, ()ui constitue le génit des grands capitaines, des grands diplomates, dés grands poètes et des grands •aVôués.

M. Simon fit signe à Radinot de s'Approcher , et telle ëtalt èB perisuasion d'av^r rencontre la trace de M*** de Ptosny dans la personne de son jeune clerc, que, malgré le peu ée teffipB qur hri reMâH pour pibur^ivre êeé î^ecliercheBi; H dit à celui-ci:

^Avez-vous une iieure à me donner?

— tout le temps qu'il vous piaira, monaeur,** réptywàii Radinot fort surpris d'une pareille demande.

K. iS)!inion nei %t>«Iait point interroger RadittOt «■ présence du cocher qxâ le <^«dviBflit; il aj^ta donc:

„AteK-vous déjà déjeiné?*'

Radinot eut «he de ter réponses qqi R^appmrtieiineil qu'à la clërieatmre^ car il ret^rtit aniMilôt dd ton le pluB naturel:

„Je n'^ai encore d^eûMé quline fois.^

Sur cètlé assurance, M Simon it entrer son clerc dans un café Voisin, et après avoir eonunandé im d^eil-. lier dlSnt chaque article ^^aivouissait le visage du jeune ilfamé^ il eut avec lui Tentretien suivant :

„Vdus connaissez M'*« de Prosny? dit M. Simon y en tecvant les trois quarts d'un bifteck à Radinot.

— Oui, monsieur, je la connais.

f ^ "^us êtes donc allé souvent chez Silvestre? ^^ Ohl monsieur, je connais M"« de Prosny d'aile

Ceci était lin point important, et M. Simon estinHi qu'il avait déjà beaucoup gagné, que de savoir quelque.

chose sur les tiaisons et les habitudes de M"* de Prosny.

^t par qui couaaissez-vous donc M"® de Prosay, Radiuot?^ dit M. Simon en lui versant à boire.

Le petit clerc releva le nez, regarda le patron, repoussa le verre, et lui dit d'un ton qui contrastait avec l'expression accoutumée de sa parole criarde et moqueuse:

^M. Simon, il faut que vous sachiez une ehose:tous les clercs d6 votre étude vous appartiennent corps et âme , parce que . . . suffit ... on apprend chez vous que ça sert à quelque chose d'hêtre un honnête homme. Si vous voulez savoir quelque chose sur M"® de Prosny, il n^yapas besoin de détours; ça vous intéresse, ça intéresse Silvestre, voilà tout ... Je suis prêt à vous dire tout ce que je sais.

— Eh bien! mon garçon, dit Tavoué que cette déclaration de son petit clerc flatta peut-être plus qu'Hun éloge beaucoi^) plus considérable, eh bien, voici de quoi il s'agit: M"^ de Proany s'est échappée de la maison de son neveu ... Ce doit être un accès de* folie . . .^

Le clerc secoua la tête en disant:

„Un accès de méchanceté! la vidlle n'est pas folle ... que non, que non, elle n*est pas folle I

— Quoi qu'il en soit, reprit M. Simon, il est important que nous la retrouvions aujourd'^hui mémie .\ . . el je ne sais pourqnoi, en vous voyant, j'ai eu Hdée qu'avec votre intelligenee et votre activité vous pourriez nous aider à la retrouver.'^

Radinot sourit. ^Le patron, se dit-il, nA rend la monnaie de ma pièce; il me trouve intelligent et actif, et jusqu'à présent il ne m'a guère parlé que pour me dire qae j'étais paresseux et maladroit.^ Cette première réflexion faite, le petit clerc secoua la tête.

^Savoir où elle est allée, dit-il, c'est difficile, parce que C'est une vieille rate qui a plus d'un trou pour se cacher; d'abord il faudrait savoir pourquoi elle est partie.

— Qu'importe le motif de son départ? dit M. Simon, fort étonné de l'assurance du petit bonhomme.

— C'est que c'est tout," répondit-il.

Radinot s'arrêta et se gratta le front, puis il se versa un verre de vin, et dit d'un ton délibéré à II. Simon:

^Pardon, monsieur, mais là, dites-moi la vérité: ce n'est pas seulement pour me faire causer, â'est-ce pas, que vous m'interrogez? c'est pour quelque chose de trèsimportant?

«- Mais sans doute.

— C'est que, voyez-vous, nous blaguons (textuel) quelquefois comme ça à l'étude . . . vous comprenez que c'est pour rire... et je ne voudrais pas, pour une bO-' tise, raconter des histoires.

— Mais qu'est*-ce donc ? fit M. Simon , qui devenait fort curieux de ce que pouvait lui dire Radinot , parlez , je le veux, je vous atteste que vous me rendrez un vrai service.

— Eh bien! monsieur, dit Radinot, je répète que, pour savoir oii peut être allée M"« de Prosny, il faudrait savoir pourquoi elle est partie.

— Est-ce que vous, qui la connaissez, vous n'en ave2 pas quelque idée?

— Ah ! c'est une vieille scélérate , fit Radinot , qui ne dit guère que ce qu'elle veut; mais il ne m'en faut pas long pour deviner le reste. Voyons, faut-il tout vous dire?

— Mais parlez donc !

— Eh bien! voii;! ce qui &'est passé, il y ch deux jours , dans la soirée . . •, ^

— Il y ^ deux jourjsl fît M. Simon, fort étonné de^ cette désignation qui se rapportait exactement au jour et au moment de la remise du paquet de Sabiue. ,

— Vous voulez que je. vous dise tout? fil Radinot. — Mais tout , absolument tout.

— Voici doue la chose. Il y a deux jours, Je, nitilre clerc me donne , en quittant Tétude , un billet pour le porter cliez sa tante, qui loge à deux pas de chez nous. Comme j'arriva^ devant chez Siîvestre, j© . vois un fiacre s'arrêter; une idée^^ comme celle que vous , avez eue, que je pouvais savoir quelque chose, une idée me prend de regarder qui est-ce 4}ui va descendre du ^cre. Aussi sûr que je vous parle, je vois descendre la gouvernante de M"® Sabine^ puis M"® Sabine ellemême, parole d'honneur, sur la tête de ma mère!

— Je le sais ... je le sais ... fit M. Simon assez contrarié de voir dans de telles mains le secret de la visite de Sabine à Silvestre; et ensuite?

— J'attends quelques minutes pour voir si la yi«ite serait longue, la bonne et mademoiselle ressôrient près- ; que aussitôt, ei je pense alors à aller remetti^. le billet de M. de Prosny. J'enlrfj donc, et en demandant au pqrr . tier s'il y a quelqu'un, je vois juste sous mon nçz et sur. ^ la table qui est au-dessous du vasistas de la If ge^ àîi paquet, tout frais posé, à l'adresse de M. Silvestre 4? ; Prosny.

Je proposé de Te monter, le portier refuse.. Parf^lci , d'honneur, là, vraie parole d'honneufj M* Simon, je o'^ai eu dans ce moment-là d'autre idée, que de croire (U{^ , c'était un joli cadeau d^étrennes que vous vQuIiez faure

au premier cZere^ et que. M"* Duraud passant ptir has^r^ devant la porte de Silveslre, vous lui aviez dil de ie lais ser chezlui pour qu'ail ne sût pas d^où cela lui venait. Mais quand j'eus remis mon billet à M''® de Prosny, dame! il me poussa de bien aulres idées.

— Ah! fit M. Simon, et quelles idées?

* — Je vous conte la chose comme elle est, ni plus, Tii mQins, reprit Radinot; j'ai eu tort, c'est possible; mais enfîii ... ce qui est fait est fuit. M"« de Prosny avait à peine fini de lire le billet de Silvestre, où il lui disait qu'il ne pouvait pas venir dîner, que la voilà qui se met à grommeler et à dire en tordant le bec (textuel), elle est atroce dans ces moments-là, la voilà qui se met à dire: ,^Ce n'est pais vrai, il n'a pas à travailler à l'étude . . . . . . Voilà que ça commence; il se dérange, il se perd.*' Et ci, et l'autre, et un tas de raisons plus injustes, les unes que les autres. „Vous vous trompez, lui dis-je, il ne se dérange pas, etc.^ Enfia je tâche de calmer la vieille, lorsque voilà qu'elle se met à dire tout à coup: „Oui, oui, j'en suis sûre, cette drôlesse lui tourne la tête."

— Plaît-il?" fil M. Simon d'un Ion si sévère, qu'il arrêta une boucliée de perdreau dans le gosier de Radinot. *

L^avoué fut très^fàché d'avoir interrompu soQ clerc; mais il avait si bien compris que cette épilhète de drôlesse devait s'appliquer à Sabine, qu'il ne put réprimer un violent mouvement de colère. Radinot baissa les yeux, devint plus rouge que les radis servis devant lui, et dit:

— itbnsieur, vous comprenez que ce n'^esl pas moi qui ai dît cela . . . tout le monde vous respecte . . . monsieur, et M"« Sabine aussi, on la respecte... Mais dame,

ni

H^ de Prosny . . . elle . . . enfin, monMeur . .\*' elle'' Ta dit . . . Vous m'interrogez . . .

— Continuez, mon garçon, continuez, fit M. Simon. Je ne tous en veux certes pas. Allons donc.^

Le clerc, qui s'était d'abord laissé aller à son bavardage, eut peur d'en trop dire, et balança la tôte, en marmottant ses mots, puis il reprit:

„Je ne sais pas si je peux ... si je dois . . . Ces! que c'a été très- fort; quand la vieille s'en mêle, elle n'y VK pas de main morte . . .

— Mais, mon Dieu, je la connais, fit M. Simon; je sais tout ce dont elle est capable... Voyons, ne craignez rien. . . puisque c^est un service que vous me rendez.

•— Eh bien, reprit Radinot en continuant à hésiter, voilà qu'alors elle se met à dire un tas de choses... vous comprenez . . . , très-bêtes . . . que ...

— Mais quoi donc?

— Dame! que Silvestre est un gueux, qu'il l'abandonne, qu'il veut la planter là . . . qu'il commence ... et tout ça pour . . .

— Mais pourquoi donc?

— Parce qu'il est amoureux de M"<^ Durand ... ma parole d'honneur, là, sur les cendres de qui vous voudrez, là, vrai, c'est elle qui l'a diti"

M. Simon s'attendait bien à quelque chose dans ce *genre-là; mais malgré toute la contrainte qu'il s'imposait, il laissa voir encore malgré lui jusqu'à quel point il était blessé et irrité à la fois de voir sa pupille en proie aux propos des jeunes gens de son étude ; car il connaissait trop bien Radinot et messieurs ses clercs, pour supposer que les paroles de la vieille W^^ de Prosny n'eussent pas été répétées et commentées.

lit

BftdiBOi pfirdil toul à fait contenanoe et M. Simon fut forcé d'^employer toutes sortes d'^instai^res et d'encouragements pour feagafer à contifluer. Le clere refusait toujours de poursuivre, si bien que Tavoué finit par dire:

^Songez, Radinot, qu^en vous taisant, vous feriec supposer que Vf^? de IVoany a dit des choses d'une gra- . vite . . .

— Ce n'est pas seulement ça, monsieur, c^est que j*ai dit moi . . .

— Qu'est-ce que vous avez donc dit?

— Eh bien! j'ai dit une bêtise ....

— Mais enfin qu'est-ce done^? . . ,

— Eh bieni fit Radinot en reprenant son courage ei en parlant d'un ton bourru, fai dit que c'était possible... J'ai dit ça en riant ... et puis, dame, quand une plaisanterie vous vient sur la langue, on la lâche et puis on a^eii repent,

~ Voyons, dit M. Simon en prenant sa plus douce veux, malgré l'impatience qu'il éprouvait; ce n'est pai^ un crime, o'*est une plaisanterie . . . achevez ...

— Eh bien, j'ai dit . . . je riais . . . j'ai dit: Mais je crois bien qu'ils s'adorent ... ils en sont déjà à de petits cadeaux.^

L'avoué eût volontiers tiré les etjûUes an petit clierc, mais il fut plus fort cette fois et il reprit en riant:

„Au fait, c*était à eroûre; et qu'a répondu M"^ de Prosny?

~* Oh! alors, reprit Radinot rassuré, eUe, est .partie comme une fusée; elle .m'a forcé à lui dire ce que j'avaM vu chez le portier, et quand eÙe a su que M''^ Durai|d était venue, ohl alors, c'était une pluie battante de ci^ de l'autre. Ah chien . . . quelle langue!

AV JODR LB JOiy^ T. II. ^

lU

— Passons. . . pàMOntf, dit M. SiiHôit; j^ar o4' IoqI cela a-t>i! finil^

— . Yoiei, dit le derc, et e^èsl là qiTest tout Je mystère. „0«i, oai, disât^-elle, si eî*e«t vrai,... si cette . . .^ les smis ne T))hf mû à la choseV ^si M'*'^ Duraâd a des intrifiies àvee mon ne'veu,. .. je quitterai -!• maison^ j^irai- mendier . . . j'^irai dans un hospice . . .^ 0«e sats^je! Puir elle ir ajouté tout d^un coup: ^Ahl mais si j''a\ais seulement de quoi payer des poursuites ... je lui en ferais voir de dure» à cette . . .^ le mot ne fait rien à la chose. ..Bah tltii dis^^ elle se moque pas mal de vous, M|'<^ Durahé; elle -est rlrhe, sa fi^rtune est en règle , et quoique . . .

M. SimoA^ eut W| Mauvais ^regard, le elerc s'^rét» tout court.

,,Qu^aveB-voos donc ? fit M. 8imoD«

— Dame, vous comprenez, fit le clerc, il y » des ehos^ qtti se disent ' partout. . . on 'en parle k l^étude . . . on ft tort ... on a tort ; . . je sais bîf» . . . mai» je^ vue peux pas m'^empécher de: Tavofr >entendu.i. ça ftiit que je savais que la vieille -jirétendait que M. DiiraBcE le père les avait*; . . «r%i les avait ... un peu iloii^ . . . c'est te mot, là. Alors je dis ça à M^® de Prosny, qui aie té»» pond* „Ahf si fav«És seulèmenl un MHet de mille francs à donner à quelqu^un que je sais bien, je loi fetms past« ser quelques mauvaises journées à cette . * .^ Vous comprenez, toujours un mot désagréable . . .^

Bàdinot venait enfin, après bien des déteurs, de toueher au point juste qu'ail pour ainsi dire d«viiié M. Siiiioi»; aussi Tavoué ouMia-t«il sotodainemeat le bavarw dage cruel qù^il venait d*enlMidre, et il dit viveoienA » son clerc:

us

^t eet hoimley vous le ccteaairaek?

— Tiens, si je le connais, c^est chez lui que je travaillais avant d'hêtre chez vous ... Je ne vous l''ai pas dit, parce que ce n^était pas une fameuse recomman-> dation. C'est là que fai vu M"« de Prosny, qui venait toiyours Tennuyer de ses doléances et de ses projets de rattraper sa fortune. Si bien que je savais l'histoire de tous les de Prosny quand je suis entré chez vous. Quant à ça, monsieur, c'est cornltne si je parlais devant Dieu, je n^'eu ai jamais ouvert la bouche à personne, pas même à Silvestre, qui ne se doute pas que je connais sa tante de Viéïllé tface . . . Or, ttionsîeur, voilà pourquoi jér vous dirais que si on léffvaît potnrqnoi elle a quitté ht màfébtt^ oh potirrait savoir où elle est, car M. Fnmctière doit fè «avoir.

— Quoi! s'écria M(. éimon, c'est ce fripon de Pûmetière?

— C'est lui.

— Qtt demeire-t^il? Il faut que j^atlk chex M in l'instant.

^ Où il demé^e? ah! voilà, le êtàê bieA 6^ i\ démente; mais où le trouver . . . c'^est autre diOse. Àt->. te^rdez; c'est le jour de l'an, il lioit être à son biâ^mnt ée la rue du ftoi de ffidle.

. — O^esl-ce que d'est que çfl?

— Je v^ms le dirai en route, parce qvïd voilà litakê heures bientôt, et çà ferme à petf.près àf eelte hef^Hâ-d. D>ailleilrs il fatal que j« vous mkûb, voos' ité irouwtiéi pas,' et quand vmK troueriez, ça we lâértàt pus ^e r«l^ sen pottr qne vous dussiez entrer;*

M. Sitbeir st confié U ht é0Ëd«ile de Rtld^l, et

lit

to«8 deux parârenl es rabriolet pour la nie eu Roi de Sicile.

xxin.

81 cette histoire n'était pas le très-simple récit àe» amours de deux jeunes gens, nous aurions une belle occasion de peindre une de ces scènes qui font la honte de la société actuelle, et qui inontrent jusqu'à quel point le vice peut être exploité par le ^ce. En effet, la maison où Radinot conduisit M. Simon était consacrée à une exploitation clandestine de prêts sur gages. Il semble que, grâce à Texistence des monts-de-piété, où la misère et le désordre trouvent facilement accès, de pareils établissements n'ont aucune chance d'existence; mais si peu flé<vères. qHe soient les précautions prises par les montsrde» pi^é pour s'assurer de la posses^on réelle des objet» présentés par celui qui les apporte, elles gênent encore beaucoup de ces industriels parisiens qui n\>nt point de domicile, et qui souvent n'ont pas même un nom. C'est encore dans ces maisons qu'à côté des escrocs et des voleurs de bas étage qjni viennent y déposer les objets d'origine suspecte, on rencontre des maîbeiireux qœ im misère soi^met à des obligations qui ne semblent pa& exeessives au premier abord, mais qui, calculées jour par jeur, représentent l'usure portée à sa plus effrayante ex-

in

fNresàion. AJam 6*^81 UPque de nombreux revendeum^ éê misérables marchands qui portent tout leur magasia sur un pauvre éventaire, viennent à trois heures du matia emprunter les uns vingt francs, les autres cinq, pour aU ier acheter à la halle des fruits et des légumes.

Ce prêt leur est fait à la condition qu'*à cinq heirof du soir les uns rapporteront vingt et un francs et les antres cinq francs vingt-cinq centimes. C*est un intérêt «de cinq pour cent par jour, c'^est un intérêt de pluf de dix-huit cents pour cent par an; de fa^on qu^une somme de mille francs ainsi exploitée rapporte par an plus de dix-huit mille francs au prêteur. Eh bien! au^*cun de ceux qui subissent cette exécrable usure ne s''en plaint; aucun de ceux à qui elle arrache les premiers profits de son labeur ne cherche à y échapper en amassant le minime capital nécessaire à son misérable commerce. La débauche de chaque soir dévore tout le profit fail daufi la journée, et tous les matins il faut que ces misérables viennent emprunter au point du jour la pièce d^argent qu'ails ont rendue la veille.

Ce que je dis li est exactement vrai , et, au besmn, je pourrais inscrire un nom propre à la porte de la maison de M. Fumettère, si toutefois on inscrivait des noma quelconques sur de pareilles portes.

Ce qui avait décidé Radinot à conduire immédiatemelt M. Simon dans ce qu4l appelait le bureau de son ancien patron, c^est que le premier jour de Tan est, avee te lundi gras, le jour le plus important de l'exploitation du prêt sur gagios. Nous n'^avons pas besoin d'expliquer pourquoi: ce jour-là, la vanité dorée exploite* son erédît, et la vanité pauvre ses guenilles. Quand M. j Simon entra dans ce bouge infect, il éprouva presque un

senlnBalit de eraiBle; mais le iéfùU el flfldi^natkNi qae Ht nattfe an lii le fipeclacle qu'il avaii sous les yeux lui tvent svrniOBler ce «louvestent d''apprélhMi6k>n, et il «e |)kça le dernier à la file des fetis q«r paasaient l^nnapiès {''autre devMife un gfuiohet, par leqa^ oA fijisatl piarvenâr è If. F loiietièfrè les objets sur lesquels ii prétait pour une semaine, ifuelqnefbis pour moits é'un jour, saas -qu'ail y eût d^autre garimtie, pour l"* emprunteur, que la iienoo^fin 4e ce monsieur. Mais M. Fumetière était un parfjiii faOR* «été liomioeç jamais il m'aivait soustMit le moinére dépôt, et tous oevx qui araient affaire a hiiensseftt porté téaKiignage de son exacte probité.

Lorsque ce fut le tour de M. Simon, c*est-Hi-dir» lorsquil fut seul, car il laissa passer tout le monde avant lui, il s'avança vers le guichet, s'^attendant à voir une de ces hideuses figures de vieux marchands d'habits qui sentent ta dépouille du pauvre.

M. Fumetière, qu''il aperçut à travers la grille, était un homiAe de trente ans, vêtu avec un soin extrême; la barbe fort bien peignée, les cheveux bouclés, les dents belles, la cravate attachée par des épingles d'assex bon goâl. Au moment où II. Simon frappa au guichet grillé qui venait de se fermer, M. Fumetière, les manchettes retrous^ sées, se lavait les mains dans une ciivette qu'il avait par« fumée d*eau de Portugal.

^Qu'est-ce que c'est^enoore?** dit-il en regardait à travers sa grille.

Le lieu était assee obscur, «ne seule ehandelle se trouvait du c5té oà se tenait M. Fumetière, de façon q«e oelui-ci ne vit point qui lui répondait.

„II s^agit, dH M. Simon, d'une alTaire très-imperw tante.

lU

— Eocove une mîiuite, çUt M. Fimetière à uoeper- 4û«ne qui se teaaU 4a&& un coin de , cette saUe eaeom^ hrée de toutes sortes de saletés, je vais finir avec ce cli- 0nl^ et ie suis à vous.

— Faites, répondit une voix aigre qui ne frappa jpoiut M. Simon, mais qui fil tressaillir Badinot.

— C'est elle,'' dit-il à son patron.

En effet, c'était M"« de Prosny qu'il était impossible de reconnaître dans Tombre où elle était pour ainsi dire accroupie.

M. Simon fut suritris par cette rencontre inattendue, ïl avait compté arriver à M. Funietière comme un étranger et lui arracher le secret de la demeure et des intentions de M*'® de Prosny; mais voilà qu'à sa seconde parole il allait être reconnu, il fut donc obligé d'aborder immédiatement le sujet de sa venue, et il dit aussitôt:

„En vérité, monsieur, ^affaire est moins importante que vous ne pensez, et elle sera bientôt terminée. Je venais simplement chercher chez vous Tadresse de M"* de Prosny... La voilà elle-même, je n^ai plas rien à vous demander, si M**" de Prosny - veut bien me suivre immédiatement, sans que je sois obligé d'employer les moyens de l''y forcjer que J*ai à ma disposition."

M*'* de Prosny s'était élancée vers la grille et re»gardait M. Simou avec des yeux si ardents qu'elle ressemblait parfaitement à une folle furieuse contre laquelle on a pris les plus extrêmes précautions.

,^e me^ voulez-vous? dit^Ue; que veaàz-vous ehereher: id? Je ne vous eonaaiâ pas^ allez-yott8«en!

— Mais qvi^done étea-vous? fît M. FumetièYe à l'a»- ¥oné, ains pirtttre autrement ialanné de la présence d'in Ii0»me bien ré^u dans ce repaire hifeot.

MO

-- Je suis M. Simon, aToné, je suis je patron de M. Silyestre deProsny, à qui mademoiselle a volé Mer «ne somme de quatre-TÎngt mille franc». C^est à^vous à juger, monsieur, si vous voulez vous rendre complice de ce crime en donnant asile à cette femme.^

IL Fumetière regarda alternativement M. Simon et M"* de Prosny; comme on l'a pu voir dans le récit de Kadinot^ il connaissait les prétentions et les intentions de !!"• de Frosny au sujet de M"* Durand. Jusqu'à ce jour n. Fumetière s'était refusé à prêter son appui aux poursuites méditées par la vieille, attendu qu'il en- savait l'inutilité et qu'il n'avait aucune envie d'avancer les frais d'un procès perdu d'avance, et sur Jequeî il n'était pas assuré qu'on voulût transiger par crainte du scandale. Mais voilà que tout à coup on venait lui apprendre que cette femme qu'il avait repoussée tant de fois, et à h parole de laquelle il ne croyait pas une minute avant l'arrivée de M. Simon, lorsqu'elle lui disait qu'elle avait enfin de quoi le payer grassement de ses soins; voilà qu'on vient lui ap[>rendre que cette femme possède quatre-vingt mille francs. Quelle proie magnifique à dévorer pour uii homme comme lui! Hais cette somme était le produit d'un vol, et le danger était terrible. Cependant il n'étonna point l'usurier, qui se hâta d'interrompre les acclamations furibondes auxquelles M"® de Frosny se livrait contre M. Simon, et il lui dit:

^Ëh bien! mademoiselle, expliquez-vous, car vous 4H)mprenez très-bien que je n'ai nulle envie de me mêler d^une affaire qui présente de pareilles cirepnatances.

— J'ai volé, moil ... dit M**« de Frosny. Les voici rj sont ceux qui vivent du vol . . . les volevrs, fit-ette

en moiitraiil je poiii|r à M. Simmi, Cesl vous •! vo^ papUle . . * Les voleurs . « .

— Monsieur, reprit M. SimoB^ en s^adressani à N. Fumetière qui, après s^étre essuyé les nains, rabattail iranquiilement b^b maneiiettes et leur donnait un tour gracieux, cette femme a volé, et c^est parce qu^elle a volé que nous voudrions éditer un esclandre qui pourrait ne pas la compromettre seule; c^est pour cela qoe je vous prie de Tengaf er à nous suivre.

— Ma\s je ne la retiens nullement, monsieur. Qu''elle vous suive si elle le veut, dit M. Fumetière; elle est entrée ici volontairement sans que j^ie connu le motif de sa visite; elle peut en sortir de même.^

M. Simon se tourna vers M'*^ de Prosny, et lui dit doucement:

^Allons, venek, mademoiselle, croyez que voua nous trouverez très-dispoaés à oublier le mouvement de oolère qui vous a poussée i faire une action qui, j'en suis sûr, vous fait honte maintenant.

— Honte de reprendre mon bien, ^t M''* de Prosny. Non! non! je n'^en ai point honte! J'en ai déjà un mort^eau, il me servira à rattraper les autres.

— Vous me forcerez donc, dit M. Simon, à user de rigueur, et, jusqu'à ce que vous ayez établi vos droits prétendus à une restitution quelconque, vous trouverez bon que je vous fosse arrêter comme coupable d'aune soustraction foite chez votre neveu.

— ITabord, fit M"» de Prosny, j'étais chez moi, et non pas ehez mon fteveu, et puis feites^nôi arrêter n vous voulez, C^est tout ce que je demande. U faudra bien qu'on me juge, si on m'arrête; et si on me juge, alors je dirai pourquoi j^ai pris cet argent, d\)iù il ve-

ts/t

mit; Je àim ee qxCùA. M"^ Duravd, votre piqMHe . . . Ah! vous Yoalez me faire arrêter! £h bieal T0y09$^ f«î*tes racoiter vos oomniaaiires d& policel ... vC^ sergents de Tille! . . . voyomi . .•." '

M. Simon s'était imaginé que k crainte, d^une lurre* station ferait un tel effet sur M^^ de Prosny, que <iu moment qu''il pourrait l'en menacer, elle se mettrait hum«blemenl à sa disposition. La résistance de la vieille fille le contraria sans Tépouvanter, et il lui dit doucem^it encore:

^Prenez garde que les suites de cette affaire ae tournent que contre vous; monsieur que voici, et qui n |)orlé le litre d^'avocat, doit trOp bien connaître la loi pour ne pas savoir que si vous me forciez à engager Taffaire jusqu'^à un certain degré, il n''est pas de désistement qui puisse en arrêter le cours . et qui puisse vous faire échapper à un jugement, et pf» conséquent à «ne condamnation. D'ailleiirs, ajouta M. Simon, moiisîeur ne serait peut-être pas charmé' que j'introduisisse ici les agents de l'autorité qui m'accompagnent, et il sera le premier à vous engager à me suivre de bonne grâce/

M. Fumetière ne parut point s'occuper de cette iûsinnation menaçante, et il repartit en mâchonnant les poils de sa fière moustache d'un air fort indifférent:

^Puisque M. l'avoué veut bien supposer que je connais la loi, il doit penser que je sais qu'il n'a pu obtwr un ordre d'arrestation contre M**® de Prosny qu'en vwtu ti'Une plainte motivée. Les agents de l'autorité ne sont point à la disposition dn premier veMi qui les prie d'arrêter quelqu'un sans en donner teâ nâaonSà Donov ai les suites d'une plainte sont à> redouter pour W^^ de Frosuir, le mal est ^it. Qnaet à la présence des ageat»

40 l^màonU cAez moiv mdiiMeury éUe m*n fHh qtti m'aéafme; fiMtejBf-le» nuMiter. .. je suis prêt à leur ouvrir mes portes. Je fei« W econmeroe éîa vieux htJlits; je If» iehibte à tots ceux qui veulent kC^n vendre, et je les revends àloug eeNX qui veuleit m^en acheter. Je ne vois pas en quoi ee commerce peut me faire craindre «ne vifile queleea^ue.^

M. SÎHkon comprit qu'il avait rettcontré un maîlre fri* '>«n^ de ceux qui font servir les précaittions de la loi à la protection de leiirs escroqueries. Ainsi M. Fumetière avait des registres isur le^ueb étaient inscrits comme achetés tOUB les objets déposés chez lui, et comme vendus tous eeux qu'on venait retirer. Ce commerce était loyal dan^ sa forse. La position devenait embarrassante pour notre •voué, qui voyait bien que Tusurier ne croyait nullement à la présence du commissaire de police à sa porte. L'i»* teiitioB de M. Simon aviut été, sans doute, d^entrer e4 arrangement avec M^ de Prosay; jnais^. outre qu'iL iui répugnait de faire des eonceasions en présence- d'^in homme pareil à de N. Fumetière, qu'il eiotnna^^satt pour avoir été rayé du tableau des avocatâ, il sent«lt que les conseils que cet homme pourraitr donner à M"** de Prosny rendraient ses conceasions par tr^p onéru^es. Il se déoiida donc tout d'un ^up ù quitter la partie en diaant;

,4ionsiettr a parfaitement raison, j'ai voulu effrayer M"* de Prosny. Je n'ai point d'ordre pour procéder .î à scm arrestation; mais cet ordre, je l'aurai demain. Ce sera, comme elle dit, un scandale pour nous. Sôit* Ce sera aussi un malheur poi» dle^ eile l'accepte, n'en p ariens phis. Je nM relire.

^ Mais iie vaudnaiti-îl pas mieux, dit aussitôt avee no eaiiresisement graeteux ^L Fumetière, prév<i|iir ces

discussions fâehéises ? et piiisqu^OD est venu ioi atec dés intentions bienveillantes, ajouta-t-il en se tournant vert la vieille, on pourrait entrer en arrangement.

— Il n*^ a pas d'^arrangenent, fit M^ de Prosny: on^ m'a volé tout mon bien, je veux qu^on me rende tovt mon bien.**

La vieille furie était ivre de l^espoir de retrouver sa fortune, et cette idée s^'était tellement emparée d'^elle, que rien ne pouvait arriver à son esprit en dehors de cette pensée.

Si M. Simon était embarrassé, le Fumetière ne l'était pas moins. D'un côté il sentait les quatre-vingt miUe francs à exploiter en procès et en scandales; d'autre part, il devinait parfaitement qu'on lui payerait largement une composition amiable dont il se ferait l'agent. Dans le premier cas, l'argent devait être facile à arracher, el le concours à prêter à M''® de Prosny pouvait ne pas être sans danger. Dans le second cas, le gain serait moinr dre, mafs il arriverait sans débMs, sans scandale. Le dioix ne pouvait pas être douteux. M. Fumetière se mil soudainement du côté de M. Simon, et dit à M"* de Prosny:

„Si vous avez compté sur moi pour vous aider dani des prétentions sans fondement, et qui n^ont d'autre irai que de porter le désordre dans une famille honorable, vous vous êtes tout à fait trompée, mademoisdle.

^ Comment, monsieur!** s'écria M. Simon, stupë* folt de cet acte de haute probité.

A ce moment il se passa une chose qu'il est près* que impossible de peindre. M. Fumetière se tourna vers II. Simon les yeux baissés, fait contrit, la b(Hkiie pincée.

^AH® compris yoa intentioiis? dit-il à voix basse.

^ Paffiileiaeftt, dit M. Sinioii irè8HMif|Nris.

-- A combien régloos-iions' les honoraires? dit M, Fnmetière da môme ton précieux et d^na visage parfaitesent immobile.

— A combien . . . flt M. Simon . . . mais à . . .

— A trente mille,^ lui souffla tout bas Radinot. Fumetière leva les yeux et aperçut le petit clere

qui sMtait tenu coi.

^ht c^est toi, petit, lui dit-il . . . bonjour.

Puis il se retourna tout à fait vers M. Simon et lui ;dit :

^jEst-ce votre chiffre?

^ Trente mille, soit, dit M. Simon.

— H suffit . . . Veuillez-vous retirer un moment.

— Laissez-le faire.** dit Radinot.

M. Simon n'^avait pas encore fait un pas pour se retirer, que M"« de Prosny se prit à crier:

,AhI c'^est comme ça, vous vous mettez contre moi, TOUS aussi! Ah! je vous devine, vous venez de me vendre à cet homme... eh bien! adieu... J'*en trouverai un autre qui ne me trahira pas . . . adieu.**

Elle veulut sortir; mais la porte qui communiquait de la partie de la salle où elle se trouvait avec Fumetière, à la partie occupée par M. Simon, était fermée. W^ de Prosny Tébranla avec fureur.

yVous ne sortirez. pas, lui dit froidement M. Fume-* lière.

— Au secours! à Tassassin!** se mit à crier M"® de Prosny, s'attachant avec fureur aux grillages de la séparation.

M. Simon eut honte de Tétat où il voyait M"^ de Prosny; et, quoiqu'il >i..i dire rien n'eût été fait ou dit

tu

qui pût l'iràoir » fort épouttautée^ il ««t |4èm de 4e qui atlail se pisser; il s'éeria wremeiil:

^H'M de Yi«4eiice, iiKwmurç je n^w veux point. ,.

— Je ne puis pas .empêcher les fous doi erier pntm qu'on les regarde, di( M* Fomelière. GeUe fiemme est folle; il y a loaf -«e«p6 que je le m»\ et^ au besoin, il ne manqueraii paa de témoins pour le prouver.^

M. Simon avait employé cette acct^ti^ii . contre M'^* de Prosny pour se faire donner les renseignements qui pouvaient l''aider à la retrouver; mais* iorqn'' elle passa par la bouche du misérable Fumetière, elle lui sembla devenir un crime. Toutefois il n'^eut pas le temps de s'interposer; car à peine l'usurier eul-il prononce le inol^eJÔlley que M**® de Prosny s'arrêta comme frappée de I9 foudre, et portant ses yeux égarés de M. Simon à Pumetière, elle dit d'une voix tremblante:

„Quoi! vous seriez assez méchant pour dire que je suis folle! vous voudriez me faire enfermer dans une maison de fous ... Ce n'est pas possible, vous ne le ferez pas.

— Il faudra bien en arriver là, dît doudement A. Fumetière, si vous n'êtes pas raisonnable.

— Mais que voulez- vous ,. mon Dieul que voulezvous que je fasse? . . . Voulez- vous votre argent? . . . je vous le rendrai."

M. Simon fut on ne peut plus étonné de voir l'^ner-. gie cruelle de cette femme, qu'il savait capable de résister aux plus touchantes instances comme aux plus violentes menaces, tonner tout à coup devant 1er clriiiikfe' d'une pareille accusation. Ainsi l'arrestation, le procès, la condamnation, l'emprisonnement pour vol, me sembkiettt pas l'aTOir effrayée^ un moment; qui suit métfie fli

fSt

)^«fe^pect de Jb mort, si un pôignani lové sur dlë, TeuS'sent Êsiit reevler? Mais lu pensée d'être enfermée àmtê une maison de l(M» «tvil tout brisé ^ tout anéanti. De cette, sauvage fîireitr qai avait fait eraindre à M« Simon de ne pouvoir rien obtenir/ de eette mégère^ il ne featait q«?un effroi indicible, ^u'un tremblement convulsif.

Si ce n'était là un fait assez fréquent parmi \m vieillards, que cette terreur inouïe qu'ils ont de la folie^ noua hésiterions à croire et à raconter à nos lecteurs, comme une chose vraisemblable, le désoôment subit de cette scène, qui semblait devoir^ amener une Mte désespérée. Hais nous avons vu en ce genre des choses si étranges que l'effroi et la soumission de M^^^de Frdsnyî.nous partissent les plus simples éa monde. Bu géménl rhomme, lorsqu'il sent ses facultés' s'amoindrir et disparaître, s'in-* quiète, s'agite et s^rite à la moindre chose qui peut l'avertir d'un malheur dont il a cependant k odnscience. Ainsi Je conn«s un homm», supérieur par son «sprit et ses connaissances, dont la mémoire s'est eoviplèteihenl perdue. Il le sent, il s'^en aperçoit, et lorsque cela lui arrive, il tombe dons des tristesses qni oot faft onûndre sonvent qu'il ne se punit f^r le suicide de l'affaiblisse-» ment de ses facultés. Bh bien! si q«elqtt*iin avait iTin^ humanité de^ dire à cet homme qu'il est fou, on de 1b menacer d>e le dire publiquement, il est oertam pour ton» se» émis qu^on le tuerait ou qu'on le rendrait Téritabi»-^ ment fou. * i

M^ 4^ Prosny, en proie' a cette horribl» terrew'^ faisait pitié à M. Simo», et il ellail sans doute s'interpo^ ser entre M. Fnmetière et elle, lorsque Radin ot lui dit tout bas.-

^Laissez donc iaire ... il la tient . . . Mais si elle lettait M''*' Sabine, elle la hacherait comme chair à pâté.'^

Haàinot avait raison. M. SimQn détourna les yeux.

^Yous ayez sur vous ces quatre- vingt mille francs?^ étt l^usurier à M"* de Prosny.

L^varice de la vieille se réveilla et surmonta un ipoment son effroi.

^Yous ne voulez pas me les prendre? dit-elle en se reculant.

— Qu'en pense M. Simon? dit M. Fumetière.

— Qu'elle les garde 1 fit M. Simon avec dégoût.

— C'est bien, vous aHes nous en donner un reçu, reprit Fumetière. >

— Ahl fit M**« de Prosny, si ce n'est que ça . . .

— Avez-vous apporté les papiers qui établissent votre créance?

— Oui.

— Donnez-les moi"

Fumetière les prit et les parcourut, puis prenant uue feuille de papier timbré, il libella l'acte suivant:

— „Je recoimais avoir reçu de mon neveu. M.. Silvestre de Prosny, la somme de quatre- vingt mille francs^ moyennant laquelle somme, je déclare 1^ le tenir quitte âe toutes dettes à mon égard, telles qu'elles peuvent rémû%ei de comptes antérieurement arrêtés entre nous, à. qndqne époique et pour quelque iuotif que ce soit. .Hoyemant cette somme, je déclare 2° lui céder et transporter tous les droits que je puis avoir contre M'!®. Sabine purand, m'interdisant formellement toute répétition d'aucune espèce qu'elle soit envers ladite demoiselle Sabine Du-* rand, etc. etc."

Quand Tacte fut rédigé , M. Fumetière le lut à M.

StmoA ^ el après cette lecture il le présenta à la vieille. Mais les noms de Sabine et de Silvestre avaient réveillé en elle la haine que la terreur avait un moment dominée.

^ Non . . . non , s'écria-t-elle , je ne signerai pas cela . . . non . . . qu'on m'^arrête comme voleuse . . . j'aime mieux ça . . . Ëh bien! je dirai . . . ^

M''* de Prosny recommença ses menaces, et elle les eût continuées encore longtemps, si Tusurier n'eût crié à Radinot:

^ Va chercher un Hacre pour mener mademoiselle à la Salpêlrière. "

La crainte qu'Inspirait la pensée d'une prison de fboft à H''^ de Prosny était si foudroyante, qu'elle tomba à genoux en s'écriant:

y, Ah! par grâce. ., ne le faites pas . . .

— Signez dobo,^ hii dit Fumptière.

Elle se leva comme un enfant craintif, elle prit la plume et elle ne trouva qu'un mot à dire à II. Simon : ^

„I1 n'y pas là que je suis folle, n'est-ce pas?''

IL Simon lui jftra que non. M'^ de Prosny signa.

Une heure après, M. Fnmetière avait reçu les 30^000 fr. promis en échange de l'acte signé par M"** de Prosny, qui était réintégrée dans son appartement, sous la garde spéciale du concierge qui ne devait pas hii permettre de quitter la maison. Il était alors neuf heures du soir. M. Simon rentra chez lui. Nous verrons ce qui résnita le lendemain de cette première victoire.

AU JftL'It » JOOB. T. II.

XXÏV.

Ainsi donc les eamiis^ lefl ehafrins, les malheurs que semblait devoir appeler sur Sabine la vengealtee de W^ de Prosny étaient complètement écartés; il n'y avait plus de dangers de ce c6té. Nous avons dit comment avait commencé pour Silveslre cette journée du !«' janvier 1844. Après son entrevue avee M. de Bellestar, le médecin était arrivé: TagitatioB que cette entrevue avait causée à de. Prosny alarma le docteur, qui ordonna le repos le plus absolu. Le malade se soumit d'hantant plus volontiers à cette prescription, qu'il voulait reprendre toute sa tranquillité et toute sa forod pour kt rencontre qu'il devait ^ avoir avec le marquis. C'est précisément la résolution inflexible qu'ail avait prise d''en finir avec cet homme qui lui donnait la patience d'attendre le naoment où il n'aurait k subir ni sa raillerie ni sa dédaigneuse pitié. Durant cette jouriiée, M"^ Simoa était venue assez souvent prés dé Prosny; mais^ d'une part, le jeune clerc n'avait laissé échapper aucun mot qui pût faire la moindce allusion à rétrange confidence que lui avait fuite M. de Bellestar; de l'autfe, M"^® Simon évita de lui parler de la scène ds la veille, ne prononça pas une seule fois le non de Sabine, et se contenta seulement d'apprendre à Silvestre que, s'il ne voyait pas M. Simon, c'est qu'il était sorti pour arranger des affaires dont il se réservait de loi parler seul.

C'est que les ordres de Tavoué avaient été formels

ni

ce sujet; e'est qn^il n'avnt pas voulu qu'un mol im- •rudent ie sa femine ou de sa pupiîle pût faire deviner ses intentions , jusqu'au moment ôk il serait assuré àé pouvoir les réaliser. Lorsqu'il rentra chez lut, le bul quil s'était proposé lui semblait atteint, et il fut rtcfi d^appreadre que Silvastre était devenu tout à fait calme. Il se rendit |.rès de loi, et, sans entrer dans aucune ex« pltuation, il lui raconla qu'il avait retrouvé M"® de Prosny, et que l'affaire des quatre-vingt mille fr?ucs soustraits par elle était arrangée d'une manière convenable pour tout le monde, et dont il lui rendrait un compte exact lorsqu'il serait plus en état d^entendre une conversation qui devait être nécessairement fatigante.

Malgré l'assurance que lui avait donnée sa femme du silence qu^elle avait gardé envers Silvéstre , TnvOtt^ fnt assex surpris de la manière dont de Prosny accueillit ses explications. En effet, il accepta tout ce qui lui M dit, sans rinquiéter des moyens par lesquels on était arrivé à un arrangement convenable, sans demander quel était cet arrangement. La pensée de de Prosny semblait être ailleurs qu*^ ce que lui disait H. Simon; 'quelque chose de nouveau, de plus puissant que tous les intérêts passés de sa vie, semblait le préoccuper. Telle eût pu être l'espérance de sa prochaine union avec Sabine, et c''esl qui fit cr4)ire un moment à l'avoué que sa femme n^avml pas été aussi discrète qu'elle s^en vantait. Mais M. Si*< mon, ayant d^laré qu« l'état de faiblesse du malade Ini interdisait un trop long entretien sur des intérêts graves et présents, jie crut pas devoir faire des questions, et Silvéstre demeura bientôt seul.

Je «e veux point dire ità tout ce qui s^agita àant ie ccMir de Silvéstre durant la Journée qui venait de se

p«isser el la nuit qui la suitit. II vécut tout ce teiBp# dans une sorte de jdie désespérée. La pensée de famour 4e Sabine lui avait pénétré le cœur. • Il s'y complaisait comme dans un rêve enivrant qu'on sent ne pas être la vérité, et .dont cependant on ne veut pas s'éveiller^ parce qu'on sait que le révdl sera désolant. Pour SiKestre, ce réveil était, pour ainsi dire , sa rencontre avec M. de Bellestar, et il voulait aller jusque-Ut avec le doute, sinon avec l'espoir qui lui berçait le c(Bur. S'il devait mourir dans cette rencontre, il lui semblait qu'il mourrait comme un homme à qui une riante ivresse tait apparaître de charmants fantômes, et qui tombe environné d'édatantes lumières, de suaves parfums, de douces harmonies: cette ivresse, il la sentait sans y croire, et il la voulait garder, quoiqu'il n'y crût pas. Il avait peur de sa raison « de celle des autres, de la vérité. Si c'était M. de Bellestar qui devait succomber dans la lutte, de Prosny ne doutait pas qu'il ne lui fût dit que les paroles du marquis étaient un mensonge, et c'était là surtout le réveil qu'il redoutait. Il aimait mieux voir ce beau rêve se perdre dans le soBuneil et dans la mort que de le sentir disparaître dans le réveil et devant la vie. Ainsi passa-t-'il toute celte journée et toute cette nuit. Quant à la nuit de Sabine, pourquoi vous ladirai-je? Toute une nuit de joyeuse espérance, toute'une nuit de bel avenir sans remords, toute une nuit de chaste amour approuvé par des ceeurs honnêtes, encouragé par des gens qui savaient aimer. Que deviendront ces espérances? qu'arrivera-t-il de cet avenir? A l'heure où j'écris , je l'ignore absolument , mais ce» espérances et cet avenir dussent-rils se réaliaer, Sabine devira compter ces moments parmi les plus heureux de eeux^quele ciel lui accordera. Le bonheur qu'on doene^

in

ou que Ton reçoit est toujours au-dessous de celui qu'on a rêvé, parce que le bonheur est de ce monde, et que l'espérance est du ciel. Ce n'est point par ce qu'il éprouve, mais par ce qu'il espère, que Thomme se rattache à Dieu. Ainsi, me direz-vous, M.«Simon a donc apprise Sabine qu'il approuvait son amour et qu'il voulait son mariage avec de Prosny? Oui, vraiment, il lui a dit tout cela, mais avec de graves raisons, mais en lui expliquant comme quoi elle trouverait dans celte union le repos et la considération de sa vie; comment le partage de sa for« tune avec celui que cette fortune avait fait pauvre était la seule restitution qu'elle pût faire, la seule qu'il pût accepter ; comment elle rencontrerait en lui un homme propre à faire taire tous les remords qui pourraient encore s'élever en elle. M. Simon enfin avait plaidé admirablement toutes les bonnes raisons de ce mariage; mais Sabine en avait dans le cœur une bien meilleure: nous n'avons pas besoin de la dire. Or, indépendamment de tout ce que M. Simon avait dit à Sabine pour la persuader, il lui avait imposé une singulière obligation, et cette obligation, c^était . . . Mais nous voilà arrivé au lendemain; venez avec moi, cachez-vous derrière ce paravent, prêtez attentive^ ment l'oreille, regardez en cachette et vous saurez tout.

3 Janvier 1644

Donc hier mâtin Silvestre avait pu se lever^ il était assis dans la chambre de M. Simon, toujours heureux, parce qu'il rêvait toujours. L'avoué était venu lui dire un bonjour amical, et avait remis ses explications à une heure plus avancée de la journée. Puis M"* Simon était vîenue s'asseoir à côté du malade, et s'était doucement

Ui

dDtreleabe arec lui de choses iodiflTéreQtes, dîtes avee ooe grâce pleine d''ainitié. Pnis enfin Sabine était entrée. Elle était belle à faire croire qu'ion ne l''avait jamais vue. Une douce pâleur atténuait la grave pureté de ce visage sévère. Une timide langueur voilait Téclat de son fier regard; et lorsqu'elle parla, l'émotion de sa voii[ troubla Silvestré du trouble qu'elle éprouvait elle-même. Cependant c''est à peine si elle lui demandait des nouvelles 4e sa tutrice, et là, les youx baissés, le c(Bur agité, elle sembla se recueillir pour une épreuve solennelle.

Silvestré la considérait avec un étonnement craintif; sans qu^il pàt prévoir de quoi il s'agissait, il pressentait qttll y avait un événement immense pour lui dans l'entrée 4e cette jeune fille. Nais il fut encore bien plus surpris lorsqu'un domestique vint avertir M*« Simon que son mari la demandait, et que Sabine, profondément émue, ayant vivement saisi la main de sa tutrice pour la retenir, il vit celle-ci lui faire signe de rester en lui disant:

„Je serai bientôt de retour.^

Sabine et Silvestré demeurèrent donc seuls. M. Simon avmt donc voulu que M^® Durand et de Prosny eussent une explication ensemble. Si Sabine avait à rougir de son passé, si Silvestré avait à abandonner quelque chose de la dignité de ses souvenirs, il avait voulu que celle double humiliation restât entre ceux qui devaient tout se pardonner et se demander mutuellement pardon. Cependant Sabine , qui avait accepté cette entrevue avec joie, qui s"'y était préparée avec Tenthousiasme d'*un cosur qui porte en soi l'assurance du succès, Sabine était demeurée près de Silvestré, hésitant et se taisant. Pour un honune qui a éprouvé les passions et les a vues s'agiter devant lui, que Sabine eût été charmante ainsi, tremblante, inquiète.

soumise^ cherchma à dowin^r l'beiveux eiïroi, la tiiiu4ité inconnue qui s^était emparée d'elle! Mais Silvestre ne pou* vKtt la voir ainsi. Il la .sentait souffrir, il la voyait embar* ras&ée, il s'imaginait qu'elle venait obéir à un ordre de ijon tuteur, et il en voulait à V^, Simon d'avoir sans doute forcé sa pupille à de^ excuses envers lui; mais il n'avti^ pas pins de courage qu'elle pour commencer Tentretience fut Sabine qui fut^ la plus fierté.

„Vous êtes tout à fait bien, n'*est-ce pas, monsieur? lui dit-elle.

— Oui, mademoiselle, lui dit Silveslre ... el je vous remercie de rintérêt qui vous a conduite ici . . .

— M. de Prosny, reprit Sabine en jetant en avant une phrase qui devait engager Texplication et la forcer etle-même à parler, je suis venue pour vous dire bien des choses.

— A moi? dit Silvestre, à moi? , . .^

Sabine le regarda, et le vit si ému qu'elle prit courage.

„A vous, monsieur,^ lui di^eile en souriant tristement

Elle retrouva les premiers mots du thème qu'elle fi'était fait, et continua d'un ton humble et soumis:

^i d'abord j'ai à vous demander pardon d'une chose , . . . dont l'intention était bonne . . . qui vous a blessé eependant . . . J'ai eu tort ... et ... "

L'idée qu'avait eue SUvestre relativement à des excuses imposées a M'^e Durand par son tuteur était justifiée |iar ces paroles. Il s'empres^ d'interrompre'Sabine et lui dit:

„Ne parlons plus de cela, mademoiselle, et si quelqu'un doit demander pfurdoa k Tinttre, c'est 0101 qui 4oi«

vous prier à genonx d^)ttblier que je vous ai fait un crime de la plus noble action, que j'ai meurtri la main qui me venait en aide... c'est moi qui ai eu tort... n'en parlons plus ,. .^

Tous deux gardèrent le silence, et il semblait que l'entretien né dût pas aller plus loin. Sabine se hasarda encore à regarder Siivestre: il avait la tête penchée, il respirait péniblement et semblait avoir peine à ne pas crier.

„Mais vous souffrez encore, lui dit Sabine.

— Ohl s'écria-t-il avec désespoir, ce n'est pas de cela que je souffre.'^

Sabine savait qu'elle était aimée; elle avait entendn l'aveu de cet amour dans le délire de Siivestre; elle l'entendit encore dans ce cri douloureux.

„Mais de quoi souffrez-vous donc?'' lui dit-elle avec an accent heureux par avance de la réponse qu'elle espérait.

Comme si le son de la voix de Sabine venait de faire résonner en lui les paroles de M. de Bellestar qui lui avaient dit que Sabine l'aimait, Siivestre tressaillit, il regarda Sabine, et, à l'aspect de ce visage si doucement suppliant et qui paraissait lui dire: „Confiez-moi donc votre cœur,'' il se pei^cha vers elle en lui disant:

„De quoi je souffre! vous voulez savoir de quoi je gouffre?"

Les cœurs qui ont beaucoup souffert ont peur du bonheur. Alors même qu'il leur tend les bras, ils hésitent à s'y jcterj ils comprennent si bien le désespoir d'une fausse espérance! Ainsi l'instant bien court qu'il fallut à Siivestre pour prononcer ces quelques mots suffit pour lui mspirer la crainte de s'être trompé et d'avoir été trompé. Toute la joie, tout le transport qui rayonnnt

sur son visage s'éteignit rapidement, et il reprit eu se reculant lentement: ^

^Je souffre d'une douleur . . . que vous ne devet pas connaître ... d'une douleur qui vous est étrangère.^

Sabine sentit encore Tamour de Sihestre dans cet effroi qu'il éprouvait, et, plus forte et plus* encouragée par cette crainte qu'elle ne l'eûl été de sa propre force et de son propre courage, elle lui dit résolument:

„Non, monsieur, non, vous n'avez point de douleur qui me soit étrangère.^

Silvestre sembla si interdit, si éperdu, que Sabine osa encore davantage.

„Et peut-être suis-je ici pour consoler toutes vos douleurs.*^

Silvestre était dans un trouble qui l'empêchait de croire à ce qu'il voyait, à ce qu'il entendait ; car il voyait ce cœur qui se jetait a lui, il l'entendait appeler le sien; mais cette funeste défiance du maHiettr qui flétrit tout, se jetait aussitôt entre lui et cette céleste apparition, et la lut montrait comme une pitié qui voulait à toni prix se foire accepter. Cette pensée, il la repoussait à son tour, comme il avait repoussé l'espérance à laquelle il n'osait croire, et il restait tremblant, agité, incertain, fiafin il essaya de s'arracher à ce pénible état en disant:

„Je n'ai point de douleurs que vous puissiez coi^o*ler... Soyez heureuse, vous; c'est tout mon désir... Croyez ... oh! croyez . . . que c'est le vœu le plus aident de mon cœur . . . Quant à moi ... je ne me plains de rien...«

Sabine lui tendit la main, et lui dit les larmes aux yeux.

„0h! parlez-^moi donc . . .'^

Sibfestre prit cette main, et s'éorifl:

^Oli! je sais que vous êtes bonne et saiole et gêné* rsuse! et je voudrais pouvoir vous ie dire comme je le sens . . . mtàs , , .^

h s^arréta, et reculant encore une fois dev«at Tespoir qui s*offrait à lui, il reprit:

^Mtis, ce n'est pas possible, cela ne se peut pas . . .

Oh! je vous en prie, diles-inoi dites-moi ce que vous

êtes venue faire ici . . . Vous voyez bien que je ne vous comprends pas, que je n^ose pas vous comprendre... Ayez pitié de moi . . .

— Eh bien! lui dit Sabine, si vous, qui vous croyez si malheureux, si a plaindre, vous pouviez pour moi ce que personne ne peut au monde . . .

— Moi ... ^ fit Silvestre.

Sabine baissa les yeux devant le regard ardent de Silvestre.

^Oui, continua'^t-eSe, je viens à vous, parce que . . . mais comment p«is-*je vous dire cela . . . vous savez qae je souffre . . . n''est-ce pa^ que vous le savez . . . n'est-ce pas que vous comprenez qu'il y a des choses dont je suis honteuse, que ce qu'on m'envie est pour moi un malheur, un remords? . . .

— Ah! vous n'avez rkn à vous reprpeher, dit Silvestre, rien, je vous le jure ...

-^ Merci! c'est bien à vous de me' dire cela, repr4 Sabige tremblante, . . . Mais mon tuteur avait pensé que je devais, moi, réjparer le mal dont je ne ^uia p«fi coupable.

— Encore! dit Silvestre en pâlissant et toujours l>réoccupé de la pensée 4^une restitution fléteisssiite . . . n'est-ce pas assez?

— Oh! c'est mal, lui dit Sabine; je vous ai demandé

IM

pardon d^iioe injure, ce n'est pds ponr la recommencer . , , Non, mon tuteur pensait qu'il est un titre auqael on ne refuse rien . . . que œ oai devient le bien commun . . , n"e«t pas un don.'' ^

Sabine s'arrêta oppressée, la tête basse .et ne pouvant plus parler.... Silvestre la regardait, épouvanté de ce qu'il sentait. Sabine attendait un mot ... qui ne vint pas, et reprit en se détournant pour cacher ses larmes:

^Si vous ne me comprenez pas, je n'ai plus rien à vous dire.''

Silvestre l'avait comprise , il devinait bien que cette jeune fille venait, chose inouïe, lui offrir sa main et su fortune. Mais le doute, le doute odieux, lui montrait ce bonheur du ciel comme un sacrifice; il ne croyait pas encore à l'amour qui priait devant lui.

„OhI reprit-il tristement, je vous comprends; oui, je sais ce que vous voulez me dire... oh! je vous le disais bien que vous êtes noble et bonne, que vous êtes généreuse et grande. . . ahl c'est une vertu qui n'a rien de comparable au monde; mais c'est trop . . . c'est trop . ..; non, le malheur n'est pas un droit à un pareil sacrifice, vous ne l'accomplirez pas . . . vous ne la devez pas ... je serais un misérab^le dei'accepter .. .

— Mais pourquoi donc?

— Pourquoi! ..." dit Silvestre.

Il prit la main de Sa'bioe et lui dit:

„i)hl c'est que ce n'est pas cela que je voudrais de vons . . . C'est que . . . moi qui suis pauvre, je vous voudrais pauvre. . . Je voudrais ... ah! comprenez-moi bien el ne vous offensez pas: Seriez-vous ici, dites moi, si JMuais voire père n^avait rencontré le micn?^

Sabine regarda Silvestre en face, et lui répondit d'une voix entrecoupée:

,yJe ne sais pas ... Je ne puis vous dire s'il en serait ainsi . . . Mais ce que je puis vous affirmer, Silvestre, c'est que j'y, suis de ma volonté, c'est que j'y suis parce que mon coeur m'a dit d'y venir . . . Mais vous voyez bien pourquoi j'y suisi"

Silvestre se leva et parcourut la chambre dans une agitation extrême.

„Esl-ce de l'amour? se disait- il, est-ce une pitié exaltée qui la trompe elle-même? Ce marquis m'a dit qu'elle m'aimait: mais peut-être parce qu**elle aura souffert devant lui de ma misère: il aura été jaloux, il lui aura reproché sa commisération comme une tendresse coupable, et elle-même alors aura donné un nom qui n'est pas vrai à la pitié qu'elle a de moi? Oh! la devoir à cette erreur, ce serait affreux I... Jamais!... jamais!... Et n'avaitelle pas accepté les hommages et la main de ce marquis de Bellestar? . . . C'est envers lui qu'elle était véritablement dans la liberté de son cœur. . . Ohl non, non! je n^abuserai pas de cette générosité qui l'égaré ... Je mériterai d'être aimé d'elle en la refusant . . .

Mademoiselle, lui dit-il après ces rapides réflexions et avec l'accent d'un homme qui se déchire le cœur, je vous respecte, je vous admire; Dieu vous a donné toul ce qui est vénérable comme tout ce qur est charmant; il vous donnera aussi le bonheur ... le bonheur comme vous, le méritez ... Ce bonheur, je veux, moi, y contribuer; je veux que vous y marchiez sans crainte, sans remords , ^ sans retour désespéré vers le passé ... Je le veux, et pour cela je ferai (Silvestre stiffoquait), je ferai, reprit-il en domptant son émotion, je forai une

chose qtfi me tord le cœur, qm me brise . . . mais enilii je la ferai ...

— Qu'est-ce donc? dit Sabine effrayée.

— J'accepterai vos bienfaits, dit Siivestre; je prendrai, ajouta-t-il en baissant les yeux, je prendrai comme créancier ce que vous ne saviez comment me rendre... et ce que vous me rendiez en vous sacrifiant ... et alors vous oserez être heureuse . . . alors ...

— Que dites-vous? s'écria Sabine.

— Ah! croyez-moi, reprit Silvestre, je fais poir TOUS ce que je croyais impossible de faire."

Sabine était anéantie; elle comprenait bien que Sil-^ vestre n'osait croire à son amour, et elle se sentait impuissante à le lui persuader. Elle essaya cependant encore par un dernier mot:

„Vous savez, lui dit-elle, que j'ai rompu ce matin mon mariag^e avec M. de Bellestar?

— Ohî merci . . . merci pour vous! s'écria Silvestre; car c'eût été le malheur de votre vie entière. Cet homme ne voyait de vous que votre beauté éclatante, que votre esprit brillant, que votre vertu sévère. Il n'avait rien compris de votre cœur, rien de ce qui le fait bon et indulgent, rien de ce qui le fait fier et généreux, rien.de ce qui fait que vous semez le bonheur autour de vous, rien de ce charme qui pénètre et qui ravit, rien de ce qui fait que sous l'empire de votre présence on croit à la bonté de Dieu, et qu'on voudrait croire au bonheur, si on n'était marqué pour souffrir. Oh! ne l'épousez pas! reprit Silvestre en élevant la voix. C'est bien, et maintenant . . . je suis libre."

Sabine avait écoulé SUveatre dans un ravissement

nvide. Enfin son coBor éclatait, sa pasuion parlait; elle lui dit:

„Oui! et je sms libre aussi !^

Mais elle n'uvait pas comprîs le sens de ce mot dans la bouche de Silveslre. Ce niot: ^Je suis libre 1^ voulait dire: ^Maintenant je puis aller à la rencontre de cet homme^ et j^rai sans erainte de la mort qn'il peut me donner, car il n'^aura pas le Iré.sor que j'aurai perdu. Si c'est moi qui le tue, je ne cr^iudr^i pas alors qu'on puisse ni'accuser d'avoir arraché une chance de bonheur à la vie de cet ange.^ Telle était la pensée de Silvestre lorsque Sabine, lui tendant la main, lui dit :

,.Je suis libre aussi l^

A ce moment elle était si radieuse, si suppliante à la fois . . . elle se jetait à cet homme avec une innocence, si ardente et un amour si franc et si ouvert, que Silvestre crut enfin qu'elle l'aimait... qu'elle l'aimait un peu; et^ à cette pensée, il se sentit pâlir et trembler. ^Oh! se dit-il, si je venais à mourir ... à mourir aimé d'elle . . . ** Il fut pris d'une affreuse faiblesse, il se sentit lâche, il eut peur du combat qui l'attendait, et, après s'iêtre débattu un moment sous cette affreuse torture^ il se releva en s'écriant:

,.ISon . . . non . . . c'est impossible . . . taisez-vous . . . ayez pitié de moi . . . non . . . non . . . vous ne m'aime< pas ... ce n'est pas vrai ... et puis . . . vous ne savea pas..."

Il cherchait des rai8t>ns pour la repousser, et lui jeta pêle-mêle tout ce qui se présenta à son esprit:

„Non ... que dira-t-on ? . . . M. de Prosny ei W^ Dorand ... ce ferait affreux ... on vous calomnierait . . .

on m'accuserait. . . ce serait sn malheur. . . ud mallieur irréparable . . .'^

Il se prit à pleurer ... et il s'écria :

^Sabine, je suis né pour souffrir, moi... soyez heureuse! ... et s'il vous faut ro» vie « * . elle est à vous . . . mais . . . *^

Sabine, confuse, avait baissé les yeux; une pâleuc mortelle avait succédé à l'ammati^n de ses traks . . . elle comprimait une horrible douleur. Silveslre s'en pperçut^ et tombant à ses pieds, il lui dit:

^Mais qu'avez- vous, mon Dieu!... je vous ai^ offensée^ je vous ai fait du mal ... Ah! parlez . . . que voulez-vous? Je vous aime... Je vous aime comme un insensé! .. . Pariez, mon Dieu! que puis-je faire? . . .

— Rien, monsieur, lui dit froidement Sabine... rien ... A votre tour je vous ai compris."

Elle se leva; il voulut la retenir. Elle retira sa main avec un geste glacé, et s'éloigna.

^Ah! mon Dieu, se dit Silvestre, qu'est-ce donc que j-'ai ^fait?"

Et il resta anéanti, brisé, incapable de se rendre éompte de tout ce qui venait de se passer.

Quant à Sabine, elle courut dans son appartement.. M°*^ Simon l*y attendait. En la voyant firriver pâle, bouleversée, sa tutrice courut à elle:

^Qtt-y a-t-il donc? s'écria-l-elle.

— - Oh! quelle honte! dit Sabine, les dents seitée» 6t le regard fixe.

-- Il ne t'aimait pas? ...

-> 11 m'aime! s'écria Sabine avec on offreux déchife» ment; mais il refuse. M. de Pro0ny ne peut pas s'abaisser à éfMiser M"<»DQnmdl

~ H ne Va pns dit cela!

— n me l'a dit, repartit Sabine avec une amère Rerté.

— Mais...

— N'en parlons pins, reprit Sabine; n'en parloir jamais... jamais, je vous en prie... C'est assez d'un <oup pareil pour en mourir."

M™* Simon fut si épouvantée de l'accent dont Sabine prononça ces dernières paroles, qu'elle n'insista point; mais elle ne voulut pas la laisser seule dans ce premier moment, et elles demeurèrent ensemble sans parler, mais pleurant tontes deux.

Le coup qui avait frappé Silveslre, à la rëvëlntiofi èa vol fait par sa tante, avait été foudroyant. Il l'avait laissé sur le sol anéanti et mourant; mais, précisément à cause de sa violence, le ressentiment de sa douleur s'était peu à peu affaibli, et, comme nous l'avons dit, il s'était perdu dans cette espèce A rêverie douce et triste qui avait précédé l'entretien de Prosny avec M"® Durand. Le coup qui frappa Sabine à la fin de cet entretien ne Ini arriva pas au cœur avec la même fbrce; mais, an lieu de s-affaiblir, la douleur qu'elle en éprouva s'aecrut par la réflexion. Elle croyait au mépris de Prosny, au «é^i»

im

èe ProsRy qui raimait. Daas cette IiyjK>thèi^e, ce n'était pas seulement la perle de ce cœur, qu'acné estimait si haut, qni désespérait Sabine; c'était le mépris du monde entier, venant à la suite de celui de Silvestre; car si celui-là, qui avait à la fois tant de Gorté et de résignation, et tant d'indulgence et tfint d'amour; si celiû^-là, disonsnous, ne se trouvait pas la force d'oublier le fotal héritage qu'elle avait reçu de sa famille, qui donc l'oublierait ? quelques hommes sans principes et sans dignité, quelques âmes cupides, quelques ambitieux qui voudraient se faire de sa t<}rtune un appui pour arriver au but de leur ambition; mais dans tout cela eUe ne trouvait pas un ccwir auquel elle eût voulu donner ^u vie; et telle était l'éUrange exaltation de celte douleur, qu'au lieu de savoir gré à M. de Bellestar d'avoir dédaigné toutes ces vaines récriminations, elle le trouvait misérable et lâche de ne pas ^étre arrêté devant la crainte du blâme, dont le monde Teût puni pour avoir osé épouser la fille du voleur Durand.

Nous avons dit comment Sabine et M"*® Simon étaient demeurées ensemble, pleurant silencieusement à côté l'une de l'autre. M. Simon les surprit ainsi, et, au regard qu'il jeta sur elles, il était facile de reconnaître qu'il s'attendait à un événement fâcheux; en effet, il s'écria dès qu'il les eut considérées un moment:

„Allons, il y a encore un malheur d'arrivé, j'en suis sûr. Je viens d'entrer chez moi, et j'ai appris que Silvestre avait quitté notre maison sans dire où il allait; et maintenant voilà que je vous trouve tout en larmes; qu'est-il donc arrivé?''

M^« Simon ne' savait de l'entretien de Sabine et de Silvestre <{ue les quelques paroles que lui avait dites m Ile; elle s'approcba de ^on mari et hii dit tout bas:

AV JOUB LE JOUB. T. II. 10

y^\ paraît quil l« a avoué son amour, Mdis elle prétend qu'il a refusé sa in«in>^

Le premier mot de 9L Simon fut lé même que celui de sa femme.

„C'est impossiWe," s'éertd-t-il.

Sabine releva lentement lea yeux sur son tuteur ^ l'^amertume du sourire qui parut sur ses lèvres fut une plus éloquente réponse que toutes les paroles qu'elle eût pu dire. Devant cette expression désespérée ^ M. Simon n'^eut pas te courage de diercher de ces mots vides d& eamr et de sens, vains palliatifs qui ne font qu'^irriter lo mal qu^ils essayent de cakn^.

M ne répondit ni a sa femme ni à Sabine; il murmura seulement ces mots; .

^Mais je me suis donc trompé I mais il n^y a donc, ni honneur ni grandeur dans cet homme! Ce serait dono aussi un misérable l'' ^

Sabine ne sembla pas avoir entendu, et pettt--étre est-il vrai que, tout entière à sa préoccupation, elle n'entendit psus ces réflexions de son tuteur. Quant à M™* Simon, quoiqu'elle ne crât pas Silvestre aussi coqpable qu'il le paraissait aux yeux de son mari, quoiqu'elle supposât qu'il y avait eu entre de Prosoy ^t Sabiuo ua de ces tristes malentendus qui gâtent souvent l'existenoe plus cruellemeut que les plus fâcheux événements, elle n'osa point défencbre l'hoiime qui avait fait tant de mal, et elle ne pensa pas à retenir .^n mari qui sortit en diswit:

„Cela ne peut finir ain^i: j'aurai satisfactien de celte affaire."

Cette jouriàée s'acheva sans que M"*^ Simoa pût obtenir aneunc expUâtion de Sabimeï. Cependwit la bonno et charmante femme trouva, pottr a*, pupille de cet» mots

qui enlrent dans le cœur jii0^u''aux larmes, et qui ouvrent ^i\e voie à la douleur qui y fermente et qui menace de lé briser. Mais la dt)U)eur de Cabine semblait aride odmme ses yeux, sèche et brûlante comme son corps, que la fièvre dévorait sanê Tagiter. M"* Siwon exigea cependant que sa pupifle prît le lit, et celle-ci fit ce qu'ion voulait, avec celte obéissance résolue et implacable qui abandonne tout -son être à la volonté d^autrui, moins un endroit où rien ne peut arriver.

Cependant, que faisait M. Simon? que devenait Si!veslre? je le saurai demain, et demain je vous le dirai.

Lt fi jAntieT 1844.

ie viens de déchirer la lettre que je vous avais écrite hier, et où je vous rendais compte de ce qui s'hélait passé dans la journée du 3; elle se bornait à vous apprendre que Sabine était malade d'aune façon assez inquiétante pour que M"® Simon fut dans le plus vif désespoir, et pour que M. Simon fût dans la plus violente colère. Je vous disais aussi, fort en détail, toutes les allées et venues inutiles de notre avoué pour retrouver Silvestre, qui n'*avait fait 4|ue paraître un moment chez sa tante, à qui il n^'avait point dit où il s'hélait retiré. J'ai supprimé cette lettre, parce que celles qui viennent de m'étre confiées à l'instant même vous expliqueront beaucoup mieux que je ne Tavais fait ce qui était arrive dans celte journée.

Lettre de» M. de BeUestar à M. SîfMH^

l.e4jaaWeil844.

^llonsieur,

„Je m''empresse de répondre comme je le dois à I» lettre par laquelle vous m'*annoncez que M**« Durand renonce à rhonneur de mon alliance. J'emploie les mots dont vous vous êtes servi, monsieur, pour vous prouver avec quel soin j'ai lu votre lettre, avec quel scrupule j'en ai pesé toutes les expressions. Vous me diles, n'est-il pas vrai, monsieur, que la scène qui s'est passée chez vous, le 1^ janvier, a réveillé dans le cœur de M*** Durand des souvenirs que vous croyiez effacés. Vous me diles encore qu'appe'ée, par son mariage avec moi, à entrer dans un monde qui s'enquiert non-seulement de Tancienneté de l'origine de ceux qui s'y- présentent, mais encore de l'honneur de la famille de laquelle ils sortent; vous me dites, n'est-il pas vrai, monsieur, qu'elle a craint de se voir en butte à des recherches, à des récriminations contre lesquelles je la protégerais sans doute de tout mon pouvoir, mais qui n'en arriveraient pas moins jusqu'à elle, qui rendraient son existence d'autant plus malheureuse qu^elle serait plus éclatante, et qui pourraient m'amener moi-même à me repentir d'avoir cédé à mon amour et d'avoir écouté ma générosité en épousant M"^ Durand.

„C'est là votre lettre, n'est-ce pas, monsieur? et certes il est impossible, dans la position où vous éb'ez, d'en écrire une qui enveloppât de précautions plus Oatfeuses pour moi et de motifs plus dignes pour votre papille le f

refus qu^^elle m'adresse et que je reçois. Dans celle lettre, monsieur, il y a une habileté à laquelle je dois rendre hommage; seulement je ne sais si c'est à la vôtre ou à celle de M"* Durand que je dois Tadresser: je ne veux point préjuger cette question, et je vous l'envoie à décider, tout en reconnaissant humblement combien je suis incapable 4e lutter de ruse et de fausses protestations avec celui qui a si habilement arrangé la petite comédie dont il arrive cependant que je ne suis pas la dupe.

„ïl a fallu un hasard bien inouï pour me faire découvrir le secret de ce refus ; et certes, je Inavoué encore bien humblement, jamais je ne Teusse soupçonné, si je n'^en avais été averti. Je suis malheureusement <le cette race dont on a dit avec tant de vérité qu'houe n'^avait rien appris et rien oublié. Oui, monsieur, il le (ml reconnaître, nous n'^avons appris ni les passions sordides de notre «poque, ni les petites intrigues d'un monde qui a vouk prendre la place du nôtre; nous n'avons appris ni à mentir ni à nier nos sentiments pour quelque intérêt que ce fût, ni à jouer la délicatesse pour cacher les emporlefnents d'une triste passion. Nous n^'avons rien oublié non plus, monsieur, ni la loyauté dans Jcs actions comme dans ^es paroles, ni le respect pour les serments reçus comme pour les promesses faites; nous n'avons pas oublié surtout le dédain que nous devons à des injures trop grossières pour nous atteindre^

„Voilà ce que nous sommes, monsieur, et voilà ce qui fait que j'eusse accueilli peut-être vos excuses dans le sens qu'il vous a plu de leur donner, si je ne savais, à n'en pouvoir douter, que le motif de cette rupture est tout «utre que celui que vous dites, soit que vous le connaissiez, soit qn'cMi vous ait trompé, comme on a essayé de

me tromper. Voug me comprendrez complètement, mon-^ sieur, lorsque vous aurez lu la lettre suivante qui m'a été remise par la personne qui Ta reçue/ Cetteapersonne est M"« Aurélie de S.. ., je ne crains pas de la nommer, ear elle portera bientôt le nom d'^un homme qui la pre^ légera contre toute récrimination, comme il aura bientôt puni rinjure qui lui a été faite , de si bas quelle soit par* tie. J'ai l'honneur d'être, etc, etc.

,,Marquis bb Bcllbstar.^

Lettre de Sabifie à]\^^^ Aurelie de S... incluse dans la précédente.

(Pour rinlelligrence de cettre lettre, nous prions nos lecteurs de vouloir bien se rappeler qu'elle fut écrite par ^bine à M*^ Aurélie de S ... le lendemain de sa rencon* tre avec Silvestre dans les magasins de la Ville de Pans. C'est celle que M"® de S . . . avait si soigneusement gar» dée, qu'elle avait échappé aux investigations de notre es* pion; c'est celle dont l'excellente amie de Sabine avait parlé chez BI. Léonard. Après les dernières phrases de la lettre de M. de Bellestar, il nous paraît inutile d'expliquer comment le marquis se l'était procurée, et maintenant voici cette lettre.)^

„Mon Aurélie, ma sœur, mon amie, je t'ai écrit hier pour te dire comment j^avais rejeontré M. de Prosny, et comment je l'avais invité à la fête de ma fête. Je dois tout te dire: j'ai peur de ce que j'ai fait, et j'en suis heureuse. La pensée de le revoir, et de le voir au milieu de ce qui est ma famille, devant toutes mes chè-^ res amies, cette pensée me charme, et me plaît, et me console. Je ne puis m'en distraire, elle n'apparaît coow

me un gfige de bonheur et de sécurité pour lottt mon «i\^nir. Comment te dire cela? Mais il me semble que si jamais quelque injure deMiit me poursuivre, quelque ma lionr me menacer, je n'^aurais qu'à me serrer contre cet homme au cœur si noble, au refard si calme et si assuré, et que s''il étendait sa main sur ma tète, elle se« rait à Tabri de tout outra^. Qu'est-ce donc qui me le fill voir ainsi? Qu'est-il? et qn'a-t-il fait? Kien encore! mais il porte en lui tout ce qui fîiit les âmes fortes et supérieures; et comprends-tu qu'ail est possible que cet esprit élevé, que ce caractère si fort dans sa résignation^ S'usent et se perdent à tout jamais, enfermés dans la misère que les miens lui ont faite? Et comprends-tu qu'il sefait peut-être possible qu'Vn mot de moi réalisât mon rêve que je te dis tout haut, et le rôve que peut- cire il étouffe tout bas.Comprends-tn qu'il serait possible que je fusse heureuse et qu^il fût grand? Est-ce cette idée, est-ce cette espérance qui me charme, qui m'éblouit, et qui me fait croire en lui? Oubietf, est-oe parce que je crois en lui que je vois ainsi mon avenir? De quelque côté que me vienne cette foi, je ne puis rêver le boxeur sans vier ma vie attachée à sila enne. Il serait me réconciliation avec le monde, il serait mon abri eontre le passé; tout ce qu'il ferait de bien, de grand, d'illustre me serait compté à titre de pardon, et l'éclat de son nom absoudrait la honte du mien. ,)Poflrqaoi te dis^je tout cela, pourquoi t?écfire toutes ces pensées confuses de mon cœur? C'est que je . tendrois voir claïr dmii ce (pie j'éprouve, c'est que je voudrais donner un nom an sentiment qu'il m'inspire, tont-îl te ^avouer? lorsque je pense à tout le bonheur Fau*il pourrait m'apporter, je m'en veux, et je me trouve ^égoïste. Il me semble que je ne l'aime que pour moi,

et Je voQ (Irais Taimer pour lui. Car je puis te dire aojéurd'hui ce mot qui s'est arrêté hier au bout de ma plume; lorsque je Tai invité à venir se joindre à ceux que j'appelais ma famille, dans ce regard éperdu, étonné et ravi qu'il a attaché sur moi, j'ai cru deviner qu^il m'aimait, et j'en ai élé si heureuse qu'il m'a semblé que je Taimais aussi. Ce n'est que plus tard que tous ces doutes sur moi-même me sont venus au cœur; ce n'est que plus tard qu'il ra'*a semblé que je ne cherchais que mon bonheur, et que j'en faisais le sien, et j'ai peur de me tromper moi-même. Viens donc, viens me voir. Je te parlerai de moi, tu me parleras de lui, et peut-être me comprendrai-je enfin . . .

^N'oublie pas, n'oublie pas, surtout, que je «uis menacée d'épouser M. de Bellestar . . .

^A toi ce qui me reste de mon cœur.

Indépendamment de la lettre du marquis, qui renfermait celle de Sabine, et qui fut remise à notre avoué dans la soirée d'hier, M. Simon re^ut la lettre suivante de de Prosny, qui, de même qoe celle du marquis, est assez explicite pour nous dispenser de reproduire la lettre à laquelle Silvestre répondait.

Lettre de Silvestre de Prosny à M. Simon.

*M 4 jwivkr 1844, huit he«m du Mir.

„Que me dites-vous, monsieur) ai-je bien compris ce que vous me dites? Moi, j'aurais fait entendre à M"^ Durand que je la trouvais indigne de lui donner mou

nom. Elle a pu le croire, et vous avez pu le penser! Je ne puis me plaindre d'elle; Qu'est à peine si elle me connaît, c'est à peine si elle sait ce qu'il y a dans mon cœur de cuUe et de respect pour les vertus dont elle donne un si pur exemple; mais vous, monsieur, vous me connaissez; je croyais que vous m'aviez éprouvé; je croyais que vous saviez ce que je sci^s dans le peu que je suis; je croyais que j*avais a^sez vivement témoigné devant vous mon indignation pour ces exécrables souvenirs qui font peser la faute des pères sur la tête des enfants ; je croyais vous avoir montré assez haut et assez souvent à quel point j'estime et j'admire la vertu qui , comme celle de M"® Durand, prend sa force en elle-même, et se grandit, si j'ose parler ainsi, du piédestal honteux sur lequel elle se pose; je croyais que vous saviez tout cela de moi, monsieur. Aussi lorsque je lis l'accusation que vous m'envoyez si cruellement, je m'étonne, je m'irrite, je me désole surtout de ne pas voir que vous vous êtes écrié, de ne pas apprendre que vous avez dit que cela était impos^ sible, de ne pas avoir trouvé en vous un défenseur pour dire a celle qui se croit outragée, que c'est une erreur et une folie de son âme, qu'égare une douloureuse susceptibilité.

„Ët alors même, monsieur, que ce sentiment qui me fait aimer la vertu n'eût pas existé en moi, quel mépris faites-vous donc de l'homme que vous avez nommé votre arai, pour croire si aisément que j'ai pu oublier, en face d'une jeune fille qui vous est chère, ce simple respect qu'ion doit aux affections de ceux qu'on aime; que devant un cœur innocent qui souffre, j'ai eu la brutalité d'ap^ puyer durement la main sur la douleur qu'elle me laissait voiri Maid, n'eussé-je que la politesse banale des gens

qui savent saluer, je n'aurais pas fait Todieuse réponse qae vous mimpntez, alors même que j'eusse été assez dé* gradé par ma pauvreté pour l'avoir dans le cœur. Ne sais-je pas qu'il y a mille moyens polis de repousser une offre qu'on ne veut pas accepter, sans chercher le plus injurieux et le plus lâche?

„Et vous n'avez rien trouvé pour ma défense, et j'irai peut-être... oui, peut-être à la mort... qui sait! avec le désespoir d'avoir blessé celte âme d'enfant du c el qui vit sous les traits de votre Sabine.

-Oh! monsieur, vous n'avez été ni généreux ni juste envers moi. Non, et vous savez, vous, mieux que personne, que vous ne deviez pas me croire coupable.

„Avez-vous donc oublié cette heure où vous m'avez proposé de faire les comptes de la succession de M"* Durand pour son mariage avec M. de Bellestar? Vous Bvez entendu le cri de ma douleur, vous m'avez vu me iNTisant dans mon désespoir, et vous ne vous êtes pas trompé au sentiment qui a failli me fuer. Vous Je savez bien, monsieur, ce n'était ni regret de ma fortune perdue, ni ressentiment contre celle qui la possède, c'était l^ffroyable torture de l'amour jaloux, de l'amour insulté par le bonheur d'un autre. A ce moment vous avez deviné que j*aimais votre pupille, à ce moment vous avez eu pitié de moi . . . pourquoi donc m'êtes-vous devenu si hostile et si cruel?

,,Oui, monsieur, c'est vrai, lorsque M"* Durand est venue à moi, lorsqu'elle m'a dt que je pourrais être son é})onx .... j'ai reculé devant ce bonheur. J'ai eu peur de Théroîsme d'une âme qui se sacrifie à ce qu'elle croit un devoir. Et pouvais-je croire autre chose, monsieur? ^ne suis-je à côté de M"* Durand, belle entre toute»,

supérieure parmi les plus nobles esprits, sainte dans v<h Ire famille modèle d^une si sainte honnêteté? Que suisje, moi? Un pauvre clerc dévoué, obscur, sans passé qui réponde de lui, un homme qui a fait avec soin et probité un métier où, vous le savez, monsieur, l''assiduilé peut remplacer Intelligence... Et cet homme, qui n''est den, vous vouliez qu'il pût croire qu'une pareille feoMne, qai est tant, venait se donner à lui parce qu'elle le eroy'ait digne d'elle! Non, monsieur, non, la vanité ne peât m'' égarer à ce point. U y avait, il y a dans cette démarche un sacrifice à des craintes, à des remords que vous ne deviez pas laisser exister. Non, monsieur, non, je ne pouvais accepter ce sacrifice. Je l'ai repoussé, mats je l'ai repoussé a genoux; je Tai repoussé en l^ad^ mirant. J'ai fermé le senil de ma maison à l'ange qui m'apportait le bonheur, parce que je ne voyais pas lésion venir à côté d'elle.

„Et pas une de ces pensée.s ne vous est arrivée au cceur! vous n'avez rien trouvé pour lui faire comprendre que je n'étais pas le dernier des misérables I Mais alors même que vous n'eussiez pas eu le désir de me défendre, vous eussiez dû avoir pitié d'elle. Puisque j^avais pu lui faire tant de mal, vous deviez mentir pour la consoler^ vous le deviez, alors même que vous m'^eussiez assez méprisé pour croire que j'étais descendu si bas qu'on vous le disait. Et comment ferez-vous maintenant? Pourrez-vous réparer le mal que vous avez fait et que vous avez laissé grandir? car elle est malade, me dites-vous; elle souffre de la douleur que je lui ai jetée. . . Oh! mon Dieu, que je vive encore demain, et, si toute ma vie est nécessaire à réparer ce mal, à lui rendre le repos de son âme que j'^ai troublé bien innocemment, oh!

«lu'clle prenne chaque jour, chaque heure de cette vie; i^u'^elle me commande tout ce qui pourra satisfaire à son juste orgueil . . . qu'acné m'ordonne de ne plus la voir . . . «I j'obéirai ... Oh! dites-lui . . .• dites-lui . . . mois ne lai ai*je pas dit que je Taime comme on aime Dieu et le ciel et le bonheur et sa mère ... je ne puis pas dire cQMfune je Taime ... Ohl je voudrais qu'elle pût le comprendre . . . Elle n'en serait sans doute ni heureuse ni fière . . . mais elle me pardonnerait et elle se pardonnerait.

^Si vous ne recevez pas une autre lettre de moi, un de mes amis vous en dira la raison.

„ Adieu . . . peut-être, adieu pour toujours . . . Quoi que vous pensiez de moi, n'oubliez jamais que j'ai gardé toujours dans le cœiir une reconnaissance sacrée pour vos bontés et un respect inaltérable pour celle qui porte votre nom et pour celle à qui j'aurais offert le mien si je l'avais jugé digne d'elle.

„SlLVESTRB DE PrOSNY*

La lettre de M. de Bellestar mit M. Simon dans une colère qu'il eut grand'peine à cacher à sa femme, et celle de Silvestre lui inspira des craintes qu'il ne chercha point à lui dissimuler. Toutefois, comme il était trop lard, 11 fallut que notre avoué remît au lendemain les projets que lui dictait sa colère et les démarches que lui inspjraieut ses craintes.

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